CHANGEMENT DE GOUVERNEMENT
Le 12 Janvier ,1a deuxième Session du 6ième Parlement
de Manitoba s'ouvrit par le discours du Trône auquel j'empiunte le passage suivant :
Depuis la dernière session de cette Législature, certains actes ont été désavx)ués par le Gouverneur-Général, savoir : un acte concernant le chemin de fer de la Vallée de la Rivière-Rouge. Cet usage du droit de veto par le Gouverneur-Général est profcndément regrettable, et afin de poursuivre les travaux de parachèvement du chemin de fer de la Vallée de la Rivière-Rouge, il faudra adopter de nouvelles mesures, lesquelles seront soumises sans délais à votre considération.
On le voit, ce discours du Trône, préparé par le Docteur Hairison et ses collègues, était un défi porté à Ottawa, et ce défi venait de politiciens cpii s'étaient toujours dits Conservateurs et favorables au gouvernement de Sir John Macdonald. Il était trop tard pour les sauver. L'élection de St- François-Xavier avait fait pencher la balance en faveur de leurs adversaires et cela grâce aux promesses faites, ainsi qu'il est dit dans le discours déjà cité de M. Fischer. '
Le 14 l'Hon. Docteur Harrison offrit sa résignation qui fut acceptée. M. Greenway fut appelé pour former une nouvelle administration. Il choisit de suite comme Procureur Général l'Hon. Joseph Martin, celui-là même dont les promesses si explicites et si positives faites, à St-François-Xavier, au sujet djes écoles et de la langue française, avaient assuré le triomphe de son parti.
La Chambre fut ajournée au l^»" Mars. Pendant cette vacance l'Hon. Thomas Greenway, tout occupé de former et fortifier son administration, se garda bien de modifier en quoi que ce soit les promesses faites '{Dar celui qu'il 's'associait comme Procureur-Général.
D'après ses propres convictions et les conse-is de ses amis, le nouveau chef du Cabinet crut à propos de faire lui aussi des promesses afin de dissiper les rumeurs que la crainte mettait en circulation. Il voulut lui-même comme chef de l'administration donner J'assurance formelle et positive que
son Gouvernement n'entreprendrait rien ni contre les écoles catholiq[ues, ni contre l'Usage, officiel de la langue française, ni même contre le nombre de représentants de l'élément français.
L'Hon. M. Greenway, que l'Archevêque de St-Boniface n'avait pas l'honneur de connaître, voulut bien visiter le Prélat en sa demeure. L'Archevêque étant malade au lit ne pouvait pas recevoir, il ne fut informé de la visite et de son objet qu'après le départ de l'honorable visiteur. Voici au reste ce qui se passa à cette O2casion, et le récit suivant jse trouve dans deux déc'aratiohs solennelles, faites spécialement pour établir la vérité des faits par les deux seules personnes qui étaient avec M. Greenwey; le Révérend Père Joachim Allard, mon Vicaire Général, et Monsieur W. F. Alloway, banquier de Winnipeg.
PROMESSES DE l'HONORABLE THOMAS GREENWAY.
Manitoba, Comté de Selkirk, savoir :
Je, le Très Révérend Joachim Allard, 0. M. T., de la ville de Saint-Bonifac«, dans la Province de Manitoba, Vicaire Général de l'Aichidiocèse de Saint-Boniface, déclare solennellement.
Je suis maintenant et étais pendant toute l'année de Notre- Seigneiir. mil huit cent quatre-vingt huit, Vicaire Général du dit Archidiocèse de Saint-Boniface, ayant ma résidence dans la résidence Ejjscopale de Saint-Boniface.
Je me rappelle distinctement que pendant la première partie de la dite année de Notre-Seigneur, mil huit cent quatre-vingthuit, l'Honorable Thomas Greenway, que je ne connaissais pas alors personnellement, vint à la résidence Episcopale à Saint-Boniface, accompagné de M. W. F. Alloway, que je connaissais personnellement, et le dit M. Alloway m'introduisit alors le dit Honorable Thomas Greenway, et le dit ]\I. Greenway me fit alors savoir qu'il était \^nu pour voir Sa Grandeur l'Archevêque personnellement, pour affaire confidentielle. Sa Grandeur était alors malade et retenue au lit. j'en informai M. Greenway, et lui dis que, comme \ icaire Général de Sa Grandeur, je pouvais recevoir toute communication confidentielle et la transmettre à Sa Grandeur; et je
lui ai alors assuré qu'il pouvait se fier à ma discrétion pour toute communication confidentielle qu'il désirerait faire, et que Mgr l'Archevêque respecterait aussi ses confidences.
