‹ Voix canadiennes (volume 2)Chapitre 28 sur 40 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Intrigues et vengeances. — Un intrigant de bas étage. — Diverses tentatives de division du diocèse de M'''' Laflèche et prétextes de cette division. — Enquête consciencieuse de M''' H. Smeulders, délégué apostolique — Etrange revirement à Rome. — Intervention de TArchevêque Taschereau. — Vrais motifs de la division.

On ne saurait contester, après tout ce qui précède, que ^attitude énergique et la solide position de M?'' Laflèche, son intégrité, son intransigeance, ne durent mettre fort mal à l'aise libéraux et gallicans, particulièrement l'Université Laval et l'Archevêque de Québec. Mais, vu l'importance des intérêts en cause et la puissance des personnages engagés dans le conflit, malgré Thonneur, laloyauté et la justice, d'un côté, irrécusables ; il y avait en réalité une lutte poignante entre un vase du cristal le plus pur et un gros chaudron sonore aussi, mais plus résistant.

De tout ressort donc la tension extrême des rapports qui existait alors entre Québec et Trois-Rivières. M»"^ Laflèche faisait loyalement, vaillamment tout son devoir d'évêque vigilant dans la mesure et dans les formes voulues ; il se débattait avec courage au milieu des trames ténébreuses d'ennemis qui cherchaient dans son humiliation, dans sa perte même l'impunité de leurs méfaits, comme aussi le couronnement de leur œuvre néfaste.

La cabale qui veillait à Rome ne fut pas démontée par la vigoureuse défense présentée à la S. C. de la Propagande. Elle en fut, au contraire, exaspérée jusqu'à devenir féroce dans la riposte.

Elle n'avait pas abouti, il est vrai, à faire condamner le Programme Catholique, mais elle était arrivée à faire annuler dans ses efl'ets salutaires la Lettre Pastorale collective du 22 septembre 1875, à laquelle fut substituée l'avatar de Ms"" Conroy qui donnait aux libéraux le bénéfice d'une victoire qu'ils exploitèrent audacieusement au détriment de l'Eglise.

Ce n'était pas assez pour assouvir les rancunes, ni pour rassurer les complices démasqués : rien moins que l'immolation de l'athlète, moralement vainqueur^ ne pouvait alors satisfaire ses ennemis. Ils ne pouvaient atteindre dans M&''' Laflèche son talent supérieur qui les confondait, ni sa vertu qui lui valait l'amour et la confiance de tout un peuple reconnaissant ; mais ils espéraient encore réduire son prestige en lui faisant infliger un désaveu public sous la forme d^ine disgrâce retentissante : il était évêque et il fallait le frapper dans cette dignité. Le but visé serait atteint si Ton parvenait à faire croire qu'il était incapable de remplir sa haute charge et si l'on arrivait surtout, en démembrant son diocèse, à démontrer au peuple que Rome s'était rendu compte qu'il fallait ramener au moindre péril pour les âmes les entreprises aventurées d^un homme bien doué, assurément, mais visiblement déséquilibré !

Déjà, en 1883, le diocèse des Trois-Rîvières avait été remanié trois fois ; d'abord on lui avait emprunté ce qu'il fallait pour constituer l'évêché de Sherbrooke ; ensuite, on agrandit à ses dépens l'évêché de Saint-Hyacinthe, finalement on lui prit de quoi aider à la création du vicariat apostolique de Pontiac. On pouvait donc croire que Tère des démembrements était close pour lui, d'autant plus qu'il devenait par ces réductions successives l'un des moindres diocèses du Canada, aussi l'un des plus dénués de ressources; les dettes même ne lui manquaient pas. Il renfermait encore en 1883 : 75 paroisses avec 135.000 âmes, comptait 134 prêtres, avait un Grand Séminaire et deux collèges ou Petits Séminaires.

Les paroisses étaient généralement pauvres, de formation récente; la population se composait en majorité de colons qui vivaient péniblement sur des terres à peine défrichées.

Dans son ensemble, le diocèse des Trois-Rivières était divisé, par le Saint-Laurent, en deux parties fort différentes : celle au nord du fleuve, où se trouve la ville des Trois-Rivières, inhabitée, presque inhabitable, couverte de montagnes, de rochers, de lacs, de marais ; l'autre, plus fortunée, au sud du Saint-Laurent avec Nicolet, village de 1.800 âmes. La colonisation se développait sur l'une et l'autre rive du fleuve, mais peu en profondeur.

Une seule ville du diocèse comptait, c'était Trois-Rivières ; encore n'avait-elle que 10.000 âmes. Cette ville était le point vers lequel convergeaient toutes les routes, et le centre de l'activité du pays. Les communications, été comme hiver.

étaient suffisantes sinon faciles, et le respect dont tous les habitants entouraient leur admirable évêque maintenait les cœurs élevés et le pays en paix.

Soudain, en 1875, une cabale se manifesta, provoquée on ne sut d'abord comment, ni dans quel intérêt. Des intrigants prétendaient que le diocèse, partagé en deux par le fleuve, comportait deux administrations distinctes, indépendantes, comme si les diocèses de Québec et de Montréal, également et plus largement coupés par le même fleuve et autrement étendus, souffraient moins, si tant est qu'ils souffrissent de cette division topographique. Peu importait, des prêtres, surtout des professeurs de Nicolet demandaient à Rome, à l'insu de l'Ordinaire, le démembrement du diocèse des Trois-Rivières, son partage en deux évêchés : le village de Nicolet et la partie fertile située au sud du Saint-Laurent formerait, selon eux, un nouveau diocèse au détriment de M^'' Laflèche qui resterait confiné dans Trois-Rivière et la partie désertique du Nord ; cela devait lui apprendre quelque chose!

Quel intérêt y avait-il à ce remaniement?

Aucun. Il y avait seulement que Nicolet, sans utilité apparente et n'ayant pas voulu d'un meilleur sort, possédait un séminaire qui prenait ombrage du Grand Séminaire des Trois-Rivières, de fondation récente, nous l'avons vu. Par amour-propre, sinon par dépit, ces abbés s'insurgeaient contre leur évêque, cherchant dans l'Université Laval et à Farchevêché de Québec des encouragements.

M^"^ Laflèche sut convaincre les autorités majeures de l'Eglise, non seulement de l'inopportunité d'une nouvelle division de son évêché, mais de la grande injustice qu'elle constituerait envers des diocésains qui avaient consenti généreusement de lourds sacrifices pour organiser les services publics du culte, pour édifier cathédrale, séminaire, évêché et autres fondations pieuses, encore loin d^être terminées, plus loin encore d'être acquitées, vu qu'il subsistait une dette de 250.000 francs, outre une contribution de 500.000 francs assumées par le clergé et les fidèles pour la construcLion des seuls édifices épiscopaux.

Pareils sacrifices ne pouvaient être incessamment renouvelés par une population réduite, en grande partie dépourvue de ressources et qui espérait, avec juste raison, pouvoir respirer enfin après de semblables efforts en faveur de son culte. Elle y comptait d'autant plus fermement que, d'une façon formelle et de très bonne foi, M»'" Cooke d'abord, et M»'' Laflèche ensuite, l'avaient positivement promis et à diverses reprises.

Aussi quand, à l'instigation de l'abbé Marquis en 1875, il fut question pour 1? première fois de diviser le diocèse, de véhémentes protestations s'élevèrent. Al»"" Laflèche dut se rendre à Rome pour défendre les intérêts menacés de son peupl3. Il suffit qu'il pût certifier à son retour d'Europe que la division n'aurait pas lieu pour que, du Nord comme du Sud, des marques non équivoques d'une grande satisfaction affluèrent : dans ses visites pastorales et partout l'évèque reçut alors des félicitations enthousiastes.

Mais cette première alerte se reproduisit en 1877, sous la même inspiration et par la même cabale. Elle jeta de nouveau le diocèse dans un malaise profond. Il en résulta des embarras divers, surtout financiers, qui mirent la corporation de Tévèché à deux doigts de la banqueroute.

Les maisons d'éducation entre autres se trouvaient menacées jusque dans leur existence.

Or, et dès celte époque, la cabale qui manœuvrait contre M?^ Laflèche se faisait remarquer par un manqu3 absolu de moralité.

Ainsi, par exemple, l'abbé Marquis, l'homme qui, précédemment, avait trouvé le diocèse des Trois-Rivières trop pauvre, trop étroit pour constituer une circonscription diocésaine acceptable, s'était fait soudain le bout-en-train de la cabale qui visait à la division de cette même circonscription, selon lui maintenant trop étendue. Pour arriver à ses fins, il avait recueilli les signatures de huit professeurs du Séminaire de Nicolet et de dix-huit prêtres de la partie sud diocèse.

Il disait avoir obtenu ces signatures. Mais s^il s'était contenté de fabriquer le plus grand nombre et probablement d'extorquer le reste par ruse et mensonge, que vaudraient donc le procédé et les signatures dont il se prévalait, et comment surtout faudrait-il qualifier la manœuvre, leur auteur et ses inspirateurs (1) ? Or, pour nous borner ici à une seule protestation, voici la première pièce justificative annexée à l'un des Mémoires de Ms'" Laflèche adressés à la S. G. de la Propagande. Elle émane de M. Alexis Desaulniers, curé de Saint-Bonaventure ; elle est datée de ce village du 12 décembre 1876. Elle nous apprend, comme elle confiait à l'évèque des Trois-Rivières, ce qui suit :

(1) Nous avons donné dans le tome iv des Voix Canadiennes la liste des faux, en détail toutes les proteslalions et les Mémoires de M?"' Laflèche, avec leurs pièces significatives et les procédés devant Mt'"" H. Smeulders, délcnu'apostolique. Le lecteur voudra bien s'y reporter.

Monseigneur. Je suis extrêmement étonné d'apprendre que mon nom est à Rome, sur la liste des prêtres qui demandent un évêque à Nicolet. Devant uns vingtaine de confrères à la Baie, parmi lesquels MM. le Grand Vicaire ï. Garon (supérieur du grand séminaire de Nicolet), Marquis, etc., j'ai nettement refusé de signer une requête, de donner une approbation quelconque à ce mouvement que j'ai toujours regardé comme très inopportun dans les circonstances présentes. Je proteste doue aussi énergiquement que possible contre l'étrange liberté dont on a usé envers moi.

