LA VOCATION D'AMOS
Amatsia, prêtre de Béthel, fit dire à Jéroboam, roi d'Israël: Amos conspire contre toi au milieu de la maison d'Israël; le pays ne peut supporter toutes sés paroles. Car voici ce que dit Amos: Jéroboam mourra par l'épée, et Israël sera déporté loin de son pays.
Et Amatsia dit à Amos: Voyant, va-t-en, fuis dans le pays de Juda; manges-y ton pain, et là tu prophétiseras. Mais ne continue pas à prophétiser à Béthel, car c’est un sanctuaire du roi, et c’est une maison royale.
Amos répondit à Amatsia: Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète ; mais je suis berger et je me nourris des fruits du sycomore. L’Eternel m'a pris de derrière le troupeau, et l'Eternel m'a dit : Va, et prophétise à mon peuple d'Israël.
Amos VII, 10-15.
Plusieurs d’entre vous, mes frères, se sont sans doute demandé avec un certain étonnement pourquoi, dans la série des sujets que nous traitons ici,
c'était le prophète Amos qui arrivait en quatriè lieu, et non pas celui que vous attendiez peut:
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gique et critique; elles sont relatives aux caractè particuliers du livre de Daniel, à la place à part” qu’il occupe dans la Bible, — dans le canon breu il n’est pas classé dun les ae
lève cet écrit. :
Mais, sans entrer dans ces considération
vous indiquer deux raisons pratiques, du d historique, psychologique et religieux, qui vo expliqueront pourquoi Daniel n’avait pas qual pour. figurer dans la succession des études nous poursuivons ensemble. 4 En premier lieu, c’est du ministère des phètes que nous avons à nous occuper. C Ezéchiel et avant lui Jérémie, et auparavant er Esaïe, ont eu, dans toute la plénitude du t
tenue sur leur entourage, prèchant, exhortant, prenant au nom de Dieu, remplissant l’office héraut, de sentinelle, on ne pourrait en dire autant | de Daniel. 5
en cation, de leur entrée dans la carrière que Dieu a tracée pour eux, et de leur état d’âme à ce mo-
ent solennel. Or, nous ne savons ni dans
Îles circonstances Dieu a appelé Daniel pour première fois, ni quels sentiments cet événeit a fait naître en lui. Pour Amos, au contraire, ous le savons. | N’est-il pas opportun d’ailleurs, et je dirai plus, st-il pas juste, de faire une place, dans cette de quatre dimanches, à un représentant de douze prophètes que l’on qualifie couramment «petits », souvent sans se rendre un compte t de la signification de cet adjectif? Il ne e pas à leur grandeur religieuse et morale grandeur de la mission qu’ils ont eue à . D'une façon beaucoup plus prosaïque, il P ppliq e au volume de leurs écrits, au nombre a; es que renferme le livre qui, dans la Bible,
Sachez-le bien, ce sont de grandes figures que celles de ces soi-disant «petits» prophètes. Et il
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se trouve que justement Amos peut à bien des égards être considéré comme leur représentant le plus attitré, par le fait qu'il est le plus ancien parmi eux et, d’une façon générale, le plus ancien, des prophètes-écrivains d'Israël. Avant lui, nous avons d’autres prophètes, dont la biographie nous est connue: Moïse, Samuel, Elie, Elisée. Maïs, lé livre d’Amos est plus ancien que tous les autres recueils de prédications prophétiques. Pour nous reporter à son époque, il nous faut remonter dans l’ordre des temps encore plus haut que nous Pas vons fait jusqu'ici. Pour aller d’Ezéchiel et de Jérémie à Esaïe, nous avons eu plus d’un siècle à franchir; il faut remonter d’une vingtaine d’années encore pour passer d’Esaïe à Amos, c’est-à-dire de 740 à 760.
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Je me félicite beaucoup d’avoir à vous parler d'Amos, car j'ai l’impression qu’en nous occupant de lui, nous verrons disparaître telle ou telle réserve, telle ou telle objection tacite, que pourraient vous avoir suggérée nos trois études précédentes
Celles-ci pourraient toutes trois se résumer dans le fait d’un homme entendant la voix de Dieu, qui d’une manière catégorique, impérative, irrésistible, lui enjoint de se mettre corps et âme à son service, de se consacrer entièrement à sa cause et
d’être au milieu de ses contemporains, que ce fût parmi les exilés, comme Ezéchiel, ou parmi les ‘habitants de la Judée, le témoin, la sentinelle, le porte-parole de Jéhova. En étudiant ces pages de la Bible, nous n’avons pas seulement pour but de mous instruire, mais de nous stimuler, de nous encourager, et nous entendons la voix d’'En haut qui nous dit: « Va et fais de même. » Volontiers nous obéirions, car « l'esprit est prompt. » Mais, hélas! nous nous heurtons à des obstacles et nous re-
- culons, car « la chair est faible. »
Toutefois nous n’osons pas nous refuser totalement: ce serait une rébellion ouverte. Mais nous cherchons à nous dérober adroitement, en alléguant des raisons, de mauvaises raisons peut-être, mais enfin des raisons spécieuses et plausibles.
