‹ Voix canadiennes: Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 4 sur 81 · C'est l'éditeur qxii met en italique ce qui suit · texte numérisé non relu

C'est l'éditeur qxii met en italique ce qui suit

pêcher le triomphe des droits de la conscience catholique et française, et cela au mépris de la justice souveraine du pays et des instances, et de l'action unanime de la hiérarchie catholique du pays tout entier.

Le chef libéral voulait-il seulement et avant tout arriver au pouvoir, dût-il pour cela sacrifier sûrement ou mettre en très grand péril les écoles catlioliq[ues et françaises? Voulait-il plutôt par conviction et par principe perdre cette cause pour laquelle il n'a manifestement aucune sympathie? Il est assez difficile d'en juger sûrement, tant il y a d'incohérence et d'inconséquence dans son action et ses paroles, parfois dans un même discours. Quoi qu'il en soit, ce fut lui qui se leva dans le Parlement pour attaquer l'acte réparateur présenté par le gouvernement. Après un long discours qui est un chef-d'œuvre d'inconséquence, où il admet que la minorité manitobaine a des griefs, qu'elle a le droit d'appel au gouvernement fédéral, que le gouvernement a le droit d'entendre cet appel et de présenter des arrêtés réparateurs, que le Pai'lement a le droit de voter une législation réparatrice, il propose le renvoi à six mois du projet de loi, c'est-à-dire la condamnation par la Chambre du principe même de la loi. Etait-il pour le principe de la loi? Il l'a dit en parole et nié en action, et tout son parti avec lui, sauf sept députés, dont cinq canadiens-français, les seuls qui votèrent avec la majorité pour la deuxième lecture.

Le gouvernement commandait encore une majorité suffisante pour se maintenir et pour assurer le sori de la loi. Pour consener cette majorité, pour l'augmenter peut-être, disent les ims, pour é\'iter, disent les autres, un conflit avec une autorité qui n'a point coutume d'intervenir directement dans les affaires et d'imposer ses vues personnelles au gouvernement responsable qui a la confiance et l'appui du Parlement, l'Exécutif fédéral crut devoir faire le sacrifice d'aller au devant du ministère manitobain, et de tenter un compromis; mais, toutefois, avec l'entente que cette démarche ne retar-

derait en rien là discussion du projet de loi ni, le cas échéant, son adoption par la Chambre des Communes.

Une commission fédérale se rendit donc à Winnipeg pour constater que, si le gouvernement d'Ottawa était assez faible pour faire des concessions à l'iniquité et abandonner quelques-uns des droits qti'il était chargé de protéger et de défendre, celui de Manitoba n'avait pas assez le sens de la justice ni le respect de la Constitution pour réparer lui-même dans la moindre mesure les torts qu'il avait faits par ses lois iniques et oppressives de la minorité. Cette tentative, la troisième faite inutilement pour régler la question des écoles sans une loi fédérale réparatrice, ne put empêcher toute la presse libérale de crier toujours qu'elle ne pourrait jamais l'être que par la conciliation.

Sans espoir de ce côté, le gouvernement poussa la loi aussi vite qu'il put. Votée en deuxième lecture par une majorité (^ ~ 112 contre 94 la loi fut référée au comité général de la' Chan. bre pour l'étude de ses détails (20 mars 1896). C'est là que s'oiganisa cette obstruction systématique qtii paralysa tous les efforts du gouvernement. Au 22 avril sur les 112 clauses de la loi, qtiinze seulement avaient pu être étudiées et acceptées en comité. — Lre Parlement expira et les députés revinrent devant les électeurs.

M. Liaurier restait à la tête du parti libéral, sans programme bien arrêté sur cette importante question, si ce n'est peut-être celui de changer de programme suivant l'opportunité des temps et des lieux.

Après aVoir reproché pendant trois ans au gouvernement de ne pas agir, dès que le gouvernement avait voulu agir, il n'avait cherché qu'à entraver son action et à la rendre impossible. Il avait reconnu le droit d'interv^ention du gouvernement par une loi réparatrice et, dans la même séance, voté contre le principe même de la loi. Il affirmait les griefs de la minorité manitobaine, puis les mettait en doute, et demandait une enquête pour en faire 'la preuve devant le Par-

lement. Aux élections générales dernières, dans les provinces anglaises, ses partisans faisaient la lutte au nom de l'autonomie des Pro^^nces qui n'était pas en cause, et prétendaient que l'Executif fédéral ne devait pas forcer le Manitoba à observer la justice et la constitution. Dans la Province de Québec, ils allaient criant partout qu'ils avaient voté contre la loi réparatrice, parce qu'elle ne rendait pas assez complète justice, et qu'eux seuls voudraient et sauraient rendre tous leurs droits à nos frères opprimés.

