‹ Vocations de prophètesChapitre 8 sur 10 · XX, 14. — 2? XX · texte numérisé non relu

XX, 14. — 2? XX

nom, il y a dans mon cœur comme un feu dévorant qui est renfermé dans mes os; je n’eflorce de le contenir et je ne le puis!. »

« Je ne le puis!» Vingt et un siècles plus tard, un autre grand serviteur de Dieu, devant une assemblée des grands de cette terre, a employé à peu de chose près la même formule : « Je ne puis autrement, » a dit Luther. Dans le cœur de Jérémie, comme dans celui du grand réformateur allemand, il y avait cette puissance souveraine, irrésistible, destinée à triompher envers et contre tous, la puissance de PEsprit. Ce feu sacré contenu dans nos os, nous nous efforçons de le refréner, nous tâchons de nous y soustraire, nous cherchons si nous ne pourrions pas « faire autrement. » — « Je ne le puis. » Plaindrons-nous Jérémie ? le plaindrons-nous d’avoir été, pour ainsi dire, l’esclave, la victime de cette force supérieure? Le plaindre! Oh! bien plutôt l’envier, le féliciter, l’admirer, l’aimer, et souhaïter qu’il en soit de même pour chacun de nous. Puissions-nous, en présence des passions et des luttes humaines, sentir en nous cette puissance suprème, victorieuse, ce feu sacré renfermé dans nos os! Peut-être essayons-nous, dans notre ingratitude, d’y échapper, de le contenir; mais bientôt nous voyons que nous ne le pouvons pas; que ce feu est plus ardent que nous ne le pensions et

1 XX, o.

avec moi comme un héros puissant... C’est à que je confie ma cause. Chantez à l'Eternel, 1 PEternel!!... »

chacun de nous, ce “fn sacré de la Porte des purifie, vivifie et sanctifie, et répétons cette See d’un poète chrétien?:

Qu'un feu nouveau s'allume - Par ton amour en moi, :

Et dans mon cœur consume Ce qui n'est pas à toi!

Accepte mon offrande, Bien-aimé Fils de Dieu, Et que sur moi descende La flamme du saint lieu!

Amen!

UXX, 11-13.

? Théodore Monod.

LA VOCATION D'ÉSAIE

L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple. Des séraphins se tenaient auprès de lui; ils avaient chacun six ailes, deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils se servaient pour voler. Ils criaient l’un à l’autre, et disaient: Saint, saint, saint est l'Eternel des armées! Toute la terre est pleine de sa gloire! Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.

Alors je dis : Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont souillées, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont souillées, et mes yeux ont vu le Roï, l'Eternel des armées. Mais l’un des séraphins vola vers moi tenant à la main une pierre ardente, qu'il avait prise sur l’autel avec des pincettes. Il en toucha ma bouche et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée et ton péché est pardonné.

Et j'entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je et qui marchera pour nous?

Je répondis : Me voici, envoie-moi.

Il dit alors: Va, et dis à ce peuple: Vous en-

verrez et vous ne saisirez point. Rends insensible le cœur de ce-peuple, endurcis ses oreille

de ses yeux, n'entende point de ses oreilles, ne comprenne point de son cœur, ne se conver: tisse point et ne soit point guéri.

Je dis : Jusques à quand, Seigneur ?

dévastées et ee d'habitants; jusqu’à ce qu’ ny ait personne dans les cure et que le pa sf

‘un dixième des habitants, ils seront à leur to anéantis. Mais, comme le térébinthe et le chê

conservent leur tronc quand ils sont abatt

une sainte postérité renaitra de ce peuple.

. Esaïe VI, I-I

Vs

Vous vous êtes aperçus que, dans cette | sé d études qui nous réunissent dans ge Se nou

dant le < cours Kaesa âges, mais au costa en LA montant. Nous avons commencé par Ezéchiel, do la vocation s’est ue au début du sixiè:

où la ville de Jérusalem existait encore; il s’es écoulé une demi-douzaine d’annéés avant qu’elle fût détruite et que £ royaume de er fût définitive=.

ÉSAÏE - CSS Toutefois si, lors de la vocation d’Ezéchiel, la ca- * tastrophe finale n’avait pas encore eu lieu, Juda avait déjà perdu son autonomie, son roi n’était plus qu’un vassal du puissant empire chaldéen et l'élite de la population avait été déportée en Babylonie. Ezéchiel était du nombre de ces exilés, et c’est au . sein d’une colonie de Juifs déportés sur une terre païenne, après de grands cataclysmes, après toute une succession d'événements lugubres, que Dieu l’appela à remplir le rôle d’une sentinelle!, pour exhorter ses compatriotes, pour ranimer leur courage et pour les ramener dans le sentier de lobéis- . sance et de la foi. Sa tâche était de combattre la . douloureuse indifférence qui s’était emparée d’eux, et de les faire sortir du sombre découragement, du désespoir qui paralysait leurs forces, et semblait . rendre vaine de leur part toute tentative de retour du côté du service de Dieu. .

