‹ Voix canadiennesChapitre 8 sur 51 · I. — Vers l'Abîme · texte numérisé non relu

I. — Vers l'Abîme

curé, il n'avait eu à déplorer que dix naissances illégitimes (1) ; 2° en multipliant les voies de communication et les établissements d'utilité publique pour donner à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, de nouveauxs débouché ; aux classes éclairées plus d'iifluence et de bien-être ; pour affaiblir chaque jour davantage la fascination qu'exerce sur le Canada l'exemple fastueux des Etats-Unis qui poussent à l'émigration nombre de Canadiens dont la perte est cruelle ; 3° enfin, en recrutant en France des colons aptes à défricher les terres vierges qui abondent encore au Canada et pour y mettre en valeur d'incalculables richesses, inexploitées faute de bras, d'argent et d'initiative.

'Ce bon apôtre voulait à tout prix la prédominance du Canada français et catholique sur le Canada britannique et protestant

tains producteurs de fruits qui eussent souffert de la concurrence du sud des Etats- Unis, la population agricole canadienne aurait eu intérêt à préférer le client américain au client britannique : et où se trouve la caisse, va le cœur.

D'autre part, cette exportation de grains canadiens aurait eu pour contre-coup inévitable une importation équivalente de produits américains. Ainsi que le déclarait à sir Wilfrid Laurier, en janvier 1911, une députation d'industriels canadiens, la concentration des entreprises, plus avancée aux Etats-Unis qu'au Canada, permettra aux industriels américains de se tailler une large place dans le Dominion. L'assiette économique du Canada en sera totalement modifiée. Celles des industries qui vivaient des échanges entre l'ouest et l'est seront gravement atteintes : les greniers de Winnipeg. les chemins de fer transcontinentaux, tels que le Grand Trunk Pacific, perdront le meilleur de leurs bénéfices. En revanche, les grandes villes comme Winnipeg et Montréal, certaines compagnies comme le Canadian Pacific se rattraperont sur les échanges avec les régions correspondantes des Etats-Unis.

Ce n'était donc pas le Canada qu'il fallait plaindre. Le Dominion était assez jeune et assez riche pour se remettre sans peine des quelques secousses qu'allait causer son américanisation. Le continent s'ouvrait à lui , il s'y serait jeté hardiment, et se serait consolé de la prépondérance américaine en comptant les dollars qu'elle lui eut rapporté.

Peut-on être aussi optimiste au point de vue anglais. Avec une générosité qui leur fait honneur, les libre-échangistes anglais se réjouissent d'un traité qui doublera, disent-ils, la puissance de consommation du Canada. Fort bien.

Et cependant rien ne prouve que le commerce britannique doive en bénéficier. Or, au détachement économique du Canada suivra fatalement, tôt ou tard, le détachement politique, et alors ?

A cet égard n'est-il pas déjà significatif que, seul de tous les Dominions, le Canada ait laissé entendre qu il se désintéresse de la prochaine conférence impériale. Le seul lien qui subsistera désormais sera celui de la défense navale ? Ce dernier lien commence aussi à se détendre depuis que les Canadiens ont décidé de se construire une flotte. En présence de ces faits, on se demande s'il suffit, pour conserver l'empire, de nommer un prince de sang lovai gouverneur général du Canada. (Note de 1911).

(1) Sans doute, nous dit un Canadien qui venait de lire cette déclaration du bon Labelle ; sans doute, mais il a oublié d'ajouter qu'à douze ans les gamins de chez nous savent déjà sur le bout des ongles les moyens d'y remédier.

afin de conjurer ainsi le péril de l'annexion américaine qui l'obsédait. Car, disait-il, le Canada français est encore la France de Louis XIV avec ses mœurs, ses idées, son langage ; une France de Louis XIV préservée de tout mélange, de toute corruption, grâce aux traditions ancestrales qu'ont maintenues les solitudes lointaines et d'ardentes rivalités de race ; cette France, vieille déjà dans sa rayonnante jeunesse, se trouve transportée en pleine civilisation avec des lois amendées et tout un cortège d'inventions modernes.

Mais si le bon curé de Saint-Jérôme était franc d'encolure et dévoué aux intérêts qui déterminèrent l'activité des immigrés français, il avait un faible sur le terrain religieux : ses fréquentations politiques lui faisaient tort et quand on lui parlait de l'opposition ultramontaine,... il répétait avec un sourire qui trahissait quelque amertume :

— Ah ! oui, les Ultramontés !