De son côté, le nouveau chef consen-ateur, Sir Charles Tupper, qui s'était distingué dans la discussion par son énergie et son éloquence au service de la cause des catholiques, avait réoiganisé les forces de son parti. Son premier acte fut d'appeler auprès de lui M. Angers, qui, à son tour, ne voulut dans le ministère que des compatriotes sur l'énergie et la fidélité descfuels il pût compter. Le chef conservateur s'engagea solennellement devant les électeurs à rendre pleine et entière justice aux opprimés du Manitoba, par une loi fédérale qui mettrait leurs droits à l'abri de toute contestation.

Qu'allait faire la Province de Québec? C'était sur elle surtout que comptait la minorité du Manitoba. Son vote aurait une influence décisive sur le règlement de cette question. Si tous les députés de cette Province s'étaient rendus aux désirs et aux instantes prières de leurs frères du Manitoba, déjà justice eût été rendue. — Si maintenant la Province trompée par les mensonges quotidiens d'une presse sans principe et sans conscience, et par les fausses représentations de politiciens sans scrupule allait donner un vote qui pût être interprété conune hostile aux écoles catholiques et françaises, quel espoir resterait-il d'obtenir enfin justice à Ottawa? Et si l'on abandonnait les droits des catholiques dans cette Province, si clairement définis par la Constitution et le jugement du Conseil Privé, et admis déjà en principe par le Parlement du Canada, qu'arriverait-il ensuite dans les autres Provinces où les catholiques sont en minorité? Qui donc

allait faire comprendre au peuple de notre catholique Province l'étendue de sa responsabilité et le grave devoir qu'il avait à remplir envers le pays et la religion menacés dans leurs plus chers intérêts? Quelle voix, s'inspirant non des intérêts terrestres qui passent et varient, mais des intérêts étemels qui ne changent pas, parlerait à sa conscience le langage de la justice et de la vérité? Qui donc avait mission pour éclairer le peuple et autorité pour le diriger, si ce n'est ceux qui ont été constitués de Dieu pour être ses maîtres et ses guides? Tous les yeux se tournèrent vers les évêques.

Unanimement, d'un bout du pays à l'autre, ils avaient appuyé auprès du gouvernement fédéral l'appel du vénérable aichevêque de Saint-Boniface et de leurs frères opprimés du Manitoba. Cette influence avait compté pour quelque chose dans la décision de l'Exécutif. Rome, informée de leur action unanime, les en avait hautement félicités et les avait exhortés à continuer de revendiquer avec le même zèle les droits de leurs frères jusqu'à ce qtie justice complète leur fût accordée. Se taire, ne pas intervenir à ce moment décisif, aux yeux de l'opinion, c'était manifestement se désintéresser de cette cause chère à l'Eglise et l'abandonner aux caprices de la politique où la justice et les principes ne sont souvent pour rien; c'était trahir les catholiques qui, dans le Parlement, avaient appuyé la loi réparatrice, demandée et approuvée par les évêques; c'était décourager, scandaliser peutêtre, ceux de nos frères séparés qui avaient sacrifié leurs intérêts, peut-être leur popularité pour nous rendre justice, ce qu'un grand nombre des nôtres, hélas! n'avaient pas su faire; c'était enfin trahir la confiance du Saint-Siège qui, comptant sur leur zèle et leur énergie, s'en était remis à eux pour la défense et la protection des droits de l'Eglise et de ses enfants dans cette lointaine Province.

