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DEUXIÈME ENTRETIEN

LIQUIDATION DES BIENS DES JÉSUITES, LE TRICENTENAIRE LE GRAND DÉRANGEMENT DES ACADIENS

Le Directeur. — Vous voilà, Messieurs. Je serais fort aise d'avoir votre opinion sur le rapport secret du R. P. Jones, de Montréal. Ce n'est pas un discours de Bossuet, bien sûr, car la forme ne dispute rien au fond, nous en étions avertis par l'auteur ; mais le fonds m'en paraît inattaquable.

Le Professeur. — C'est très fort.

Le Sollicitor. — J'ai lu tout le morceau d'un trait avec un réel bonheur : une excellente cause trouva dans ce bon Père an brave défenseur et j'estime que si le R. Père Anderledy a communiqué ce Mémoire en bon lieu, il a dû produire le meilleur résultat.

Le Directeur. — Cela aurait dû être, mais Laval, mais Mgr Taschereau étaient sur la brèche, et contre le bon droit et la justice ils luttaient avec acharnement. Pensez donc, les Biens des Jésuites, c'était leur bouchée de pain et n'oubliez pas que

le P. Jones, dans ses conclusions, disait : « Donner ces biens (des Jésuites) même à l'Université Laval (d'autres en voulaient leur part) serait les détourner de leurs fins et les mettre sous le contrôle de syndicats financiers qui seront composés, partie de laïques pour ne rien dire de plus. »

Ah ! les syndicats financiers de Laval. Il en est comme de vos corps enseignants, où voisinent protestants, francs-maçons, libres-penseurs, libéraux et jouisseurs sans épithète : Valma mater Laval sait toujours composeï ses salade ... à la russe.

Arrivons donc aux procédés de la liquidation trouvés dans la brochure éditée par Desbarats, à Montréal, en 1888-1889.

J'y trouve d'abord une lettre de M. Honoré Mercier, premier ministre, pour rappeler au P. Turgeon, S. J., chargé de négocier a\ec lui les faits de la cause, à sa\oir : l'origine du conflit pour la confiscation des Biens des Jésuites opérés par l'Angleterre, les réclamations multiples et pressantes qui se produisirent périodiquement et enfin les intentions du gouvernement actuel. Lisezles (1).

(1) Biens des Jésuites. — Des biens considérables appartenant aux Jésuites du Canada furent réclamés, pas complètement confisqués par les autorités impériales de l'Angleterre, à la mort du P. Gasot, en 1800. Des réclamations énergiques ont été faites à ce sujet par les autorités religieuses et les citoyens du pays, notamment :

Par Mgr Hubert, évêque de Québec 1791

Pur les citoyens de Québec en 179-5

Par les Evêques Signay, êv. de Québec : Turgeon^ coadj. et Lartigue, auxil vers 1835

Par les év. Signay, Turgeon, Gauhn, Phelan, Bourget, Prince,

Power en 1845

Par le clergé des diocèses de Québec et de Montréal en 1847

Les « Biens des Jésuites » furent remis au gouvernement de Québec après l'Acte de la Confédération (1867) : de là de nouvelles réclamations :

Par le R. P. Charaux, supérieur des Jésuites en Canada en 1874

Par les arch. et év.Taschereau, Laflèche, Langevin, Fabre, A Racine, Duhamel, Moreau, D. Racine . ... » en 1878

Par Mgr Taschereau (en vertu d'un induit du 13 oct 1662) ...... en 1885

Enfin, un induit du 27 mars 1888 autorise les Pères Jésuites du Canada à traiter avec le gouvernement dans la question des biens ; et le R. P. Turgeon est nommé par eux pour agir comme leur procureur.

Avant d'entrer en négociation avec le R. P. Turgeon, le gouvernement, dans- sa communication officielle du 1er mai 1888, désire lui rap-peler :

1° Qu'au sujet de ces biens le gouvernement ne reconnaît aucune obligation civile, mais seulement une obligation morale ;

2° Qu'il ne saurait être question d'une restitution en nature dont le principe a

Le Professeur. — Que répondit le Père Turgeon à cette ouverture ?