Ce qui pouvait, d'ailleurs, dans sa pensée compliquée, signifier aussi que ceux auxquels on faisait grief de leur opposition irréductible à la race anglo-saxonne, à ses tendances, à ses œuvres, ne puisaient pas les motifs de leur résistance au delà des mers et des monts, à Rome ; mais, dans les angoisses qu'ils ressentaient en songeant à ce que serait l'avenir de leur patrie tant aimée, si l'Angleterre arrivait à annihiler l'élément franco-canadien ; ou si, par contre, la puissante Confédération voisine débordait jusqu'à l'extrême Nord ; ou bien encore, sur un terrain plus restreint et confessionnel, si le protestantisme affirmait ses avantages et si, grâce à l'action délétère de certaines défaillances catholiques, la foi des ancêtres perdait, avec sa force, son action conservatrice et vivifiante de la race française : force dont les intérêts séculaires promettent à ceux qu'elle anime, par le nombre et par la volonté tenace, l'empire de l'Extrême-Nord américain.

Mais il n'insistait pas comme l'aurait fait fatalement l'archevêque de Québec, qu'on aurait pu croire aux ordres des libéraux. Sa cordialité, pour tous, et sa réserve habile envers ceux qu'il

voulait ménager quand même et savait servir au besoin lui valurent, en tout cas, une popularité telle qu'il mérita d'être dit : « Roi du Nord (1). »

Et, pourquoi ne le dirions-nous pas ? Nous, Français de France, lorsque nous devons élever la voix et parler de nos frères séparés et si fidèles, dont le cœur pour la commune patrie ne cesse de battre, là-bas, à l'unisson du nôtre, nous sommes embarrassés et tout confus quand l'expression d'une admiration sans réserve ne peut tomber sans cesse de nos lèvres, portées à

(1) Au Canada il s'est créé, en effet, un puissant parti qui estimait que l'intérêt la destinée, le devoir du Canada était de s'associer aux Etats-Unis. Des hommes comme sir Richard Cartwright, sir Wilfrid Laurier, M. Farrer, pensaient que la fiction de l'unité de l'empire britannique ne saurait toujours prévaloir contre les lois inéluctables du développement historique. Ils appelaient de tous leurs vœux, en premier lieu, l'établissement d'un zollverein américain, et puis, l'institution d'un lien fédéral qui réunirait en un seul organisme tous les territoires de la baie d'Hudson et du Saint-Laurent au golfe du Mexique et à la Porte d'Or. Le traité de réciprocité de 1911 est un acheminement.

Parmi eux se trouvait, ô paradoxe ! ô ironie ! un représentant attitré de la haute culture d'Oxford, un de ces professeurs infaillibles que la vieille Angleterre envoie parfois au Nouveau-Monde pour lui inoculer le goût des litterœ humaniores, M. Goldwin Smith en personne. Ce très haut et très puissant personnage présentait la bizarre inconséquence de fulminer sans cesse des excommunications majeures contre les Irlandais et leurs alliés libéraux, coupables de réclamer le home rule et en même temps de prêcher fort éloquemment la nécessité pour le Canada de se fondre dans l'union américaine !

Ce qui faisait la gravité de ce mouvement, c'était précisément qu'il ne s'agissait pas d'une petite intrigue nouée dans un coin, mais d'un grand courant qui s'étalait en plein jour. Et l'Angleterre le sentait bien, et ses hommes d'Etat agissaient en conséquence.

Ils souffraient sans mot dire qu'un sir John Macdonald — un capitaine Fracasse de chauvinisme anglo-saxon, héros du loyalisme, dénonciateur des coupables visées de l'opposition — maintînt, douze ans durant, son régime sur un tarif protectionniste défavorable aux produits de la mère-patrie. Ils consentaient, pour réserver à ce même sir John Macdonald, si animé contre toute idée de négociations commerciales avec Washington, la primeur d'un traité de réciprocité avec les Etats-Unis, à porter à son comble l'irritation de Terre-Neuve en refusant de ratifier l'instrument que cette petite colonie signait avec M. Blaine.

Bien plus ! pour ne pas trop tendre le lien, tout idéal et de sentiment, qui unit les grandes colonies d'outre-mer à la métropole, un économiste aussi orthodoxe que M. Goschen, chancelier de l'Echiquier, ne s'était pas refusé, dans le débat sur la motion de M. Howard Vincent, à faire les yeux doux à l'hérésie du fair-trade et à renier et Cobden et Ricardo et Adam Smith !

Et le pis était qu'avec toutes ces concessions, tous ces sacrifices, des hommes qui mettraient la main au gouvernement de l'empire britannique savaient qu'ils avaient beau faire ; que tôt ou tard, au Canada, en Australie, dans l'Afrique du Sud, la corde cassera et la Greater Britain, sur laquelle le soleil ne se couche pas, se réduira à la petite île perdue dans les brumes de l'Océan septentrional. Fata viam inventent.