Cette liberté était Tun des cent faux que nous avons donnés en détail au tome VI des Voix Canadiennes, car le soussigné n'avait pas signé, ni voulu signer ! il le refusa en public, devant témoins et quand même on signa pour lui ! qui ? Et presque toute la liste valait cette signature-là ! La cabale suppléait aux abstentions motivées en signant ou en faisant signer par des faussaires une requête présentée à la S. C. de la Propagande avec Tintention de la tromper, de nuire à l'Ordinaire du lieu, tenu dans l'ignorance de ces faits criminels !

Le Délégué aposiolique, M""" Conroy, amené à enquêter sur cette cause, constatant ou soupçonnant les agissements coupables, dont le juste devait être la victime choisie, n'hésita pas à (jualifier l'abbé Marquis, promoteur du mouvement séparritisle : un intrigant de bas étage.

Qu'avait Ijien pu apprendre M?' Conroy, qui se trouvait sur les lieux et se renseigna minulieusement ? Sans doute ce que des j^rêtres honnêtes et en grand nombre avoueront à M*"" Laflèche lui-même en des termes lapidaires, que nous avons trouvés au dossier.

Puisque nous avons produit toutes ces preuves irrécusables au tome YI des Voix Canadiennes, nous ne donnerons ici qu'un résumé de l'exposé de l'affaire, qui fut rédigé par le procureur de M''" Laflèche à l'intention de la S. C. c'e la Propagande.

Après un court préambule qui répèle ce que nous venons d'exposer brièvement, venant aux tentatives de division du diocèse des Trois-Rivières, il nous confie ce qui suit :

P" Tentative. Dans la l""^ tentative de 1875, la pétition de démembrement fut dressée soigneusement à l'insu de l'Ëvêque diocésain et de l'épiscopat provincial^ puis adressée directement au Saint-Siège. Cette pétition fut renvoyée de Rome aux Evoques de la province qui la rejetèrent presqu'à l'unanimité, sauf V Archevêque de Québec actuel (M^"" Tasche-

reau) qui parut prendre le projet et son auteur sous sa protection. La requête contenait 26 noms dont plusieurs avaient été inscrits frauduleusement.

Alors même, d'autres faux se produisirent auprès de la S. C. de la Propagande. Son Em. le C"' Franchi, Préfet, émit par écrit sur la décision des Evéques des assertions absolument contraires au procès-verbal même de leur assemblée...

M?"^ Laflèche ayant démontré la fausseté et la futilité des renseignements fournis au Saint-Siège, la question en resta là.

2^ Tentative. En 1877, lorsque M»*" Conroy fut envoyé au Canada comme Délégué apostolique, les prétendus mêmes pétitionnaires renouvelèrent la demande du démembrement, sous V?ic{\on an même prêtre (Marquis).

Le Délégué apostolique, voyant les choses de ses yeux, eut des doutes. 11 demanda une expression régulière de l'opinion des prêtres du Sud, que cette division concernait spécialement. Le nombre des pétionnaires de 26 tomba à 16, dont moitié du Séminaire de Nicolet., sur un clergé diocésain de 123 membres.

Le Délégué apostolique, indigné, qualifia le prêtre promoteur du mouvement d'intrigant de bas étage et trouva d'ailleurs le démembrement impraticable.

Alors, Son Em. le Préfet actuel de la S. C. de la Propagande, renseigné ofTiciellement, 1" par le rapport des Evêques, 2** par celui du Délégué apostolique, 3° par celui de TEvêque diocésain, répondit le 6 avril 1878 que le diocèse des Trois- Rivières demeurerait intact...

5* Tentative. En 1883, il se produisit une troisième tentative organisée avec plus de fourberie et d'audace, et cette fois comme sous le couvert de l'autorité pontificale.

A la fin de l'année 1882 (l'abbé Marquis) que M?"" Laflèche avait été obligé de retirer de sa cure pour des raisons légitimes, sollicita avec la bénédiction de l'Evêque la permission de faire le voyage de Rome.

Dans le même temps, l'évêque de Chicoutimi, M*'" D. Racine, dont le diocèse esta cent lieues de celui des Trois-Rivières qu'il n'a jamais visité, vint à Rome.

L'abbé Marquis entra en relations intimes avec la S. G.; demanda son excorporation du diocèse des Trois-Rivières et son agrégation à celui de Chicoutimi ; puis obtint de son nouvel évêque la faculté de demeurer à Rome, où depuis deux ans il est occupé à poursuivre la division du diocèse dont il s'était séparé...

Or, ce prêtre, en disgrâce dans le diocèse qu'il habitait,

y est regardé comme un intrigant renforcé, fort peu scrupuleux sur les moyens, et connu publiquement pour un homme qui a jeté partout le trouble sur son passage.

Quelque temps après son arrivée à Rome, ^I^"^ de Ghicoutimi remit à Son Em, le Préfet de la S. C. de la Propagande, les documents demandant la division du diocèse des Trois- Rivières, au nom des anciens pétitionnaires. Qui lui avait confié ces documents ? (Ce ne pouvait être que Marquis)...

Ce prêtre étant alors le seul à Roine venu du diocèse des Trois-Rivières et la seule personne qui eût en tête le démembrement, beaucoup ont cru naturellement que c'était encore lui qui, excorporé du diocèse pour avoir plus de liberté, travaillait à amener une division, se proposant de revenir avec TEvêque de la nouvelle création, revêtu lui-même d'une dignité pontificale.

Quoi qu'il en soit, tout était, au diocèse des Trois-Rivières, dans le calme le plus profond, quand en avril 1883, r Archevêque de Québec fit publier dans les journaux une lettre annonçant que la division du diocèse était une affaire réglée par le Souverain Pontife.

Tel n'était point le cas ; mais le Préfet de la S. C. de la Propagande, croyant sans doute véridiques les documents dont il vient d'être parlé, avait écrit que le Saint-Père regardait comme opportune la division projetée.

L'Archevêque de Québec chercha aussitôt de faire croire à M^"" Laflèche que ce projet de démembrement était unproprio motu de Sa Sainteté, que la décison était finale, et l'invitait à procéder lui-même à la division de son diocèse avec ses collègues, à la réunion du 22 mai suivant.

Le diocèse des Trois-Rivières tout entier, Evêque, prêtres et fidèles, fut dans la stupéfaction.

Ms' Lailèche qui avait reçu du Saint-Siège son diocèse sede plena, et qui avait rempli son devoir dans la sincérité de son âme, savait bien que le Saint-Père n'avait pas dû agir de la sorte, et que la S. C. n'avait pas procédé sans informations.

Persuadé que ce projet de division était le résultat de nouvelles menées auprès du Saint-Siège et que la S. C. de la Propaganiirt avait été mal renseignée, Ms'^ des Trois-Rivières prit sans délai des informations précises, 1° auprès des Evêques de la Province, 2° auprès de son clergé. G^était le seul moyen d'arriv er à connaître la vérité, de déjouer les intrigues.

Il apprit par des témoignages écrits que ni les Evêques, ni les propres, ni les fidèles de son diocèse n'avaient eu connai-s;ince d'une nouvelle pétition de démembrement, que,

par conséquent, ils étaient étrangers à une telle démarche.

Il eut alors la preuve formelle que seul ^Js'' Taschereau connaissait cette demande de division du diocèse des Trois- Rivières, que c'était FEvèque de Chicoutimi qui l'avait mise devant le Saint-Siège, à Vinsu de l'Evêque diocésain, sur la foi de personnes étrangères tenues dans l'ombre, plus probablement d'après des noms falsifiés (1).

Cette pétition de démembrement de la part du clergé du diocèse, oxxàes anciens pétitionnaires, était donc certainement encore un faux, mis en avant pour tromper le Saint-Siège, puisqu'elle était absolument contraire au propre témoignage du clergé tout entier, et des anciens pétitionnaires euxmêmes.

Si quelques rares adhésions ont eu lieu depuis, ce n\a été que comme un voile apporté pour couvrir l'indignité de l'intrigue. Les calculs avaient été faits par les organisateurs, tant pour surprendre la S. C. d^m côté, que ])o\iv jeter de l'autre l'Evêque des Trois-Rivières dans un guet-apens.

Si cet Evèque n'eût pas soupçonné une exposition frauduleuse à la S. C, eût cru aux aftlrmalions de l'Archevêque entraîné lui-même, eût cédé à ses invitations, et se fût rendu à Québec pour participer à l'assemblée du 22 mai 1883, son petit diocèse, déjà sauvé avec peine de tant de périls, n'offrirait plus aujourd'hui que le spectacle de deux ruines...

Mais, muni de précieux témoignages recueillis, ISP"" Laflèche, malgré son âge et ses infumités, prit de nouveau le chemin de Rome en mai 1883.

S. S. Léon XIII accueillit le digne Evêque avec une grande bienveillance, lui dit d'exposer entièrement et avec soin tout ce qui regardait Taffaire de son diocèse. C'est ce que IsW des Trois-Rivières fit dans un important Mémoire déposé à la S. C. de la Propagande, et où se trouvent des preuves surabondante de tout ce qui vient d'être dit et de ce qui va suivre (2).

I. Prétextes a la division. — Des raisons en faveur d'un démembrement du diocèse des Trois-Rivières, il ne s'en trouve \id^s\pas une seule, dira judicieusement M. Ross, le premier Ministre de la Province de Québec en sa lettre

M) Voir au tome m des Voix Canadiennes la liste des faux et les piotistations des persoiiiiages du nom desquelles on avait abusé.

(-) Yo'r ce Mcntcite et les pièces juslificalives qui l'accorapagneEt au tome vr des Voix Canadiennes, vers l Abîme.

citée plus loin, ce que reconnaissent au pays tous les gens sensés, éclairés et désintéressés.

11 n'y a que des prétejUes. C'est pourquoi l'intrigue, qui menait toute l'affaire, a toujours marché dans l'ombre ; elle ne voulait absolument rien faire connaître, ni noms, ni documents ; et pour cause, on le verra.

La Providence permit cependant que quelques pièces arrivassent à être connues : la pétition de 1875, et la récente pétition remise à la Propagande par Ms"" de Chicoutimi. Les principaux prétextes étalés dans ces documents sont : 1° l'étendue du territoire et les communications ; 2" le chilTre de la population ; 3° les ressources du diocèse ; 4*> l'existence du séminaire de Mcolet ; 5° une prétendue division dans le clergé.