Depuis plusieurs mois la presse libérale avait publiquement et hardiment contesté aux Evêques le droit d'interve-

nir dans cette question des écoles, (ju'elle prétendait être une cfuestion politique. En vain le principal organe du parti avait, pour éviter une condamnation épiscopale richement méritée, désavoué un jour ses principes et sa ligne de conduite, quitte à les reprendre le lendemain; en vain un théologien autorisé avait au nom et par l'ordre de l'Archevêque, son Ordinaire, censuré cette doctrine libérale dans les journaux de Québec; on avait entendu M. Laurier en plein Parlement, pour justifier son attitude et celle de son parti et leur commune résistance aux vœux bien connus de l'Episcopat, réclamei sa pleine et entière indépendance de toute direction et de toute autorité, quelle qu'elle soit, en toute question qui intéresse la politique. Se taire, c'était donner raison aux doctrinaires qui prétendaient fermer la bouche à l'Episcopat même dans les questions qui intéressent souverainement le bien de l'Eglise et le saJut des fidèles; c'était abdiquer le premier droit et trahir le premier devoir de leur charge qui est de conserver intacte l'autorité divine dont ils sont revêtus et qu'ils ne peuvent en aucun cas laisser amoindrir ou contester impunément sans se rendre coupables de prévarication et de félonie envers l'Eglise et son Divin Chef.

Les Evêques devaient donc agir et parler.

lis devaient affirmer leur droit d'intervenir dans toute question qui intéresse le salut des âmes et le bien de la leligion, non seulement comme autorité doitrinale qui se ccHi-eate d'enseigner, mais comme pouvoir de gouvernement qui a le droit de diriger et d'imposer sa direction à la conscience de tous ses sujets dans la vie publique comme dans la vie privée, qu'ils soient hommes politiques et chefs de parti, ou simples citoyens ne prenant part aux affaires publiques que par un vote donné tous les cinq ans.

La doctrine catholique ainsi rétablie, les Evêques devaient affirmer que la question des écoles catholiques est bien l'une de ces questions qui intéressent au plus haut point le salut des âmes et le bien de la société religieuse, et, par suite,

faire ce qtii était en eux pour l'arraclier des mains des partis politiques, et la placer sur son véritable terrain;, celui de la liberté religieuse, de la justice légale, des principes du dioit naturel, des droits de la religion et de la conscience chrétienne garantis à tous les citoyens par la Constitution du pays et qtii ne doivent pas être moins chers ni moins sacrés à tous nos concitoyens éclairés et de bonne foi qu'aux catholiques eux-mêmes.

Enfin, puisqu'ils avaient réclamé justement le droit d'inten^enir et de diriger sur ce point la conscience de leurs fidèles, ils devaient indiquer clairement aux hommes politiques et aux électetirs catholiques ce qu'ils demandaient et imposaient à leur conscience pour sauver les droits de leurs frères et ceux de l'Eglise au Manitoba. Ici les Evêques n'a- Vaient plus la liberté du choix : ils devaient prendre le moyen le plus efficace et Je plus sûr. Ce moyen il leur avait |été indiqué clairement par la plus haute autorité de l'Empire; c'était une législation fédérale rendant à la minorité manitobaine tous les droits dont elle avait été injustement dépouillée et les mettant désormais à couvert de toute atteinte de la législature provinciale.

Et, en effet, ils ne pouvaient plus compter sur le rappel de la loi si constamment refusé par le pouvoir oppresseur, ni sur le désaveu depuis longtemps illégal et impossible, ni sur le recours a;ux tribunaux qui avait donné tout ce qu'on en pouvait attendr<^, ni sur Un compromis ou une conciliation quelconque ^e plusieurs tentatives inutiles rendaient parfaitement chimérique, et qui du reste eût demandé le sacrifice d'une partie des droits des catholiques qui avaient été déclarés incontestables par le jugement du Conseil Privé, «t que les Evêques ne pouvaient abandonner sans injustice et sans prévarication, enfin sur une enquête parlementaire t({Ui remettait en cause inutilement toutes les questions de faits et de droit déjà mûrement examinées et jugées sans appel par le tribunal souverain. Il ne leur restait donc que

le moyen indiqué par la Constitution, une législation fédérale rendant aux opprimés tous les droits dont ils jouissaient avant 1890.

Après avoir rappelé aux électeurs qu'ils devaient rendre compte à Dieu et à l'Eglise de leur vote, si important dans les circonstances, les Evêques leur disaient :

« C'est pourquoi, N. T. C. F., tous les catholiques ne devront accorder leur suffrage qu'aux candidats qui s'engageront formellement et solennellement à voter, au parlement, en faveur d'une législation rendant à la minorité catholique du Manitoba les droits scolaires qui lui sont reconnus par l'hon. Conseil Privé d'Angleterre. Ce grave devoir s'impose à tout bon catholique et vous ne seriez justifiables ni devant vos guides spirituels ni devant Dieu lui-même de forfaire à cette obligation, »