Tout de même ce qui passe l'imagination c'est que la Grande-Bretagne n'ait tant ménagé les Américains, un siècle durant, que pour leur pousser aujourd'hui dans les bras la plus belle de ses colonies ; car enfin les Etats-Unis reviendront à la charge, leurs amis aussi et comment éviter toujours la fatalité.

ne tenir à leur sujet que d'agréables propos. Les Canadiens français, c'est Wilfrid Laurier qui le disait, bien que séparés de la France depuis plus d'un siècle, bien que différents d'elle aujourd'hui de plusieurs manières, ont toujours conservé son culte, suivant de loin, avec un intérêt qui ne s'est jamais démenti, toutes les péripéties de sa vie tourmentée, prenant part de ses joies, de ses douleurs..., surtout de ses douleurs ! Ils sont fiers d'être de sa race ; ils se font gloire de continuer, sous un climat lointain, les généreuses traditions de leurs ancêtres venus des bords de la Seine, de l'Anjou ou de la Charente. Oui, telle est la délicatesse des sentiments canadiens envers nous, et des nôtres envers eux, qu'ensemble nous trouvons Montréal et Québec, villes excellentes entre toutes, dont seuls, Français d'ici et Français de là, nous pouvons goûter le charme intense qui résulte pour tous de l'obsédante évocation d'un passé fait de beaucoup d'efforts héroïques, des gloires les plus pures comme des deuils les plus cruels.

Nous n'oublierons pas, en particulier, que sir Wilfrid Laurier s'applique à développer les relations commerciales avec l'ancienne mère-patrie. Grâce à lui, les exportations du Canada en France ont sextuplé, et les importations de France au Canada ont plus que doublé, de nouveaux accords accélèrent encore ce progrès déjà fort satisfaisant.

Nous ne l'oublions pas, et, sans perdre de vue que par lui l'idée catholique au Canada, a reçu de cruelles atteintes, nous n'oublions pas davantage cette aimable invitation et cette description enchanteresse d'un pays que nous avons le regret d'avoir perdu : « Je crois, disait Wilfrid Laurier dans un toast mémorable porté à Paris devant cinq cents convives ; je crois que le Français est coupable de comparer l'hiver de France à l'hiver du Canada. Il y a une immense différence. L'hrver de France rappelle aux Français simplement des impressions pénibles : de la pluie, du vent, de la neige aussi triste que la pluie, de la boue sous les pieds, du brouillard dans les narines et dans les poumons ; et à l'idée que le climat du Canada est plus rigoureux

que le climat de France, le Français pense que l'hiver du Canada est plus désagréable encore.

» C'est là une erreur immense... L'hiver du Canada, c'est à la fois la joie et l'orgueil des Canadiens. Cette neige que vous redoutez, nous la désirons, nous l'aimons, nous l'appelons de tous nos vœux, et quand, au 25 novembre, on n'a pas ce qu'on appelle la « bordée de sainte Catherine », c'est-à-dire quand nous n'avons pas une bonne et belle tempête qui nous laisse sur le sol au moins un demi-mètre de neige, nous croyons que la Providence nous oublie.

» Le Français ne connaît des beautés de la neige que ce que lui en ont dit les poètes qui l'ont vue au sommet des montagnes et qui, généralement, l'ont vue de très loin. La neige, en France, n'a rien de bien poétique que je sache ; la couche qui tombe en une nuit fond le lendemain au lever du soleil, et selon la belle pensée de Victor Hugo : « La goutte d'eau qui tremble au bout de la feuille, perle avant de tomber et fange après sa chute. » Sr les Français venaient chez nous, ils sauraient que la neige reste perle après sa chute, comme elle l'était avant.

» Que le Français vienne chez nous, il verra tout ce qu'il y a de beau, de grand, de vivifiant, dans une journée d'hiver, alors que le sol à perte de vue est couvert du blanc manteau de neige qui scintille gaiement sous les pâles rayons d'un soleil d'hiver l Qu'il vienne chez nous, et il apprendra que ce magnifique spectacle est surpassé par la splendeur des nuits d'hiver, alors que le firmament du plus pur azur est constellé de tant de millions d'étoiles qu'un œil européen n'a jamais vu de fulgurance semblable ! Qu'il vienne chez nous, et il apprendra que cette saison d'hiver est la plus gaie de toutes les saisons ; il verra qu'elle est la saison des fêtes, et retrouvera parmi nous cette vieille gaieté qui tend un peu à disparaître de France !... »

Eh ! certes, au Canada, nous nous rendrions volontiers, si nous n'étions pas d'un âge un peu avancé et convaincu, tout de même, qu'il n'y a pas là seulement que de la neige tenace à admirer.

Il doit y avoir aussi l'envers humain, des ambitions ardentes, des compétitions acharnées avec tout leur cortège habituel de misères qui troublent la félicité chimérique des faibles mortels.

Il ne faut pas faire d'ailleurs un reproche à sir W. Laurier de ce que cette appréhension ne fût aussitôt dissipée, par le même toast, dans l'esprit des mêmes convives, qui restaient après tout plus sensibles aux tièdes attraits de la Seine qu'à l'âpre bise du Saint-Laurent et des grands lacs.

