‹ Vocabulaire de Haut-MaineChapitre 3 sur 19 · DE LA PRONONCIATION · texte numérisé non relu

DE LA PRONONCIATION

Dans les remarques qui vont suivre, j"ai maintenu, ainsi que par le passé, sous ce litre De la Prononciation, plusieurs observations que l'on pourrait, à très bon droit, considérer comme purement grammaticales, mais que le peu d'importance de l'ouvrage ne m'a pas permis de séparer.

A. L'accent manceau est lent, traînant et empâté; il affecte principalement ce caractère quand il s'agit de la voyelle «, dans les cas où il aurait le droit de la faire un peu longue, droit qu'il outrepasse singulièrement : il se retrouve même quand cette lettre est suivie d'une consonne répétée, et nous disons encore plus souvent IViôe que Vabbe\ et àfrcux que affreux.

Devant le g Va se change en ai : par/aige, campair/îie{l]. L'unique mot qui ne subisse pas cette loi,

(1) C'est l'ancien usage français, disais-je dans ma première édition. Il est bien certain qu'on écrivait presque généralement ainsi, il est bien certain encore que les Manceaux prononcent aujourd'hui comme on écrivait autrefois, et cet accord m'avait i»aru une raison péremptoire ; néanmoins, créer ainsi par une induction un peu forcée, une règle universelle pour le reste de la France, c'était aller bien loin, aussi loin que peut conduire la présomption quand on n'a pas position pour décider. Voici ce que m'a l'ail l'honneur de m'écrire à ce sujet M. le docteur Payen, un de nos biblio

dans noire idiome, est peut-être âge. Serait-ce parce qu'on récrivait aage ou eaqe ?

Va remplace quelquefois le, comme on va le voir à Talinéa concernant cette dernière lettre. Dans le Bas-Maine, on disait et écrivait Bas pour désigner le chef-lieu du doyenné de Bais. (Gérault, Mémoires ecclésiastiques, p. 218.)

B. Avant 17 ou Y)', le b prend souvent un e. On

philes les plus distingués, bieu connu par ses précieuses recherches sur Montaigne :

« Paris, le 17 mars 1858. — Monsieur, aussitôt que j'ai eu. « connaissance du numéro de février du Bultelin du Bibiio- « phile, j'ai fait demander à Techener le vocabulaire que « vous venez de publier, et je l'ai lu avec grand intérêt. Si « j'avais du loisir, c'est à Montaigne que je le consacrerais, « et j'ai vu avec plaisir son nom reparaître dans vos inté- « ressantes pages. C'est dans l'intérêt des recherches aux- « quelles je me livre queje prends la liberté de vous écrire. « Vous dites, page 10 : « Devant le fj, Va se dit ai : parlaige, « campaigne. C'est l'ancien usage français. » Seriez-vous « assez bon pour m'indiquer vos autorités pour la dernière « phrase ? Vous semblez admettre que d'après cet ancien (c usage on écrivait a el on prononçait ai : on écrivait donc « campagne et on prononçait campaigne, Oîi trouverai-je cela « aussi nettement formulé ? etc. »

Il me semble résulter sûrement de tout cela que, si je me suis présomptueusement prononcé sur cette question, en revanche je ne m'étais pas exprimé très-clairement, puisque je n'avais pas l'intention de dire qu'on écrivit campagne., pour prononcer campaigne, mais bien qu'on écrivait et prononçait campaigne, et que j'ai parlé tout comme si j'avais eu cette intention.

Il était impossible de relever ma double erreur avec plus d'indulgence el d'esprit que ne l'a fait M. la docteur Payen. Je lui en renouvelle ici tous mes remerciements.

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(lit bérouctte (brouette), et béluter (bluter). Voyez les lettres L et R.

C Lee final ne se prononce pas : aspi ; c'est une extension complète de l'usage français, qui se rencontre seulement dans les mots terminés en «c, et qui fait que Ton prononce : estoma, taba, au lieu de estomac, tabac. Il y a exception pour les monosyllabes : sac, pic, etc., à moins qu'ils ne commencent par une double consonne : bru, cru, cri (broc, croc, cric).

Le c est remplacé par le g dans plusieurs mots tels (lViQsegoiid{'èQç.onà.),avanger[diVKncQY),segr€t{%QcvQi).

T>. Il se supprime dans les infinitifs en dre de la ¥ conjugaison, comme on le verra (p. 21).