Le reste, dont est surtout remplie la dernière pétition, est une suite de hors-cV œuvre, assez déguisés pour avoir quelque apparence de sens aux yeux de personnes très éloignées, mais qui ne sont rien moins que ridicules pour les gens du pays, et, ce qui est beaucoup plus grave, un amas d'injures, de mensonges et de calomnies à l'adresse de l'Evèque et de son clergé.

D'abord, il faut constater que les pétitionnaires de 1875 n'ont osé formuler aucune plainte contre l'administration diocésaine. Ils reconnaissent l'état prospère du diocèse et le développement régulier de ses institutions ; ils se plaisent même à faire l'éloge du zèle de l'Evoque et de son activité : le diocèse des Trois-Kivières est un de ceux de la province oîi les mœurs se sont le mieux conservées, que les mauvaises doctrines ont le moins entamés, où notre sainte religion a le plus d'empire. En présence de cet heureux état de choses, les personnes qui n'auraient pas été excitées par la cabale, n'auraient rien trouvé de mieux à faire que de laisser le diocèse suivre sa marche progressive et consolante.

II. l*^"" ET 2* Prétextes. — Territoire et population. — Pour ce qui regarde ces deux premiers prétextes, la réponse se trouve à peu près toute faite dans l'exposé ci-dessus de l'état du diocèse.

On y voit que le territoire habitable est très restreint, que les communications y sont des plus faciles, que la population totale n'est que de 135,000 âmes.

Que la population s'accroisse régulièrement, que l'on érige çà et là quelques établissements aux Frères de la Doctrine Chrétienne et quelques couvents, ou mieux quelques écoles, aux religieuses enseignantes pour l'éducation delà jeunesse,.

il n'y a là rien d^étonnant et ciui puisse motiver la division d un diocèse.

Mais ce qui fait voir la mauvaise foi dont sont empreintes ces pétitions, ce sont les chiffres qu'elles donnent pour la superficie des deux diocèses projetés.

Le diocèse des Trois-Rivières aurait une étendue de 22, 284 milles carrés au Nord ; le prétendu nouveau diocèse seulement 2.356 milles carrés au Sud ; c'est-à-dire que le premier, après la division, aurait encore plus de neuf fois l'étendue du second.

Or tout le monde au Canada connaît que la partie Nord habité et hahitabley que l'on voudrait laissera lEvêque des Trois-Rivières pour son diocèse, est loin de valoir seulement la moitié de la partie habitable au Sud. Le reste est un immense pa3's impraticable à la colonisation, réservé au bois et aux b,êtes sauvages. Le gouvernement provincial vient de le constituer en réserve forestière... Présenter à la S. C. de la Propagande de semj^lables calculs pour base de délibérations, c'est donc tromper indignement le Saint-Siège.

III. 3^ Prétexte. — Les revenus du diocèse. — Les pétitionnaires sont tombés dans des exagérations extravagantes au sujet des propriétés et des revenus du diocèse.

Sur le coût des constructions et des sommes fournies, ils ont erré de 147,000 piastres en face des chiffres officiels; c'est-à-dire que sous la suggestion du prêtre qui les inspirait, ils ont consigné une somme de pure fantaisie... Ils ont aussi augmenté les revenus annuels du diocèse, en y joignant ceux de la cure des Trois-Rivières, de la Propagation de la Foi, et d'autres ressources étrangères, employées ailleurs ou supprimées.

La vérité est, d'après les comptes, que les revenus propres de l'Evôché des Trois-Rivières sont insuffisants pour les besoins, et ({u'il faudra encore de temps à autre faire appel à la charité des diocésains.

Ni la Cathédrale, ni l'Evèché, ni le Séminaire des Trois- Rivières, maintenant construits, ne sont achevés.

La dette, cependant, s'élève encore à deux cent mille francs; et les créanciers s'opposeraient légitimement à ce qu'on mît leurs intérêts en danger une seconde fois.

Les diocésains ont certainement, depuis 30 ans, fait de très grands sacrifices pour créer les établissements épiscopaux nécessaires. Mais ils n'en ont qu'un plus juste droit d'en recueillir les fruits pour eux et leurs enfants. Et il est très raisonnable de les laisser présentement en repos. La

population du Sud, spécialement, se regarderait comme traitée avec une grande injustice si elle était forcée d'abandonner ces fruits, en se retirant des Trois-Rivières, pour recommencer un nouvel établissement épiscopal à Nicolet, où, d'ailleurs, ses autres intérêts ne l'appellent point.

IV. 4" Prétexte. — L existence du Séminaire de Nicolet. — Il y a dans le diocèse deux petits séminaires ou collèges : celui de Nicolet, et celui des Trois-Rivières auquel s'adjoint le grand Séminaire. Le Séminaire de Nicolet feint de se croire en danger, sans un évôché à son côté.

C'est, néanmoins, sous ^administration des Evoques des Trois-Rivières que cette institution a le plus prospéré : les statistiques en font foi. Ce collège a une moyenne de 300 élèves par an ; il compte 11 prêtres pour directeurs et professeurs; ses affaires temporelles sont prospères.

Le Séminaire des Trois-Rivières se trouve dans des conditions inférieures, mais florissantes aussi; il réunit 250 élèves.

La vraie raison qui a entraîné les prêtres du collège de Nicolet et quelques-uns de leurs amis à désirer l'érection d'un évêché à Nicolet est l'ombrage que leur porte la prospérité du nouveau Séminaire des Trois-Rivières. C'est en mettant un tel ressort en mouvement que l'intrigue a eu quelque succès auprès d'eux. Mais les deux maisons peuvent également prospérer, comme l'expérience l'a prouvé depuis 1875.

L'Evêque actuel, pas plus que son prédécesseur, n'a rien fait pour nuire à ce collège. Au contraire, il l'a traité avec un soin particulier. Il lui a offert dans son propre intérêt, il y a une quinzaine d'années, avec l'aide du gouvernement, l'avantage d'un transfert aux Trois-Rivières qu'il n'a pas accepté.

Il fut obligé^ une fois, de s'opposer à certaines prétentions des prêtres de ce séminaire ; mais parce que ces prêtres voulaient se constituer en dehors des règles des Conciles, et contrairement aux droits de l'Ordinaire. Ce privilège leur eut été plus nuisible qu'utile.

En tout cas, le Séminaire diocésain des Trois-Riviêres a sa place marquée par le Concile de Trente dans la ville épiscopale, et ne peut être détruit pour plaire au collège de Nicolet. Au surplus, il ne serait pas équitable de surcharger les populations d'impôts pour l'avantage particulier d'un collège. Ce n'est pas le diocèse qui est fait pour le collège ou séminaire, mais le séminaire pour le diocèse.

Ce qui pourrait réellement faire tort à cette maison, ce serait sa persistance à vouloir diviser le diocèse contre l'intérêt commun et général de la population.

V. 5^ Prétexte. — La division clans le clergé. — Cet allégué est une piwe calomnie.

Tous les prêtres du diocèse en masse le repoussent, et maintiennent qu'il n'y a pas de clergé plus unis dans toute la province. Leurs lettres conservées à Tévêché et leurs rapports constants en font foi. L'Ordinaire corrobore leur témoignage. Cent autres preuves peuvent en être données. Huit prêtres du Séminaire de Nicolet et deux de leurs amis sont les seuls à croire qu'une division existe ; mais leur opinion ne peut la faire exister en dépit du corps ecclésiastique tout entier.

Quant à la question de démembrement^ sur un clergé de 134 prêtres, 17 seulement sont favorables à une telle mesure, sans l'avoir néanmoins demandée dans la récente pétition : 10 du Séminaire de Nicolet et 7 de leurs amis. Telle est sur ce sujet l'expression fidèle des sentiments du clergé.

Lorsque cette question de démembrement aura été renvoyée par le Saint-Siège, le prêtre qui la soulevait sans cesse étant sorti du diocèse, on peut compter qu'on y jouira d'une paix profonde.

Ce sont les seuls et vrais prétextes à une division du diocèse des Trois-Rivières.

VI. Futilités. — 11 serait peut-être utile de dire quelques mots des futilités dont est chargée la dernière pétition. Rien ne démontre mieux l'absence totale de motifs sérieux dans une pièce qui devrait être si grave de sa nature.

l*' On 5" parle de la construction de chemins de fer; on en fait l'évaluation et l'éloge sans fin, comme si ces entreprises industrielles devaient soutenir des évêchés, et nécessiter des divisions de diocèse ! Les voies ferrées, qui sont assurément de grands moyens de communications, ne créent pas plus de pareils besoins sur les rives du Saint-Laurent que dans les plaines de l'Italie ; et la valeur de ces chemins n'affecte pas plus les finances des églises canadiennes, que celles des diocèses étrangers.

Que fait, par exemple, à l'Evêque d^AIbano le coût ou les revenus du chemin de fer de Naples à Rome? Si ces voies ferrées ouvraient des terres au défrichement, l'argument aurait quelque valeur, non pour aujourd'hui, mais dans un avenir éloigné. Or il est démontré que le territoire du nord, auquel touche un seul de ces chemins, est inhabitable.

Mais il y a plus: c'est que ces voies ferrées au nord du Saint-Laurent, qu'on a représentées comme une source de

richesse pour les populations, sont devenues pour elles une ruine. Elles avaient été construites aux frais de la province, et avaient coûté environ 80 millions de francs. Des intrigants, de l'espèce de ceux qui ont fabriqué la dernière pétition, ont vendu ces voies à nos adversaires nationaux, des Anglais protestants, la plupart francs-maçons, pour la moitié de leur valeur, c'est-à-dire avec une perte de 40 millions.

Le contre-coup d'un tel désastre a failli entraîner la ruine delà province elle-même; on ne sait trop encore comment elle en sortira. Naturellement, la pétition ne dit rien de cet événement qui enlève à l'argument son dernier trait d'honnête apparence.

Mais il y a une chose à remarquer à ce sujet, c'est que cette pétition, qui n'est qu'un faux dans son entier, en est un autre par sa propre date. Elle est daté d'août 1881, et elle n'a été présentée à la Propagande qu'en 1883. Or c'est au printemps de 1882 qu'a eu lieu le desastre relatif aux voies ferrées. Donc, soit que la date de 1881 ait été mise sur la pétition avant le désastre, soit qu'elle ait été mise après pour offrir ce simulacre d'argument, il est très certain qu'en prétendant, en 1883, que ces voies allaient opérer une heureuse révolution dans la prospérité publique, on débitait à la S. G. de la Propagande, avec conscience, une insigne fausseté^ puisque la ruine était déjà consommée. Ainsi, se trouve la fourberie jusque dans les futilités.