Ecoutons-le à tout hasard ; personne n'ayant à y courir des risques mortels. « Le Canada; poursuivait donc sir W. Laurier, est unique par ses institutions politiques, et, sur ce point, je crois qu'il ne ressemble à aucun titre, ni aujourd'hui, ni dans le passé. Le Canada est une colonie, mais il est un Etat virtuellement indépendant. Bien qu'il soit indépendant, bien qu'il soit un gouvernement autonome qui ne relève d'aucun autre, cependant le Canada est en même temps sous la souveraineté de la Couronne d'Angleterre .

» J'ai entendu quelques remarques sur l'étrange état de choses qui existe aujourd'hui au Canada, et quelque étonne ment de ce que les Canadiens, non seulement sont fidèles à l'Angleterre, mais affichent la loyauté.

» Messieurs, nous avons fait une conquête, au Canada, nous avons fait la conquête de la liberté. Nous sommes le pays le plus libre qui soit au soleil, et je ne fais aucune exception. Toutes les libertés, liberté civile, liberté politique, liberté religieuse, nous les avons sous l'égide de la Couronne d'Angleterre ; et comme nous sommes une race chevaleresque, pourquoi ne manifesterions-nous pas en toute circonstance notre allégeance en faveur du pouvoir qui nous accorde ce bien immense qui s'appelle la liberté ?

» Nous avons fait plus. Nous avons deux races sur le sol du Canada : la race anglo-saxonne et la race française. Je suis fier de vous faire constater que j'ai à côté de moi, assis à cette table, un de mes chers amis et mon collègue au gouvernement, qui représente l'élément anglo-saxon. Nous sommes en effet arrivés

à ce point qu'entre les races, il n'y a pas rivalité, il y a émulation non pas pour obtenir la domination d'une race sur l'autre, mais dans le but d'obtenir le développement complet de la gloire et de la prospérité de notre pays (1)... »

Après ces déclarations sympathiques ou rassurantes, il ne peut rester indifférent à personne d'apprendre que sir W. Laurier est au physique d'une taille svelte, élancée, que sa physionomie est mince, allongée, et que sa figure est soigneusement rasée à la façon d'un prélat dévot de la Sainte Eglise ; qu'il parle anglais avec aisance, et français sans le moindre embarras (2).

(1) Cependant, si Wilfrid Laurier avait tenu ce langage à Montréal au lieu qu'à Paris, sa belle assurance eût-elle été quelque peu assombrie par le souvenir des troubles qu'y suscita l'annonce de la prise de Ladysmith, durant la guerre sud-africaine. A cette occasion, la jeunesse des Universités Me Gill et Laval témoignèrent moins de cordialité, et les pompiers durent, à grands jets, éteindre des ardeurs qui n'étaient pas les effusions d'une amitié aussi enthousiaste. Question de dire, en le constatant, qu'au pouvoir, au comble de ses vœux, on est volontiers optimiste. Nous parions cependant deux contre un que depuis le 21 septembre 1911, sir Laurier l'est sensiblement moins.

(2) Lorsque je parle anglais, disait parfois sir W. Laurier, je pense en français ; lorsque je parle français, je pense en anglais. Chez moi, en famille, nous nous exprimons en français, mais l'anglais a bien son charme... » Il sourit volontiers. Si vous prononcez, d'inadvertance, devant lui, ces mots : « Vous, un Anglais !... », il interrompt doucement : « Non... non... pas Anglais ; mais sujet britannique. » On ne surprendra pas ce ministre pour une question qu'il ignore, par un sujet qu'il n'ait étudié. Il est puissamment doué ; il n'a lui-même aucun étonnement de ces dons remarquables, car il professe hautement que l'alliance de ces deux éléments, tous les deux supérieurs, l'élément français et l'élément anglais, pourrait seul produire ce qu'il entrevoit de meilleur et de plus rare, quelque chose comme l'homme-type par la vivacité et l'intelligence et la maturité de l'esprit, la souveraine force et la suprême générosité.

Il y a plus de deux cents ans que les ancêtres de W. Laurier émigrèrent des environs d'Angoulême aux bords du Saint-Laurent. W. Laurier raconte volontiers qu'il était pauvre et que ses débuts furent rudes. Il était avocat ; il possédait un vrai talent d'orateur et maniait avec une égale élégance les deux langues admises devant les tribunaux de la Confédération ; il se révéla dès l'abord un arriviste déterminé dépouillé des vains scrupules qui alourdissent les destinées. Il devint, au bareau, de Québec, sous le patronage des avocats Doutre et Laflmme, deux libéraux redoutables, un orateur estimé et fut bientôt député, chef de parti, et premier ministre d'un gouvernement libéral. Quant à savoir s'il resterait longtemps encore dans cette situation, il nous dirait lui-même (avant le 11 septembre fatal) :

— La faveur populaire et la confiance des partis politiques sont des maîtresses inconstantes. Le ministre le plus admiré peut être, demain, le plus méprisé...

