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UNE CHASSE

Un de mes amis m’ayant fait la description la plus attrayante de la chasse et de la pèche dans l’ile de Trinidad, ainsi que sur les côtes et les montagnes de Paria et à l’embouchure de l’Orénoque, je résolus de l’accompagner dans ces contrées que d’ailleurs je désirais visiter.

Après une traversée de trente-cinq jours depuis les Dunes où nous nous étions embarqués, nous

mouillâmes devant Trinidad, au commencement de janvier 1844.

Je me rendis sur le champ au Port-d’Espagne, capitale de l'ile, avec mon ami, qui insista pour que je logeasse chez lui, où il me donna une fort belle chambre à coucher avec un petit cabinet pour poser mes fusils de chasse, mes piques et javelots, mon coutelas, en un mot, toutes mes armes destructives dont, le jour suivant, je surveillai avec soin le débarquement.

Dans le cours de cette journée, je fis le tour de la ville et je fus présenté à M. Bradley, un des plus heureux chasseurs de l’ile, de qui les bons conseils, et l’assistance salutaire me furent par la suite de la plus grande utilité.

Pour commencer, il m’engagea à me faire tirer un peu de sang; puis de me bien nourrir, mais avec modération; d’éviter tout exercice forcé pendant quelques semaines, après quoi il pensait que je ne courrais aucun danger à faire une petite excursion.

Si je résistais à cette première épreuve, je pourrais, me dit-il, en toute assurance, entreprendre avec lui et un de ses amis une grande partie de chasse dans l’intérieur de l’ile, et il me promettait un plaisir extrême.

Je suivis les avis de M. Bradley, et pendant le repos indispensable qu’il m’avait tant recommandé, je m’occupai à acquérir une connaissance parfaite de la géographie de l’ile et des mœurs de ses habitants.

Trinidad est située par 10° 39' de latitude nord et 61° 34' de longitude ouest de Greenewich; elle a environ dix-huit lieues de long sur quatorze de large, et forme le rivage occidental du golfe de Paria.

Elle se compose de trois chaînes de montagnes parallèles, dont celle qui longe le bord septentrional de l’ile est la plus considérable ; quelques sommets s’y élèvent à la hauteur de trois mille pieds.

L’intervalle qui sépare cette chaîne de celle du centre forme une plaine unie; mais entre la chaine du centre et celle du midi le terrain est légèrement ondulé.

La plus grande partie de l’ile est encore à l’état de nature, couverte de forêts magnifiques qui abondent en bêtes fauve, ainsi qu’en nombreuses troupes de peccaris ou sangliers de l’Amérique méridionale, de lapins, d’agoutis, d’armadillas et de porcs-épics. ^

On y trouve uue énorme quantité de gros singes roux, d’autres d’une espèce blanche plus petite, et

enfin des coqs-d’inde sauvages, des pigeons et des perroquets de diverses espèces, des macaus, des toucans, des orioles et des cailles.

Les marais que les Espagnols appellent lagunas sont habités par des canards, des sarcelles, des bécassines, des hérons, une espèce d’oison gros comme un coq-d’inde et que l'on appelle le grand kamichy (palamedeae cornutoc) et par d’innombrables poules d’eau. Enfin les plaines basses sont couvertes, au mois de septembre, de volées de pluviers.

Ainsi qu’on peut le supposer, ces oiseaux et ces quadrupèdes ne sont pas là sans avoir aussi des ennemis ; ils sont dévorés par d’énormes boas constrictors, de gros chats-tigres, divers oiseaux de proie, et une espèce de crocodile qui, sans être aussi gros ou aussi hardi que celui du Nil, n’en est pas moins formidable.

Après avoir passé près d’un mois à Port-d’Espague, tuant le temps le mieux que je pouvais, je fus enfin invité par mon ami M. Bradley à faire avec lui et M. Lightfoot la chasse au cerf dans les forêts de l’ile, ce que j’acceptai avec graud plaisir.

En conséquence, le lendemain, à quatre heures du matin, nous montâmes à cheval, chacun armé d’un fusil, et nous nous rendîmes dans une vallée

délicieuse, à quatre milles environ de la ville, où nous trouvâmes un chasseur mulâtre, nommé Fernando, et un Indien qui lui servait d’aide.