L'Hon. M. Greenway me dit alors qu'il avait été appelé pour former un nouveau Gouvernement dans cette Province, et qu'il désirait le fortifier en prenant dans son Cabinet parmi les membres Français de la Législature celui qui plairait à l'Archevêque; là-d€ssus je lui fis la remarque que je ne croyais pas que Sa Grandeur favoriserait l'entrée d'aucun membre Français dans la nouvelle administration, .sans condition et sans une entente préalable, au sujet de certaines questions de grande importance pour Sa Grandeur; M. Greenway m'assura qu'il avait déjà parlé de cela avec ses amis, et que lui, M. Greenway, était parfaitement consentant à garantir, sous son Gouvernement, le maintien et la condition de ce qui existait alors au sujet :
1° Des Ecoles Catholiques séparées.
2° De l'usage officiel de la langue Française. 3° Des divisions Electorales Françaises.
Je reçus les assurances du dit Honorable Thomas Greenway telles que citées plus haut, et lui promis que je les ferais connaître à Sa Grandeur l'Archevêque, et lui dis de plus que je croyais que ses assurances ainsi faites rassureraient beaucoup Sa Grandeur,
Le dit Honorable Thomas Greenway offrit alors de rev^enir le lendemain, pour recevoir une réponse, au sujet de la nomination du membre Français de son Cabinet; je lui dis de ne pas se donner ce trouble, mais que le lendemain je le reverrais à Winnipeg pour cela; et il fut convenu entre lui et moi que cette rencontre aurait lieu le lendemain matin dans l'office de M. Alloway, à neuf heures. Ceci termina ma première entrevue avec le dit Honorable Thomas Greenway.
Pendant tout le temps qui se passa, entre l'introduction de M. Greenway et la fin de la dite entrevue, telle qu'énoncée plus naut, et son départ de la dite résidence ce jour-là, M. W. F. Alloway était personnellement présent et entendit tout ce qui se passa entre le dit Honorable Thomas Greenway et moi-même tel qu'énoncé plus haut par moi. Pour accomplir ma promesse, le dit jour de la dife entrevue je visitai Mgr l'Archevêque dans sa chambre; à coucher et lui rapportai en détail et fidèlement ce qui avait eu lieu dans la die entrevue.
Sa Grandeur exprima sa satisfaction et me donna instruction
d'assurer à l'Honorable Thomas Greenway qu'il ne mettrait aucun obstacle à son administration, et que je pourrais lui dire que Sa Grandeur n'aurait aucune objection à ce que M. Prendergast fît partie du nouveau Cabinet comme représentant Français, et Sa Grandeur me demanda spécialement d'exprimer à M. Greenway la satisfaction que lui donnaient les assurances et les promesses faites à moi par le dit M. Greenway.
Le lendemain matin, conformément au rendez-vous^ je suis allé à l'office de M. Alloway, à Winnipeg, et là encore je rencontrai l'Honorable Thomas Greenway, et lai communiquai le message de Sa Grandeur, qui fut donné tel que relaté plus haut, et M. Greenway m'exprima alors sa satisfacion personnelle pour le dit message et pour l'altitude de Sa Grandeur, et m'assura alors que tout serait fidèlement observé entre son Gouvernement et Sa Grandeur; et alors, encore, et en termes spécifiques, il me renouvela les assurances que : '
1° Les Ecoles Séparées Catholiques.
2° L'usage officiel de la Langue Française.
3° Le nombre des Divisions Electorales Françaises ne serait pas dérangé pendant son administration.
J'avais promis de ne pas trahir la confidence de M. Greenway en dévoilant les détails des dites promesses et assurances, et je gardai la dite promesse jusqu'au temps de la dénégation des dites promesses et assurances par le dit M. Greenway dans la Législature, quoiqu'il eût violé ses engagements avant ce temps, et sans la négation par lui des dites promesses et sans ses fausses représentations de ce qui avait eu lieu, je ne me serais pas cru libre de les dévoiler.
M. W. F. Alloway était présent à son office pendant la seconde entrevue avec le dit Honorable Thomas Greenway tel que relaté plus haut, et demeura dans le dit appartement où nous étions réunis pendant une grande partie de la dite seconde entrevue.
Et je fais cette déclaration solennelle croyant consciencieusement que la dite déclaration est vraie et en vertu de l'acte concernant les serments extra- judiciaires.
Signé: J. Allard, 0. M. I.; V. G.
Déclaré devant moi dans la ville de Saint-Boniface, dans le comté de Selkirk, ce premier jour d'Avril, A. D. 1892.
Signé: Alex. Haggart, Commissaire en B. R., etc.
