LES AMIS DE LA SECULARISATION
Une autre manière de voir s'est manifestée. En réclamant la sécularisation complète des écoles, on a pu dire : Mais les Catholiques ont autant droit que les autres à l'application de leurs idées en matière d'éducation : les Protestants ne
sont qti'une secte ou une agglomération de sectes. Tout© école devient sectaire du moment qu'on y introduit une forme qlielconqtie d'exercices ou d'enseignement religieux; du moment qu'on y fait usage de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Les Juifs ne veulent ni de l'Evangile ni de l'Oraison Dominicale; la Bible et la prière ne vont pas aux Agnostiques. Les chrétiens eux-mêmes ne s'entendent pas sur la division des commandements. Les discours instructifs, les anecdotes intéressantes, qui tombent des lèvres d'un Professeur Protestant, courent risque de ne pas arriver comme une note harmonieuse à l'oreille de tous ses élèves, si par exemple il raconte quelques-uns de ces incidents ridicules que l'on met au compte des Papistes. Les livres autorisés peuvent contenir bien des choses désagréables aux parents des enfants. Le mot Sectarian School ne veut pas dire tout simplement une école Catholique, mais bien une école dans laquelle on poursuit un système en harmonie avec les idées d*une secte ou de sectes diverses. Si v^ous voulez que les écoles publiques soient vraiment Non-Sectarian et que ce mot ne soit pas une dérision, il vous faut la sécularisation complète, autrement vos écoles sont sectaires d'une manière odieuse. Dans le cas actuel, elles sont une double injustice envers les Catholiques puisque, non seulement vous les dépouillez de leurs droits acquis, mais, de plus, vous voulez leur imposer vos idées; en cela vous vous montrez plus sectaires et moins sincères qu'eux. Les Catholiques, eux du jnoins, vous concèdent tout ce qu'ils réclament pour eux-mêmes; ils ne dissimulent pas, sous de faux prétextes, l'enseignement et l'esprit qu'ils veulent faire prévaloir dans leurs écoles, tandis que vous, vous gardez l'enseignement qui vous convient, et cela, sous un nom -d'emprunt. L'opinion des Législateurs n'était pas mûre pour la logique des apôtres de la sécularisation; on aima mieux la position déraisonnable et si fausse invoquée par les partisans d'un fanatisme bien réel, quoique mitigé dans la forme et dissimulé sous un
faux nom et de faux prétextes; ce qui fait que nous avons le système actuel.
4". — Les Lois de 1890 violent les Promesses.
La troisième session du septième Parlement s'ouvrit le 30 Janvier 1890. Quoique l'on fût décidé à révolutionner les lois sur l'éducation, on ne crut pas à propos de nommer un Comité pour étudier celte question d'une importance gi vitale.
Le 12 Février, le Procureur-Général introduisit une double mesure intitulée : un Bill en rapport avec le Département de l'Education et un Bill pour les Ecoles Publiques. Les deux projets de loi contenaient collectivement 227 clauses dont 171 avaient été empruntées aux Statuts Refondus d'Ontario, 31 autres étaient des reliques des anciens actes d'écoles de Manitoba; les 25 autres clauses étaient d'un cru nouveau. Il fallait relier ensemble tous ces éléments divers. Il ne faut donc pas trop s'étonner si la taille et la couture de toutes ces pièces hétérogènes, ont nécessité de nombreuses reprises et raccommodages qiie j'indiquerai pins loin. La deuxième lecture de ces actes importants avait été fixée au 13 Février, mais elle ne fut demandée à la Chambre que le 4 Mars.
C'est alors que commencèrent les débats. Dès le début il fut facile de constater que le Gouvernement avait enchaîné la volonté de ses partisans; les cinq Ministres et leurs vingt fidèles appuis formèrent, tout le temps, et pour tous les votes, jjjie phalange que rien ne put mouvoir, ni émouvoir, pendant huit jours et plusieurs nuits.
Les représentants catholiques, qui n'étaient que six, avaient eu le malheur, après les élections, de se diviser en trois camps; au moment du danger ils oublièrent ces divisions et se réunirent dans un effort commun. Messieurs Gelley, Jérôme, Lagimodière, Manon, multiplièrent leurs assau!s par des
amendements nombreux, ils tentèrent en vain de faire une impression quelconque sur leurs amis ou adversaires politiques d'autrefois; toujours on leur répondit par un vote de 25. Monsieur Alphonse Martin s'attaqua aux chefs, il le fit avec une persistance et une vigueur incroyables, subissant lui-même des déceptions d'autant plus cruelles qu'il avait autrefois donné le plus chaleureux appui à ceux qui le forçaient maintenant de les combattre.
Monsieur Prendergast s'éleva à la hauteur de la situation, servi qu'il était par des connaissances littéraires, historiques, politiques et sociales, d'un ordre supérieur. Rien ne manqua à la défense des Catholiques. Les cinq membres protestants de l'opposition les aidèrent en se jetant avec eux dans le plus fort de la mêlée; mais le nombre, cette massue '^es régimes constitutionnels, écrasa tous les efforts.
Pendant cette lutte, l'enceinte parlementaire retentit de l'écho des tristes choses qui avaient été publiées avant la session. Plusieurs Membres de l'Assemblée prouvèrent qu'ils auraient eu besoin de refaire leur éducation. M. Siflon, aujourd'hui Procureur-Général, ne craignit pas d'affirmer qu'il savait d'un ami résidant à Montréal et bien renseigné, que les Députés de la Province de Québec ne siégeaient dans leur Législature praticjuement que pour donner force de loi aux édits du Pape. Le parquet et les galeries en entendirent de toutes les sortes. Non seulement les Catholiques furent attaqués et vilipendés, on s'y attendait; mais une chose qui surprit, ce fut de voir un vieux Grit se faire applaudir par la phalange du Gouvernement, lorsqu'il prononça des paroles insultantes à l'adresse des Honorables McKenzie, Blake et Mills, parce qpi'on invoquait les idées de ces chefs respectés du Parti Libéral, et que cette manière de voir n'était pas d'accord avec les sentiments qui dominaient en ce moment
Le 12, Monsieur Prendergast parla pendant trois heures. Non seulement il fit le meilleur discours de la session, mais
il le fit admirable à tous les points de vue. Tout fut inutile, les discours, la raison et la justice ne firent pas plus d'effet que les pétitions nombreuses adressées à l'Assemblée Législative. La seconde lecture du Bill fut décidée par un vote de 25 contre 11, et la mesure fut référée au Comité Général.