2" On donne, comme motifs de démembrement, l'éîablissementd'une école de religieuses enseignantes, dites de l'Assomption, dans les limites de la ville des Trois-Piivières, et encore le projet chez l'Evêque d'établir le noviciat de ces religieuses en sa ville épiscopale ! Cette prétention est à peine cro3able.

La raison donnée est que ces filles, préparées à l'enseignement pour l'intelligente population de nos campagnes, ne sont pas aptes à enseigner aux classes pauvres et moyennes des villes ! ! Cette institution, créée par l'Evêque des Trois- Rivières, compte environ une quinzaine de maisons dans le diocèse. Quoi de plus rationnel que l'Evêque, qui a fait de ces religieuses comme autant d'apotres pour Tinstruction de l'enfance de son diocèse, trouve à propos de surveiller leur formation d'une manière spéciale, en plaçant près de lui, si possible, le noviciat qui se trouve éloigné d'une douzaine de milles.

Si cette institution a élé visitée quelquefois par la maladie, cela est dû à des causes qui ne dépendaient nullement de

l'Evêque. S'il fallait qu'un local particulier en fut l'occasion, la maison où la maladie s'est fait remarquer davantage est précisément celle qui a été préparée par le prêtre intrigant, auteur de cette pétition.

3" On a présenté à la S. G. les revenus des divers associations du diocèse, la Propagation de la Foi, la Sainte-Enfance, la Saint-François de Sales, comme autant d'exactions sur la population du Sud, parce qu'ils étaient dirigés a l'Evêché des Trois-Rivières, pour être ensuite appliqués selon les besoins.

Mais qui ne sait que l'Evêché d'un diocèse est le centre où convergent nécessairement les œuvres diocésaines ? Aussi personne a-t-il jamais songé à formuler des plaintes sur un pareil sujet, non plus au diocèse des Trois-Rivières qu'ailleurs. Autant vaudrait s'opposer à ce que, dans l'organisme humain, le sang de chaque membre remontât au cœur, et ordonner l'amputation comme remède à ce prétendu vice d'organisation.

D'autres futilités sont encore plus pitoyables.

Ms' des Trois-Rivières est odieusement accusé, comme preuve de la richesse de l'Evêché, de faire un commerce de banque ; et c'est parce que ce digne Evêque, comme tout débiteur obéré, emprunte à plus bas intérêt pour rembourser des capitaux d'intérêts plus élevés.

Plus loin, par contradiction, il est représenté avec une hardiesse inconcevable comme un péril pour les finances diocésaines, lui qui en est le sauveur public et admiré en dépit des entreprises ruineuses des partisans de la division.

Mais un prêtre qui a été dans le commerce, et en un commerce malheureux, pendant une grande partie de sa carrière sacerdotale, c'est exactement l'auteur des tentatives de démembrement susdites, fait publiquement connu au diocèse^ et pour lequel le dit prêtre a été en partie obligé d'abandonner sa cure.

Il est quelque part question de requêtes. Si le clergé et les fidèles du pays se sont fortement opposés, par des requêtes, au projet de loi civile demandé par Laval, c'est parce que ce projet blessait leurs droits légitimes ; et cela ne regarde nullement la question du diocèse.

On remarque que la récente pétition compte sans cesse sur l'avenir pour opérer la division: c'est aussi pourquoi tous les diocésains trouvent à propos de demander à la S. G. de la renvoyer à Vavenir^ et de laisser au temps le soin d'en démontr u" la nécessité.

La pétition emploie généralement les mots « diocèse de

Nicolet », et raisonne comme si la division était opérée ; c'est évidemment trop prendre le pas sur l'autorité du Saint- Siège et montrer un absolutisme fort significatif.

Quant aux autres injures et accusations, il en sera question plus loin.

La. délégation. — î. Demande d'enquête juridique. — En venant défendre à Rome l'existence de son diocèse contre ces attaques et ces pétitions, M='' Laflèche se trouvait en présence d'adversaires inconnus, étrangers à son troupeau. Comme S. G, avait les preuves d'une intrigue montée contre lui et contre son diocèse, elle demanda à bon droit la copie des documents présentés au Saint-Siège et les noms des signataires, afin d'en démontrer, soit la fausseté, soit la falsification. Car rien n'était plus vexatoire que ces attaques injustes et ténébreuses.

Sur ces entrefaites, un Commissaire Apostolique, Ms'' D. H. Smuelders, fut envoyé au Canada pour examiner les difficultés religieuses du pays, en particulier celles du diocèse des Trois-Rivières. S. S. Léon XIII eut la bonté d'en donner, Elle-même, l'assurance à M^" des Trois-Rivières.

Son E)n. le Préfet de la S. C. de la Propagande recommanda à Ms"" des Trois-Rivières de retourner avec le Commissaire apostolique pour être présent à l'examen de sa cause.

M»'' Laflèche, se rendant à ce désir, reprit le chemin de son diocèse. Rendu au pays, l'Evêque des Trois-Rivières demanda de nouveau au Commissaire apostolique la communication des documents de ses adversaires, et une enquête juridique sur leur contenu.

Il demanda \2l procédure juridique, et à plusieurs reprises, parce qu'elle était la seule qui offrit de sûres garanties d'arriver à la vérité, au milieu de tant d'intrigues. D'ailleurs c'était son droit, et une protection même pour l'honneur de la Propagande. Le Commissaire, on ne sait pourquoi, fut longtemps sans répondre. A la lin, il refusa les documents demandés et différa l'enquête.

Jusqu'alors, Ms"^ Laflèche ne connaissait la fausseté des pétitions et des motifs invoqués que par la requête de 1875 et par les lettres des Evêques et du clergé ; mais il ne pouvait se défendre qu'à tâtons contre la pétition et les autres documents de 1883, ce qui le mettait dans des conditions inégales et pour ainsi dire impossibles, lui le Pasteur du diocèse, vis-à-vis d'adversaires étrangers et cachés.

La divine Providence vint à son aide en permettant qu'il connût un des documents préparés par l'intrigue, la pétition

de 1881 présentée en 1883 parl'Evêque de Chicoutimi, comme

il a été dit ci-dessus. Celte pétition exhibée au Commissaire

881 présentée en 1883 parl'Evêque de Chi 3té dit ci-dessus. Celte pétition exhibée î stoliffue fut déclarée par lui conforme à (

Apostoliffue fut déclarée par lui conforme à celle qu'il tenait de la S. C.

II. Le faux ou la subreplioii. — Or cette pétition, base des informations fournies à la S. C. de la Propagande, se trouve être, en effet, un vrai faux ou une subreptioii, un acte bien plus frauduleux encore que Ms"^ des Trois-Rivières ne l'avait pensé. Elle est datée du 6 août 1881, signée de M. L. S. Malo, curé de Bécancourt, qui y parie comme au nom des anciens pétitionnaires de 1875, et elle est remplie, ainsi qu'il a été dit, de faussetés de toutes sortes.

Aussitôt que M. L. S. Malo apprit celte nouvelle, il nia avoir jamais mis son nom au bas d'un pareil document, ni avoir jamais autorisé personne à le faire. Il affirma que c'était un faux. Voici sa lettre :

« Bécancourt, 15 décembre 1SS3. — Je, soussigné, apprenant qu'une Supplique, signée de mon nom, a été adressée à la Congrégalion de la Propagande demandant la division du diocèse des Troix-Rivières. à la date du 6 coût i88i , déclare navoir jamais mis mon nom au bas d'une semblable demande, et n'avoir jamais autorisé personne à le faire. C'est un faux. Mon opinion est et a été que la division du diocèse des Troix-Rivières est inopportune, et j'autorise Tévéque des Trois-Rivières à faire de cette déclaration l'usage qu'il Jugera à propos.

Cette lettre est corroborée par le témoigrîage qu'il avait rendu huit mois auparavant, alors qu'il ignorait absolument l'existence de cette pétition présentée en son nom au Saint- Siège, M. Malo est un vieillard octogénaire. Comme les vieillards, il a moins vive la mémoire des choses récentes que des choses passées depuis longtemps ; mais c'est un homme très sensé et qui a le plein usage de ses facultés, ainsi qu'il a été constaté par nombre de personnes. On lui fit remarquer que la signature apposée ressemblant à la sienne, il aurait peut-être signé et oublié cet acte. Alors il renouvela sa précédente déclaration devant deux témoins qui furent assermentés, retirant sa signature si elle lui avait été enlevée subrepticement. Et de crainte que ces affirmations ne fussent pas suflirsantes, il fit le 1''' février 1884, aussi devant témoins, la dernière déclaration encore plus explicite que voici :

« Bécancourt, ce î" février 188!^. — Je, prêtre soussigné, ai pris connaissance de la Supplique ci-dessus du 6 août i88i, en présence

des témoins soussignés ; j'ai écouté attentivement la lecture qui m'en a été faite, et par respect pour la vérité et la justice, ma conscience m'oblige à déclarer ce qui suit :

« 1° Je n'ai jamais eu connaissance de ce document ni de sa teneur avant que Monseigneur me l'eût envoyé il y a quelques semaines ; par conséquent, je n'ai pu le signer avec connaissance de cause;

(' 3° Je répète que les ac<!usations portées contre Ms"" Laflèche dans la dite Supplique sont injurieuses et calomnieuses; tout sent l'exagétion et le désir de nuire ;

« 3° L'examen attentif de ma signature au bas de la dite Supplique, si c'est ma signature, prouvera une de ces deux choses : ou qu'elle a été forgée, ou qu'elle a été obtenue par tromperie ou abus de confiance, car je n'ai jamais lu cette Supplique avant ces dernières semaines.

« Enfin, je ne voudrais pas emporter dans la tombe et devant mon souverain Juge le poids d'un acte que je considère comme criminel: un bon prêtre ne signe pas des abominations contre ses supérieurs en connaissance de cause )) .