E. Ve muet, à la fin du dernier mot d'une phrase, se prononce avec un accent nasal et chantant. Il en est ainsi, surtout quand on appelle : un enfant qui demande sa mère semble dire ma mériii ! Cet usage de faire sentir Ve muet fait encore mieux ressortir la lenteur de notre accent, et prouve, comme je l'ai dit plus haut, qu'il devait nous distinguer du reste de la France, ou du moins de ce qui parlait bien en France, où l'on ne prononçait pas ainsi. Bonaventure Despériers nous le dit : « A propos de l'ambiguïté des mots qui gît en la prolation, les François ont une façon de prononcer assez douce, tellement que de la plupart de leurs paroles on entend point la dernière lettre. (Contes et joyeux devis, nouv. xlv). « Nous avons bien aussi cette môme façon de prolation, mais jamais quand la dernière lettre est un c muet (1).

\,1) la vray mère ot protectrice de nôtre communauté

Quand ïe est suivi d'une / ou d'une r fcelte dernière devant être prononcée, soit parce qu'elle est dans le milieu d'un mot, soit parce que l'usage le veut ainsi), on dit a. Exemples : mortal (mortel), damoisalle (demoiselle), marie { merle, quand on ne dit pas mêle), couvarteure (couverture). On verra plus bas (page 19), que l'application de cette règle se fait pour la 3" personne du pluriel des prétérits définis de la 1" conjugaison.

Dans le Bas-Maine, Vé final avec l'accent aigu se prononce comme eu\ il en est de même en Anjou, et les parties du Haut-Maine qui avoisinent ces contrées s'en ressentent quelque peu : on dit fal éteu pour fai été.

Après l'y, l'e change de position et devient le premier : en sorte que re se change en er. Voyez la lettre R.

Suivi de la lettres, redevient aigu dans les syllabes où il est ouvert en français : on dit tu é pour tu es, il é pour il est', il devient aussi quelquefois long quand ladite consonne est redoublée. Exemple : presse ou presse au lieu de presse. On dit môme aussi praisse.

V . On supprime la lettre fh. la On des mots et il n'y a d'irrégularité que pour les monosyllabes. On dit donc chéti (chétifj, beu (bœuf) ; mais aussi vif al non pas vi. Voyez la lettre I.

G ou Jf. La syllabe che, quand elle est suivie d'un

par CCS bontée. ... ; et des bonlêe doiiL vous voulez bien en sa laveur nous honorer. . . (G. Fleuby. La Visitation de Mamers, leUredu 8 septcmlire 1734.)

V, se prononce g ou /; geval ou jeval (cheval). C'est le j qui doit être de préférence employé, quand on rend par l'écriture celte prononciation, qui approche de ju. Elle est très sensible, quand le v est suivi d'un e ou d'un i\ ajuer (achever), y?«//e (cheville.

Le ^remplace le c dans quelqnesmots, ainsi qu'on l'a déjà vu. Avant l'r, il prend un u et un e; grenie7\ .'"ait guernier. (Voir à la lettre R.)

I. Devant une n ou devant un g suivi d'une w, Vi devient ei : meine (mine), veigne (vigne). Ei se prononce alors fortement.

Dans ses Variations de la langue française, M. Génin dit (page 87) qu'autrefois on écrivait prins, surprins, et qu'on prononçait pris, surpris. Dans notre province, is s'est toujours prononcé et se dit encore ins, et Vn s'ajoute même souvent ainsi à Vi ou à l'y, devant d'autres consonnes telles que m et p. Exemples : ahinme (abime), inpotèque (hypothèque).

On verra plus bas que, dans les prétérits de la l'« conjugaison. Va se remplace par Vi (page 18).

\u. On la prononce très-rarement finale quand elle suit une diphtongue : soulei (soleil), Mac/iecou (Machecoul). Précédée d'une autre consonne et suivie d'une voyelle, elle se change en / ou se mouille : piaisi (plaisir), bié (blé), sembiabieu (semblable). Ce dernier exemple m'amène à faire observer que les mots terminés en ble, font tous de même bieu. Dans d'autres cas, au lieu de se mouiller, l'/se fait précéder d'un e, comme bluet qui fait beluet, éblouir qui fait ébeluir. Ces variations tirent peut-être leur raison d'être de l'euphonie.