Nous ne faisons pas de difficultés pour nous écrier : “C'ést très bien, c’est très beau! un Ezéchiel, un - Jérémie, un Esaïe! Mais aussitôt nous ajoutons: Ce
“ sont des hommes à part, qui, par leur naissance, par leur préparation, par l'air ambiant, étaient “pour ainsi dire — et du reste Dieu le dit expli-
citement à Jérémie — des hommes destinés à la
“carrière qui s'ouvrait devant eux. C'était, pour
employer un terme très moderne, des professionnels du prophétisme. Ezéchiel était un prètre, Jérémie un fils de prêtre; et, quant à Esaïe, s’il Métait pas de race sacerdotale, il appartenait, à
ain Éd ni doit lité Gé
et valable; mais acceptons-la provisoirement ; cédons, si vous SE voulez, que tous les kon at :
à propos de ces trois ee on pourrai encore ie réserves d'un Sn ordre; Of our
tu diras, c’est moi qui le je FE A sera la parole de Jéhova. Ou encore j'atte voir, comme ed se dessiner deapis
ment impressionnante, qui lui Fale le Très-Haut
J'attends ma vision! Quand ces spectacles nr
mon âme, alors je pourrai dire: « Me voici ! » J'accepte encore cette observation, quoique, pr
LEP fe autre. ee. J'espère qu'avec a de de Dieu vous aurez la preuve qu’Amos ré-
[o) victorieusément à l’une comme à l’autre.
1. . nom a cette ville se trouve rattaché Sent du patriarche Jacob, qui, ayant quitté te paternelle et se rendant au lointain pays 5 ancêtres, s'arrêta ici pour la nuit et posa % ête sur une pierre au bord du chemin. C’est là lil eut un songe, qu’il vit les anges monter et ire, établissant une incessante communi- Dr entre la terre et le ciel.
éthel était devenu un lieu saint. Jéroboam!
t fait, ou cherché à en faire, un concur- 5e e Jérusalem, un sanctuaire rival, où on célé-
ait le culte de A comme sur $ colline
la figure d’un taureau, symbole de puissance, on avait représenté Jéhova, le Dieu d'Israël. Autour de cette image, des fêtes se célébraient;. des fêtes Joyeuses, pour commémorer des anmiversaires historiques et, davantage encore, pour, marquer le retour des travaux annuels de l’agricul=" ture, la moisson, la vendange, la récolte des fruits. Si nous essayons de nous introduire dans le parvis, de nous approcher de lautel et du temple, nous” apercevons là, donnant ses ordres, présidant aux grandes cérémonies, un homme revêtu d’habits pontificaux, portant donc tous les insignes d’une haute dignité ; un homme qui, selon toute vraisem= blance et sans aucune espèce d’hésitation, aurait été désigné aux étrangers de passage à Béthel comme | étant la grande figure religieuse de cette ville sainte Vous me direz peut-être que je vous mène encore une fois auprès d’un prêtre! — Oh! permettez, ce n’est pas auprès de ce grand dignitaire que je prétends vous mener; mais j'ai besoin de lui, cars c’est un des deux interlocuteurs du dialogue quiva s'engager et dont nous serons les témoins. Ce“ n'est pas auprès du prêtre, d’Amatsia, que je vous conduis, ou plutôt, que Dieu nous conduit. Laissons ce pontife diriger ses rites pompeux, laissons-len trôner dans les solennités et présider dans lés festins qui accompagnent les sacrifices. Une figure beaucoup moins imposante en apparence et beat=
oup moins entourée en tous cas, mérite d’attirer s regards. C’est un campagnard, qui porte le
troupeaux de son père; c’est là que Jeana vu s’écouler sa jeunesse au milieu des es. Amos appartenait à cette même région, à * même classe de la population. Il était habitué arder les bestiaux, à aller de pâturage en pâtu-
: verbe hébreu employé dans Am. VII, 14 signifie litté-
ent € pincer » des sycomores, c’est-à-dire non pas cul- ; 6
par les riches, par les citadins délicats et exigeants, mais appréciés par les indigents, par les nomades du désert. Ilest fort intéressant de retrouver dans le livre d’Amos les impressions qu'a laissées sur son âme cette vie de berger, cette vie du désert. Il a entendu là-bas, dans les grandes solitudes, le rugissement du lion!, mais il a entendu un autre rugissement, un rugissement plus violent, plus puissant, plus éloquent. « L’Eternel rugit », voilà par où commence le livre du prophète Amos ?, et dans un autre passage, nous trouvons cette parole suggestive : « Le lion rugit; qui ne serait effrayé? Le Seigneur, l'Eternel parle ; qui ne prophétiserait ?? »
Voilà comment la question s’est posée à lui. De même que l’épouvante s’empare de nos âmes, quand nous entendons le rugissement du lion, de même une sainte ferveur, la conscience d’avoir le mandat prophétique, s'empare de celui qui a entendu la voix de l'Eternel. Et, poussé par cette force à laquelle il ne songe pas à résister, Amos est venu à Béthel, dans la ville sainte et royale ; il y a parlé à haute voix, sans forfanterie et sans fausse modestie,
tiver ces arbres, mais leur faire subir, en temps opportun, une manipulation qui hâte la maturité des fruits et permet de S'en nourrir,
