‹ Voix canadiennes (volume 2)Chapitre 19 sur 40 · IÔ · texte numérisé non relu

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vations d'autrui, ils enteiiulaient bien assouvij? aussi Leurs rancunes de sectaires. Cependant, si leur audace, si l^ur violence étaient grandes avant l'Union, alors qu^ils espéraient le prompt succès de leurs complots, ils se firent hitmJDles et petits quand survint cette Union : elle décevait leur attente, dérangeait leurs combinaisons, car les protestants de l'Ontario, renforcés par ceux de Québec, formaient une majorité compacte qui pouvait se passer d'eux pour gouverner à leur guise. Ils s'opposèrent, mais en vain, à la Confédération, surtout à l'octroi des Parlements provinciaux», que la caUioiique province de Québec, pour récupérer sa liberté, réclamait avec inslance. Les raisons de l'opposition libérale à l'Union d'abord, à la Confédération ensuite, mitigée parles Législatures provinciales, étaient toujours les mêmes : ils avaient horreur des blocs où pouvaient se perdre leur petit nombre. Ils combattaient les innovations qui devaient mettre à nue leur mentalité complexe et livrer à la discussion honnête leur pauvreté morale.

Aussi, selon les circonstances et d'après l'attitude qu'elles rendaient opportunes, les libéraux furent des rouges, doctrinaires, ou réformistes, toujours déguisés, mais réclamant sans cesse la Séparation de l'Eglise et de l'Etat^ même l'omnipotence de l'Etat, la répression du clergé : qu'ils accusaient de rapacité et d'esprit de domination. Ils prétendaient que toute loi émanée d'un vote majoritaire était juste et obligatoire pour tous, fût-elle en opposition directe au droit civil et au droit ecclésiastique ; ils déniaient au Pape le droit d'intervention dans les questions politiques quelle qu'en fût la nature ou la signification; ils revendiquaient la liberté de conscience, la liberté de la presse, le droit de tout dire, de tout écrire, et la liberté aussi de tout faire, au moins sur le terrain politique ; ils voulaient, de plus, la sécularisation de l'instruction, et ils dénonçaient chez^ I3 Pape comme chez le clergé un empire tyrannique sur les hommes qu'ils tenaient, disaient-ils, dans l'abjection de Tignorance, dans rabnilissement de la superstition. Aussi mettaient-ils le progrès dans l'affranchissement des esprits de la tyrannie cléricale, accusant les Papes en général. Pie IX en pnrlicu^ lier, et bon nombre d^évôques d'avoir été, d'être encore de francs chenapans. C'était là les principes et les discours des lii)éraux, avancés sans doute ; mais ces principes étaient exposés et délayés par des commentaires habiles et variés, très captieux, en de nombreux organes répandus à grands frais au milieu d'un peuple loyal qui ne pouvait concevoir une pareille perversité dans une duplicité supérieurement canaille.

Voilà po« rie côté civiF, et voici pour le compte reli^eux::

Pendia-nt les 150 »ns que la Ganad^a fut une colonie française, l<es errenr& gallicanes et jansénistes sévissaient en France. En vérité, il eut été miraculeux que ces erreurs n'eussent pas franchi l'Océan dans la pensée- ou dans les bagages des émigrants civils oti ecclésiastiques. De fait, elles furent importées à Québer, à Montréal où les grands Sémi- D'aipe?, suipicien d'ici, séculier de là, les cultivèrent de façon-intense et les répandirent à discrétion. Certain clergé, ainsi contaminé sur les bords du Saint-Laurent, dispensait l'instruelion classique et supérieur. L'instruction classique comme Fenseig-nement supérieur se faisait au moyen d«s auteurs païens qu'on ne prenait pas la peinte d'expurger, et d'auteurs gallicans contre lesquels on ne mettait pas les esprits en garde ; l'enseignement ecclésiastique se- donnait en des Iivre& sa-turés des mêmes erreurs gallicanes et jansénistes. Durant les années d'études classiques on accordait à la jeunesse deux heures de catéchisme par semaine, pas davantage, pour que ces jeunes intelligences n'eussent point trop de familiarité avec les choses saintes et ne perdissent pas- le respect de la Religion !

Elles ne le perdaient pas aisément, ce respect : la plu>p-art neparvenaient même pas à l'acquérir. Avec un si léger baga;ge d'e- doctrine nébuleuse, cette jeunesse abordait les hïiu.tes études, toujours entourées des mêmes précautions contre l'irrévérence, avec l'aide d'auteurs suspects, tel» que Pothier pour les sciences juridiques.

La domination britannique ne chang-ea rien dSans les méthodes d''enseignement en usage parmi les Canadieas-Françaîs, rien non plus dans leur inspiration tendancieuse. Les' lois du pays s'en ressentirent ; elles avaient le cachet des errements gallicans et mettaient en pratique des doctrinies, par ailleurs réprouvées.