Ils avaient amené avec eux une meute de dix chiens de différentes races, depuis le chien de renard jusqu’au barbet inclusivement, avec lesquels nous nous mimes à l’ouvrage de la manière suivante :

Après avoir envoyé nos chevaux à une sucrerie voisine, Fernando nous plaça, mes amis et moi, à une cinquantaine de toises l’un de l’autre, le long d’une route qui traversait la vallée, couverte de champs de cannes et formée par deux montagnes de quinze cents pieds de haut, bien boisées, jusqu’à leurs sommets.

Alors Fernando et son compagnon nous quittèrent pour battre avec leurs chiens le penchant de la montagne.

Au bout d’un quart d’heure les peiros donnèrent 'de la voix.

On nous avait prévenus que nous devions être sur le qui vive aussitôt que nous les entendrions, parce que les cerfs une fois lancés ne manquaient pas de se diriger vers l’autre côté de la vallée.

En effet, en moins de deux minutes nous vimes quatre belles bêtes de l’espèce appelée ceruus ameri-

canus, traverser la route. L’un d’entre eux fut parfaitement tué par Bradley, et un second fut blessé par l’Indien qui lui lança son coutelas avec une admirable dextérité.

Quelques secondes après, tous les chiens traversèrent la route en plein cri, et furent bientôt rejoints par Fernando qui prévoyait que le gibier serait forcé de se retourner et de traverser une seconde fois le chemin.

A peine avions-nous eu le temps de regagner nos postes, dont nous nous étions momentanément écartés, que nous revîmes les cerfs.

Fernando tua l’un d’un coup de fusil; celui qui avait été blessé par le coutelas de l’Indien fut déchiré par les chiens, et le dernier fut entouré et tué par une troupe d’esclaves qui travaillaient dans un champ de cannes à quelques pas de là.

Ayant envoyé l’un des deux animaux au propriétaire de la terre sur laquelle nous avions chassé, et fait quelques largesses aux esclaves qui les avaient tués, nous rentrâmes en triomphe au Port-d’Espague, précédés de Fernando et de son Indien, assistés de deux nègres qui portaient notre gibier, et suivis d’une troupe de négrillons poussant des hurlements de joie.

Ce fut là le premier essai que je fis de mes forces.

Quelques semaines plus tard , quand mon ami Bradley jugea que j’étais parfaitement acclimaté, nous fixâmes le jour où nous devions partir pour notre grande excursion dans les bois.

C’était le 1" mars.

En conséquence, ce jour-là, ayaut été rejoints par Fernando et son Indien, amenant avec eux trois couples des meilleurs chiens qu’ils avaient pu trouver, nous quittâmes le Port-d’Espague, armés de fusils, de piques à sangliers et de coutelas, et munis de provisions de guerre et de bouche pour huit jours.

Bradley me conduisit dans son« Dogcart» : Lightfoot nous accompagnait à cheval.

Fernando et l’Indien formaient l’arrière-garde à pied, spécialement chargés du soin d’une petite charrette couverte, contenant nos habits, deux hamacs, deux gallons d’eau-de-vie, trois douzaines de bouteilles de vin vieux de Madère, quatre douzaines de porter, plusieurs jambons et langues fumées, une quantité suffisante de biscuits de mer, quelques petits objets encore et une grande cantine.

Le but de notre voyage était situé à douze lieues à l’est de la ville.

La route fut bonne jusqu’à la mission indienne d’Arima; c’est-à-dire pendant un peu plus de six lieues.

Plus tard, ce ne fut qu’un sentier à peine tracé dans l’épaisse forêt.

Nous passâmes la nuit à Arima, et je puis avouer que je dormis fort bien dans la cabane où l’on avait dressé nos lits de camp.

Le lendemain, le chemin n’étant pas praticable, soit pour des voitures, soit pour des chevaux , nous louâmes quelques Indiens pour porter notre bagage sur leurs tètes, et étant partis à pied au point du jour nous arrivâmes, après avoir fait trois lieues, au village de Toruré, qui n’est habité que par des soldats nègres licenciés.

Nous y trouvâmes une auberge assez passable tenue, par un ancien sergent, qui nous servit un excellent déjeuner composé de fricassée de poulet, de jambon, d’œufs, avec des fruits du pays, du pain de cassave en abondance et d’excellent café.

Nous fûmes rejoints en cet endroit par un chasseur mulâtre nommé Antonio, et quatre chiens de plus.