Avec Jérémie, — quoiqu'on puisse dire qu’il … était le contemporain d’Ezéchiel, — nous sommes déjà remontés à une époque un peu plus ancienne, mais de quelques années seulement. Sa vocation . s’est produite dans les premières années du règne de Josias, vers lan 628 avant Jésus-Christ. Son champ d'activité, le théâtre sur lequel il s’est acquitté de sa mission, c’est Jérusalem, où se déchainaient alors des passions d’autant plus violentes 1 Ezéch. I, 17; XXXII, 7.

que la crise suprême approchait. Jérémie s’est levé

comme le matelot placé en vigie et qui crie à l’ins= tant où le naufrage est imminent, il signale les écueils et les brisants sur lesquels le navire va se briser; en l’écoutant, on comprend que c’est l’heure décisive qui va sonner et que c’est aussi l’occasion dernière de se repentir et de retourner à l'Eternel.

Le ministère d’Esaïe, que nous avons à envisager aujourd’hui, nous fait franchir plus d’un siècle, en remontant le cours des années, jusque vers 740, «en l’année de la mort du roi Ozias. » Et si nous voulons fixer nos souvenirs par voie de comparaison, il est une date bien connue qui coïncide presque avec celle-ci: c’est celle de la fondation de Rome. Voilà l’époque où nous devons nous reporter pour nous trouver en face de la grande

figure du prophète Esaïe, fils d’Amots. Il s’en fallait”

encore de beaucoup que Jérusalem approchât de sa fin; on pouvait croire que le royaume de Juda était assis sur une base solide. Oh! sans doute, les passions humaines, les basses convoitises, les appétits pervers régnaient alors, comme plus tard; déjà la gangrène avait envahi les membres du peuple, déjà la corruption avait fait de grands ravages dans toutes les classes de la population.

Pour un homme attentif à la voix d’En haut, le

t Esaïe I, 56, 21-23, etc.

{ ; us ei =

ÉSAÏE s7

mal était déjà si profond qu'il pouvait sembler irréparable; mais la ruine n’était point encore prochaine.

. Dans la personne d’Esaïe, nous avons un prédicateur de la justice, de la repentance et de la vérité et avant tout de la nécessité d’être saints, comme Dieu est saint ; nous n’avons pas encore un prophète de malheur, à la façon de Jérémie, qui annonce que, dans peu d'années, du vivant de la génération à laquelle il appartient, viendra la catastrophe. C’est … dans l’année où finit le règne d’Ozias que nous » transporte le chapitre que nous avons lu tout à Pheure. Ce chapitre nous montre une vision d’Esaïe, analogue jusqu’à un certain point à celle qui inaugura le ministère d’Ezéchiel!, mais bien différente à d’autres égards. La vision d’Ezéchiel nous est dé- « crite d’une façon détaillée, circonstanciée, et pour- “ tant, somme toute, elle ne se détache pas d’une “ façon très nette. Ici, au contraire, nous avons un tableau d’une simplicité, d’une sobriété extraordiaires, et d'autant plus grandiose que quelques “traits suffisent à le dépeindre.

& J'ai vu le Seigneur, » dit Esaïe. Il aperçoit la “majesté sublime de Dieu sur un trône qui se dresse dans le ciel à une hauteur incommensurable. Telle 1 Ezéch. l; comp. VIII-X.

seul se Dee à ses, yeux ? R Autour de cette figure, que pour de bonnes r:

. sons Esaïe ne nous décrit pas, mais dont il no indique seulement la mystérieuse présence, il aper= çoit des êtres symboliques, des êtres qu’il appelle des séraphins et sur la nature-desquels il ne no

Dieu ne vers l'Etre que les séraphins al C’est la seule mention de ces êtres supra-terrestr

que nous rencontrions dans PEcriture; nous ne sas vons rien de plus à leur. sujet, et par conséquent toutes les hypothèses qu’on a pu émettre à ce pro= pos sont dépourvues de fondements seen

n’est pas leur nature, ce n’est pas leur maniè

d’être, ce n’est pas l’étymologie de leur nom qui doivent nous préoccuper. Pour nous, comme pour

sterné éntendit sortir de leur bouche, alors qu’ils répondaient les uns aux autres dans une attitude déférence que marquaient leurs ailes repliées sur r corps. Ces paroles, le prophète les a recueillies,

u travers des siècles, elles ont retenti de géné-

on en génération comme l’hommage rendu à la inité toute-puissante : « Saint, saint, saint est ternel des armées; la terre est pleine de sa gloire.»

ette formule trouve un écho, que je tiens tout

culièrement à vous signaler et que je ne puis as croire involontaire, dans les premiers mots de prière que le. Seigneur a enseignée à ses disles et que l’Eglise chrétienne redit d’âge en âge.

