VI.— VersTAbime
qu'au 8 Avril, et le 8 Avril elle prolongea cet ajournement jusqu'au 27 Mai. Pendant cette suspension des débats, le Gouvernement s'absenta de la Province. Le Premier Ministre et son collègue l'Honorable M. Royal, allèrent en mission à Ottawa, où ils obtinrent des avantages importants pour la Province. Le Lieutenant-Gouverneur, à son arrivée, apprit la commotion qui venait d'agiter son Gouvernement; pendant les derniers jours de son absence. En effet, les Chambres s'étaient réunies de nouveau le 27 de Mai, et dès le 29, les Honorables Royal et Delorme avaient laissé ladministraiion ; le Premier Ministre, ainsi que ses partisans d'origine anglaise, étaient passés armes et bagages à l'opposition et tous ensemble convinrent qu'on ne tiendrait plus compte de Vr lément français.
Je ne fais allusion à ces incidents parlementaires que pour démontrer plus clairement la véritable interprétation qu'il faut donner aux Clauses 22 et 23 de l'Acte de Manitoba. Le 11 Juin, le Gouvernement livra à l'étude de la Chambre un Bill intitulé : « Acte concernant l'impression de documents publics ». Sous ce titre assez anodin ce projet de loi renfermait des d-spositions contraires à la Consitatioii. L? 17 Juin, deux membres du Gouvernement en demandèrent la seconde lecture, C'est alors que l'Honorable Royal, appuyé par l'Honoi-ttble Delorme, proposa l'amendement suivant :
Attendu que la tenue des Archives Publiques de la Province de Manitoba, dans les langues Française et Anglaise, fait partie de la Constitution écrite de Manitoba qui a été obtenue par la population de ce pays, et accordée par la Puissance du Canada, sous la sanction d'un ac':e impérial;
Et attendu que tous les membres représentant les divisions électorales parlant anglais, ont récemment formé .une ligue dans le but principal de faire disparaître la légitime influence du plus ancien et aujourd'hui un des principaux éléments de la population de la Province; ,j
Attendu que, sous le faux prétexte d'économie, le soi-disant ; parti anglais, a déterminé, par la même ligue, d'abolir l'impres-
sion en langue française de tous les documents publics, excepté les Statuts de la Province; et
Attendu qu'une telle mesure aura pour effet de priver une classe importante des loyaux sujets de Sa Majesté des droits et privilèges garantis par l'Acte de Manitoba et qui leur sont les plus chers; et
Attendu que la majorité des membres du Conseil Exécutif, avec le Premier Ministre, et leurs partisans, aux dernières élections générales ont représenté l'injustice de l'abolition proposée, et que le dit Premier Ministre et ses collègues ont été élus en dépit de l'opposition de ceux qui réclamaient l'abolition des impressions en langue française;
Qu'il soit résolu que le Bill, pour les raisons ci-dessus, ne soit pas maintenant lu pour la seconde fois, mais d'aujourd'hui en six mois.
Le débat sur cet amendement se termina par un vote adverse, de 12 contre 6; la motion principale fat votée sur idivision, puis le Bill fut lu pour la deuxième fois, référé au Comité Général, et le 20 Juin il subit sa troisième lecture. Ce succès ne fut pas de longue durée. Le 25 Juin, son Honneur le Lieutenant-Gouverneur s'étant rendu à la Chambre de l'Assemblée Législative, prit place sur le trône. Le Greffier lut *le titre des Bills, auxquels le Lieulenani-Gouverneur donna la sanction au nom de Sa Maje'sté; mais quand on en vint à « l'Acte concernant l'impression de documents publics », le Greffier de la Chambre, par ordre du Gouverneur, dit -•
Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur réservée ce Bill pour la signification du bon plaisir de Son Excellence le Gouverneur- Général.
La raison de ce procédé du Lieutenant-Gouverneur c'est que la loi projetée était une violation flagrante de la 23^ clause de l'Acte de Manitoba qui dit, en parlant de l'usage des langues française et anglaise :
Dans la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux respectifs des chambres, l'usage de ces deux langues sera obligatoire.
Le Gouverneur-Général ne sanc'.ionna jamais l'Acte réservé à son bon plaisir; on jugea à Ottawa comme M. Cauclion avait jugé à Winnipeg, c'est-à-dire qu'il ne fallait pas permettre une législation contraire à l'Acte de Manitoba. Dans la Capitale Fédérale, on se souvenait de 1870 et on voulut respecter la parole donnée ot les assurances si formellement exprimées. Ce n'est pas le Lieutenant-Gouverneur qui fut blâmé, mais ce furent ses aviseurs légaux qui dema,ndaient une illégalité. Les auteurs de la loi projetée eurent la confusion de lui voir refuser l'admission aux livres des Statuts. La leçon qu'ils reçurent à celte occasion fut telle qu'ils furent bientôt dans la nécessité d'abandonner la tactique hostile à laquelle ils avaient eu recours. Le Premier Ministre redemanda le concours de l'élément français, appela un d'entre eux à s'asseoir sur les banquettes ministérielles et ce petit orage se dissipa, emporté par le souffle de la vraie* interprétation de l'Acte de Manitoba, et le calme se fit de mouveau pour 10 ans.