L'enseignement de la théologie dogmatique et morale, ne se dégageait pas non plus de ce sectarisme spécial. D'adbleurs, pour diverses causes, ces études restaient faibles, no^ toirement insuffisantes. Parce que, d'une part, les vocations sacerdotales étaient rares et que, de l'autre, les besoins du ministère dans les paroisses et les missions grandissaient chaque jour, on débrouillait les sujets en toute hâte, souvent superficiellement, et on les envoyait dans les maisons d'éducation faire une classe, exercer une surveillance, vaquer à quelqu'autre tà^he^, ne leur laissant que d*" insuffisants loisirs pouT" acquérir un» peu d« théologie, une teinte d'Ecrltuce Sainte et rien dîi Droit canonique, étant entendu quie^tes

prêtres, en dehors d'obligations précises, n'avaient pas de droits à faire valoir en bas, ni en haut lieu. Il arrivait cependant que certains prêtres, plus débrouillards, s'étonnant d'avoir toujours tant de devoirs, parfois singuliers, et jamais de droits même légitimes, s'en ouvrirent à Rome discrètement. Alors les maîtres surpris d'une audace si rare, perdaient patience, et tel que M^' Baillargeon envers Alexis Pelletier et ses tenants, osaient menacer de suspence, d'interdit et même d'excommunication : un appel à Rome semblait un acte de rébellion qu'on ne pouvait tolérer.

Tout cela était fort triste, sans doute, et d'autant plus que les errements gallicans en honneur à Québec et, en certains milieux, à Montréal se compliquaient de licences en liturgie, d'audaces en administration, et; amenaient des heurts et des conflits regrettables.

Më"" Ignace Bourget, à l'exemple et à la suite de M^'' Lartigue, tous les deux évêques de Montréal, osa réagir contre ces tendances, contre ces errements : il réforma les études théologiques à ^Montréal, y restaura la liturgie selon les rites romains, et fit aux erreurs gallicanes et libérales une guerre sans merci qui exaspéra également les oracles démasqués de Québec et ceux de ^Montréal. Ce réformateur avisé et tenace subit de graves contrariétés, mais n'en poursuivit pas moins son entreprise de salubrité intellectuelle et morale. Il ne se contenta pas longtemps de réformer ou de renforcer les études ecclésiastiques; il se proposa bientôt, tout en les assainissant, de relever le niveau de toutes les autres sciences et d'en rendre la diffusion facile au sein de la bourgeoisie. II ambitionna d'instituer une Université catholique en Canada. Il l'aurait voulue cette institution pour Montréal, métropole commerciale de la colonie ; il se réjouirait cependant de sa fondation en tout autre lieu, pourvu que son enseignement fût satisfaisant, contrôlé efficacement par les évêques. Le Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, certes, aurait pu réaliser ce projet en se convertissant, par l'adjonction des chaires requises, en Université; mais, faute de garanties ou d'appui, par déférence aussi pour le métropolitain, ce fut le Séminaire de Québec qui fut prié de se convertir ainsi et qui y consentit à la condition que les évêques sollicitassent les chartes royales et les décrets pontificaux nécessaires,

L'Université; dite Laval, de Québec, vit le jour en 1852. On s'aperçut presque aussitôt que l'enfant était mal venu : il se montra en effet ingrat et rebelle. D'abord, cet établissement sut éluder le contrôle des évêques, pour le moins

le rendre inefficace et il resta, malgré tout, attaché à son enseignement ancien que réprouvai'mt les évêques. Quant aux nouvelles chaires créées : avec une rare inconscience ou une témérité calculée, il les confia indistinctement, aussi bien à des professeurs libéraux, protestants et francs-maçons qu'à des maîtres catholiques dont l'un, M. Stremler, très honnête et fort apprécié, fut ignominieusement chassé pour avoir trouvé que les héros païens n'étaient que des pygmées comparés aux plus grands Saints de l'Eglise; un autre prêtre, M. Désiré Vésina, pour avoir nommé les concupiscences; d'autres pour avoir combattu l'enseignement libéral en honneur à Laval ou pour des griefs analogues, invraisemblables, qui ne pouvaient pas les disqualifier, au contraire ! Un personnel universitaire interlope, des doctrines fausses et des tendances malheureuses, des manuels d'auteurs condamnés mis aux mains des étudiants et autres faits positivement blâmables ne pouvaient pas mettre à l'aise la conscience des évêques contrôleurs, auxquels on refusait tout contrôle pratique, ni les satisfaire bien longtemps.

Jusque-là, y avait-il accord ou désaccord au sein de Tépiscopat canadien, qui, par sa jeunesse même, était encore privé d^organes utiles et de traditions salutaires? On ne saurait le dire et il importe peu de le rechercher ici. Mais il est certain pour tous que l'attitude de l'Université Laval ; que les audaces de ses deux premiers recteurs. MM. Casault et Taschereau; que l'exercice de leur contrôle dédaigné et d'autres résistances, amenèrent entre les évêques promoteurs de celle Institution des échanges de vues qui donnèrent du champ à l'intrigue, partout en éveil. Les attaches de personne, les intérêts de clochers, la timidité des uns, l'ambition des autres et le reste se mêlèrent fatalement à la discussion. Le désaccord devait éclater puisque des hommes aussi droits dans leurs intentions, aussi intègres de caractère qu 3 Ms"" Ignace Bourget et Ms'" Laflèche comptaient parmi les interlocuteurs, pour la plupart fort embarrassés d'être aussi mécontents.