Les Canadiens anglais disent de sir W. Laurier : « Il parle toujours français ! » Et ils le lui reprochent sévèrement.

Les Canadiens français disent de lui: Il parle toujours anglais. Et ils en sont chagrins.

Voici son procédé : Le parlement d'Ottawa contient une majorité qui ne s'exprime qu'en anglais ; la minorité parle le français, mais, en général comprend aussi l'anglais. La supériorité de ces députés bilinguistes est cause de quelques jalousies. Si l'un des membres parlant le français pose une question personnelle à l'honorable premier ministre, il y répond en français ; mais s'il lui pose une question d'ordre gé-

Mais les catholiques seraient plus séduits encore par les charmes de son esprit, par les avantages de sa personne, d'ailleurs fort distinguée, si son libéralisme ne le portait à des concessions successives qui les inquiètent dans le présent et ne les rassurent vraiment guère pour l'avenir.

Bien qu'il arrive à l'éminent homme d'Etat de penser en français en causant en anglais et de penser en anglais quand il discute en français, et confond communément deux races réconciliées, apparemment, dans sa tendresse de parvenu arrivé au comble de ses vœux, les Canadiens de sang gaulois n'oublient pas que l'anglais est, par excellence, le véhicule du protestantisme parmi eux ; et le français, la sauvegarde du catholicisme conservateur dans lequel, de père en fils, ils mettent depuis des siècles leur espoir grandissant.

Il ne paraîtra donc pas hors de propos d'entrer ici dans quelques détails supplémentaires concernant la vie politique de sir "W. Laurier, ne fût-ce que pour montrer qu'il a mérité jusqu'à ce jour son surnom de fin matois qu'il avait déjà au collège. Nous nous bornerons à quelques exemples.

Et d'abord, il convient de rappeler brièvement ce que c'est que la question des écoles du Manitoba, au sujet de laquelle on a fait au premier ministre du gouvernement fédéral des reproches incessants, pleins d'amertume.

Avant l'entrée du Manitoba comme province dans la Confédération canadienne, en 1870, les écoles confessionnelles y existaient. Les protestants avaient leurs écoles, et les catholiques aussi. Les catholiques soutenaient leurs écoles sans être tenus d'aider d'aucune façon les écoles protestantes. Après l'entrée du Manitoba dans la confédération, la législature manitobaine vota une loi (1871) établissant un système complet d'écoles confessionnelles. Les catholiques eurent en conséquence leur comité d'édu-

néral, il y répond en anglais, et, s'il s'exprime plus volontiers dans ce dernier idiome, c'est précisément pour mieux rallier à la proposition d'un membre français l'élément anglais de l'assemblée. Sir W. Laurier pense que, s'il y avait une justice parlementaire — supposition vaine et chimérique ! — on lui saurait gré de défendre, par de tels moyens, la cause de l'entente cordiale. On l'en blâme, et il s'y résigne.

cation, leur surintendant, leurs inspecteurs, leurs municipalités scolaires, leurs livres. Ils payaient leurs taxes scolaires, et ils recevaient du trésor public leur juste part des subventions de la province pour l'enseignement.

Ce régime de justice et de liberté dura jusqu'en 1890, c'est-àdire près de 20 ans. Mais en 1890, un ministère libéral, le ministère Greenway, abrogea la loi manitobaine de 1871, abolit les écoles catholiques, enleva aux catholiques, devenus la minorité., son organisation scolaire, et décréta pour toute la province un seul système d'écoles publiques neutres.

Les catholiques réclamèrent contre l'iniquité de cette loi de 1890. Ils s'adressèrent aux tribunaux ; ils firent connaître leurs griefs au gouverneur général en conseil et au parlement fédéral. En 1895, le gouvernement fédéral conservateur résolut de présenter une loi dite réparatrice, loi qui devait rendre aux catholiques manitobains leur organisation scolaire d'avant 1890 : comité d'éducation, surintendant, instituteurs, inspecteurs, livres. Cette mesure fut déclarée par Mgr l'archevêque de Saint- Boniface un « règlement substantiel, raisonnable et définitif de la question des écoles, conformément à la Constitution » (télégramme, 13 avril 1896).

Or, cette loi, véritablement réparatrice, sir W. Laurier et ses partisans résolurent d'en empêcher l'adoption. Des élections générales pour le gouvernement fédéral eurent lieu dans Tété de 1896. W. Laurier promit aux électeurs, s'ils le portaient au pouvoir, de faire mieux que le gouvernement conservateur, d'obtenir pour les catholiques du Manitoba « et dans les six mois justice entière » au moyen de la conciliation ; et, si la conciliation ne réussissait pas, d'exercer « le complet et entier recours constitutionnel que fournit la loi ». (Discours de W. Laurier à Saint-Roch de Québec).

