‹ Voie large et voie étroite [microforme]Chapitre 10 sur 21 · LE MALHEUR DES AMES · texte numérisé non relu

LE MALHEUR DES AMES

Un journal racontait d’effrayantes histoires, et il eontenait des gravures plus effra ’antes encore: un suicide, un assassinat, un incendie, une avalanche, une tempête, une expJosion de grisou.un transatlantique heurté et coulé par un autre...La mort fait bien des victimes depuis quinze jours!

Et ilcsenfants lisaient, regardaient, s’exclamaient : “C’est effrayant ! Ce navire quis’ouvre! Cette mort à cent pieds Sous terre! ..Ces cadavres défigurés !.

ssis au coin de l'âtre, le grand'père murmurait : “Ce n'est pas cela !..,,%

une nana em

ne. 4 a mm

Et les exclamations de reprendre: “Oh! ..ce misérable assassin! .,.Qu'on le guillotine! .. Qu'avait-elle tait cette pauvre femme?

Le grand-père murmurait: ‘Ce n’est pas cela, vous disje, ce n’est pas cela! ...”

Les enfants n'avaient pas pris garde, d’abord, à cette étrange parole: leur attention était ailleurs. Mais, cette fois, frappés de l’insistance du vieillard, ils ne purent s'empêcher de crier tous ensemble:

—Grand-père, que voulez-vous dire! Parlez, parlez, nous vous écoutons! ..

— Vous m'écoutez, répartit le vieillard. Eh bien! voici: je veux dire que, dans votre journal, vous n'avez absolument rien vu! e

—Comment rien vu ?.,

—Non, rien, puisque vous n'avez pas vu le principal. Dans ces crimes affreux, dans ces épouvantables catastrophes, vous avez vu le malheur des COTp&, Vous D’avez pas vu le malheur des imes! ...Que sont devenues, je vous le demarde, les Gmes de ces victimes dont vous déplorez la mort si tragique ? ... Vous n'avez pas songé à cela vous ? Vous êtes excusables, à votre âge. Mais, combien d’autres ont fait comme vous, qui ne le sont pas!..., Combien d'hommes et de femmes ont oui parler des événements que vous venez de lire! Et quelles ont été leurs réflexions ? ...... Jeles ai entendues toutes en raccourci, dans les vôtres! ,,., Que de grands enfants dans le monde, que d’insensé:! On songe à l'accessoire, et on oublie le principal. ‘fujours l'œil de la elrair ouvert sur ce qui est matériel et périssable; toujours l'œil de la Foi fermé sur ce qui est spirituel et éternel!

Je suis vieillard, il est vrai; un pied dejà dans la tombe, je n'ai poiut d'effort à faire pour regarder au-delà . Mais ce n’est point d'aujourd'hui que j'ai accoutumé mes veux à regarder les âmes. KE, q'uiud j'en vois tomber sous les Coups du péché mortel, et quand j'en vois tressaillir sous les étreintes d’une mort soudaine qui les traîne, affoléos, aux portes de l'enfer, cela me fait trembler, mes enfants, et du fond de mon cœur, jaillit spontanénent une prière.

“Vous êtes chrétiens, mes amis: faites comme moi. Songer à l'âme des autres c'est s nger à la sienne propre. Vous avez un bon e eur: vous n’oublierez point de soulager, dans votre prochain, ls misères du corps; puissiez-vous vous réjouir un jour, comme je le fais mois-méême au seuil de mon éternité, d'avoir songé au malheur des âmes ! El

SN

Page 1