Cet homme était célèbre par ses exploits, et certes jamais je 11e vis plus belle stature.

Il avait environ trente ans et était originaire de l’Amérique méridionale; sa taille portait six pieds d’Angleterre et il était robuste à proportion de sa taille.

Après avoir pris quelques heures de repos, nous nous remîmes en route, et une marche rapide de deux lieues et demie nous conduisit au lieu où nous avions dessein de camper :

C’était sur les bords de l’Oropucho, belle rivière très -poissonneuse .

Là, nous nous occupâmes sur-le-champ de construire une cabane où, au bout d’une heure, nous fûmes confortablement assis, dinant avec du jambon frit et du vin de Madère.

Mais comment, dira-t-ou, construire en une heure

une cabane assez grande pour contenir à l’aise six personnes?

J’avoue que cela peut paraître surprenant, mais voici comment nous nous y prîmes : nous n’eûmes pas de peine à trouver quatre arbres situés de façon à pouvoir servir de pieux.

A l’aide de nos coutelas, nous taillâmes quelques poutres que nous attachâmes aux pieux avec «les sarments de vigne, que l’on appelle dans le pays des cordes à singes et qui remplacent parfaitement la corde.

Pendant que les uns s’occupaient ainsi, les autres rassemblaient des feuilles de caratta ou palmier éventail en assez grand nombre pour en couvrir le toit. Tandis que la partie de la cabane exposée au vent en fut garnie, d’autres feuilles sèches jonchèrent notre plancher de terre, nos hamacs furent suspendus, et quand tout fut terminé, nous contemplâmes notre ouvrage avec orgueil et plaisir.

Dès que nous eûmes dîné, nous jetâmes un coup d’œil autour de la campagne, nous fîmes nos arrangements pour la chasse du lendemain; puis, après avoir bu une bouteille de vin et fumé un cigare, nous nous couchâmes dans nos hamacs en nous berçant doucement par la pensée des plaisirs qui nous étaient réservés.

Dans le cours de la nuit je fus réveillé en sursaut d’un profond sommeil, par une circonstance assez alarmante.

Il me semblait sentir un battement d’ailes sur mes joues, et quand je passai la main sur ma figure, j’entendis distinctement le bruit d’un oiseau qui s’envolait.

Je donnai sur le champ l’alarme , et le briquet ayant été battu, je reconnus que je venais d’être mordu par un vampire, à un pouce environ au-des-

sus de l’œil droit, et que le sang coulait en abondance de la blessure.

Bradley avait aussi été piqué au gros orteil, quoiqu’il ne s’en aperçût pas dans le premier moment, et tout son hamac était trempé de sang.

Etant par bonheur muni de charpie, nous eûmes bientôt bandé nos plaies et quoique Antonio s’efforçât de nous tranquilliser en nous assurant que de pareils accidents sont fort rares, j’avoue qu’il ne mer fut plus possible de me rendormir de la nuit; il me semblait toujours entendre les ailes du vampire.

Au point du jour nous nous levâmes, et après avoir pris une tasse de café noir et un biscuit. Bradley et moi nous sortîmes pour aller à la recherche de quelque gibier ailé, tandis que Lightfoot et l’Ipdien se mettaient à pécher.

Fernando resta pour garder la cabane.

Nous ne tardâmes pas à rencontrer mie troupe de plus de douze powis ou dindons sauvages, et nous en mimes sept dans notre gibecière.

Un peu plus loin, nous trouvâmes une volée de perroquets verts (psittacus œstivus), dont nous abattîmes six du haut d’un arbre où ils s’étaient perchés.

Ces oiseaux, joints à une demi-douzaine de pi-

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geons ( columba speciosa), à un porc-épic et à deux agoutis, furent les résultats de notre excursion matinale.

Après une absence de deux heures, nous retournâmes à la cabane, où nous trouvâmes que Liglitfoot avait rapporté quatre beaux poissons, dont trois brochets.

Nous fîmes un excellent déjeuner de nos poissons cuits au court bouillon, et de nos pigeons rôtis à la crapaudiue, notre repas se termina par une bonne tasse de café.