Eh bien, W. Laurier est au pouvoir depuis 1896 (1), et jusqu'aujourd'hui 1911, sir W. Laurier n'a encore ni tenu sa parole, ni

(1) Nous nous plaçons toujours avant le 11 septembre 1911, date de sa chutemémorable.

rendu justice ; il a biaisé, tergiversé, transigé, et il a fini par abandonner et sacrifier les droits des catholiques du Manitoba, et même des nouvelles provinces d'Alberta et de Saskatchewan, n'hésitant point, pour cela, d'aller contre les directions des évêques et du Pape, ni même d'usurper un pouvoir souverain, un pouvoir que l'Angleterre s'est toujours réservé.

Et maintenant quelques détails destinés à montrer comment W. Laurier en est arrivé là. Notez d'abord un fait significatif qui fait connaître la mentalité de Laurier encore jeune avocat.

Un jour, causant avec d'autres avocats, il lança un vilain mot contre la confession.

— Mais, sais-tu bien, dit l'avocat Trudel (devenu plus tard sénateur), que je pourrais te faire un mauvais parti en faisant connaître cette parole injurieuse au public.

— Je dirais, répliqua Laurier, que tu es un sacré menteur.

— Mais tu communies à Pâques.

— Oui, mais c'est pour empâter nos habitants.

Ce fait a été rapporté à mon correspondant canadien par le sénateur Trudel lui-même.

Et notons encore, à la confusion de Laurier, qu'en janvier 1895, le plus haut tribunal de l'empire, le Conseil privé de l'Angleterre, déclara que les catholiques du Manitoba avaient droit d'en appeler au gouverneur général en conseil au sujet de leurs griefs scolaires, toujours méconnus.

Avant d'assister à une assemblée politique aux Trois- Rivières r le 20 février 1895, sir W. Laurier alla présenter ses hommages à Mgr Laf lèche. Il fut question des écoles durant toute la conversation. L'évêque des Trois -Rivières montra que dans un pays mixte comme le leur, les écoles doivent en justice être confessionnelles, catholiques ou protestantes selon la profession religieuse des parents.

W. Laurier fit remarquer aussitôt à l'évêque qu'il différait en cela d'opinion avec Sa Grandeur ; car, ajouta-t-il, il y a une autre sorte d'écoles : les écoles nationales, écoles communes à tous les enfants du pays, quelle que soit leur religion.

— Mais alors, reprit Mgr Laflèche, vos écoles nationales seraient des écoles neutres ; or, il n'est permis à personne d'ignorer, à un catholique de votre position moins encore qu'à tout autre, que les écoles neutres sont condamnées par l'Eglise.

Et Mgr Laflèche développa cette idée, puis rapporta à ses prêtres de l'évêché toute sa conversation avec W. Laurier, chef des libéraux.

Le bruit se répandit bientôt que W. Laurier voulait des écoles neutres pour le Manitoba.

Ce bruit parvint aux oreilles de Laurier, et celui-ci d'écrire aussitôt une lettre indignée et publique disant « que Mgr Laflèche a compris que le chef du parti libéral préfère les écoles neutres aux écoles libres (séparées). Sa Grandeur a donné ainsi à ses paroles une interprétation absolument fausse, et je regrette, disait Laurier, cette interprétation tout à fait contraire à mes convictions, et le soir même aux Trois -Rivières, et quelques jours plus tard à Saint- Jérôme, je me suis expliqué à ce sujet d'une manière qui ne saurait prêter à équivoque (1) ».

Lequel faut-il croire, ou Mgr Laflèche ou le chef libéral ? Le choix n'est pas difficile à faire entre le digne évêque au verbe -impeccable, et Laurier « fin matois et franc menteur » qui montre encore par cet incident qu'il a toujours été peu scrupuleux, prêt à nier aujourd'hui ce qu'il affirmait la veille, en politicien arriviste toujours avisé.

Le gouvernement conservateur, on l'a vu, proposa une loi réparatrice destinée à rendre aux catholiques Manitoba ins ce que le gouvernement libéral Greenway du Manitoba leur avait enlevé si injustement en 1890, et la loi réparatrice fut votée en deuxième lecture — ce qui sanctionnait le principe du bill — - par 112 voix contre 94. Notons toujours, en passant, que W. Laurier, chef de l'opposition libérale, et, à sa suite, 21 députés libéraux catholiques votèrent alors le rejet de ce bill réparateur.

Restait à, examiner successivement les diverses clauses du bill en comité.

(1) Voir Y Echo de Louiseville, du 29 juin 1895.

Le projet de loi réparatrice était excellent : le R. P. Lacombe écrivait à W. Laurier le conjurant de l'appuyer. Et Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, envoya cette dépêche au R. P. Lacombe : « La loi (projetée) est applicable, efficace et satisfaisante. Je l'approuve. Tous les évêques et tous les vrais catholiques devraient l'approuver. La vie est dans le bill... »

M. Ewart, l'avocat des catholiques, et M. le député Prendergast, du Manitoba, avaient fait des déclarations identiques.

Et voyons si W. Laurier et ses partisans se raviseront ; s'ils sont réellement partisans des écoles confessionnelles.