On a vu précédemment que le clergé tout entier avait affirmé n'avoir eu aucune connaissance de pétitions à Rome, depuis 1875, demandant la division du diocèse. Lors qu'il connut, comme le Rév. M. Malo, que cette pétition de 1881, pleine de faussetés et d'injures, avait été mise comme à sa charge à Rome et avait amené cette nouvelle perturbation, il protesta énergiquement par un long document signé de 111 prêtres et adressée au Commissionnaire apostolique, Ms-- Smeulders (1).

Dans cette protestation le clergé, résumant les mensonges et calomnies répandues dans la pétition contre TEvêque, repousse avec force toutes ces accusations, les déclare fausses, dénuées de tout fondement, injurieuses au suprême degré, le résultat d'une persécution, et il fait un juste éloge de l'Evêque, apprenant de plus au Commissaire apostolique que son» sentiment sur la division est tel qu'il l'a exprimé dans ses réponses antérieures à l'Ordinaire.

Il devenait manifeste, indéniable, et par les déclarations de M. Malo et par le témoignage du clergé, que cette dernière tentative de démembrement était, plus que toutes les autres, une abominable machination, une oeuvre de faussaire.

L'Evêque des Trois-Rivières revint à la charge et dans un important document, trop long à citer, redemanda au Commissaire apostolique une enquête Juridique pour démontrer

(1) Toutes ces pièces sont à consulter dans le tome vi des Voix Canadiennes,

au Saint-Siège, une bonne fois, de la manière la plus authentique, l'iniquité des trames ourdies contre lui et contre son troupeau, et en démasquer lesauteurs. Il ne fut pas plus heureux que la première fois : l enquête ne fut pas accordée.

III. Nouvelle décision. — Mais quelque temps après, sur des informations venues de Rome, le Commissaire apostolique écrivit à TEvêque des Trois-Rivières que la question de son diocèse était l'ésolue ; qu'eu égard au changement des circonstances la division projetée ne paraissait ni nécessaire, ni utile. Voici le texte de la lettre qui porte la date du 19 avril 1884 :

« Annuntio Tibi questionsm motam de divisione Diœcesis ïrifluvianœ esse resolutam. Proposita divisio, habita ratione circumslantiarum intérim mutatarum, neque nscessaria videtur, neque saluti animarum utilis. »

Le changement de circonstances mentionné venait vraisemblablement de ce que l'immense territoire inhabitable au Nord des Trois-Rivières et qui, au dire de la pétition de 1881, devait être un avenir de prospérité pour le diocèse, même après la division, avait été constitué en réserve forestière par un récent décret du gouvernement provincial.

L'Evèque des Trois-Rivières répondit au Commissaire apostolique que, tout en prenant acte de ce jugement sur le fond de la question^ il continuait cependant encore de demander l'enquête dans cette cause pour les raisons suivantes :

l*» Parce que Sa Sainteté, en envoyant un Commissaire au Canada, l'avait chargé, d'après sa propre déclaration, de s'enquérir non pas tant des choses futures que de la valeur même de la pétition, et qu'après cette décision les allégués de la pétition n'en seraient pas moins sensés subsister dans leur entier ;

2° Parce qu'il était nécessaire, en effet, d'établir sila S. C. de la Propagande avait été renseignée avec vérité et justice^ ou avait été indignement trompée ;

3° Parce que, s'il était démontré que cette troisième attaque contre le diocèse avait été uniquement vexatoire, il était juste que les auteurs fussent réprimés et contraints à en payer les énormes frais ;

4° Pour que les graves accusations portées contre l'Evêque et le clergé fussent juridiquement prouvées ou authentiquement renversées, tant pour le bien de l'Eglise que pour l'honneur des intéressés.

Cette légitime réclamation^ il est pénible de le dire^ ne fut pas mieux écoutée. Pourquoi ? C'est ce que personne ne put comprendre, le Commissaire ayant pourtant été délégué dans un but d'investigation.

Néanmoins, TEvêque, sur la recommandation et avec l'approbation du Commissaire apostolique, publia dans s jr diocèse la décision susdite qui allait mettre fin à ranxiélé, aux plus grandes inquiétudes des diocésains. Il le fit en prescrivant des actions de grâces publiques, dans une circulaire qui fut lue au prône de toutes les paroisses le 1^"^ juin.

C'était à la veille de sa visite pastorale, qui devait avoir lieu cette année précisément dans la partie de son diocèse située au Sud du fieuve Saint-Laurent.

IV. Manifestations. — Les populations furent si heureuses de cette nouvelle, qu'elles ne surent comment témoigner leur allégresse. Des manifestations éclatantes furent faites partout sur le passage de l'Evêque en visite pastorale. Des adresses de félicitations lui furent partout présentées pour l'heureuse décision qu'il venait de recevoir, avec des remerciements pour les démarches et les sacrifices qu'il s'était imposés dans la défense de son troupeau.

Dans ces documents, les diocésains exprimèrent unanimement la vénération qu'ils avaient pour leur Pasteur, une indignation à peine contenue contre les injustes procédés, les mensonges des intrigants, et leur intime satisfaction de voir éloigné un danger menaçant à la fois leurs intérêts temporels et spirituels. Cette visite fut une ovation continuelle, un véritable concert de bénédictions...

Gomme M^'' des Trois-Rivières, qui n'a vécu que de dévouement pendant sa carrière sacerdotale et épiscopale, a cependant été méchamment accusé dans la pétition de maltraiter les colons, la plupart des adresses reçues sont celles des paroisses les plus nouvelles. On y voit le témoignagne même des défricheurs.

Entre ces documents on remarque les adresses présentées par les deux Juges du District, au nom des diocésains et des paroissiens des Trois-Rivières, qui résument à peu près le contenu de toutes les autres, et qui sont la véritable expression des pensées et des sentiments de la population diocésaine en général.

Il a été dit à Rome, pour dénaturer le caractère de ces démonstrations, qu'elles avaient été ordonnées dans un but de pression vis-à-vis le Saint-Siège. Rien n'est plus faux. Une telle assertion ne pourrait être soutenue en face des

diocésains. Elles ont été l'élan d'un peuple se réjouissant d'une juste décision de la Cour de Rome en sa faveur et en faveur d'un vénérable Pasteur persécuté. Quoi de plus naturel et de plus légitime que, dans un moment pareil, le peuple chrétien élève la voix 1 N'est-il pas le plus intéressé ? C'est un bonheur pour le Canada que ce sentiment délicat de la justice et de i'afïéction filiale ait encore chez ses enfants cette puissance.

Intervention de l'archevêque. — I. Le télégramme et le rappel de la cause. — C^était au commencement de ces réjouissances que l'archevêque de Québec, présent à Rome, demanda et obtint que la décision ci-dessus citée fut considérée comme non avenue, et que la cause fut aussitôt rappelée à la S. C. de la Propagande. Son Em. le Préfet télégraphia le 31 mai 1884 au Commissaire apostolique : Instante Archiepiscopo^ questionem divisionis diœcesis Trifliivianse deferri ad Congregationem. Episcopiis, si habet alla exponenda, exponat.

Ce télégramme fut communiqué à M^"" Lallèche au cours de sa visite pastorale, trois jours après la publication de la décision dans toutes les églises du diocèse.

L'Evêque fil de graves observations au Commissaire apostolique sur ce retour contre une décision déjà rendue publique. Il fit aussi observer qu'il ne lui avait encore rien communiqué officiellement sur cette question; qu'il n'avait cessé de demander à cette fin une enquête juridique et que l'événement présent devait lui prouver combien il avait raison. Le Commissaire apostolique, comprenant cette fois la gravité de la situation et la nécessité d'une enquête, fit la réponse suivante, 9 juin 1884 :

MoNSEiGJiEUR. — « J'ai communiqué à V. G. sans délai le télégramme reçu le 3i mai dernier; cependant il est arrivé trop tard à votre connaissance pour arrêter la publication de la circulaire que j'avais trouvée correcte. Nous ne sommes donc pas en faute ni l'un ni l'autre quant à cette publication^ qui a provoqué la joie de vos diocésains, ranimé les bons catholiques des autres diocèses, et m'a fait entendre les félicitations des hommes les plus remarquables dupatjs. Eh bien. Monseigneur, laissez donc la circulaire qui est publiée dans la circulation, et le télégramme, qui est tenu trop tard, dans le silence.

« Nous ravons maintenant que c'est « Instante Archiepiscopo » que la vilaine question est pour retourner sur le tapis. Peut-être nous avons à faire à un mal qui n'est pas arrivé pour nuire. Aussi j'ai écrit à Rome de difiérer la position, et de vous accorder le temps de préparer

votre réponse, et surtout de m'autoriser à faire l'enquête que vous demandez. Quand j'aurai reçu une réponse, je vous la ferai savoir, et nous nous entendrons sur ce qu'il y aura à faire. »

II est à noter très spécialement que le Commissaire apostolique déclare ici, après sept mois de séjour au Canada, qu'il va demander à Rome V autorisation de faire renquête, comme s'il n'en avait pas eu le pouvoir. Cependant, le Commissaire envoyé au pays par le Souverain-Pontife pour exr^miner la question du diocèse des Trois-Rivières, ainsi que Sa Sainteté l'a déclaré à TEvêque, devait avoir ex officio le pouvoir de s'enquérir de la vérité avec des garanties de sûreté et selon les règles de l'Eglise.

Il faut donc qu'il ait été gêné dans l'exercice de ce pouvoir inhérent à sa charge par quelque cause cachée. Il serait très important de rechercher cette cause. Car, encore qu'elle se soit manifestée par Tentremise des supérieurs, elle a pu et dû procéder de fausses impressions ou informations données pour arrêter le cours de la justice.

Le 22 juillet 1884, le Commissaire apostolique avertissait l'Evêque des Trois-Rivières qu'il n'avait pas encore reçu l'autorisation demandée.

Il est en même temps établi, par une lettre de M^'' Laflèche, du 16 avril 1884, que pendant que le Commissaire manquait de l'autorisation de procéder à V examen juridique des faux dans la grave affaire du diocèse en dépit des demandes réitérées de l'Ordinaire, il recevait le pouvoir de procéder juridiquement contre l'Evèque de ce diocèse, sur une plainte [àe l'abbé Marquis, l'intrigant de bas étage).

La vS. C. aura par là l'occasion de s'enquérir de la cause et delà signification de r inégalité de ces procédés devant la même autorité.