Notre projet avuit d’abord été de faire sortir nos chiens des que nous aurions déjeuné, et d’aller à la recherche de quelques peccaris ou sangliers; mais Bradley souffrait des douleurs assez vives, par suite de la morsure du vampire, aussi nous remîmes cette excursion au lendemain, et après une courte sieste, nous partîmes pour aller ramasser une espèce de versappelésdes«grougrous»,et recueillir du miel et de la vanille, ce qui ne nous promettait qu’un faible amusement pour notre journée.

Mais à peine étions nous parvenus à deux cents pas de notre cabane, que nous aperçûmes, assis dans les branches d’un grand arbre, une trentaine de gros singes rouges.

Nous commentâmes sur-le-champ un feu de file qui leur fit peu de mal, car notre plomb n’était pas assez fort.

Ils se sauvèrent tous, à l’exception d’une femelle que nous avions atteinte et qui tomba avec son petit attaché à son sein comme un enfant à celui de sa mère.

A quelques pas plus loin, nous sentîmes tout à coup une odeur de vanille, mais nous fûmes longtemps avant de trouver la plante qui la répandait.

Antonio la découvrit enfin : elle s’élevait en serpentant autour d’un arbre mort.

Nous eu enlevâmes une douzaine de gousses, après quoi nous nous rendîmes à l’arbre au miel qu’Autonio avait découvert dans ses précédentes excursions.

Il était creux, et la ruche était placée à quelques pieds du sol.

Pour nous la procurer, il fallut abattre l’arbre : ce fut l’ouvrage de quelques minutes seulement pour les bras vigoureux d’ Antonio, et quoiqu’il se répandit beaucoup de miel dans la chute, nous parvînmes cependant à en remplir trois ou quatre jarres.

Il ne nous restait plus alors que les « grougrous » à chercher.

Nous eu trouvâmes une ample provision dans le cœur d’un chou palmiste qu’ Antonio avait abattu un mois auparavant, dans le double but d’en manger la tète et de laisser le tronc par terre, afin qu’une espèce de gros scarabée y vint déposer ses œufs, d’où sortent avec le temps des vers ou des chenilles qui se mangent grillés, et dont le goût surpasse en délicatesse celui de la moelle la plus fine.

Ces chenilles devaient former une partie de notre diner ; et comme c'était la première fois que j’en mangeais, j’eus quelque peine à vaincre la répugnance qu’elles m’inspiraient, mais je n’eus pas à me repentir d’avoir cédé aux persuasions de mes amis, ce mets est réellement délicieux.

Le reste de notre repas se composa d’une soupe au perroquet, d’un porc-épic à l’étuvée, d’un agouti à la broche, d’un dindon sur le gril, d’un chou palmiste cuit et d’un autre cru en salade.

Nous restâmes à table jusqu’au moment où la nuit vint nous avertir qu’il était temps de chercher le repos, pour nous préparer aux exploits du lendemain.

Notre ennemi, le vampire, ne nous visita pas cette nuit; mais nous fûmes assaillis par d’autres qui, bien moins effrayants, nous tracassèrent davantage : ce furent des essaims de moustiques qui me

privèrent de repos pendant une bonne partie de la nuit.

Nous quittâmes nos hamacs au point du jour, et, laissant l’Indien pour garder la cabane, nous nous partageâmes en deux détachements.

Bradley et moi nous allâmes d’un côté avec Antonio et ses chiens, tandis que Lightfoot et Fernando partirent avec leur meute dans une autre direction.

Cet arrangement se fit par suite d’un pari, entre nos sombres chasseurs, à qui tuerait le plus de gibier.

Le détachement auquel j’appartenais avait fait environ un demi-mille quand les chiens ayant commencé à aboyer à cent pas environ de nous, nous y courûmes, et quelle fut notre surprise en voyant devant eux un énorme boa constrictor qui, la tête haute et sifflant de toute sa force, les tenait eu échec !

J’étais d’avis de tirer dessus à l’instant même, mais Antonio me retint, en me disant que je ne savais pas comment le tuer.

Il éloigna ensuite les chiens, dont l’un ayant eu l’imprudence d’approcher de trop près de sa majesté serpentine, en fut si rudement secoué qu’il se retira en hurlant de toute sa force.

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Après avoir dit à Bradley et à moi de nous tenir un peu en arrière pour lui prêter secours en cas qu’il en eût besoin.

