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Conclusions

Je n'ai pas le temps d'insister. Mais il me sera permis, en abordant les conclusions, de montrer Vutilité et la fécondité de ces doctrines.

Mon distingué collègue de la Faculté de Montpellier, le professeur Bosc, vient de publier dans la Revue philosophique un important travail sur

(( l'iimlililé du \ilalisnie ». Il ne faiil j)as cxagércM' la poilée do ce lilre, piquant, (jui Irapijc suiloul parce qu'il est écrit dans la vieille Ecole de Bartliez.

Au fond, Bose proclame surtout Tinutilité des discussions philosophiques, métaphysiques et ontologiques sur le principe vital. Mais il dit, dès les premières lignes de son mémoire: » le véritable savant perçoit la nécessité supérieure de se créer des idées directrices, il veut, pour cela, garder la liberté de nouer des relations (qu'il vérifiera plus tard dans le laboratoire) entre des faits et des idées qu'aucun lien ne paraissait jamais devoir réunir ». Et, dans les dernières lignes, il annonce un mémoire ultérieur, dans lequel il montrera « de ({uelle inq)ortance capitale est, pour la médecine, la solution de la nature du problème de la vie. La façon dont on le résout, dit-il, entraîne notre conception (le la nature de la maladie et devient la véritable source de nos idées directrices en thérapeutique générale ».

Donc, mon collègue est d'accord avec nous pour proclamer que, s'il est inutile de parler en médecine de principe vital, il est au contraire nécessaire de parler de la nature des phénomènes vitaux.

Il est donc utile, en pratique, d'étudier la question posée au début de cettie conférence: la matière vivante dîffère-t-elle de la matière inerte par des caractères assez importants et assez précis pour

justifier une science (la biologie) distincte de la science physicochiniique ?

A celte question, posée sur le seul domaine de la science positive, j'ai cru pouvoir répondre, au nom de cette science: oui; les phénomènes vitaux ne diffèrent pas seulement par leur complexité des phénomènes physicochimiques; il y a une fixité dans le temps et dans l'espace, une évolution de la vie à la mort avec conservation de la forme et du type de l'espèce, une individualité et une activité propres, enfin une défense vis-à-vis de l'étranger qui constituent à la matière vivante des

caractères spéciaux, qui font obt^ir la matière vivante à des lois spéciales et nécessitent par conséquent une science spéciale.

Ces conclusions montrent l'étendue et les limites de la contribution que la science biologique apporte à la doctrine de la vie.

Les philosophes partent de ces données positives pour étudier ensuite les questions qui leur sont réservées.

C'est ainsi que Bergson, qui représente magistralement le travail philosophique contemporain sur l'essence de la vie, part d'abord des faits démontrés par le biologiste: pour lui comme pour nous, le « corps vivant est isolé et clos par la

nature elle-même , c'est un individu et, d'aucun

autre objet, pas même du cristal, on ne peut en dire autant, puisqu'un cristal n'a ni hétérogénéité

de parties ni divcrsilé do fonclioiiH »; il est a unité multiple et niuUiplicité une »; dans l'être vivant, on remarque « une admirable division du travail, une merveilleuse solidarité entre les parties, Tordre parfait dans la complication infinie » ; un contraste frappant « entre la complication à Tinfini de l'organe et la simplicité extrême de la fonction » ; « la vie qui évolue à la surface de notre

planète est attachée à de la matière elle est rivée

à un organisme qui la soumet aux lois générales de la matière inerte. Mais tout se passe comme si elle faisait son possible pour s'affranchir de ces lois. Elle n'a pas le pouvoir de renverser la direction des changements physiques, telle que le principe de Carnot la détermine. Du moins se comportet-clle absolument comme ferait une force qui, laissée à elle-même, travaillerait dans la direction inverse ».

Voilà une série de considérations communes aux biologistes et aux philosophes. Mais ensuite le philosophe s'élève plus haut et discute une série de questions inaccessibles au biologiste.

C'est ce que fait Bergson quand il étudie la notion de temps et d'espace en soi, quand il veut préciser le sens du mot fînalisme; quand il discute si, dans l'être vivant, l'harmonie se trouve a plutôt en arrière qu'en avant ». c'est-à-dire s'il y a ou non un plan « donné par avance », si l'unité de l'être vivant est « donnée au début c^mmc une impulsion » plutôt que (( posée au bout comme un

attrait » ; quand il se demande si, en biologie, il faut parler de (( lois » ou de (( direction », quand il parle de « l'élan vital » (Claude Bernard disait (( ridée directrice » et mon maître Alfred Fouillée aurait dit « l'idée-force »); quand, avec Dunan,

il pense que la vie « transcende la finalité »

On comprend aisément que je n'aborde pas ces sujets élevés, et pour cause.

D'ailleurs, en me limitant ainsi au seul point de vue de la science positive dans cette étude de la matière vivante, je reste le disciple fidèle de mon grand ancêtre Barthez, — qui, collaborateur de d'Alembert pour ï Encyclopédie, a toujours rigoureusement appliqué à la médecine la méthode de Bacon et disait: « dans la philosophie naturelle, on ne peut connaître les causes générales que par les lois que l'expérience, réduite au calcul, a découvertes dans la succession des phénomènes. On peut donner à ces causes générales, que j'appelle expérimentales et qui ne sont coiuuies que par leurs lois, que donne l'expérience, les noms synojiymes et pareillement indéterminés de principe, de puissance, de force, de faculté, etc. Toute explication des phénomènes naturels ne peut en indiquer que la cause expérimentale. Expliquer un phénomène se réduit toujours à faire voir que les faits qu'il présente se suivent dans un ordre analogue à l'ordre de succession d'autres faits qui sont plus familiers et qui, dès lors, semblent être

plus connus Dans toute science naturelle, les

liy])otlièses qui ne sont pas déduites des faits, propres à cette science et qui ne sont que des conjectures sur les affections possibles d'une cause occulte, doivent être regardées comme contraires à la bonne méthode de philosopher. »

Et, dans un grand discours sur le principe vital (1792) le chancelier de l'Université de Montpellier répète: « la meilleure manière de philosopher, celle du moins qui peut être pour l'esprit un exercice utile, consiste à omettre l'essence des choses et à débattre les liens et les rapports des phénomènes ».

(^est en m'efforçant d'applicjuer exclusivement ces principes et cette méthode d'investigation scientilicjue, c'est-à-dire en étudiant non V essence de la vie mais les liens et les rapports des phénomènes vitaux, que j'ai essayé, ce soir, de vous montrer en (pioi la matière vivante diffère de la matière inerte, comment elle est régie par des lois spéciah\s et pourquoi elle doit être l'objet d'une science particulière, la biologie, distincte de la physicochimic.

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TABLh: DES MATIEHES

I. "Vivre" Les lois biologiques de la famille et de la société humaines

Vllonilion d'Henry Bordeaux et Lettre de Paul Bourget... 0

1. Objet de la conférence: importance des lois biologiques de la famille et de la société humaines... k;

Z. Caractères biologiques communs à l'homme et aux

autres êtres vivants 19

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