C'est donc après ces péripéties que la cause du diocèse des Trois-Rivières, envoyée au Canada pour examen, en est revenue sans enquête sur les instances de l'Archevêque, pour être jugée de nouveau après avoir été déjà décidée et la sentence Tég\i\\eT&m.eiii promulguée.

II. Irrégularité de V intervention du Métropolitain. — Il est manifeste i\whin ou plusieurs intrigants laissés à euxmêmes n'eussent jamais pu troubler un diocèse comme l'a été celui des Trois-Rivières depuis neuf ans, s'ils n'eussent été aidés de quelque puissante influence : Cette inpuence a été particulièrement celle de M^'' VArchevêcjue de Québec. Bien que, selon le droit, la question de la division d'un

diocèse revienne en premier lieu à l'Ordinaire qui a reçu son Siège sede plena, c'était une coutume suivie au Canada que les Evêques de la Province, réunis en conseil, s'occupassent au besoin de ces questions. Abandonnant ce fraternel usage, l'Archevêque conseilla^ à l'insu de TEvêque, aux pétitionnaires de 1815 de s^ adresser directement à Rome, d,\ovs qu'il croyait l'Ordinaire opposé à celte division, et quil savait que les Evêques rejetteraient cette pétition^ comme une semblable l'avait déjà été et comme celle-là le fut plus tard.

Ensuite, quand la pétition de 1881 fut présentée, encore à l'insu de l'Ordinaire et des autres Evoques, Ms' Taschereau était aussi dans la confidence, comme il le déclare lui-même par ces paroles : « J'ai eu connaissance de la demande qui a été faite, ou plutôt renouvelée, de diviser le diocèse des Trois-Rivières. »

En 1883, ce Métropolitain, qui aurait dû avoir au moins les égards les plus ordinaires pour son di^ne sufFragant, et le défendre contre la persécution, se hâta au contraire de publier dans les journaux de Québec l'annonce de la division du diocèse des Trois-Rivières et de la signaler comme une affaire finalement réglée, quand il devait savoir que cette nouvelle inopinée causerait au titulaire la plus vive affliction, parce que cette division se faisait à son insu et contre son gré, surtout parce qu'elle ne pouvait être considérée que comme une condamnation véritable rejaillissant injustement sur son administration. Dans l'assemblée des Evêques du 22 mai 1883, il procéda rigoureusement à faire déterminer les limites du diocèse nouveau en l'absence de l'Ordinaire, et sans faire entendre les légitimes réclamations du Grand- Vicaire de celui-ci qui s'était rendu à Québec pour les produire.

Tels sont les actes par lesquels V Archevêque prépara la ruine d'un diocèse quil aurait du protéger; tels sont les moyens qu'il a pris ou laissé prendre sciemment pour empêcher les Evêques, ses collègues dans Vépiscopat^ de renseiner le Saint-Siège sur ce projet. .

Il ne s'en est pas tenu là. Tournant le dos au Commissaire apostolique, à la stupéfaction des catholiques du pays, il est venu à Rome faire retirer la solution favorable déjà donnée à la question du diocèse, s^opposer pratiquement à l'investigation ordonnée par le Saint-Père, et il est allé jusqu'à presser Son Em., le Préfet, de faire juger définitivement l'affaire avant même que l'Evêque diocésain eût produit toute sa défense.

Mais de quel droit Ms'^ Taschereau vient-il s'immiscer

ainsi dans les affaires intérieures d^un diocèse étranger ? On n'en voit aucun. Les S. Canons n'admettent pas cette ingérence. Que dirait-il si ses voisins eu faisaient autant dans son vaste diocèse? Cette conduite irrégulière et blessante à tous les points de vue, pour TEvêque et les diocésains, est de nature à jeter le plus grand trouble dans les églises particulières.

Il y a plus : elle discrédite énormément l'autorité épiscopale, et cause un immense scandale auprès de la population naïve et confiante de notre pays.

Msv l'Archevêque ne pouvait ignorer que ces tentatives de division étaient le fruit de l'intrigue, puisqii elles se sont passées sous ses yeux ; il connaissait surtout que la dernière reposait sur des actes absolument frauduleux, puisque le fait était public dans la province.

En intervenant donc auprès de la Congrégation pour prévenir et empêcher l'enquête du Commissaire apostolique, qui devait établir au pays la fourberie et l'injustice (et sans doute le confondre lui-même) non seulement Sa Grandeur a montré une partialité incompatible avec son état, mais elle a pris ouvertement sous sa protection une œuvre cV intrigants Q\. de faussaires au détriment des intérêts les plus sacrés.

Des vrais motifs du projet de division. — Humiliation de VEvêque des Trois-Rivières et condamnation indirecte des doctrines romaines. — Il n'est pas difficile de s^apercevoir que l'emploi de tant d'efforts et de si hautes influences, pendant un temps si long et pour diviser un si petit diocèse, ne procède pas d'une cause commune et ordinaire. Il faut qu'il y ait au fond quelque grand intérêt. En effet, il s'y rencontre une question religieuse et sociale de premier ordre.

Ce n'est pas du tout le simple désir de partager en deux, malgré tout le monde, le diocèse des Trois-Rivières qui anime les meneurs occultes de cette trame, dont les agents extérieurs ne sont que les instruments. A quoi cela leur servira-t-il? C'est d'humilier l'Evêque des Trois-Rivières et de porter un coup décisif à la véritable doctrine romaine dans le catholique Canada ; voilà le vrai but. Et il leur serait aussi utile qu'agréable de le voir porté par le Saint-Siège luimême. La proposition, tout étrange qu'elle puisse paraître à Rome, n'en est pas moins l'exacte vérité.

Sans diminuer en rien le mérite des autres Evêques, l'Evêque des Trois-Rivières est regardé au Canada comme celui en qui se personnifie spécialement aujourd'hui la cause catholique. Homme d'une rare intelligence, d'une grande éru-

dition, orateur des plus distingués, évêque remarquable par ses vertus et son zèle, plus remarquable encore par la pureté et la force de sa doctrine^ après avoir consacré une grande partie de sa vie à évangéliser les infidèles, on Ta vu au premier rang défend-re dans sa patrie les intérêts et les droits de l'Eglise méconnus et attaqués. C'est le témoignage que lui rendent universellement le clergé et la population catholique du paj's, quoiqu'on soit venu dire à Rome le contraire. Cet évêque est devenu redoutable aux ennemis de l'Eglise, et par là le point de mire de leurs attaques. Sa défense du Syllahus et des Encycliques Pontificales lui a attiré l'animadversion des libéraux et l'opposition des francs-maçons qui se sont ligués contre lui. C'est à ce point qu'assez récemment un journal hérétique et hanté par des francs-maçons disait à ses lecteurs : « Quand vous voj'ez l'Evêque Laflèche d'un côté, c'est de l'autre qu'il faut vous mettre. », Car, au Canada, il y a des francs-maçons et des libéraux en grand nombre, non pas seulement de nom, mais de principes et d'action. Ceux-ci servent d'avant-garde aux autres.

Leur chiffre s'est prodigieusement accru ces dernières années^ depuis que la direction donnée par les anciens Evêques a été quasi abandonnée, depuis que les nouveaux Evêques ont été divisés, le clergé réduit au silence, la presse catholique écrasée, les cercles catholiques discrédités et l'initiative des bons citoyens paralysée sous l'administration de M^"" Taschereau. Chez nous, comme en beaucoup d'autres pays, la doctrine du mariage chrétien, le droit de propriété, les immunités de l'Eglise, le droit des parents dans l'éducation des enfants ont déjà été fortement attaqués. Nous sommes actuellement dans un état moins avancé, mais analogue à celui de la Belgique, avec cette différence que nous perdons de jour en jour ce que celle-ci travaille à reconquérir si vigoureusement. Le mal avance sans éclat, mais rapidement.

Cela est si vrai, qu'un cataclysme est imminent, au dire de tous les esprits vraiment observateurs, si nous continuons encore quelque temps à marcher dans la même voie, et surtout si Rome frappe ses plus zélés défenseurs, comme le dit avec tant de justesse le Premier Ministre de la province lui-même dans la lettre (que nous reproduirons).

La guerre faite à M^"" Laflèche et contre son diocèse vient au fond de cet état de choses ; et l'étrange pression qui s'observe pour arracher à Rome une division de diocèse et pour s'opposer aux enquêtes qui découvraient les trames, en est la suite.

Au pays, cela se voit par un grand nombre de faits, se sent

en une foule d'occasions qu'il est impossible d'énumérer ici, et est d'ailleurs universellement reconnu; c'est pourquoi le bon peuple en est si fort scandalisé. Pour n'en dire que quelques mots, les journaux à mauvais principes n'ont cessé, depuis quinze ans, d'injurier le vénérable Evêque et de le discréditer à propos de tout, mais particulièrement à cause de ses doctrines.

Un prêtre libéral canadien, que Ms' Taché, archevêque de Saint-Boniface, peut faire connaître, et qui paraît être dans les secrets des complots, annonçait, il y a déjà six ans, que le diocèse des Trois-Rivières serait plus tard partagé et son évêque réduit à la misère^ parce c[u'il avait obtenu contre le libéralisme canadien un Bref de Pie IX.

Chaque fois que dans cette lutte faite sournoisement et depuis si longtemps à Rome contre lui, le digne Evêque dès Trois-Rivières calomnié en éprouvait quelque désavantage ou quelqu'affliction, conséquence presqu'iuévitable, aussitôt la presse libérale et maçonnique le publiait à son de trompe, souvent en l'augmentant, quelquefois en le dénaturant. Dernièrement encore, les journaux maçonniques publiaient triomphalement le succès de M?'" Taschereau dans l'affaire de la division du diocèse des Trois-Rivières, et faisaient connaître, à son arrivée même au Canada, le contenu du télégramme de Son Em. le Préfet rappelant la décision favorable à l'Evêque.

Dans ces conditions, la division du diocèse serait un désastre moral pour le pays, infiniment plus grand que la ruine matérielle de cette jeune église. Une telle division serait infailliblement interprétée comme la condamnation de la doctrine de l'Evêque des Trois-Rivières, et par conséquent de la mise en pratique des enseignements romains, d'autant plus que les raisons manquent absolument à une autre interprétation.

Elle relâcherait les derniers liens qui retiennent encore les enfants de l'Eglise canadienne loin des pâturages empoisonnés, découragerait les meilleurs défenseurs du Sainl- Siège, et l'ennemi entrerait triomphant au cœur de la nation. La S. C. de la Propagande en verrait avant longtemps de ses propres 3'eux la conséquence.

