MGR LABELLE, SIR W. LAURIER ET LE CANADA
Les personnes initiées, ou désireuses de s'initier aux choses canadiennes, nous sauront certainement gré d'avoir mis sous leurs yeux un pareil document.
Ce Mémoire est aussi digne que ferme ; il est mesuré dans l'exposé d'une situation douloureuse singulièrement pour le cœur d'un évêque zélé, fort bien éclairé, et sur ses droits, et sur ses devoirs, surtout sur les besoins du peuple croyant confié à sa juridiction vigilante. C'est une requête finale, en bonne forme, à l'autorité suprême, dont la bonne foi a été surprise, concernant la situation exacte des partis et la conduite du clergé canadien dans l'exercice légitime de ses droits politiques, que ne contrecarrent en rien ses fonctions sacerdotales.
Nous verrons par la suite combien fréquemment, sous le régime de l'archevêque Taschereau, la confiance des Congrégations romaines et de la Papauté a été mise à de rudes épreuves et comment des hommes de cœur en ont souffert cruellement.
Certes, la démarche faite par Mgr Bourget était délicate ; mais elle était nécessaire. On aime donc à trouver sous sa plume angoissée les raisons qui le déterminent, et des faits navrants, connus de la Sacrée Congrégation, mais qu'il lui rappelle néanmoins pour qu'on ne le soupçonne pas d'obéir à quelque inspiration inférieure ou à des visées personnelles, exclusives. Les
arguments se déroulent nets, pressants, et ne tendent, en justifiant ses auxiliaires dans le ministère divin, qu'à sauvegarder de toute atteinte ou déchéance les prérogatives de l'Eglise romaine sur une terre privilégiée, où elle jouissait encore, et malgré tout, de la bienveillance acquise et persistante des pouvoirs publics.
Après cette lecture, on a besoin de se recueillir un instant pour se demander quels singuliers motifs l'archevêque de Québec aurait bien pu alléguer pour justifier une attitude troublante, des démarches et des rapports contraires à la vérité évidente et aux intérêts permanents de l'Eglise dont il était cependant, dans le Dominion, la plus haute incarnation.
Mais, sans la moindre hésitation, sans réserve aussi, on compatit à la peine amère du requérant, de cet homme de cœur et de bien qui, uniquement préoccupé du droit des humbles méconnu et du service de son Dieu, osait écrire la vérité entière et réclamer pour tous une justice adéquate.
Nous verrons, plus loin, que l'archevêque de Québec avait été d'abord mal informé et puis odieusement influencé ; que, par suite, mal engagé, il n'eut pas le cœur de revenir sur ses pas, encore moins de se contredire ; on verra aussi le rôle des libéraux et l'ingérence néfaste, là comme ailleurs, de certaine corporation ecclésiastique, imbue d'un libéralisme universel et, en cette circonstance, de ce « pire gallicanisme » qui menace de destruction la plus florissante chrétienté de l'Amérique du Nord, comme elle poussa, du reste, à sa perte actuelle, la fille aînée de l'Eglise parmi les nations catholiques d'Europe.
En France, on se rend malaisément compte du rang que le clergé canadien, si militant, si dévoué, occupe dans une jeune société qu'il a recrutée, façonnée, qu'il instruit et conseille, qu'il réconforte par ses paroles, par son exemple, et comble de multiples bienfaits matériels aussi bien que spirituels.
Son influence considérable, bien légitime, est donc basée sur le respect qu'il inspire et la reconnaissance qu'il mérite : elle est entretenue par des relations incessantes et faciles, toujours
empreintes d'une touchante cordialité. Pourquoi donc, son activité étant appréciée partout, son intervention sollicitée en toutes circonstances, le clergé serait-il réduit au silence lorsque ses ouailles ont à décider de leurs destinées ?
Nous nous rappelons avoir vu à Paris, en 1890, un brave curé canadien : l'abbé Labelle, curé de Saint-Jérôme, province de Québec .