ÎV. Elle s'ajoute après les impératifs devant le pronom ou la particule en; domie-n-en 7noi, diles-n-en^ faites-n-en. V. En et N'en dans le Vocabulaire.

O. Dans les mots quicontienent la syllabe com, Yo disparait, excepté dans comme. Aussi on dit c'mencer, ciment, ou mieux qiCmencer, qiiment (commencer, comment), etc. Voyez Quémander dans le Vocabulaire.

Après l'r, Vo s'intervertit. Voyez la lettre R.

Devant Ts, Vo devient ou : un ans pour un 05 ; Je n'ouse pour je îi'ose. Celle prononciation se retrouve dans les mots où la lettre 0 prend un accent circontlexe destiné à remplacer nne s anciennement employée; ainsi aussitoùt qui s'écrivait «^^5S^7o5^, houtel(\\ii s'écrivait liostel.

Ce qui pourrait être dit de plus à l'égard de To, se trouve plus bas aux remarques concernantles diphtongues dans la composition desquelles il entre.

Q final ne se prononce pas à la fin de cinq ; quand le mot qui suit commence par une voyelle,^ se remplace par:;; ondil cin-z- /iom?7îes Tpour cinq liommes., comme si cinq avait un pluriel. Ti et qui ayant, au commencement et au milieu des mots, la faculté de se prononcer l'un pour l'autre (Voyez la lettre T), nous disons cm^ï'ème pour cinquième.

R.. On place Vr après Ye quand elle devrait être avant celle-ci. Ainsi crever se dit qiierver (le c se changeant en que), breton se dit berton, grenier se dit guernier, etc. Pour indiquer mieux la prononciation, je devrais écrire queurver., heurton,el gueur- W2(?r. Quand l'r, précédée d'une autre consonne, est suivie d'une double voyelle, elle prend un e pour le

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placer en avant d'elle-même; on dit bcrouette (brouette), joerfer (prier), ^er/fer (tder), etc. Quand l'r en français précède un o, comme dans provende, elle se place après Vo changé en ou ; ainsi on Aiipoiirvende. Si je ne me trompe, tous ces usages sont euphoniques.

L'r se supprime avant certaines consonnes. On dit un âbre, de la viône, une unière, pour un arbre, de la viorne et une ornière. Elle doit alors se remplacer par une prononciation plus longue de la voyelle qui la précède, comme dans tous les cas de ce genre, où l'on indique comme je viens de le faire, cette prononciation par un accent circonflexe.

Vr finale ne se prononce généralement pas, excepté dans les infinitifs des verbes en ^rou de la première conjugaison.

S. De même que dans beaucoup d'autres provinces, r^ commençant les mots avant une autre consonne, se prononce comme précédée d'un e; estatue (statue), espectacle (spectacle). Plus d'un mot, en passant du latin au français, s'est transformé d'une manière analogue : spina qui a fait épine ; spica épi;, smaragdus, émeraude ; et une foule d'autres.

Après un r à la lin d'un mot, mais seulement quand ce mot lui-même termine une phrase, on oublie tout à fait de prononcer Ys. On dit donc le mois de ma, mais aussi mars en carême.

X suivi de i se prononce qui. Le quien (tien), je souquiens (soutiens), Quionville (Thionville) etc. On dit aussi (au commencement ou au milieu des mots seulement) quenaille pour tenaille, sans doute parce que l'on quient avec. Dans le Paris burlesque

par Berthod, aux Filouteries du Poal-Neuf, on lit : Uae tabaquière de bois.

U. La voyelle ii fait eu : nous prononçons veu au lieu de vu, seur au lieu de sur. On écrivait tout au moins ainsi dans l'ancien temps ; n'aurait-on pas quelquefois même prononcé comme nous? S'il en était véritablement ainsi, le meilleur témoignage à invoquer étant celui que peut fournir la consonnance des rimes, on pourrait s'adresser à Clément Marot, dans lequel on trouverait bien plus d'exemples que je ne vais en citer.

Vng an y a (ou il s'en fault bien peu) Que par toy suis d'espérance repew.

{Deuxième Elégie.)

Je suis taillé de mourir en yuer,

Et en danger (si en yuer je meurs)

De ne veoir pas les premiers raisins meurs,

{Epîb^e au Boy pour lui redemander Vargent volé par son valet.)

Je ne fais dixain ne chanson.