Déjà, lors de la première nouvelle, publiée par l'Archevêque, de cette prétendue division de diocèse, un Evêqpe canadien allait lui-même jusqu'à Pinterpréler comme un châtiment de la pure doctrine du titulaire. Alors on pouvait croire la S. C. surprise, comme c'était le cas, par les mensonges de quelques faussaires ; mais maintenant que les

explications sont données, ou ne pourrait plus en dire autant. Le Commissaire apostolique n'a-t-il pas fait comprendre, par sa lettre du 9 juin citée plus haut, en quel sens absolument différent, c'est-à-dire favorable à l'Eglise, avait été vue la récente décision de la S. G., et quelles félicitations elles lui avaient attirées des hommes les plus remarquables du pays ? Ce serait bien autre chose, si le Commissaire apostolique procédait à une enquête juridique. Là, il verrait bien plus ciai remont la })ieuve de tout ce qui vient d'être dit, et combien la cause de TEvêque des Trois-Rivières s'identifie avec celle de l'Eglise. C'est aussi pourquoi cette enquête n'est pas vue d'un bon œil en certains lieux.

La S. C. de la Propagande en ruinant au pays, par une division de son diocèse, iec^réditde i'Evéque des Trois-Rivières, ruinerait donc en même temps le crédit et surtout la mise en pratique des doctrines du Saint-Siège aux yeux des populations. Telle est la vérité. Mais c'est aussi exactement le but que veulent atteindre les organisateurs cachés de la lutte faite à Ms"" Laflèche et ils ne s'y trompent pas.

Nécessité de V enquête juridique. — En présence de cette triste situation et de tous ces faits, il semble que l'on ne peut méconnaître la nécessité d'une enquête juridique.

Elle est nécessaire pour bien des raisons :

1° Pour établir indubitablement les faits matériels qui sont la base de cette cause de démembrement.

Voilà neuf ans que le diocèse est sans cesse attaqué et que les choses sont représentées en sens inverse par des personnes qui prétendent les connaître. Les décisions succèdent aux décisions, et c'est toujours à recommencer avec de grands frais et une grande affliction pour tant de monde. On ne croit plus apparemment à l'Ordinaire nia son clergé, même sur cette question qu'on pourrait ^x^^^oX^v domestique. Mais pourquoi dans des affaires matérielles et palpables conserve-t-on toujours de telles inquiétudes, qui deviennent compromettantes? C'est évidemment à cause de Vintrigue. Si après tant de rapports on ne peut parvenir au vrai, par quel înoyen rcste-t-i! ?ll n'y a plus qu'à constater le véritable état des choses juridiquement.

2° Pour constater la malice et la malhonnêteté des perturbateurs, des faussaires, et la réfréner.

Que des personnes intéressées, bien intentionnées, demandent régulièrement et respectueusement un démembrement d'accord à leur Pasteur, ensuite aux autorités supé-

rieures, cela se comprend et ne peut blesser personne. Mais que les quelques ennemis acharnés d'un diocèse, pour amener sa ruine et ne pas répondre de leurs actes, se cachent derrière l'autorité supérieure et entassent, pendant des années, faussetés sur faussetés, appuyant leur réquisition de pièces frauduleuses, cela devient vexatoire et intolérable.

N'est-il pas Juste et temps que l'autorité s'enquière des motifs et de la mauvaise foi de ces intrigants^ les mette dans la nécessité de Justifier leurs assertions, et protège enfin leurs nombreuses victimes par une convenable répression de tels actes?

3° Pour défendre l'honneur d'un évêque et de son clergé,

Tout homme a un Juste droit à son honneur et à sa réputation, mais plus que tous les autres ceux qui dans l'Eglise sont préposés à la conduite du troupeau.

Depuis plusieurs années l'Evèque des Trois-Rivières est odieusement calomnié auprès de la S. G. de la Propagande, et représenté pour tout autre qu'il n'est, ainsi que son clergé ; il en est de même de ses doctrines et de son administration.

A part les mensonges injurieux contenus dans la pétition de 1881, on l'a fait voir comme un homme à idées fixes et extravagantes, à théories impraticables, répandant la division et le désordre tout au tour de lui, surtout comme un prélat très indocile au Saint-Siège ! Et pourquoi tout cela ? Parce que ce digne Evêque a opposé avec force les doctrines de Rome aux erreurs modernes, qui envahissaient le pays, défendant à la fois l'Eglise et la société, à l'admiration du clergé et du peuple, et parce qu'il n'a pas voulu mettre les mains dans des iniquités qui se commettaient sous le nom de Saint-Siège.

L^opinion a été solidement faite à Rome contre lui et contre ses actes, qu'on [>eut à peine être écouté quand on veut le justifier. Cette opinion est répandue çà et !à au pays par les ennemis de l'Eglise, et même commence à être soufflée aux oreilles de ses ouailles. Si on répond à ces accusations, à Rome d'où partent les ordres et la direction, par les faits et les arguments les plus forts, on objecte que des témoignages importants sont contraires, et qu'à une telle distance du Canada il est difficile de connaître la vérité en ces malières. On comprend quel tort de si injustes et mauvaises impressions peuvent faire au ministère d'un Evoque soit à l'égard de son Auguste Chef, soit à l'égard de son propre troupeau.

Mais n'est-il pas évident qu'une encpLête juridique^ oîi les intrigues et les mensonges n'ont pas de place^ pourra seule éclaircir les points que Ton a obscurcis avec tant de persis-

tance et f;iire jaillir la lumière. Devant un juge d'instruction il sera établi authentiquemeiit où se trouve la vérité, et où sont les erreurs et les injustices.

L'Evéque, dont les œuvres ne craignent pas l'examen, la réclame à grand cris. 11 ne Ta pas demandée moins de six fois au Com. apostolique depuis un an, et c'est encore sa dernière réponse à la S. C. Son clergé et son peuple la demandent avec lui. La dignité épiscopale, comme l'honneur personnel et encore davantage, exige une éclatante satisfaction.

4<> Pour la juste rétribution des frais.

S'il est établi dans l'enquête, comme il le sera et comme il est déjh évident, que les pétitions et les tentatives de démembrement sont uniquement vexatoires , il est souverainement juste que ceux qui ont occasionné ces dépenses les paient.

Depuis neuf ans voilà une somme d'argent considérable que l'Evêché des Trois-Rivières est obligé de débourser pour résister à ces injustifiables attaques. Cet Evèché vient pourtant d'échapper à la banqueroute par les efforts communs et prolongés du clergé et de tous les diocésains. Ce sont eux tous qui auront encore à payer, par leurs contributions, ces nouveaux frais si cousidéral3les.

Serait-il permis de surcharger de la sorte à loisir cette communauté chrétienne? Elle demande énergiquement, par la bouche de son Evèque et par ses adresses, qu'une fin soit mise à ces persécutions, et d'être déchargée de ses lourdes et intolérables dépenses. 11 est donc indispensable que l'autorité supérieure intervienne pour faire rendre justice.

b^ Dans l'intérêt de l'Eglise canadienne.

Comme on l'a vu, la question de la division du diocèse des Trois-Rivières est intimement liée aux difficultés religieuses du Canada. C'est principalement contre FEvêque de ce diocèse, comme le chef le plus redoutable de la phalange catholique, que les adversaires dirigent leurs coups ; il s'en suit clairement c{ue c'est en étudiant attentivement et dans le détailla lutte qui lui est faite, qu'on arrivera à connaître le caractère et les forces de l'ennemi. Mais à cause des intrigues, de l'intimidation, etc., cela ne peut se faire à fond sans la forme juridique.

Les principales questions agitées au Canada sont des questions de doctrines et qui touchent à la foi. Les inquiétudes, les agitations du pays sont un signe non équivoque de son ardent amour pour l'Eglise. Mais c'est aussi parce que le

peuple canadien est profondément attaché à sa foi qu'il n'aura de repos que quand le Saint-Siège, juridiquement éclairé, aura décidé toutes choses selon la vérité.

Bien davantage, le salut de la nation canadienne, petite à la vérité, mais qui cependant a fait rayonner la foi sur presque toute l'Amérique du Nord, tient essentiellement à ces solutions.

Une chose doit frapper singulièrement la S. C. de la Propagande, c'est la crainte que nos adversaires ont des enquêtes, et surtout àt's, enquêtes juridiques.

Lorsque le Com. apostolique est arrivé au Canada, on les a vus s'applaudir extérieurement et solennellement des précautions que prenait le Saint-Siège pour connaître la vérité. Mais quand il a été question den venir aux enquêtes juridiques^ alors la presse libérale s'est déchaînée contre ce genre de procédure que ses amis ne pouvaient supporter, prétendant que c'était insulter le Saint-Siège que de la demander. Aujourd'hui on se rabat sur le Com. apostolique, que l'on représente comme impropre à cette étude. Tout cela est encore pour éviter les enquêtes.

6° Pour l'honneur du Saint-Siège.

Il ne faudrait pas croire que la question du diocèse des Trois-Rivières est peu connue et de peu d'importance au pays, comme on l'a représentée à Rome. Au contraire, elle est patente comme le soleil, et elle a tout le retentissement d'un événement. Aussi tous les yeux sont-ils présentement tournés vers le Saint-Siège.

Dans ce moment solennel l'honneur de l'Eglise et le salut des âmes exigent impérieusement qu'on parle avec la plus grande franchise, sans crainte de déplaire.

La S. C. de la Propagande est donc grandement et manifestement engagée au pays : il est nécessaire qu'elle arrive aux yeux des fidèles à une solution conforme à son haut caractère et à sa dignité ; et ce ne serait point assurément par le moyen des réticences et de l'obscurité. La S. Congrégation, d'ailleurs, n'opère pas dans les ténèbres.

7" Parce que l'Evéque la demande instamment.

L'Evèque des Trois-Rivières doit bénéficier comme tous les autres de la loi commune.

Lorsqu'un Evêque est attaqué injustement dans la possession de son diocèse, dans sa réputation et son honneur, dans son clergé et ses ouailles, ou dans leurs intérêts, il doit avoir le droit rigoureux d^exiger que les agresseurs fassent devant l'autorité supérieure la preuve de leurs affir-

mations, et d'en démontrer lui-même juridiquement la fausseté et la malice^ s'il y a lieu. C'est exactement ce que réclame l'Evoque des Trois-Rivières.