On agitait la question de la réforme des classiques ; ]\I8'" Ignace Bourget, en 1863 et en 1865, ajouta encore à la discussion l'idée de la fondation d'une seconde Université que les familles, désabusées sur le compte de Laval, réclamaient pour Montréal.

Mo"" Baillargeon, archevêque de Québec, malheureusement égaré par les intrigues du Conseil de l'Université Laval, de M, Taschereau qui en était recteur, et par son entourage, fut cependant le seul évéque qui se montra hostile à la

réforme chrétienne de renseignement au Canada. Ce dissentiment, néanmoins, vu la discrétion des prélats, passa inaperçu de la société civile.

Toutefois, plus que l'affaire des classiques et celle des études trop affaiblies suivant la méthode de l'Université de France, celle de l'Université Laval préoccupait l'opinion publique. A peine émise, l'idée de fonder une nouvelle Université catholique à Montréal fut populaire. Il fallait s'y attendre : ce projet exaspéra Québec, qui s'accommodait des bénéfices divers d'une pareille institution dans ses murs, mais se souciait insufïisamment des obligations morales qui en résultaient pour elle. Québec, dans la personne du recteur Taschereau, soutenu par M"'' Baillargeon dont ce Recteur était le principal sinon l'unique conseiller, fit une virulente opposition au projet de M^M. Bourget;il la rendait en même temps publique.

Au fond, le débat se réduisait à ce qui suit :

Le Séminaire de Québec, converti en Université Laval, prétendait être et rester l'unique lumière pour éclairer tout Canadien venant au monde ; il s'octroyait tout pouvoir, imaginait que toute science était incarnée en lui et tenait pour acquis que tous avaient le devoir de lui obéir et de se laisser intoxiquer. Aussi, quand il avait adopté une ligne de conduite, il se faisait un point d'honneur de n'en dévier jamais : il aurait eu mille fois tort qu'il aurait encore démontré contre toute évidence, mais avec tous les artifices d'un art consommé, qu'il avait décidément raison. Car, s'il s'était dédit ou amendé, lui qui tenait l'infaillibilité pontificale pour un mythe subversif de toute dignité humaine, aurait cru que c'en était fait de son autorité, de son prestige. Ainsi disposé, il sera sourd, il sera muet et aveugle par intérêt, aussi par simple convenance personnelle. Pour soutenir une position prise, maintenir son décorum, il trouvera tous les moyens Bons, salutaire même la mcdhonnêteté.

Nous traçons ce caractère à grands traits, rapidement, avec regret, parce que forcé et contraint ; parce qu'il fut public et se trahira sans retenue dans les pires contrariétés que subiront M?'' Bourget et M?"^ L. F. Laflèche.

Plaçons-nous en 1869, lors de la décision de M""" Cooke remettant tous ses pouvoirs entre les mains de son coadjuteur, M»*^ Laflèche, et à l'ouverture du Concile œcuménique du Vatican. Hein! Un Concile! Œcuménique et l'infaillibilité pontificale à définir ! ! Une renaissance papale au milieu des attentats des sectaires et les rapines des brigands ! ! ! En dépit de la Révolution triomphante ! ! !

En fallait-ÎL plus et mieux pour déchaîner les pires passions des ennemis de l'Eglise, les susceptibilités des gallicans, la haine des libéraux doctrinaires ?

Tout le Canada fut alors inondé des écrits de Dupanloup, comme de ceux des autres libéraux français et belges. Dans le Journal des Trois-Rivières M^'" Laflèche faisait face à l'ennemi ; M§^' I. Bourget le secondait énergiquement dans le Nouveau Monde de Montréal.

La presse libérale canadienne accablait également de ses injures ces deux évoques unis pour la défense de l'intégrité doctrinale de l'Eglise catholique. A Québec, par contre, les véritables organes catholiques étaient réduits^ par Vautorité ecclésiastique^ au silence, alors que la presse libérale du même crû, inspirée par la même autorité religieuse se livrait aux pires excès de langage ! Pour être tolérée ou encouragée par cette autorité toute locale, il suffisait que cette presse libérale déchaînée se montrât respectueuse des doctrines gallicanes. G^est ainsi que nous vîmes M^"" Baillargeon et son aide le G. V. Gaseault, sévir contre des champions catholiques tels qu'Alexis Pelletier et Martel ; contre les professeurs du collège de Sainte-Anne de la Pocatière soupçonnés de connivence et autres,

M^^ Laflèche suivait attentivement tous ces débats et démêlés ; il déplorait amèrement tous ces écarts et toutes ces défaillances au milieu des mortelles épreuves que traversait la Papauté, méconnue même parmi les siens à Québec 1

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