Le Sollicitor. — Il faut retenir d'abord de cette lettre que le champ de la discussion ouvert au Père Turgeon avait été préalablement fort rétréci. Selon moi, il est manifeste, par la lecture de cette lettre officielle, que tout avait été, autre part, examiné, débattu et accepté d'avance ; et qu'il ne s'agissait plus, sous forme de négociation apparente, que de dresser le procès-verbal d'une cause jugée et réglée entre les principales parties, en haut lieu ; disons à Rome !

Le Professeur. — Evidemment, il n'y avait plus à faire preuve de ruse ou de génie dans l'examen et dans la solution d'un litige trop fameux que des compétitions ardentes avaient embrouillé à dessein. Encore fallait-il présenter les choses sous un jour, dans des formes acceptables par l'opinion saisie.

Le Directeur. — C'est ce dont on se préoccupait surtout dans les lettres échangées à la suite de la démarche de M. Honoré Mercier.

Ne pouvant faire mieux, le Père Turgeon agréa donc les conditions exposées dans la lettre du -premier ministre comme bases des négociations possibles avec le gouvernement ; et alors au nom du Conseil des ministres, M. Mercier, par une lettre datée du 14 mai 1888, invitait le P. Turgeon à faire connaître par écrit

été abandonné par qui de droit (à Rome, en 1884), mais seulement d'une compensation en argent à être fixée à l'amiable ;

3° Que la somme fixée comme compensation devra être exclusivement employée dans la province (de Québec) ;

4° Que vous ferez au gouvernement de la province une cession complète, parfaite et à perpétuité, de tous les biens qui ont pu appartenir, en Canada, à un titre quelconque, aux Pères de l'ancienne Compagnie ; et que vous renoncerez à tous droits sur tels biens et leurs revenus en faveur de notre province ; le toutv tant au nom de l'ancien Ordre des Jésuites et de votre corporation actuelle, qu'au nom du Pape, de la S. C. de la Propagande et de l'Eglise catholique romaine en général ;

5° Que toute convention faite entre vous et le gouvernement de cette province ne vaudra qu'autant qu'elle sera ratifiée par le Pape et la législature de cette province. « Voilà, Très Révérend Père, les bases sur lesquelles le gouvernement désire traiter avec vous cette délicate question des biens dits « biens des Jésuites ».

Signé : Honoré Mercier, premier ministre.

la compensation désirée, « espérant que cette demande sera très raisonnable et modérée, vu les difficultés financières de la province et autres. »

Le mot autres est ici à souligner. Le correspondant du P. Turgeon était trop bien intentionné et trop loyal pour invoquer des entraves chimériques. 11 devait compter avec des gens autant qu'avec la politique en général ; et ces gens n'étaient autres que les intrigants qui assaillirent les pouvoirs publics de leurs protestations, et émurent la Curie romaine de leurs gémissements !

Et voici, Messieurs, comment le P. Turgeon, déférant au désir du gouvernement, exposa, en l'appuyant, sa demande modérée à coup sûr : le document est daté du 20 mai 1888, et il porte ce qui suit :

« ... Voici, Monsieur le Ministre, ce que je crois devoir répondre en faveur de la cause que j'ai l'honneur de défendre.

« D'après les rapports officiels que vous avez eu l'extrême obligeance de me communiquer, je constate que les biens des Jésuites sont évalués à la somme de $ 1,200.000.00 (un million deux cent mille piastres). Ce n'est qu'une valeur approximative, et je la crois bien inférieure à la valeur réelle. Des hommes compétents que j'ai consultés à Québec, à Montréal et aux Trois- Rivières, n'hésitent pas à affirmer que les biens des Jésuites valent au moins $ 2.000.000.00 (deux millions de piastres).

« Ils calculent :

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