Ta RC ere À pri “ : . | séraphins disaient: « Saint, saint, saint est

ernel ! » et nous disons: «Que ton nom soit fié ! » Ils disaient ensuite : « Toute la terre est de sa gloire! » et nous disons: « Que ton vienne ! que ta volonté soit faite sur la terre

omme au ciel! »

Jouïe de ces paroles célestes, qu'Esaïe comd, — car ce langage n’est point inintelligible,

le fumée et d’obscurité. Le majestueux tableau, envu tout à l'heure, se dérobe aux regards ; les yeux

« Saint, saint, saint ! » Et terrassé, confondu, il s’écrie: « Malheur à moi! je suis perdu,

‘armées !» Ce qui l’étreint et l'écrase, c’est le timent de son péché! Et je ne puis m'emp quelle que soit la grandeur des serviteurs d dont nous parlions dernièrement; en

je ne puis m nées de constater et dde devant vous qu’il y a en ee. Dane dl

et ne aussi ont frémi Hs Dieu à à caus . * - À - . x | leur faiblesse, parce qu’ils sentaient l’inanité de |

Sans due mais aussi, mais surtout ce cl de plus significatif, de plus indispensable : le st ment de s son péché !

lèvres que le reste du corps? Parce qu’Esaïe vient d'entendre les séraphins: il vient d’entendre ces

êtres célestes qui de leur bouche pure et sans tache

osent dire, sans qu'il y ait d'accusation implicite portée contre eux: « Saint, saint, saint est l’Eternel ! » Il voudrait, lui aussi, pouvoir dire ce qu’il sent, ce qu'il adore; mais non, l’organe dont il a besoin, l'organe de la parole, il n’ose pas s’en servir, il n'ose pas profaner la sainteté divine en ap-

| un témoigna éré avec des lèv ortant un témoignage proféré avec des lèvres

souillées, -avec les lèvres d’un homme qui vit au milieu d’un peuple dont les lèvres aussi sont souillées. C’est le sentiment de son impureté, de sa cul-

pabilité écrasante qui pèse sur lui, et ce peuple qui

ose s'appeler «le peuple de Dieu » n’est pas vrai-

» ment le peuple du Dieu saint.

… Esaïe s’écrie: « Malheur à moi, je suis perdu! »

nn 7;

Oh! ce cri! ce cri du cœur et de la conscience! nous échappe-t-il à nous aussi? le poussons-nous,

"nous aussi? non pas dans une vision, — ce n’est

pas nécessaire, — mais au cours des expériences quotidiennes de notre vie ! Autour de nous retentit lé témoignage, rendu de tant de manières diverses,

“qu'apportent à Dieu les créatures animées de son

“esprit et auquel s'associent les œuvres muettes de

la création!, et qui se résume dans ces mots:

“@ Saint, saint, saint est l'Eternel ! » Ah! si la

LPS XIX, 2-4.

que nous aussi nous prenions ce témoignage,

pas à la légère, mais au sérieux, mais au trag

comme Esaïe, et que nous sachions nous écr Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un.

homme souillé et j'habite au milieu d'un peu souillé ; je fais partie : une Has es

dt subsister. dé suis !

C’est sous cet angle, sous dl

que Dieu est apparu à Esaïe et qu'Esaie l’:

clamé ; il n’est pas sans intérêt, ni sans importai de savoir en quels termes spéciaux il parle de. - Différent des autres prophètes, il emploie fré ment cette expression : « Le Saint d'Israël. »

Ps un. si ob n qui revient souven

nous sommes appelés à te après lui.

LHab' I; ur3,.

Dans sa vision, un de ces êtres qui venaient de “proclamer la sainteté divine se détache de ses sem- | blables, se saisit d’un charbon ardent ou d’une | pierre devenue brûlante à la chaleur du feu allumé Er autel, et, d’un attouchement symbolique, il

. effleure ces pauvres lèvres pécheresses et souillées.