Qu'en sa texte elle n'enregistre Fidellement correct et seur.

Ce sera mon petit registre, Elle n'aura plus nom ma sœur.

{Epigramme sur Marguerite d'Alençon.)

On peut encore ajouter à ces exemples le suivant tiré de Jacques Amyot :

Ne me tuez auant que je sois meure, Me contraignant d'aller faire demeure.

Entre les morts.

(Œuvres morales de Plutarque. Comment il faut lire les poètes.)

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Et encore celui-ci bien plus moderne :

Es cendres d'Alexis amour nourrit le l'eu Que iamais par nos pleurs éteindre ie n'ay peu. (Régnier, Dialogue de Claris el de Philïs.)

Notre usage cependant est en certains cas, tout à fait inverse, et nous disons Ugêne, Ut?^ope, Urope., iiculogc, au lieu de Eugène, Eutrope, Europe, eucologe ; de même pour les autres mots venus du grec et commençant parEz^

Observations. Dans tout ce qui précède, on a vu que les consonnes finales se supprimaient presque toujours. Il est bon néanmoins défaire observer qu'il y a des Manceaux, et plus d'un, qui font sentir fortement ces mômes consonnes. Ces divergents placent un e muet au bout du mot, et prononcent alors cet e comme m, mais seulement à la fin d'une phrase, ainsi que tout e muet doit le faire (V. p. 9). Pour reprendre les mots déjà cités, on dirait aspiquin (aspic), chétifin (chétif), soleilin (soleil), plaisirin (plaisir), etc.

Diphtongues et syll.\bes diverses. Dans les diphtongues, ai se prononce é : mètre se dit pour maître.

^// à la fin des mots, se dit invariablement al: portai, traval. Peut-être était-ce jadis la bonne manière de parler, beaucoup de substantifs en ail prenant, comme ceux en aU des pluriels terminés en aux.

La syllabe au se prononce fortement et comme si elle était précédée d'une aspiration : hau Mans (au Mans). Quand il y a une consonne avant cette diphtongue, on appuie ainsi en prononçant : wwîaussade, un ppdiW, comme si la consonne était redoublée.

Eau se prononce iau, dans tous les cas et comme partout ailleurs (un drapiau).

Eu se prononce ii au commencement des mots venus du grec, comme je l'ai dit à la lettre U.

Eur, suivant un autre usage bien français et bien répandu, se change en eux (un labour eux) ; et eux lui-même se change en oux (un cras^soux).

Oi se prononce tantôt op., oué, et tantôt ai ; dans presque tout le Maine, on dit moé ou mai (moi), bouère ou baire (boire). Dans sa Notice sur Jublains, M. Verger constate que dans le Bas-Maine on prononce oiiè. En somme, ce n'est pas notre pays qui pourra décider qui de oi ou de ai auradéOnitivement raison (1),

(1) Une intéressante polémique s'est ençragée, de nos jours, au sujet de ces deux syllabes. D'un côté, M. Charles Nodier et le savant auteur A\x Romancero français. ^\. Paulin Paris, veulent que nous revenions à oidont ils établissent l'antique nationalité. Ils accusent Voltaire d'avoir, en faisant adopter ai par l'Académie, consacré une anomalie, et de s'être soumis à une innovation italienne entrée en France à la suite des Médicis. (Voyez Bulletin du Bibliophile, septembre 1835, p. 3; ibid., 1838, p. 59; ibid., 1841, p. 899. — Voyez aussi Mélanges tirés d'une pelile Bibliothèque, pp. 139, 141 et 399.),

Tout comme ces maîtres, feu M. Génin, dont les jugements, bien que trop agressifs dans la forme, dénotent une érudition et un esprit remarquables, demande avec énergie qu'on régularise la langue française en recherchant ses origines dans les idiomes populaires; mais il s'inscrit vivement contre oi, aflirme que sa rivale ai se rencontre aussi souvent dans les anciens manuscrits (Voyez Récréations philolog., t. II, p. 431], et veut que Voltaire, qu'il n'amnistie pas toujours, soit justifié au moins dans cette circonstance. Je ne m'aviserai pas de glisser un choix entre des autorités de cette taille : je constaterai seulement, et sans me permettre aucune induction, qu'en Picardie, berceau de notre langue d'oil (?), on dit encore invariablement oi dans les campagnes.

