UNE CHASSE EN PERSE
ble ; et sa physionomie prenait une expression qui aurait épouvanté même le démon.
Fatteh-Ali, immobile, pâle, l’air etfaré, ne répondit rien.
— Enfant, continua Aga-Moliamed avec un accent de plus en plus sévère, ce sang ne parle-t-il pas ?
Fatteh-Ali restait toujours muet.
— Réponds, enfant, ajouta le despote, connais-tu ce sang?
— Grand Dieu, répondit encore Fatteh-Ali avec des mots entrecoupés, je ne sais rien.
— Malheureux, dit le shah, ce sang est le sang de ton père !
L’horreur de Fatteh-Ali redoubla, un tremblement convulsif agita tout son corps.
— Mon père ! s’écria-t-il.
— Oui, ton père et mon frère, dit le despote; il était aimable comme toi et imprudent comme toi... Je le soupçonnai, il devint ambitieux et rebelle, je le tuai. Yas tu sais tout à présent... Tu me connais; souviens-toi de la leçon de cette nuit. Tu peux te retirer : demain matin, avant le jour, sois sur la route de Shiraz.
En rappelant qu’il avait aimé son frère, le tyran sentit des larmes lui mouiller les yeux.
Surpris lui-mème de cette contradiction de la nature, il ne tarda pas à ctouüer un reste de faiblesse; et quand le jeune prince, prenant congé de son oncle, leva un moment les yeux sur son visage, il ne put y voir que le masque de son impassibilité habituelle.