Certes, ce n'était pas le premier venu, ce brave prêtre, ou plutôt ce Monseigneur, à qui le pape Léon XIII venait d'envoyer pour mille piastres d'ornements sacrés avec le titre de protonotaire apostolique ad instar participantium, comme appoint honorifique. Distingué par le chef de la chrétienté, Mgr Labelle l'avait été déjà par ses propres concitoyens qui l'envoyèrent à Québec, où il devint sous-ministre de l'Agriculture au Parlement, nommé par le lieutenant-gouverneur en Conseil. C'était bien l'unique prêtre au monde qui fit alors partie d'une combinaison ministérielle, y faisant, du reste, aussi bonne figure qu'un Méline quelconque dans un ministère du vieux monde.
Il était venu à Paris, non pour discuter de quelque intérêt cultuel, mais pour négocier la conversion de la Dette du Gouvernement de Québec de 4 1/2 en 3 0/0 : cette dette était de 110 millions de francs ; c'est dire que l'opération méritait quelque soin et exigeait, chez le négociateur, de l'habileté.
Mgr Labelle n'était pas maladroit, malgré sa bonhomie exubérante. On le voyait arpenter nos rues et nos avenues en boutons violets, avec soutane lisérée de même, portant au tricorne des glands de même couleur. On le regardait passer ainsi avec curiosité ; mais lui ne s'arrêta pas un instant à la pensée qu'un anarchiste enragé ou qu'un gavroche effronté pût en venir jusqu'à lui manquer de respect. Pareille aventure n'arrivait pas à un prêtre dans la Province de Québec, pourquoi l'eût-i lredoutée chez nous ?
Quand on lui demandait ce qu'il pensait de la Ville Lumière, avec un sourire entendu : « Rien ne lui est comparable, reconnais-
sait-il sans difficulté, et je conviens que tout y est artistique : le vice et la vertu, aussi la cuisine ! »
Comme nombre de ses concitoyens, Mgr Labelle était d'origine normande et, de ses ancêtres, il avait conservé le caractère et l'accent ; corpulent, robuste, quand il causait il était intarissable ; à la tribune, six heures d'éloquence, d'allure sans cesse plus accélérée, plus pressante, n'était pas un exploit qu'il ne pût répéter, et sa faconde extraordinaire n'avait pas peu contribué à sa popularité qui s'étendait dans toute la Confédération. Après dîner, surtout quand il tirait sa pipe et lorsque, relevant sa soutane, il faisait partir une allumette sur la laine brune de son pantalon retroussé, il était d'humeur communicative et il expliquait alors fort volontiers que, au Canada, trois courants bien distincts partageaient l'opinion publique : le courant français, dont il était le champion le plus ardent, qui se manifestait pour les deux tiers dans la province de Québec aussi étendue que la France ; le courant anglais et le courant américain. Bien que force Canadiens français émigrent vers les Etats-Unis de l'Amérique du Nord (un million environ dès aujourd'hui), si jamais, expliquait-il, le Canada se détachait de l'Angleterre, le courant français opposerait à l'incorporation à l'Union américaine, tombeau de leur race, une résistance énergique : car l'élément français, tout-puissant dans l'état actuel des choses, risquerait d'être submergé dans cette Union, ce dont souffriraient également ses intérêts matériels et ses préférences religieuses ; il tendrait donc vers l'indépendance. Le courant anglais est loyaliste, ne jure que par la métropole qui lui donne vie, forces et faveurs. On devine, par contre, ce qu'est le courant américain (1).
(1) Ce bon Mgr Lobelle étant ordinairement d'humeur réjouie devenait naturellement optimiste et se faisait aisément illusion. S'il était encore parmi les vivants il constaterait avec eux que les idées et les choses ont fait du chemin.
Sir W. Laurier, menacé en sa politique intérieure, cherchait pour garder le pouvoir une diversion à l'extérieur, et il choisit à cette fin, pour plate-forme électorale, la réciprocité douanière avec les Etats-Unis, envisagée à New- York comme un acheminement vers l'annexion du Canada à l'Union américaine. Sir W. Laurier se défendait de favoriser en quelque sorte que ce fut cette annexion, prétendant que traiter affaire commerciale, n'était pas souscrire un abandon politique.
