RANCUNES ÉLECTORALES
Les élections et leur triste cortège ne manquèrent pas pendant cette courte période. Outre huit élections partielles, il y eut des élections générales pour les trente-huit divisions électorales qui avaient été délimitées à la seconde Session Su sixième Parlement. Ces élections furent si favorables au nouveau Gouvernement qu'on peut presque dire qu'elles lui furent pernicieuses. Dix des chefs et partisans furent élus par acclamation; vingt-trois autres obtinrent leurs sièges aux Pôles, si bien que l'opposition ne compta que cinq membres. C'était un succès dangereux pour des hommes qui n'avaient point l'habitude du triomphe ni du pouvoir; la grandeur du premier leur inspira l'absolutisme dans le second. Chose étrange et qui prouve que les extrêmes se touchent! on se fâcha et on parla de vengeance comme si on avait été défait. Si minime que fût l'opposition, elle (s'était manifestée, affirmée, et il y avait eu lutte dans vingt-huit divisions électorales. Dans les divisions Françaises il y avait eu 'une élection par acclamation en faveur du Gouvernement, et dans les cinq autres, '4 candidats du Gouvernement furent élus. Malgré ce succès, on était blessé de ce qui s'était dit ou écrit à cette occasion et l'on pensa à se venger. Je m'étais toujours refusé à croire
les rumeurs qui circulaient à cet égard, Iqrsqfue mon assentiment leur a été acquis sur un témoignage que je ne puis point récuser. Je profite de cette circonstance jpour dire ma pensée au sujet des élections. Sous une constitution comme la nôtre, le vote des électeurs doit être libre, et de ce que dans cinq divisions électorales sur six les suffrages n'ont pas été unanimes, les adversaires quand même des Catholiques ne devraient trouver là qu'une preuve de la libertjé d'action dont les électeurs jouissent parmi nous.
Quant aux allégations injurieuse(3 que l'on dit avoir été proférées ou écrites, je ne les connais pas. Si elles ont [eu lieu, je ne puis que les blâmer, et les blâmer d'autan' iplus fortement qu'elles sont le résultat d'une pratique malheureusement trop commune pendant les élections en Canada. C'est à tel point que, pour ma part, j'en suis profondément affligé et ne lis pas les articles des journaux sur les élections, pour ne pas avoir le re^et d'y trouver les choses (inconvenantes qu'on y prodigue et qui, si elles étaient vraies, prouveraient que tous nos hommes politiques, de tous les partis, de toutes les nuances, ne feraient en définitive, et sans distinction, qu'une bande de criminels indignes de la moindre confiance. Non, je ne suis point partisan de cette tactique, je la répudie de toutes mes forces et en toute :occasion. Mais j'avoue que je trouve puérile l'attitude de ceux qui, malgré l'habitude qu'ils ont eux aussi d'injurier leur? adversaires, se fâchent et jurent vengeance parce qu'on a opposé quatre de leurs candidats, qui pourtant ont été victorieux. Je trouve beaucoup plus chevaleresque, dans le genre, la conduite de l'un de nos anciens Gouverneurs, dont |a plume était comme une source abondante d'où coulaient lea choses les plus amères à l'article de ses adversaires. Un jour qu'il croyait avoir excellé dans cette pratique il fut payé d'une monnaie qu'il trouva lui-même d'une valeur supérieure à la sienne, et apercevant de l'autre côté de la rue, celui qui lui avait infligé un pareil châtiment, il traversa la
voie publique, lui ♦présenta affectueusement la main en lui disant : « Tu m'en as donné une bonne, cette fois-ci, mais îi'oublions pas que nous sommes de vieux amis ».
Une élection fédérale eut lieu en Janvier 1889, j'étais malade à Montréal; quelqu'un télégraphia d'Ottawa à Winnipeg que l'Archevêque de St-Boniface forçait la main au Gouvernement Fédéral en faveur d'un candidat qui n'avait certes pas les sympathies du Gouvernement do Manitoba. La nouvelle était absolument fausse du premier mot au dernier. Pourtant comme bien d'autres mensonges elle eut son effet, et fortifia la détermination de faire payer aux Catholiques la faute prétendue de leur Evêque. Il faut des témoignages bien positifs et bien certains pour croire à de pareilles petitesses, et si je n'avais pas eu de pareils témoignages, je n'aurais attaché aucune valeur à l'affirmation de ces rancunes.
CONFÉRENCE INTERPROVINCIALE
Le désaveu d'une loi de chemin de fer avait eu un grand résultat dans le pays; néanmoins il ne faudrait pas croire que la répulsion produite par ce veto fédéral s'étendait h tout désaveu possible. Le Gouvernement Greenway lui-même donna la preuve, au moins implicite, qu'il n'en était pas ainsi. Le 7 Mai 1888, le Premier Ministre, appuyé par l'Hon. Procureur Général, proposa ce qui suit :
Que la Chambre approuve les résoluiloiis de la Conférence Intjerprovinciale, tenue en la Cité de Québec, en Octobre dernier.
Et le lendemain la résolution fut adoptée à une forte majorité.
Dans cette Conférence de Québec les Premiers Ministres] des cinq plus anciennes Provinces de la Puissance, aidés de quinze de leurs Collègues, avaient fait une étude spéciale de l'Acte de l'Amérique du Nord, 1867, dans le but de]
demander des amendements au Parlement Impérial sur certains points, et ils ajoutaient :
Vingt années d'expérience pratique de l'Acte avaient fait constater des causes de conflit entre les Législatures et les Gouvernements Fédéraux et Provinciaux; découvrir de graves omissions dans les dispositions de l'Acte; plusieurs idées généralement admises et comprises n'étaient pas exprimées, et les véritables sens et intenlions do plusieurs dispositions importantes de l'Acte étaient obscures.
Dans cet examen de la Constitution du pays les vingt hommes d'Etat, réunis en conférence, ont constaté dix-sept points sur lescjuels pouvaient s'appliquer quelques-uns des inconvénients indiqués plus haut et sur les<ïuels ils pensaient :
Que la constitution doit être amendée et revisée pour consen-er l'autonomie provinciale essentielle à la prospérité future du Cana'ii
Qu'on le remarque bien, dans ce travail si élaboré des vingt savants conférenciers, pas un mot au sujet de la langue française ni des écoles séparées. Par conséquent dans la pensée des Honorables Messieurs Mowat, Mercier, Fielding, Blair, Norquay et autres représentants des cinq Provinces, il n'y a rien à amender, il n'y a aucun danger à redouter contre l'autonomie des Provinces, dans les dispositions de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord, 1867, tant dans l'usage des deux langues officielles que dans le maintien et la défense des écoles séparées.
Donc M. Greenway, son Gouvernement et le Parlement de Manitoèa, en adoptant en 1888 les résolutions de la conférence interprovinciaJe de Québec, ont reconnu d'une manière, au moins implicite mais très claire, que les privilèges que nous réclamons n'ont aucun des inconvénients que les Représentants des Gouvernements de cinq Provinces ont découverts dans dix-sept points de la Constitution; aucun des
inconvénients qu'ils ont aussi signalés dans six points des autres Législatures Canadiennes.