Dans le Paris burlesque de Bertdod, on trouve au chapitre du Compliment des harangères de la halle, les deux rimes suivantes :

Tu veux faire de la bourgeoise, Camuse, puante, punaise.

Oign, ogn se prononcent ongn : un ongnon, la Bourgongne.

Oir finissant les substantifs, devient oué, la syllabe oi n'ayant pas dans ce cas la faculté de faire ai : ceux qui parient le pur manceau disent invariablement un /avowe (lavoir), un mouc/ioué [mouchoiv). A la fin des infinitifs de certains verbes, oir se change en as comme on le verra plus bas à l'alinéa des infinitifs.

Ois se prononce très long : ouàseau (oiseau), et en approchant du Bas-Maine ouésiau, trouas (trois), /es loués (les lois).

Pour toutes les antres syllabes, la prononciation est indiquée aux diverses lettres dont elles se composent.

Verbes. Indicatif présent. La seconde personne du pluriel subit une apocope ou une élision, quand il y a interrogation : ainsi a vous ? (avez-vous ?) aini'vous? (aimez-vous?) venvous? (venez-vous?) vafvous? (voyez-vous?) C'est comme à l'impératif.

La terminaison de la troisième personne du pluriel de l'indicatif se prononce aut ; ainsi, pour ils aiment, on dit i-z-aimant\ au lieu de ils furent, i (urant. On sait que c'est une réminiscence de la même terminaison dans les verbes latins : la grammaire romane de Raynouard prouve qu'il en était de même pour les verbes des idiomes méridionaux, qui ont conservé

encore d'une manière bien plus marquée les traditions latines. Quand cette terminaison n'est pas en ent, comme dans : ils ont, ils sont, ils vont, ils font, on à^ii : i-z-ayant, i-z-étant, i-z-allant,i faisant. Il semble, d'après cela et d'après ce qui précède, que le participe présent doive, en toute circonstance, se substituer à la troisième personne du pluriel de l'indicatif présent.

Imparfait de l'indicatif. La première personne de l'imparfait de l'indicatif se termine souvent par as au lieu de ais; j' aimas au lieu de j aimais. Nous avons une phrase de paysan ainsi conçue : Si fêtas roué (roi),/e ne bairds que de la presse, je ne mangeras que de la chiai, et je ne toucheras mes beus quo eun aiguillon d^ô (d'or). C'est encore une observation à joindre à la controverse sur ai et sur ai, puisqu'on écrivait autrefois ]étois, je mangerois, etc. Quant à la troisième personne du pluriel du même temps, on dit aiîit au lieu de aient. Exemple : i-zavaint au lieu de ils avaient.

Prétérit. La première personne du prétérit détini, dans plusieurs verbes de la première conjugaison, est tantôt régulière et tantôt terminée en is. On dit bien j'aimai, mais on dit aussi souvent j'aimis; et dans ce cas, les deux autres personnes du singulier font de même : tu aimis, il aimit. Au pluriel, on continue : nous aimî?nes, vous aimites, ils aimirant. Je me rappelle parfaitement avoir entendu cette phrase : il pafinit, il glissit, il tombit, et il se tuit. Un vieux proverbe français, qui a fourni à Nodier le sujet de l'une de ses charmantes nouvelles, disait : « Mallieureux comme le chien à Brisqnot, qui nallit qu'une

fois au bois, et que le loup mangit. » Molière, notamment dans le Médecin malgré hii, fait parler ses paysans de même. Ce sont des exemples, entre bien d'autres, qui prouvent que celte manière de parler n'appartenait pas à nos seuls compatriotes. Dans ce même temps du prétérit, la Z" personne du pluriel se termine en areiit {ils aimarent)^ sans préjudice de l'autre règle qui fait dire aussi ils aimirant comme on vient de le voir. Rabelais termine presque tous ces mômes pluriels en arent. Tallemant des Réaux (1) raconte que le maréchal de La Force et sa femme, fille du maréchal de Biron, n'avaient jamais pu se défaire de cette manière de parler.

Futurs et conditionnels. On trouvera ci-dessous aux remarques touchant les infinitifs^ une règle qui établit la suppression du d avant l'r dans les syllabes finales de ces temps, ainsi que des futurs et des conditionnels qui, comme on le sait, s'engendrent par les infinitifs.