Manitoba, Comté de Selkirk, Savoir :
Je, William Forbes Alloway, de la ville de Winnipeg, dans le comté de Selkirk, banquier, déclare solennellement : Que j'ai vu et lu la déclaration régulière du Très Révérend Vicaire Général Allard, faite par-devant Alexandre Haggart, un Commissaire en B. R., etc., ce premier jour d'Avril, A. D. 1892, et je dis que j'étais présent, tel qu'énoncé par lui dans les occasions mentionnées par lui, et dans la dite première occasion j'ai introduit l'Honorable Thomas Greenway au Vicaire Général, et "je dis que le rapport de la dite entrevue, tel qu'exposé dans la dite déclaration du Vicaim Général, est vraie en substance et en fait.
J'étais présent pendant toute ia dite entrevue, et entendis tout ce qui s'est passé entre le Vicaire Général et le dit Thomas Greenway.
Je dis de plus que j'étais présent à mon office de banque le lendemain, lorsque le Vicaire Général et le dit Honorable Thomas Greenway se rencontrèrent comme il en avait été convenu le jour précédent, et j'ai entendu la plus grande partie de l'entretien qui eut lieu entre eux ce second jour, et je dis que les promesses et engagements tels qu'exposés dans la dite déclaration du Vicaire Général ont été répétés dans la dite seconde entrevue, et le dit Gneemvay s'exprima comme étant très satisfait de l'attitude prise par Sa Grandeur l'Archevêque envers son Gouvernement, et exprima cette satisfaction non seulement alors, mais encore après, en ma présence.
Et je fais cette déclaration solennelle croyant consciencieusement que la dite déclaration est vraie et en vertu de l'acte concernant les serments extra judiciaires.
Signé: W. F. Alloway.
Déclaré devant moi ce l^"^ jour d'Avril, A. D. 1892, dans ,1a cité de Winnipeg, dans le comté de Selkirk, susdits.
Signé: J. Stewart Tupper,
Commissaire en B. R., etc.
•Ce qui précède prouve bien clairement que les chefs de l'opposition ne sont arrivés au pouvoir qu'en promettant de la manière la plus formelle et la plus positive le maintien de l'usage officiel de la langue française et des écoles Catholiques telles qu'elles existaient alors et avec l'appui qu'elles recevaient. Il est aussi et de plus bien certain que l'Hon.
Thomas Greenway lui-même avait bien voulu, avant de compléter son cabinet, répéter et donner à cet égard des assurances et des promesses aussi formelles et encore plus explicites que celles de son lieutenant l'Hon. Joseph Martin.
2°. — Incidents qui ont suivi ces Promesses.
L'époque que je considère comme la quatrième phase de l'histoire de nos écoles à été bien féconde en événements de toute sorte et a enrichi nos annales d'incidents aussi variés que nouveaux.
Pendant les huit premiers mois de l'année 1888, il n'y eut pas moins de trois convocations de l'Assemblée Législative. La première se fit le 12 Janvier pour la 2ième Session du 6ième Parlement.
Le Septième Parlement fut convoqué pour le 28 Août et redemandé pour sa deuxième Session le 28 Novembre. Pendant ces quelques mois le Lieutenant-Gouverneur dut monter au Trône pas moins de dix fois ; lire trois discours d'ouverture, trois de clôture, et en dehors de cela donner la sanction Royale à quatre reprises différentes. Il n'y eut pas moins de huit prorogations et la dissolution du sixième Parlement après sa seconde Session. Les trois Sessions durèrent collectivement deux cent soixante quatre jours, au cours desquels il n'y en eut que soixante et dix-sept consacrés aux réunions, et cela, en comptant les séances auxquelles l'Orateur était seul et dut s'ajourner lui-même. Les Législateurs ne siégèrent donc que soixante-dix jours. Ils y firent pourtant beaucoup de travail puisque le Lieutenant-Gouverneur donna son assentiment à quatre-vingt-quinze mesures nouvelles.
Parmi ces mesures il y en eut trois pour amender les actes des écoles. Oh venait de promettre d'en respecter Je caractère distinctif et on le fit. Les amendements portèrent surtout sur des matières administratives ; par exemple le Gou-
vernement enlevait au Bureau d'Education, toute responsabilité pécuniaire, il se constituait lui-même le trésorier du Bureau et paierait lui-même tous les comptes sur réquisitions des Surintendants. C'était, comme on le voit, la centralisation mêlée d'une teinte de défiance, que du reste on exprima bien clairement. Le Bureau, qui avait été habitué à certains égards, ne put pas ne pas voir de suite qu'il était tombé sous tin régime absolu et qu'il relevait d'hommes dont la courtoisie n'était pas excessive. Quoi qu'il en soit du mode, il n'y avait point là de question de principes et la section catholique ne manifesta aucune opposition.