1 I, 4, 8,12; V, 19; comp. 1 Sam. XVII 34-36.
21,2; comp. Joël II, 16.
SE OÙ Pat:
sentant qu'il n’était rien, mais que l'Eternel était avec lui.
Ce prophète improvisé, ce campagnard inculte et rustique d'apparence, ce trouble-fête qui s’avance au milieu des habitants de Béthel, jouisseurs et corrompus, pour leur parler au nom de la conscience enfin réveillée, cela ne nous semble pas extraordinaire, à nous qui sommes au bénéfice de combien de siècles de christianisme. Mais à l’époque reculée dont nous parlons, c'était une singularité, une rareté, pour beaucoup une complète nouveauté. Voilà un homme, un homme quelconque, qui se lève. Sans mandat extérieur, il élève la voix, au nom de la conscience et de la part de Dieu. I décrit la corruption régnante et il la stigmatise; il flagelle l’injustice et la vénalité ; il parle de crimes et de jugements ; il n’admet pas, il ne veut pas admettre que le mal demeure impuni, et cela parce qu’il y a une justice, parce qu’il y a un juge, parce qu’il y a un Dieu. Ce prophète, c’est le prophète de la conscience, c’est le prophète du peché, du châtiment et de la repentance, parce que c’est le prophète de Dieu.
À ce nom seul, au nom de Jéhova, se produit un grand silence, fait d’embarras, d'incertitude et d'émotion peut-être. Et alors, en face du prédicateur inconnu, s'élève la figure de l’homme responsable, de celui qui se sent atteint plus que les
occupe la place d'honneur dans toutes les :
| sances ue & dans toutes a CEE
nes Dafenée, sans prestige aucun. Et vi :
tout à l’heure qu’un dialogue allait s’enga eux, j'ai fait la part encore trop belle au Dans son propre intérêt, je voudrais de
1 Jéroboam II, fils de Joas, et quatrième roi dela d des Nimschides, fondée par Jéhu.
PRES PT LE AR ASER CE à
rible la personne du monarque et la population p
royaume. À en croire Amatsia, c’est là un crime
impardonnable, et, s’érigeant en arbitre des senti-
otre réaton individuelle ! Combien nous
Ar
pommes portés à croire que notre opinion est la
souvent des occupations plus pressantes que de recueillir les dénonciations des prêtres. Ou bien le roi avait-il reçu le méssage à temps, mais dédaignait-il d'y répondre ? Quoi qu’il en soit, Amatsia n’ayant en mains ni les instructions qu’il espérait, ni les pleins pouvoirs qu’il se flattait d'obtenir, devait renoncer à se débarrasser d’Amos par la violence. Aussi essaie-t-il de la persuasion.