Les troisièmes personnes se terminent au pluriel, dans le futur et conditionnel, en aiiit comme à l'imparfait.

Impératif. La dernière syllabe de la deuxième personne du pluriel se supprime en partie à l'impératif comme dans l'interrogation. Exemple : a/w'vous (aimez-vous), cr«2-vous (croyez-vous). (Voyez Indicatif préaent.)

Subjonctif. A.u subjonctif, on intercale un //ou un y avant la dernière syllabe : que je haige^ que/e baigions (que je boive, que nous buvions) ; que je saige,

(1) Historielte xxviii*'. Edition de M. Paulia Paris.

que je saigions (que je sois, que nous soyons) ; que je meige, que je meigions (que je mette, que nous mettions); que j'«^e, que ]âgions (que j'aille, que nous allions), etc. M. Génin (1) cite ces deux vers d'Alain Chartiei' :

Luy présentant un ardant cierge, Afin que je sa grâce acquierge,

et fait remarquer que le g ainsi placé fut la caractéristique du subjonctif, aucun écrivain du xii" siècle ne se faisant faute de remployer.

Présent du subjonctif. Au présent du subjonctif, la 3" personne du pluriel prend la terminaison aint, de même que pour l'imparfait de l'indicatif : qu'ils aimejaint (qu'ils aiment).

L'imparfait du subjonctif se termine en isse au présent, se conformant à celui de l'indicatif dont il est engendré ; la 3^ personne du pluriel est qu'ils aimissiaiîit.

Infinitifs. Dans le pays de Mamers, les infinitifs de la première conjugaison ou terminés en er font /, comme kiissi t^ouv laisser. Ceci me semble un usage plus percheron ou bas-normand que manceau. Le véritable usage manceau est, pour ces mômes infinitifs, de faire sentir l'r final, et de le faire son?ierre, contrairement à l'usage le plus ordinaire. On dit ainsi aimerre (aimer), poiirmenerre (promener).

Les infinitifs de la 2"= conjugaison en «r sont moins divergents de l'usage que ceux en er. On dit : couri, fini, pour courir, finir.

La grammaire française nous enseigne que le futur

(I) Récréations philologiques. T. I, p. 388.

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de Findicatif se forme de rinfinilif : or, dans les verbes de la 2" conjugaison, je tiendrai et je viendrai sonlles futurs de /e/i//' et de t?£'7i/r. Une partie des habitants du Maine rend ces deux infinitifs par tiendrc et viendre ; est-ce l'usage manceau qui a raison, et alors Tusage français aui'ait-il fait passer à la 2" conjugaison des verbes qui devraient être de la 4"?

Oir à la fin des infinitifs de la S*-' conjugaison, fait as ; ainsi 7<? ya.y vas (je vais voir); i va c/tds, i va pieu vas (il va choir, il va pleuvoir). Il est vrai que tout aussi souvent on reste, dans ce môme cas, fidèle à la prononciation ordinaire de la syllabe oi : je vas vair ou voèr^ il va chair ou choêr^ il va pieiivair ou picuvoèr.

Dans les infinitifs de la 4' conjugaison ou terminés en dre^ le d se supprime. On dit : atlenre (attendre),/jr^;i/'e (prendre). Et c'est bien seulement dans les verbes que cette règle se rencontre, puisque si Ton dit tenre un piège^ on dit fort bien du pain tendre . Elle atteint les futurs et autres temps qui s'engendrent par eux, dans les verbes des autres conjugaisons ; ainsi je vaurai (je vaudrai), je vinrai (je viendrai), je renrais (je rendrais).

Je terminerai ici ce travail sur les règles un peu fixes de prononciation, auxquelles devait déférer un bon Manceau : en le prolongeant^ je craindrais d'arriver trop souvent à des remarques qui pourraient s'appliquer à un grand nombre d'autres provinces. J'ajouterai maintenant une observation que l'on concevra facilement, c'est qu'il s'établit d'un indigène à l'autre de nombreuses variantes, et qu'elles dépendent des caprices et des habitudes de chaque localité

et de chaque individu. On s'en aperçoit surtout en approchant du Bas-Maine, dont la prononciation est moins traînante et plus nasale ; le Perche et l'Anjou ont aussi leurs influences. 11 est donc impossible d'asseoir une loi rigoureusement générale, que tendraient encore à modifier les emprunts faits auxdiles provinces par les habitants de nos frontières.

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