I! les touche, et Esaïe entend la voix consolatrice qui lui dit : « Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée et ton péché est pardonné. »

… La sainteté divine n’éclate jamais d’une façon plus puissante que quand le péché est pardonné. à Esaïe a vu Dieq sous un que PRG EIRES ie a re-

TU

. dans le livre d’Esaïe QE nous trouvons cette magnifique promesse: « Sivos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine!. »

… Nous avons de la peine, n'est-il pas vrai, à ne D 1 I, 18.

CEE

pas nous représenter Esaïe comme écrasé par toutes ces émotions successives, que lui causent le senti= ment de la sainteté de Dieu, la conviction de son péché et la joyeuse assurance que sa souillure est effacée. Il nous semble qu’il va succomber à Pexcès

même de son bonheur. Mais si Esaïe fléchissait, ses

émotions seraient stériles, et Dieu ne veut pas qu'il en soit ainsi : les émotions qui nous viennent d’En haut ne doivent pas demeurer stériles. Dieu veut au contraire qu’elles soient fécondes ; 1l veut que

notre conscience et notre volonté les transforment

en expériences et en activité. Ce n’est pas toujours” le cas, hélas! et il y a là pour nous un danger au

quel nous ne saurions être trop attentifs. Que den fois, au sortir d’une prédication entrainante, d’une

conférence suggestive, d’un bienfaisant entretien avec des frères, ne nous sommes-nous pas sentis

émus, illuminés, réchauffés, bénis ? Puis, peu après, impression s’est effacée, la chaleur s’est atténuée,= la clarté s’est affaiblie. Qu’en est-il resté? Une res* ponsabilité plus grande, une culpabilité de plus. EM

faudrait, au contraire, que le don que Dieu nous

fait de sa grâce et de son esprit se traduisit en actes et en service pour nos frères. Voilà la volonté su

prème, voilà ce que Dieu demande de nous.

L'occasion s’en présente immédiatement pou

Esaïe, car pour lui comme pour nous, ce ne sont pas les occasions qui manquent. À peine les paroles |

k Abe :

x RER à Ha: "a,

‘ge

du séraphin avaient-elles atteint son oreille, qu’il en- ; tendit une voix plus auguste, plus majestueuse, qui |

n'était plus la voix d’un être créé, mais celle du

Créateur lui-même. Que lui dit-elle ? Que perçoit, |

en l’écoutant, le sens intime du serviteur de Dieu ?

# — Une question, une double question, qui constitue pour lui,pour son cœur, pour sa conscience, un appel ! auquel il faut qu’il réponde. « Qui enverrai-je, et qui |

marchera pour nous ? » dit la voix d’En haut, et nous |

ne notons aucune hésitation chez Esaïe, aucun embarras, aucun doute. Il répondit : « Me voici, envoie-moi ! » Il est difficile de réduire à un plus petit nombre de mots un appel divin et une réponse de

la créature ; il est difficile d’être à la fois plus simple : et plus éloquent qu'Esaïe, quandil prononce ces |

quatre mots : « Me voici, envoie-moi! »

Que nous sommes loin des tergiversations et des résistances d’un Jérémie ou d’un Ezéchiel ! Ici pas trace d’arrière-pensée : Esaïe est appelé, il répond comme un soldat prêt à marcher à la voix de son chef. C’est qu'Esaïe est une âme ardente, enthousiaste, prompte à s’enflammer pour l’accomplissement d’une œuvre noble et sainte, son dévouement est sans réserve: nous l’admirons, nous Pen félicitons, nous voudrions limiter.

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se? PE

Toutefois, — et peut-être cette pensée a-t-elle traversé votre esprit, — la question qui se pose, que nous ne pouvons nous empêcher de nous poser, est celle-ci: Le prophète n'est-il pas victime d’une … illusion, d’un entraînement irréfléchi? N°y a-t-il pas ; de sa part quelque présomption à parler ainsi? son zèle a-t-il autant de profondeur que d’élan ? n’est= ce pas un de ces feux de paille qui flambent avec éclat, et qui bientôt s’éteignent ? Quand nous nous souvenons de la facilité avec laquelle les apôtres se … sont levés à la voix de Jésus, de l’élan avec lequel un Simon Pierre l’a suivi; quand, au fur et à mesure que nous lisons les Evangiles, nous notons les … défaillances de lapôtre, sa chute et son douloureux 0 repentir ; quand nous le voyons, derrière la porte, … pleurer amèrement sur son lâche et lamentable reniement, sur son infidélité honteuse, sur l’effon- Re drement de sa vie, nous nous demandons: La pro- < messe d’Esaïe est-elle de bon aloi? Il fallait que ” Dieu le fit passer par le icrible, qu’il le soumiît à une à épreuve pour faire ressortir la valeur ou la vanité