Rien dans cette intervention des Evêques qui ne leur fût imposé par le devoir de leur charge pastorale; rien non plus qui ne fût parfaitement digne de leur sagesse, de leur prudence et de leur charité. Sans toucher à l'organisation politique des partis qui pouvait avoir ses raisons d'être et qu'ils ne désiraient nullement briser, ils indiquaient clairement que dans cette question des écoles il n'était pas permis aux catholiques de mettre les intérêts d'un candidat ou d'un parti politique avant ceux de leur religion et de leurs frères opprimés. Sans condamner ni approuver aucun parti politique comme tel, c'était approuver manifestement ceux qui avaient proposé et appuyé la législation réparatrice et dire aux autres que leur opposition devait cesser, qu'elle était contraire à la volonté manifeste de l'Eglise et, par suite, à la religion non moins qu'à la justice et à la charité envers leurs frères.

Assurément la lettre pastorale n'avait pas été inspirée par une préoccupation politique; mais si elle avait poussé les égards aux partis jusqu'à leur dernière limite possible, elle n'avait nullement entendu blâmer le parti politique qui avait pris l'initiative de la réparation, non moins encore approu-

ver celui qui l'avait ©mpêchée. Ce fut pourtant le sens qu'on voulut lui donner. Ce document n'était point encore publié dans les églises que déjà la presse libérale s'en était emparé. Avec une effronterie égale à sa mauvaise foi, elle y voulut voir la justification de ses doctrines et de la conduite de ses amis politiques. Ni elle ni son parti n'avaient été explicitement et nommément condamnés, donc ils étaient approuvés! Donc e,in votant con're la loi réparatrice demandée et approuvée par les Evoques, ses candidats n'avaient nullement démérité de l'Eglise. Donc le chef libéra], qui avait hautement proclamé son indépendance absolue de toute direction de J'Episcopat dans cette question et qui n'avait pas été condamné fiommément, ne méritait aucun© condamnation. Donc les électeurs catholiques étaient libres en conscience de voter pour lui, même s'il refusait d'accepter la direction des Evêques, et s'opposait quand même à une loi réparatrice exigée par eux. Donc en pratique la lettre pastorale des Evêques, très sage, très opportune, on ne le contestait pas alors, finissait par n'engager à rien la conscience des députés futurs ni celle des électeurs.

C'est alors que plusieurs Evêques, dans l'intérêt de la cause des écoles et non dans celui d'un parti ou d'un candidat, ciurent devoir intervenir, les uns privément, les autres publiquement, pour linterpréter, comme c'était leur droit, les enseignements et la direction de la lettre pastorale et en donner à leur peuple le vrai sens que l'on dénaturait. Ils le -firent avec 2;èle, mais avec mesure, se tenant sur le terrain de la doctrine et du droit, sans personnalité d'aucune sorte, sans même descendre un instant sur le terrain purement politique. Qu'on xeliso leurs discours et leurs lettres; on verra qu'ils n'ont condamné que des doctrines qui ne sont pas justiciables et déjà condamnées par l'Eglise, et qu'ils n'ont manqué d'égards ni à un homme ni à un parti ; qu'en un mot ils n'ont fait que dire explicitement ce que la lettre pastorale avait jdit implicitement.

Evidemmenl la presse libérale trouva très inopportune cette interprétation autorisée qui ne cadrait nullement arec la sienne, et allait forcer tous ses candidats à se déclarer malgré eux en faveur d'une loi dont le parti en secret ne voulait pas. Plus qu'aucun autre, le vénérable évêque des Trois- Rivières, pour s'être permis de censurer la doctrine d'un discours de M. Laurier partout reproduit dans la presse et fortement empreint de libéralisme et de rationalisme, fut attaqué Wolemment dans la presse libérale, notamment dans <c V Electeur »^, accusé de fanatisme politique, d'indiscipline, de révolte contre les directions des conciles et les ordres du

1 Pour suppléer à oe (jue P. Bernard ne fait qu'indiquer, j'ajoute que oe pauvre Electeur alla si loin dans ces misérables attaques contre le véntrable évêque des Trois-Rivières, que Mgr Bégin, alors ai-chevèque de Cyrèoe, admiiùstrateur du diocèse de Québec, ne put ne pas intervenir et il y alla de la lettre que voici :

Saint-Frédéric, comté de Beance, 9 juin 1886. A M. le Directeur de L'Electeur, Québec.