Il ne le fait pas par caprice et par passion, mais par devoir, dans Tintérêt de TEglise et de son troupeau, et dans celui du Saint-Siège même.

Il connaît mieux que personne les besoins et les souffrances du diocèse dont il est chargé, et plus que beaucoup d'autres ceux de son pays. Maintenant un grand nombre de choses sur ces divers sujets sont encore inconnues à la S. Congrégation ; mais lorsque l'exposition aura été entière dans renc[uêle demandée, les Eminentissimes Cardinaux seront les premiers à reconnaître que non seulement Sa Grandeur était justifiable de prendre cette altitude, mais qu'elle ne pouvait en prendre une autre, sans manquer gravement au devoir de sa charge.

RÉCAPITULATION ET CONCLUSIONS. — D'après ce qui a été dit en abrégé dans cet « exposé, » et d'après les documents contenus au dossier de cette cause (1)^ il est évident :

1° Que la division projetée n'a pas sa raison d'être ;

2<* Qu'elle serait la ruine du diocèse des Trois-Rivières ;

3° Une injustice et une sorte de punition imméritée pour son vénérable titulaire ;

4° Une charge écrasante imposée sans cause à une population généreuse contre la foi des engagements de ses Evêques.

5" Un danger pour les intérêts des créanciers de l'évêché ;

6° Un spectacle affligeant présentant uue église mutilée entre deux diocèses magnifiques ;

7** Une condamnation indirecte mais effective des doctrine romaines ;

8° Un malheur pour l'Eglise entière du Canada ;

9° Et un discrédit pour la S. C. elle-même.

Il est en outre démontré :

1° Que ce projet est une œuvre odieuse d'intrigues et de persécutions à peine croyables ;

2° Une entreprise de misérables faussaires^ soutenue par des personnages qui par devoir devaient la combattre ;

3° Un vrai guet-apens contre un généreux défenseur des droits de la religion ;

(1) Voir tome vi des Voix Canadiennes, Vers VAbîine,

4° Enfin un triomphe pour les ennemis de l'Eglise.

Le diocèse des Trois-Rivières est petit, nouveau, peu populeux, facile à desservir. I\i l'Evêque, ni le clergé, ni les fidèles ne veulent de sépriration.

Trois fois des intrigants ont voulu le démembrer. Trois fois les Evoques et la S. C.les ont repoussés. Cette dernière tentative est le fait de quelques étrangers.

Une récente décision vient d'être réguiièrenier.t promulguée au nom du Saint-Siège contre ce projet funeste, et elle a soulevé une allégresse et un enthousiasme universels.

On ne peut alléguer pour ce démembrement aucune bonne raison quelconque, mais de simples et mensongers p/'e/e.Tté^-, des futilités pitoyables.

Toujours les adversaires du diocèse ont marché dans l'ombre, et se sont opposés aux légitimes investigations; toujours ils ont réussi à faire porter aux autres, depuis des années, le fardeau d'une conlinuella et coûteuse défense.

Jamais on n^a pu avoir raison ni de leurs documents, ni de leurs actes: une incompréhensible protection les a mis à l'abri des recours à la justice ecclésiastique, sans que ni les ordres du Saint-Père, ni la présence d'un Commissaire apostolique aient pu arriver à les atteindre; mais le digne Evêque leur victime a été aussitôt cité juridiquement sur demande. Tel est jusqu^ici le tableau de cette triste affaire, selon l'expression du Commissaire apostolique.

Mais la preuve absolue de fausses informations données déjà a la S. C. de la Propagande par les intrigants et par

neur de l'Eglise, des moN^ens énergiques de connaître à fond le mystère de cette persécution. Ainsi la question du diocèse pourra arriver à une solution équitable et consolante.

Voilà ce que pouvaient espérer des cœurs honnêtes ; on verra ce que purent ol)tenir les faussaires grâce à leur puissant protecteur de Québec.

Il n'en est pas moins vrai que la décision finale du Saint- Siège divisant le diocèse des Trois-Rivières fut malicieusement présentée et fort bruyamment exploitée par les irréductibles contempteurs de Isl^^ L. F. Laflèche. Ils disaient que c'était le désaveu des théories soi-disant outrancières ^" ^«lUant évêque, et leur condamnation par l'autorité

suprême : Laval connut alors une grande joie et VOrient étoile une retentissante jubilation ; les catholiques éclairés et sincères souffraient d'une profonde désolation.

Il semblait bien que toutes les brûlantes questions qui absorbèrent jusqu'alors la dévorante activité deTévêque des Trois-Rivières étaient brutalement vidées par les impénétrables combinaisons de Rome à la grande confusion de l'inlassable défenseur de l'Eglise du Canada ! On espérait ici et là que le calme peu à peu rentrerait dans les esprits et que la paix refleurirait dans les âmes.

Finis, clamaient pourtant francs-maçons et libéraux ; finis avec la chute de leur fauteur brouillon, le Programme Catholique et ses prétentions scélérates, Vlnflueiice spirituelle inclue du Clergé oppresseur, la question scolaire et le cléricalisme qui la patronne ! vengée Laval ! Vive Nicolet et Québec vainqueurs des Trois-Rivières !

Finis, peut-être quelques-uns des cauchemars de M^"^ Laflèche, Rome ayant parlé et ce digne évêque disant dans toute la ferveur de son âme soumise : le Pape le veut^ Dieu le veut ! Mais l'histoire a retenu les dossiers et c'est à Fhistorien de conclure, plutôt qu'aux parties, l'une d'elles fùt-elle au Capitole.

Or, rhistorien impartial devra ramasser tous ces documents suggestifs bien qu'épars ; il les pèsera en les comparant et il rapprochera les unes des autres avec curiosité des dates suggestives qu'il méditera longuement. Il remarquera dans les questions de Laval et de la Division de l'évêché de M^' Laflèche, par exemple, que les faits saillants, décisifs, se produisent entre 1875 et 1885. En 1876 paraît le décret relatif à la Succursale-Laval de Montréal. Québec en triomphe et note son succès comme un échec desTrois-Rivières qu'on avait cherché à décourager par l'humiliation. C'est à cette époque en effet que se produisait la première tentative de la division du diocèse des Trois-Rivières. Il y a là relation de cause à effet.

Dès lors, on peut rapprocher les uns des autres, dates et documents, et on constatera qu'on semblait, à chaque étape, procéder par attaques et ripostes : Ms' Laflèche lutte inlassablement pour le bon droit et le respect des bonnes mœurs et des saines doctrines, pour la vérité et la justice, pour l'infaillible et souveraine autorité de l'Eglise qu'il servait avec autant d'amour que de dévouement; du côté de Laval, au contraire, on attaque sans grand souci de l'intérêt supérieur de la société civile ou religieuse pour la conservation de certains droits mal acquis, et de privilèges mal fondés ou abusifs, en vue d'étendre une influence néfaste ou

d'augmenter des biens matériels au détriment des autres.

Les mobiles qui animent les adversaires, égoïstes et mesquins ici, et là désintéressés et généreux, caractérisent les manœuvres et dirigent les coups. M^"" Laflèche marche au grand jour, le cœur meurtri mais vaillant, le front haut, l'àme au ciel; tandis qu'à Laval, selon les circonstances, humble ou superbe, on rampe pour aborder par les sentiers obscurs et tortueux. Laval intrigue, manœuvre son rival dans les coulisses; il l'observe et ses fauteurs l'espionnent: tous les artifices sont bons ; toutes les ruses, mises à profit ; point de cœur dans l'action, encore moins de scrupules dans les procédés et, dans l'assaut final, c'est l'élan sauvage du fauve inassouvi qui se démasque à son heure, étrangle à son gré une proie longuement épiée et surprise dans son repos.

L'âme bien née, à ce spectacle écœurant, vole d'instinct à la victime innocente et, ne pouvant l'écraser, du moins, elle maudit le félin féroce.

L'observateur bien informé, de son côté, s'arrête et songe. Son jugement est troublé ; son cœur, ému ! Gomment? Rome peut ainsi laisser surprendre sa foi ! et son équité, en cette occasion, a été mise à ce point en défaut que ses coups, mal dirigés, accablent son serviteur le plus fidèle, le plus confiant ; et que des faveurs, détournées de leur cours, drapent de pourpre le protecteur de faussaires !

Oh! Nous savons qu'à Rome même, il y a des considérations qui se passent parfois de raisons et qu'alors elles sont la source de combinaisons déconcertantes, peut-être nécessaires. Mais Dieu, en qui le chrétien, le héros, le martyr, comme Ms"" Taché qualifie Ms'' Laflèche dans sa lettre à M^'' Taschereau, avait mis sa foi inébranlable et sa confiance suprême ; Dieu, que fit-il donc en sa faveur ?

Le Maître de Rome comme de Québec consola inefFablement l'âme blessée de son serviteur résigné ; il bénit par lui tout son peuple et tout ce qui lui restait d'un diocèse à réorganiser ; il fît régner la paix dans cette belle âme, la joie dansée noble cœur; il le combla enfin d'une plénitude de jours féconds en mérites éclatants et l'attira finalement à Lui avec les signes manifestes de prédestination qu'il ne prodigue qu'à ses élus.

A l'exemple de tous les caractères fortement accusés, Ms"" Laflèche, qui n'était indifférent à personne, eut des amis admirables, des adversaires acharnés. INous n'osons pas ajouter, après tout ce qu'on a pu lire ici et dans les Voir Canadiennes, qu'il n'y eût point d'âmes assez déformées pour agir contre lui en ennemis sans scrupules.

Pour mieux faire connaître ce digne évêque et faire valoir d'autant ses idées, ses œuvres et durer sa mémoire, nous aurons à le montrer dès après sa pire épreuve, dans sa vie intime d'abord, et le présenter ensuite dans sa vie publique: apôtre zélé, patriote ardent et adversaire irréconciliable de tous les principes pervers qui déformaient Tidéal chrétien et perdaient l'avenir politique et social de la race française au Canada.

■ Nous le verrons finalement mourir plein d'années, chargé de mérites, accompagné des regrets les plus vifs de tous ses enfants, de tous les Canadiens et môme, amendement tardif, de la plupart de ses anciens détracteurs !

Page 1