Antonio s'avança jusqu’à huit pieds environ du monstre, dont les sifflements qui sortaient de sa gueule béante devenaient de plus en plus horri- 'bles,

Le chasseur visant avec justesse, lui envoya dans le gosier une charge de plomb qui le tua roide sur place.

Cet énorme animal avait plus de vingt pieds de long, et la circonférence de son corps surpassait de beaucoup celle de la forme de mon chapeau.

Une difficulté se présentait encore, c’était de transporter à notre cabane ce témoignage de notre prouesse, aüu que sa peau pût être enlevée et conservée.

Nous y parvînmes eu l’attachant à un long bâton ; ce ne fut pourtant pas sans peine que nous pûmes le porter chez nous, oû nous chargeâmes l’Indien de l’écorcher; après quoi nous rentrâmes immédiatement dans la forêt.

Au bout d’uue demi-heure, Autouio, qui nous précédait toujours de quelques pas, s’arrêta et lit

entendre un faible sifflement, signal convenu pour indiquer qu’il voyait du gibier.

Nous jetâmes donc les yeux du côté qu’il nous montrait du doigt, et nous aperçûmes, à environ trente pas, de nous, un troupeau d’une vingtaine de peccaris, qu’à notre étonnement les chiens n’avaient pas encore flairé.

Nous fîmes feu sur le champ : l’un d’eux tomba, et les autres s’étant sauvés, les chiens coururent après eux.

Un blessé fut bientôt rejoint et dépêché avec nos lances, et un peu plus loin nou» en trouvâmes encore quatre qui s’étaient réfugiés dans un terrier, sous les racines d’un arbre gigantesque.

Nous leur décochâmes une volée, et puis étant tombés sur eux avec nos lances, nous les tuâmes tous , mais ils avaient malheureusement fait à nôtre basset d’Ecosse, le même qui avait été maltraité par le boa, une blessure si grave que nous fûmes obligés de tirer un coup de fusil sur la pauvre bête pour mettre fin à ses souffrances.

Après cette dernière expédition , il était temps de songer au retour.

Bradley et moi nous nous chargeâmes chacun d’un peecari suspendu à une corde de singe, et notre her-

cule d’Antonio prit à lui seul sur son dos les quatre autres.

Etant arrivés à la cabane à dix heures du matin, nous y fûmes bientôt rejoints par Fernando et Lightfoot qui apportaient un jeune faucon de six semaines, un peccari et deux tatous ou armadillas.

D’après la décision de Bradley, le prix de la gageure fut adjugé à Antonio; et quand nous eûmes déjeuné, nous nous occupâmes d’abord à fumer tout le gibier de notre chasse dont nous n’avions pas besoin le jour même, puis à étendre la peau du boa pour la sécher. Nous nous couchâmes enfin dans nos hamacs pour faire la sieste.

Dès que nous fûmes reposés, nous nous remîmes en route, et revînmes en moins d’un quart d’heure avec cinq coqs d’Inde, trois pigeons, dix perroquets et deux grands aras (macaws), sans compter deux poissons que nous trouvâmes pris dans nos filets.

On peut juger par là si nous eûmes ce jour-là un splendide dîner.

Notre festin se composa de poissons, de volaille, de viande, d’insectes et même d’un reptile, car l’Indien de Fernando avait tué une guani, espèce de gros lézard qui, accommodé en fricassée, peut se comparer au poulet le plus délicat.

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Le repas terminé, nous réglâmes les opérations de la journée suivante.

Il fut décidé que nous tuerions autant de gibier que nous pourrions avant le déjeuner, et que nous repartirions ensuite pour la ville.

Ainsi que nous étions convenus la veille, nous nous levâmes avant le jour, et ayant pris notre café, suivant l’habitude, nous sortîmes, partagés encore en deux détachements.

Au bout de deux heures, nous revînmes à la cabane avec onze coqs d’Inde, neuf pigeons, quinze perroquets et un porc-épic.

Je me dispense de rendre compte du reste de notre voyage, qui n’offrit d’ailleurs aucune aventure digne d’être rapportée ; mais je ne puis m’empêcher de remarquer que lorsqu’à six heures du soir nous rentrâmes en ville, notre dogeart littéralement surchargé de gibier, les habitants du Port-d’Espagne nous contemplèrent avec un étonnement mêlé d’admiration, qui ne laissa pas de nous inspirer un juste et noble orgueil.

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