Monsieur, Je constate avec regret que, mettant de côté tont respect pour Iftj iois de la discipline chrétieane et ecclésiastique, vous votis arrogez le droit de critiquer, de censxirer publiquement l'enseignement donné du haut de la chaire sacrée, par un. évêque dans l'accomplissement de sa charge pastorale.

Cette conduite à l'égard d'un vétéran de l'épiscopat est propre à détruire ou à amoindrir le respect qui est dû aux pasteurs légitimes, ft produit des effets déplorables au milieu de nos religieuses populations.

N'oubliez pas. Monsieur, cpie l'Eglise catholique, par son enseignement, et dans ses actes, ne relève ni du tribunal tout à fait incc«npétent du journalisme politique, ni de celui de l'opinion publique.

Aussi, comme administrateur de l'archidiocèse, je ne puis m'empêcher de protester éaergiquement contre l'attitude actuelle de votre journal à l'égard de ^Mgr l'évêque des Trois-Rivières et de condamner sévèrement les articles qui y ont été publiés contre lui.

Je vous engage à rentrer d^is les voies du respect qu'un joomalisfe catlioliquo devrait toujours observer vis-à-vis des supérieurs ecclésiastiques, à défaut de quoi je me verrai dans la pénible nécessité de censurer de nouveaJi votre journsil et de prendre les moyens efficaces pour protéger les fidèles qui me sont confiés.

Vous voudrez bien publier la présente dans votre journal pour qu'elle puisse atteindre tous les lecteurs des articles qui y scmt blâmés.

Agréez, etc.

Signé : f L. M., archevêque de Cyrtoe, administrateur.

Saint-Siège. Il ne fallut rien moins que l'intervention publique de Mgr le Coadjuteur de Québec et de plusieurs autres Evêques, — nous ne disons point pour faire cesser le concert d'injures pt de récriminations qui dure encore, — mais pour établir qu'un évêque a le droit d'interpréter un document épiscopal dans la chaire de sa cathédrale quand il le juge nécessaire et opportun, et qu'en ce faisant il ne sort point ^es attributions de son ministère pastoral et n'est point responsable dorant l'opinion publique.

Enfin le 23 juin arriva. — Sincèrement ou non, presque tous les candidats dans la Province de Québec s'étaient engagés à appuyer au Parlement une loi réparatrice approuvée par les Evêques. M. Laurier à peu près seul avec deux ou trois autres partisans, sans se déclarer opposé en principe à une législation fédérale, se fit fort de rendre meilleure et plus prompte justice à la minorité qu'elle n'aurait eue par la loi réparatrice présentée au dernier Parlement. Le peuple de la Province de Québec séduit par tant et de si belles promesses, sachant du reste que le vote du parti conservateur pris' dans son ensemble était acquis d'avance à la cause des écoles, crut assurer son sort en donnant son vfote au parti libéral. Dieu veuille qu'il ne se soit pas trompé et qu'il n'ait point porté le coup mortel à la cause sacrée qu'il voulait, comme ses Evêques, sauver avant toutes les autres ! 1.

Quoi, qu'en ait pu dire depuis la presse libérale et protestante fanatique, c'est là le vrai sens des élections du 23 juin. Le peuple de Québec a voté pour les candidats qui se sont engagés solennellement devant lui à suivre la direction des Evêques. La plupart seront-ils .des renégats de la parole solennellement donnée? Cela se peut; les renégats et les traîtres ne sont pas rares dans la politique; ce sont parfois ceuxlà qui arrivent les premiers dans l'échelle des honneurs et

1. Nous verrons qu'il oublia ses promesses et faillit ainsi sans hésitation apparente comme sans remords.

du pouvoir, comme ils sont les premiers dans le mépris public. Si le peuple est trahi, ce ne sera pas sa faute, mais celle des traîtres qui l'auront trompé.

Avant de tenir le pouvoir, il fallait sauver les apparences, ménager l'autorité épiscopale, non par respect pour elle — on n'en a aucun, — mais par crainte de l'électoral. Car grâce à Dieu, si notre peuple est un peu crédule comme tous les peuples honnêtes et de bonne foi, il aime et vénère encore ses Pasteurs et ses Chefs spirituels. Il n'y a peut-être pas un seul comté dans la Prosince où un candidat, si populaire qu'il soit, réunirait la majorité des suffrages, s'il osait dire franchement aux électeurs : « Je sollicite vos votes et votre confiance. Mais il est bien entendu que dans les questions qui intéresseront la religion et la morale, je voterai à ma guise et ne tiendrai nul compte de ce que demandera ou enseignera l'Eglise par la voix de ses Evêques. » On le sait. C'est pourquoi, avant les élections, tous les politiciens à peu près n'ont rien trouvé à redire dans la lettre pastorale des Evêques et ont feint d'en accepter respectueusement les prescriptions, plusieurs avec la résolution de n'en tenir aucun compte quand ils auraient Une fois capté le vote populaire.