Mais, à New- York, le Président Taft faisait à l'ancien président Roosevelt de plai-
— Ôl —
Le courant français, ajoutait Mgr Labelle, s'accroît et se fortifie chaque jour, et il importe à l'avenir de la Nouvelle France d'accélérer ce mouvement, 1° en maintenant ses traditions morales : mariages précoces pour détourner la jeunesse de la
santés réflexions qui contrastaient avec l'assurance que donnait le Premier d'Ottowa, et c'est bien avec des arrières pensées annexionnistes que le traité de réciprocité douanière entre le Canada et les Etats-Unis fut voté à la Chambre américaine.
A cet égard en public, pas plus que le président Taft dans l'intimité, M. Champ Clark, alors chef désigné de la majorité démocratique au Congrès de Washington, homme bien posé, ne dissimulait pas ses aspirations et par lui le peuple Canadien fut averti cruellement. Cela suffit pour semer la route de W. Laurier d'obstacles imprévus : celui-ci avait pensé enlever le traité à Ottowa, comme il le fut à Washington ; mais il lui glissa des mains et le pouvoir aussi avec lui. Le Canada aux Canadiens, lui signifièrent ses électeurs avec son congé.
A entendre maintenant W. Laurier, Taft avait plaisanté et Champ Clark aussi ; celui-ci certainement aurait fait tout simplement un practical joker.
Annexer le Canada ! En ce moment les Américains s'ils le pouvaient, ne le voudraient pas. Us ne sauraient songer à compromettre l'équilibre actuel de leur constitution en ouvrant la porte de l'Union fédérale à des millions d'électeurs inconnus.
La question de drapeau est, sir Laurier ne l'ignore pas, d'importance secondaire dans le royaume du dollar. Ce qui ne se fait pas aujourd'hui s'accomplira demain, disent les frères du Sud. L'union économique du Canada et des Etats-Unis se poursuit chaque jour avec ou sans traité de réciprocité ; après l'union économique plus ou moins laborieuse, viendra l'union politique inéluctable.
Le danger date de loin.
Tous ceux qui ont pris le train à Chicago pour s'éveiller le lendemain à Toronto savent qu'en passant la frontière on ne sort pas entièrement des Etats-Unis : mêmes gares commodes et confortables, mêmes Street cars courant avec fracas dans les rues rectilignes, mêmes banques en guise de monuments historiques, mêmes vestons coupés au cordeau, mêmes ceintures de pantalon, même accent, et qui est plus, même dollar. En quinze ans, la civilisation américaine a pénétré par toutes les portes entre Vancouver et Montréal : elle est désormais chez elle même dans le Canada français.
Notons tout de suite, écrivait, M. Millet dans le Temps (25 fév. 1911) la moins importante des causes qui favorisèrent cette invasion. En 1898, 4.119 immigrants américains s'installaient dans cet admirable ouest canadien, entre les Rocheuses et les Grands-Lacs, qui sera un jour, avec l'Argentine, le grenier du monde. Depuis cette époque, le nombre des fermiers yankees qui passent la frontière s'est accru chaque année à l'américaine. Il atteignait 49.473 dès 1903 et environ 150.000 en 1910. Ce sont les éléments les meilleurs de la population agricole yankee qui viennent ainsi se faire Canadiens et du coup américaniser le Dominion.
On m'objectera, nombre de ces Américains sont des Canadiens d'origine, rapatriés avec le concours du gouvernement fédéral : d'accord, mais c'est de beaucoup le moindre nombre. Cette immigration se porte tout entière vers une région limitée ; ne dépassant pas encore l'immigration anglaise, elle ne saurait donc expliquer la très rapide transformation du Canada.