Eh bien ! non. L'opposition libérale ne modifiera pas son attitude. Elle avait l'occasion et le devoir d'appuyer le bill. Elle proposa au contraire son renvoi à six mois, c'est-àdire la mort ignominieuse et l'enterrement honteux de la loi réparatrice !

Entre temps, la presse libérale, mettant les intérêts du parti au-dessus de la Justice, du Droit et de la Constitution, fit l'impossible pour défigurer le bill réparateur. Elle parla d'un désaccord parmi les catholiques, même parmi les évêques. Or, comme on peut lire, p. 6557 du Hansard, un député du Manitoba, M. Larivière, ayant écrit à Mgr Lange vin pour savoir si le bruit du désaccord était fondé, en reçut cette réponse qui fut lue à la Chambre des Communes : « Aucun évêque ne diffère d'avec moi : tous sont extrêmement sympathiques. Les catholiques qui combattent le bill trahissent la minorité catholique. »

(Signé) A. D. Langevin Archevêque de Saint-Boniface. .

Cette réponse, dit le Courrier du Canada, dut tomber comme du plomb fondu sur la tête de M. Laurier et de toute sa cohorte de traîtres.

Le chef libéral et ses partisans vont-ils enfin renoncer à l'école neutre, dite nationale, et appuyer la loi réparatrice ? Voyons.

La durée légale du parlement fédéral devait expirer le 25 avril 1896 à minuit. Les libéraux, leur chef en tête, renforcés des cer-

tains conservateurs fanatiques, c'est-à-dire des factions, Me Garthy, Wallace et Me Neil, résolurent de recourir à Y obstruction pour empêcher le bill réparateur de passer loi ; et ce moyen inique malheureusement leur réussit : des discouis interminables commencèrent, et W. Laurier, ou si l'on veut, ses partisans libéraux, obéissant à un mot d'ordre de leur chef, parlèrent six jours et six nuits sans interruption (1).

C'est ainsi que le Parlement expirant, le bill réparateur, malgré tous les efforts de sir Charles Tupper, premier ministre du gouvernement conservateur, fut étouffé par l'opposition libérale, composée en partie de catholiques défaillants.

Des élections générales pour le gouvernement fédéral devant avoir lieu, la presse libérale redoubla de zèle pour soulever l'opinion et répandre la calomnie contre les conservateurs et leur bill réparateur.

C'est alors, comme on l'a dit, que W. Laurier fit ses belles promesses de justice aux électeurs de Saint-Roch de Québec, en particulier.

Citons textuellement ses paroles d'après ses propres organes. *

— Si, dit-il, le peuple du Canada me porte au pouvoir comme j'en ai la conviction, je réglerais cette question (des écoles du Manitoba) à la satisfaction de toutes les parties intéressées. J'aurais avec moi dans mon gouvernement sir Olivier Mowat, qui a toujours été dans Ontario, au péril de sa propre popularité, le champion de la minorité catholique et des écoles séparées. Ja le mettrais à la tête d'une commission où les intérêts en péril seront représentés, « et je vous affirme que je réussirais à satisfaire ceux qui souffrent dans le moment. Est-ce que le seul nom vénéré de M. Mowat n'est pas une garantie du succès de ce projet ? Et puis, en fin de compte, si la conciliation ne réussit point, j'aurais à exercer ce recours constitutionnel que fournit la loi, recours que j'exercerais complet et entier ».

Avant les élections, les évêques, qui avaient toujours reven-

(1) Voir Journal de la Chambre des Communes^ 1896, pp. 169, 170, 171.

diqué les droits de la minorité manitobaine, publièrent un mandement collectif pour donner aux électeurs de la province de Québec une direction jugée par eux opportune et nécessaire :

« C'est pourquoi N. T. C. F., affirment-ils, tous les catholiques ne devront accorder leur suffrage qu'aux candidats qui s'engageront formellement et solennellement à voter au Parlement en faveur d'une législation rendant à la minorité catholique du Manitoba les droits scolaires qui lui sont reconnus par l'honorable Conseil privé d'Angleterre. Ce grave devoir s'impose à tout bon catholique ; et vous ne seriez justifiables ni devant vos guides spirituels ni devant Dieu lui-même de forfaire à cette obligation. »

Quel chrétien, désirant sincèrement le règlement de la question scolaire, pourrait, après cette intervention épiscopale, appuyer un candidat qui a déjà voté contre la loi réparatrice ? Car qui a déjà trahi peut parfaitement trahir une seconde fois.

V Electeur de Québec, qui s'appelle maintenant le" Soleil, chercha malgré tout à faire croire encore que les évêques canadiens étaient divisés, « alors qu'une même pensée les animait tous ».