Les élections gagnées, on n'avait plus rien à ménager. Les étourdis crurent que c'était le temps de tout dire. Les fanatiques \irent dans ce résultat inespéré le triomphe de la politique d'abstention dans la question des écoles; les plus modérés du parti y voulurent voir un échec à l'autorité des Evêques. C'était mal interpréter le vote populaire, pour se soustraire aux obligations qu'il imposait et dont on ne voulait plus.

La vérité, c'est que M. Laurier n'a guère obtenu de majorité que dans la Province de Québec. Or, tous les députés de la Pro\ince, sauf deux ou trois, se sont solennellement déclarés pour l'intervention fédérale par une loi réparatrice; et de son côté le parti conservateur s'est engagé, après comme avant les élections, à soutenir de son vote cette politique

de justice ©t de réparation. — Si tous Jes députés sont fidèles à la parole donnée, il y a donc dans le nouveau Parlement \me majorité plus considérable que dans l'ancien en faveur des écoles catholiqpies et de la loi qu'ont demandée les Evoques. — Si la politique d'abstention triomphe, c'est donc tjU'elle ne sera pas soumise à l'approbation du Parlement, ou qu'une grande partie de la députation catholique manquera à ses engagements solennels envers les électeurs.

Ne serait-ce pas cette trahison que la brochure de M. David a l'intention de préparer et de justifier ? Nous avons quelque raison de le croire.

On sait en haut lieu que l'Episcopat a l'œil ouvert, qu'il peut dénoncer et flétrir les trahisons qui se préparent. Il faut lui fermer la bouche, l'intimider par des récriminations insolentes et injurieuses. Surtout, il faut l'amoindrir aux yeux du peuple. Pour cela, on a multiplié les articles de journaux et les discours qui exaltaient le peuple et déshonoraient ses évêques. Pour cela, on fait des brochures ineptes et impies dignes des mauvais jours du parti; l'on sème parmi le peuple les accusations les plus fausses et les insinuations injurieuses contre la hiérarchie catholique. Et afin de ne pas révolter la conscience publique par ces indignes traitements faits à des chefs dignes de toute vénération, avec une effronterie sacrilège et une hypocrisie digne des sectaires et des schismatiques qui ont meurtri et deshonoré l'Eglise dans ses plus mauvais jours, on invoque les mains jointes le nom sacré de Rome, et l'on se met à couvert de sa souveraine autorité pour insulter tout l'Episcopat ©t le livrer à la déconsidération publique. Ainsi l'on espère jouer le peuple, tromper Rome, et faire taire la grande voix de l'Episcopat.

On a pu jouer le peuple : il apprendra à ses dépens à qui il doit donner sa confiance. Nous doutons que l'on réussisse aussi facilement à tromper Rome et à bâillonner les Evêques. Moins qu'un autre, le jeune David, qui s'exerce à cette escrime dans sa petite brochure, a des chances d'y

réussir. Car il y a quelqu'un qui éclaire Rome, et qui assiste parfois les Evêques, afin qu'ils ne souffrent pas trop des embarras qu'on leur fait, et ce quelqu'un, qni a plus d'esprit que M. Da\'id et qui est plus fort même que M. Laurier, donnera à l'Eglise de confondre et M. David et M. Laurier, s'ils ne veulent pas se laisser convaincre et persuader.

M. David croit sans doute que le Saint-Esprit assiste le Pape et les Evêques. Ce même Esprit divin n'a guère à redouter ni des grands discours de M. Laurier, ni des petites brochures de M. David, ni des fines intrigues de l'abbé Proulx, ni de la diplomatie du chevalier Drolet. — Il a bien voulu promettre à son Eglise une assistance particulière contre les Puissances de l'Enfer; il ne tremblera point devant ses impuissances...

Mais une amère déception attendait les Evêques et le peuple canadien-français, si profondément attaché à la foi de ses aïeux... P. Bernard s'en fera l'écho attristé...