« Voyant,» dit Amatsia... Il est impossible de ne pas démèêler dans l'emploi de ce terme une sorte d’ironie sceptique. En effet, c’est ainsi qu'on désignait les hommes auxquels Dieu conférait la puissance mystérieuse et exceptionnelle de voir et de décrire en son nom des choses que le commun des mortels ne voyait pas. Amos a-t-il quelque titre à parler au nom de Dieu, Amos est-il un voyant où non? Amatsia ne sait pas à quoi s’en tenir, et sans approfondir la question, il se résout à employer cette qualification. « Voyant, » dit Amatsia.... — Quand on traite quelqu'un de voyant, c’est sans doute dans la conviction qu’il « voit » quelque chose et par suite dans l’espoir qu’il vous en fera part ; c’est pour le consulter et pour recevoir par son entremise un message venant de Dieu. Mais tel west pas le but d’Amatsia. S’il traite Amos de « voyant, » c’est pour ajouter immédiatement : « Va-t-en, fuis au pays de Juda. » — Voilà tout ce que le prètre a pu trouver. Il ne peut pas faire reconduire Amos à la
frontière par des hommes d’armes, le roi n’ayant - pas répondu. Alors il essaie d’obtenir librement de lui ce qu’il n’a pu gagner par la force. — Vaten, dit-il au prophète, fuis dans le pays de Juda. C’est un pays fait pour les gens de ta sorte, un pays où l’on peut se permettre des excentricités religieuses, un pays où, quand on est prophète, on est bien coté, bien noté ; là tu prophétiseras et tu gagneras ton pain. — Pour Amatsia, tout se résume dans une question de pain, de nourriture quotidienne. C’est bien simple, chacun doit vivre : on a besoin de subsister, et l’on fait ce que l’on peut pour y réussir. Sans doute, il faut croire, à en juger par le costume de ce berger, que sa profession ne Jui a pas été suffisamment profitable ; il a été con- - duit par la misère à se faire prophète, mais il a manqué son coup et il a mal choisi son terrain en venant à Béthel. — Tu ne gagneras rien ici, tu ne feras pas tes affaires; va au pays de Juda, tu pourras y prophétiser à cœur joie, t'acquitter de ton nouveau métier. Mais ici, nous sommes dans un sanctuaire du roi, dans une maison royale; tu ne prophétiseras pas ici, à Béthel, c’est impossible! Va-ten, voyant, fuis dans le pays de Juda!
Les petits esprits, — et Amatsia en était un, — les petits esprits donnent leur mesure, sans s’en douter: par la seule façon dont il jugent les autres,
: mêmes.
# Amatsia n’était. probablement pas Fe __bomme; nous n’avons aucune raison d’admet
volonté, s’imaginent qu’on peut mesurer Le. Puissant à leur propre mesure,
La tentative au AA ae de a L
4e tenté dpi d’une fois, d'a après les récits en dans le He des Actes Le DE
mateurs. Mais prenons bien garde ! ne nous im nons pas que tous les Amatsia sont dans l’Egl
ole des Amos. Je tiens à parler ici avec la plus srande franchise, parce que j'ai quelque chose à
à cœur. Gardons-nous tous, quelles que soient nos idées personnelles et notre situation ecclésiastique, gardons-nous tout spécialement, nous pasteurs, héologiens, consacrés au ministère de la Parole, gardons-nous de chercher Amos en nous et Amasia à côté de nous. Bien au contraire, rentrant en nous-mêmes, recherchons si, chez nous, tout près à € nous, dans les formes ecclésiastiques auxquelles nous tattachons, nous ne sommes pas
homme nous apporte un message d’En haut, ah!
pin. > lui demandons pas son ca n’insistons pas
11 bien plutôt une oreille attentive aux ue s Mesti dire à ceux qui nous viennent de la part
du Seigneur, c’est-à-dire à Dieu lui-même !
Fa - Comprenons bien une chose: c’est que, s’il s’agit de Dieu, nous ne pouvons pas lui faire une petite
Fe place; il faut lui faire une grande place ou pas de
+ place du tout. C’était là une des erreurs d’Ama- 2 tsia. Il se figurait que la religion pouvait s’insérer
comme un rouage quelconque dans le grand ensemble qui constitue l’organisme social. Non! la religion n’est pas appelée à jouer son petit rôle dans le grand concert général. Du moment que la religion intervient, c’est pour revendiquer la première place; tout doit s’en imprégner; celui qui vient avec un message d’En haut et qui rappelle que Dieu règne, doit être le bienvenu.
Amos répondit à Amatsia : « Je ne suis pas pro= phète, ni fils de prophète. » Il n’était pas enrôlé dans une de ces confréries dont chaque membre portait le titre de mabi et qui ont joué un grand rôle au temps d’Elie et d’Elisée comme au
temps de Samuel, Ces associations s’organisaient
sous l’invocation de Jéhova, et contre elles il ny avait rien à dire; ce n’était pas un opprobre que d’en faire partie, c'était plutôt un honneur, et cers
tainement la pensée de Dieu, le désir de le servis
y étaient plus intenses que dans d’autres milieux: Mais Amos n’en a jamais fait partie et ne songe pas à s’y faire affilier. Cela lui vaudrait peut-être un titre, quelque chose d’officiel, de généralement reconnu, mais il n’en a pas besoin; en fait de titre, il n’en revendique qu’un, celui que lui a donné ia voix intérieure, la voix de son Dieu. — Non, je ne
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