— Ils sont tous unanimes sur cette question des écoles, disait Mgr Gravel, le 29 mai 1896, dans son sermon à Sainte-Angèle de Laval.

Cependant, les élections du 23 juin 1896 donnèrent à W. Laurier une majorité totale de 35 et une majorité de trente-trois (33) voix dans la seule province, si catholique, de Québec !

Voilà donc M. Laurier maître au parlement fédéral : que va-t-il l'aire ? Va-t-il tenir ses promesses ? Nous allons le voir à l'œuvre.

Le nouveau gouvernement libéral d'Ottawa est établi avec W. Laurier à sa tête. Et voilà que bientôt cet homme victorieux et tout-puissant, admet, dans son cabinet comme ministre, malgré les réclamations les plus énergiques de la part des catholiques, ses électeurs, un certain Sifton, avocat de Winnipeg, fanatique emporté, qui s'était distingué maintes fois dans ses

discours par ses violentes et injustes attaques contre la minorité catholique du Manitoba.

Toutes les craintes allaient donc être justifiées, car, dès no* vembre 1896, on apprit que la législature du Manitoba se préparait à donner, en vue de régler les difficultés scolaires, un amendement à sa loi des écoles.

Voici les dispositions principales de ce projet, qui, en effet, devint bientôt loi.

1. L'enseignement religieux pourra avoir lieu dans les écoles entre trois heures et demie et quatre heures de l'après-midi, sur la demande des parents.

2. Les élèves ne seront pas séparés par dénominations religieuses pendant le travail séculier de l'école.

3. Dans les écoles où il y aura dix enfants dont le français ou toute autre langue que l'anglais sera la langue maternelle, l'enseignement sera donné à ces enfants dans leur langue maternelle et en anglais d'après le système bilingue.

Déjà l'on voit combien ce projet de loi était loin d'accorder ce que les catholiques du Manitoba demandaient en vain depuis six ans, savoir : leur autonomie scolaire, leur bureau d'éducation.

De plus, avant 1890, les catholiques du Manitoba n'avaient rien à payer à d'autres écoles que les leurs ; et ils avaient droit à leur part proportionnelle des taxes municipales et des subventions de la Province pour l'enseignement.

Les catholiques du Manitoba, d'après ce projet de loi, restent sous le contrôle de la majorité protestante pour tout ce qui concerne les écoles.

La loi réparatrice des conservateurs rendait aux catholiques manitobains tout ce qu'ils avaient avant 1890 : le parti libéral s'y est opposé, disant que cette loi ne leur donnait pas assez.

— Et que veut-on leur donner aujourd'hui à la place, demande l'archevêque de Saint-Boniface ? Pas un seul de nos droits, pas un seul ! »

Songez-y donc ! Pour des enfants catholiques, des écoles

dirigées, inspirées, surveillées, inspectées par des fanatiques qui cherchent à les tuer depuis 1890 !

Et pourtant, c'est là le fameux règlement qu'on voudrait faire accepter aux catholiques, règlement qui restera célèbre sous le nom de règlement Laurier-Greenway, et qui, le 29 mars 1897, devint loi du Manitoba par l'adoption de la législature de cette province !

Tout ce que Laurier lui-même prétend avoir obtenu de Greenway, premier ministre manitobain, c'est la demi-heure d'enseignement religieux à la fin de la classe de l'après-midi — et pas tous les jours — avec l'enseignement du français d'après la méthode bilingue.

— N'est-ce pas là, écrivait le Courrier du Canada, une farce odieuse ?

Mais devant l'attitude énergique des évêques et de la minorité catholique du Manitoba, Laurier se crut menacé d'un danger, d'une condamnation de son règlement par le Saint-Siège : et il eut recours à des manœuvres pour prévenir le coup. L'abbé J.-B. Proulx et M. Gustave Drolet, ancien zouave pontifical, furent chargés de missions officieuses auprès des autorités romaines. En même temps, M. Ch. Fitzpatrick, solliciteur général du gouvernement Laurier, se rendait aussi à Rome, où il eut des entrevues avec le cardinal Rampolla à qui, naturellement, il présenta les faits sous l'aspect le plus favorable à M. Laurier. M. Fitzpatrick obtint même une audience de Léon XIII et il s'efforça de créer dans la Ville Eternelle un courant d'opinion favorable au règlement Laurier-Greenway ; et, pour finir, il demanda l'envoi d'un délégué du Saint-Siège au Canada pour étudier la situation sur place.

Cette demande d'un délégué fut faite, non pas, comme dit M. Th. Chapais (p. 340 de ses Mélanges), au nom de W. Laurier, ou de son gouvernement, mais des députés catholiques libéraux du gouvernement d'Ottawa.

La demande était d'ailleurs appuyée par des Anglais d'Angleterre de haute situation, gagnés à la cause de W. Laurier par

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