! de ses paroles. Et voici, en réponse à son empres-

sement et à sa bonne volonté, c’est une parole gla- … çante qu’Esaïe entend de la bouche de Dieu : « Va, et dis à ce peuple: Vous entendrez et vous ne comprendrez point; vous verrez et vous ne saisirez point. Rends insensible le cœur de ce peuple, en-

durcis ses oreilles et bouche-lui les yeux, pour qu'il

ne voie point de ses yeux, n’entende point de ses oreilles, ne comprenne point de son cœur, ne se convertisse point et ne soit point guéri! »

Pas de douce espérance, mais des réalités toutes

crues, de tristes et brutales réalités ; l’endurcisse-

ment, l'indifférence impassible, l’ingratitude irrévocable. De sa part, des efforts renouvelés, multipliés à l'infini, et, comme résultat, des oreilles fermées, des yeux bouchés, des cœurs insensibles ! Et encore, et toujours, et partout, il se heurtera à des portes qui demeureront closes, ou qui se refermeront aus-

sitôt qu’elles auront été ouvertes ; il aura devant lui

des yeux frappés de cécité, des oreilles sourdes, des cœurs quine voudront pas se convertir et être guéris. Des années, des dizaines d’années se succéderont, son ministère durera une vie entière, et au bout de cette longue carrière, il n’aura partout re-

cueilli que froideur, indifférence et révolte contre

Dieu. Voilà les perspectives que, loyalemement, Dieu révèle à son prophète. Ce qu’il lui promet, ce n’est pas la réussite, c’est un labeur austère et infécond ; ce qu’il lui demande, c’est la fidélité.

L'épreuve est dure, elle est terrible, mais elle est comme une pierre de touche. Et nul n’en saurait trouver une qui fût plus efficace.

Que va faire Esaïe ? Nous l’attendons, nous dressons l'oreille, prêts à recueillir les plaintes, les gémissements, les supplications qui jailliront de ses

PA

lèvres. Et nous entendons une parole qui, sous sa forme interrogative, est une parole de foi. « Jusques à quand? » Dieu n’a pas parlé d’un terme à Pindifférence, à l’endurcissement de son peuple. Mais Esaïe ne peut faire autrement que de croire à des temps meilleurs. Il admet épreuve et le châtiment et les accepte avec humilité, mais il conserve au fond du cœur l’espoir indestructible d’un triomphe final de son Dieu. Et sa foi ne se laisse .point abattre : au travers de tant d’années qui ne lui apporteront que déceptions sur déceptions, il n’abandonnera pas son espérance.

Alors que lui-même sera descendu dans le tombeau et aura remis à d’autres la tâche de poursuivre son ministère, après une attente dont il est impossible de mesurer la durée, peut-être qu’à l'horizon lointain, là-bas, tout là-bas, une pâle lueur apparaîtra, comme l’aube d’un temps meilleur, d’un temps béni. Esaïe l’a désiré, non pas pour lui-même, pour sa satisfaction personnelle et pour sa gloire, mais pour celle de Dieu et pour l’affermissement de son règne. Quand le temps de l'épreuve aura pris fin, le Soleil de la justice inondera la terre de ses rayons, et Esaïe n’a pas trop présumé de Dieu. Sans doute, il faudra attendre dans les larmes : cette population va être décimée et le reste qui survivra passera à son tour par le creuset de l’épreuve. Mais quand la dernière heure aura sonné, il subsistera

ÉSAÏE 69 pourtant encore un tronc dont les racines plongent dans le sol : le vieil arbre de Juda ne périra point, il reprendra vie; « une sainte postérité renaîtra de ce peuple. »

Pendant quarante années, au travers des luttes et des persécutions, Esaïe a été sur la brèche, rendant son témoignage avec fidélité. Il avait entendu les séraphins ; l’attouchement du charbon ardent sur ses lèvres avait été pour lui le gage du pardon divin, et Dieu lui avait dit : « Va, parle à ce peuple! » Il était allé, il avait parlé de sainteté et de pardon, et il était mort à la tâche sur le champ de bataille, avant d’avoir vu luire le jour nouveau, avant que lPaurore tant désirée eût dissipé les ténèbres. Mais nous savons que son espérance en Dieu n’a pas été vaine et que la puissance de Dieu s’est montrée plus forte que l’endurcissement de ses créatures. Dieu veuille que nous emportions avec nous jusqu’à notre dernier soupir la foi et l’espérance d’Esaïe ! Qu'il en soit ainsi !

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