Quelques-uns de ceux qui s'attaquèrent à l'usage des imprimés en langue française se seraient encore plus volontiers attaqués à nos é:oles, s'ils avaient eu le moindre espoir que cette autre violation de l'Acte de Manitoba pût avoir le moindre succès. Aucune tentative ne fut faite dans ce sens.
Immédiatement après avoir refusé sa sanction au projet de. loi précité, le Gouvernement disait, dans son discours de clôture :
L'appropriation pour les fins d'éflucation a mon assentiment et devra aider à maintenir avec plus d'efficacité les écoles publiques dans les établissements de cette Province.
Il est bien connu que les écoles publiques dont il estjici question étaient les unes des écoles Catholiques, les autres des écoles Protestantes, tout aussi publiques les unes que les autres.
L'Hon M. Cauchon ne dissimula pas ses opinions, il affirmait bien positivemejit que ce qu'il avait fait pour l'usage des impressions, il le ferait pour les écoles, soit Catholiques, soit Protestantes, parce que pour lui, la loi était aussi claire dans un cas que dans l'autre, et la Constitution sauvegardait les écoles séparées comme elle protégeait l'usage des deux langues officielles. Il ne faut donc pas s'étonner que, sous l'administration de M. Cauchon, la Province ait passé « l'Acie des Ecoles de Manitoba, 1881 ». Cette loi est comme une refonte de tou'es celles qui avaient éi^ promulguées jusqu'à ce jour au sujet de l'éducation, en tenant compte de l'expérience de dix ajinées et des modifications que les changements accomplis dans le pays imposaient nécessairement. Il faut bien le remarquer, celte expérience de dix années, ces changements, au lieu de modif-er le caractère principal de noire système d'cdication, ne firent que le confirmer et l'appuyer davantage.
Le système fut après 1881, ce qu'il avait été avant, un dans son ensemble et sa source, miis fournissant deux courants parfaitement distincts qui tendaient vers un but unique, la meilleure instruction possible des enfants, en conformité avec les vues de leurs parents et sans faire \no!ence en aucime manière à leurs conviclions religieuses.
Au mois de Mai 1882, le Lieutenant-Gouverneur donna sa sanction à une nouvelle loi qui était comme le complément de notre système d'éducation élémentaire. Ce nouveau statut avait pour titre : « Acte pour établir des Ecoles Normales en union avec les Ecoles Publiques ».
Cette loi autorisait les sections Protestante et Catholique du Bureau d'Education :
A établir en union avec les Ecoles Publiques Protestantes et avec les Ecoles Publiques Catholiques des Départements dits des Ecoles Normales.
Là encore, le principe fondamental était sauvegardé, et
après runio7i, de nouveaux droits et privilèges étaient octroyés à la minorité des sujets de Sa Majesté relativement à l'éducation.
4°. — Quatrième Lieutenant-Gouverneur de Manitoba,
C'est en Décembre 1882, que l'Honorable James Cox Aikins fut préposé à l'administration de Manitoba. Plus heureux que ses prédécesseurs, il trouva l'organisation des pouvoirs et des intérêts publics assez avancés pour qu'il pût exercer ses fonctions en se reposant sur la responsabilité de ses ministres.
L'Acte de Manitoba était compris ; les tentatives faites pour en éluder la signification véritable avaient échoué aux pieds du trône; ceux qui avaient cru pouvoir tenter cette voie avaient eu à se repentir et à l'abandonner. L'usage des deux langues officielles, le fonctiormement d'écoles en harmonie avec les vues des deux sections de la population, tout cela avait contribué à rendre aux fertiles plaines de la vallée de la Rivière-Rouge la quiétude et le contentement dont ses habitants jouissaient autrefois. Les projets administratifs de Lord Selkirk, maintenus par la Compagnie de la Baie d'Hudson^ garantis par l'Angleterre et le Canada, et soutenus par les lois de Manitoba, avaient réussi à établir l'ordre et l'harmonie. A l'appui de cette assertion, je puis invoquer le témoignage d'un des hommes les plus ardents à poursuivre un ordre d'idées dont le seul résultat ne peut être que la perte de ces incomparables bienfaits de la paix, de l'harmonie, de la bonne entente et de la confiance mutuelle. Le Rév. Dr G. Bryce écrivit en 1882, un livre intitulé : « Manitoba, its infancy, growth and présent condition ».
Celui qui se montre aujourd'hui le partisan si actif et si impétueux de l'asservissement des Catholiques en matière d'éducation, contrairement aux vues bien clairement manifestées par Lord Selkirk, celui-là même n'a pas toujours pensé ou écrit comme il agit aujourd'hui. A la page 351 de son livre, on lit le passage suivant :