Les capitaux américains jouent à ce point de vue un rôle plus efficace que les hommes. Le plus souvent, c'est pour franchir la barrière douanière que beaucoup d'industriels américains imaginent de fonder sur le territoire de Dominion des usines où tout le personnel dirigeant, administrateurs, contremaîtres et directeurs, est recruté aux Etats-Unis. Si bien que dès maintenant les placements américains dans les entreprises privées tendent à évincer les placements anglais. Une enquête récente conduite par le Monetary Times de Torento a donné les résultats, et le démontre clairement :
dissipation, sinon de la débauche ; familles nombreuses, qui réduisent leurs chefs et leurs membres au travail soutenu et
Placement anglais au Canada au cours des cinq dernières années :
Dollars
Actions de banques canadiennes 1.125.000
Compagnies de prêts et d'hypothèques 5.719.774
Placements de compagnies d'assurances anglaises 9.731.742
Obligations municipales 10.000.000
Placements industriels 22.500.000
Terrains et forêts 19.000.000
Mines 56.315.500
Emprunts d'Etat ou de municipalités 481 . 061 . 838
Total 625.453.846
Placements actuels des Etats-Unis au Canada :
Dollars
175 compagnies 105.000.000
Usines et forêts de la Colombie britannique 58.000.000
Spéculations de terrains dans Alberta 20.000.000
Forêts et mines d'Alberta 5.000.000
Abattoirs 5.000.000
Maisons vendant des machines 6 . 575 . 000
Spéculations de terrains en Colombie britannique 4.500.000
Obligations municipales 25 . 000 . 000
Total ~279.075.000~
Ainsi, tandis que les cinq sixièmes des placements anglais vont aux valeurs d'Etat ou de municipalités, les Américains placent dans les entreprises privées plus de 250 millions de dollars sur 279. Il est donc manifeste que les capitaux anglais ont renoncé à lutter contre eux sur le terrain industriel et perdent contact avec l'âme et la ... caisse du peuple canadien.
Autre facteur : développement des lignes internationales sur le continent américain. En 1890, trois lignes seulement franchissaient la frontière canadienne à l'ouest du lac Supérieur. Aujourd'hui, dans la même région, on en compte plus de douze ; un grand nombre d'embranchements secondaires touchent d'ailleurs la frontière canadienne et ne demandent qu'à se relier au réseau canadien. On va actuellement en une nuit de New- York à Toronto ou à Montréal, de Saint-Paul à Winnipeg, de Seattle à Vancouver. Or, les marchands de Liverpool qui trafiquent avec le Canada ont le choix entre quatre routes :
1° Liverpool-Halifax ; on compte 8 ou 12 jours de Liverpool à Montréal, 14 ou 30 de Liverpool à Vancouver ;
2° Mexico-Vancouver par Tehuantepec, 42 ou 45 jours ;
3° Suez, 70 ou 80 jours ;
4° Cap Horn, 70 à 90 jours.
Enfin les Américains ont su favoriser les progrès de leur commerce au Canada par des méthodes plus modernes que celles des Anglais. Tandis que la Grande-Bretagne se bornait à envoyer des bibles, ils ont inondé le Canada de leurs catalogues. Pour un seul commissaire commercial anglais (British Trade Commissioner) résidant à Montréal et quelques agents subalternes, les Etats-Unis comptent 76 consuls ou agents consulaires distribués sur toute l'étendue du Dominion et en relations continues avec Washington. L'Américain est, de plus, souple, ingénieux et condescendant en affaires et sait flatter les goûts du client, qu'il dit : son frère.
Ainsi s'explique la prépondérance désormais établie des importations américaines
fécond dont l'influence moralisatrice est telle que, par exemple, dans sa paroisse de 6.000 âmes, et depuis 20 ans qu'il en était
au Canada. En 1895, l'importation américaine était près du double de l'importation anglaise (11 millions de livres sterling contre 6). En 1909, elle était près du triple (37 millions de livres contre 14).
Cependant, et avant qu'il ne fut trop tard, une double chance s'est offerte, récemment de consolider la situation de l'Angleterre au Canada. De toutes les colonies anglaises, le Canada avait été la première à proposer la création d'un système préférentiel qui eût rattaché plus étroitement les Dominions à la métropole. Dès que l'Angleterre, liée antérieurement par ses traités avec la Belgique et l'Allemagne, eut°les mains libres, les Canadiens lui accordèrent gratuitement une préférence de 25 0/0 qu'ils portèrent bientôt à 33 0 /0. Nul doute qu'ils eussent été plus loin encore si les hommes d'Etat anglais avaient répondu à leurs avances. Les Canadiens firent plus. La construction de leurs lignes transcontinentales eut pour but explicite non seulement de relier l'est à l'ouest canadiens, mais de favoriser le transit impérial. Le projet d'un chemin de fer allant de Winnipeg à la baie d'Hudson est né de préoccupations analogues. Le Dominion multipliait les efforts pour se rapprocher [économiquement du marché anglais.
D'autre part la politique douanière des Etats-Unis permet à l'Angleterre, à condition de ne pas perdre de temps, de prendre sur ses rivaux une avance considérable. Une véritable muraille de Chine sépare les Etats-Unis du Canada. La moyenne des droits d'entrée frappant aux Etats-Unis les produits fabriqués du Canada sont de 44 0/0 ; pour un grand nombre de ces produits, tels que les tapis (75 0/0), les pianos (45 0/0), les machines (45 0/0), certains tissus (de 100 à 150 0/0), les droits américains étaient prohibitifs. En retour, bien que les droits canadiens soient moins élevés, les produits américains ne pénètrent pas sans difficulté au Canada. L'Angleterre peut profiter de cet état de choses nécessairement temporaire pour asseoir sa prépondérance économique dans le Dominion. Le jour où la barrière s'abaissera, les Américains rencontreront dans le nord du continent un adversaire puissamment armé.
Or, le gouvernement anglais a délibérément refusé de saisir cette double occasion. C'est en vain que le système préférentiel inauguré par le Canada a démontré son efficacité. Les importations du Canada en Angleterre, qui avaient décliné à la fin du dernier siècle, ont repris à partir de 1898 au point d'atteindre 27.400.000 livres sterling en 1909, contre 19 millions d'exportations aux Etats-Unis. Au point de vue proprement anglais, M. Buxton, président du Board of Trade, a reconnu le 13 février 1912 que la préférence canadienne intéresse 68 0/0 des importations anglaises au Canada. Les hommes d'Etat anglais jugèrent néanmoins que les principes du libreéchange interdisent ie moindre essai de réciprocité coloniale.
Les conséquences de cette attitude ne pouvaient se faire attendre. Déçu par la métropole, le Canada s'est retourné vers l'étranger. Ses traités avec la France, puis avec l'Allemagne étaient des mesures préparatoires. Le projet de réciprocité avec les Etats-Unis les ont complétés dangereusement et les canadiens hésitants déjà ont finalement reculé au risque de débarquer W. Laurier.
Le traité américain-canadien établissait entre le Canada et les Etats-Unis la réciprocité douanière que M. Joseph Chamberlain rêvait pour l'intérieur de l'empire. La plupart des produits agricoles étaient exemptés, de part et d'autre, de tout droit. Un grand nombre d'articles manufacturés bénéficiaient d'un tarif préférentiel.
L'effet le plus certain de ce traité était de faire prendre au blé et à la viande du Canada la route nord-sud. Dans l'état actuel des voies de communication, les fermiers du Canada envoient leurs grains à Winnipeg, et de là, par les lacs et le Saint- Laurent, jusqu'à l'Atlantique. Cette route étant impraticable l'hiver, l'exportation est retardée pendant des mois, au plus grand détriment des exportateurs. Les grains canadiens auraient trouvé sur le marché américain un débouché d'autant meilleur que les prix sont partout plus élevés dans les villes américaines qu'au Canada ou même en Angleterre. Même profit pour la plupart des produits agricoles. A part cer-