MGR TACHÉ, ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE ET LES ÉCOLES DU NORD-OUEST CANADIEN

Pierre Bernard! Qui est-ce et que nous importe son opinion, me dira-t-on de l'autre côté de la justice et du bon droit. L'Ecole du Nord-Ouest, c'est nous et notre bon plaisir. Alors cette école serait peu, mais elle est encore autre chose : elle est l'honneur du passé, elle est l'espéranco do l'aveair et, pour autant, les hommes de cœur qui s'y intéressent ont l'ardeur des combats et la volonté de la victoire.

Pierre Bernard est d'abord ce que son travail sérieux et honnête le fait; il est, de plus, sous son véritable nom, une notoriété canadienne pour laquelle je n'ai pas de réclame à tenter : il n'en désire pas. Et qui êtes-vous vous-même pour vous mêler de nos affaires! ajoute-t-on. Moi! mettons que je ne suis rien du tout; on ne peut être plus conciliant, ni plus vrai en ajoutant de suite : bonne raison pour essayer de devenir quelqu'un, ne fusse qu'en montrant à des parvenus prétentieux et malfaisants qu'ils ne sont pas ce qu'il faut, "et ne font pas ce qui convient. Cela aidera peut-être des gens soucieux des intérêts publics à les remplacer à la barre pour donner à d'autres la peine d'y faire bonne figure et meilleure besogne. D'ailleurs qu'est au fond la trompiette qui porte au loin des appels vibrants et pressants? Un instrument à destination précise, qui se prête à ce qu'il doit pour atteindre le but qti'il faut : en l'espèce et dans l'usage qu'on en fait, on n'a pas à discuter le mérite de cet instrument, mais les choses qu'il annonce ou répète; mais les aveux, mais les

ordres, mais les douleurs qu'il communique ou transmet. Voix canadiennes est un titre qui dit ce qu'il faut; Vers l'Abîme, précise encore; y parlent d'autres que moi; je les désigne ou on les de\'ine; qu'on écoute ces Voix pour ce qu'elles sont, pour ce qu'elles apprennent; et, si on aime le Canada, si on admire l'honneur, la vérité, la justice; si on veut rassurer la veriu alarmée, faire prévaloir le bon droit méconnu, travailler aux prc^rès matériel et moral d'une jeime nation qiii reste chère à la France à tant de titres divers et qui mérite du bonheur, qu'on aille donc à son aide avec la ijcnsée qu'un peuple qui a été capable d'un immortel attachement à sa foi comme à ses aïeux, ne manquera pas de reconnaissance envers ses amis et ses alliés.

Et voici ce que, avant Pierre Bernard, Mgr Taché, l'admirable archevêque de Saint-Boniface, successeur de Mgr Provencher au lieu et place de Mgr Laflèche, dev^enu infirme à la peine, écrivait en 1893 au sujet des Ecoles du Manitoba^ :

Eiude des cinq phases (Ttine période de 75 aiviées.

Les écoles de Manitoba sont aujourd'hui l'objet de l'attention générale en Canada. Tous les jours, quelques-uns des organes de la publicité en entretiennent leurs lecteurs. Il n'est pas une assemblée politicjue de quelque importance qui ne soit forcée d'aborder la question, et cela se fait dans un langage qui trahit l'embarras que l'on éprouve, ou les espérances que l'on voudrait faire reposer sur de pénibles incertitudes. D'un côté, l'amour de la justice et de l'instruction chrétienne de l'enfance fait espérer une solution avantageuse; d'un autre, la haine de l'Eglise ou l'indifférence religieuse répudient les notions les plus élémentaires du droit conunun et du respect pour les convictions des autres. Pendant que, dans l'intimité du foyer domestique, on prie, on espère, on craint;

1. Voir : Mgr Taché, Une page de T Histoire des Écoles de Manitoba. Pages 5 et 6, (à l'imprimerie, du Manitoba à Saint-Boniface, 993.)

ailleurs on affirme triomphalement que tout est fini, qu'il n'y a pas de remède, pas même do mal à guérir, que la .minorité dans Manitoba doit nécessairement subir la volonté de la majorité et renoncer à ce qu'elle retgarde comme un droit certain et une obligation sacrée.

Je suis de ceux qui croient qu'une question n'est réglée que quand elle l'est avec justice et équité. Je ne suis jadmirateur ni des techniques subtilités légales ni des savantes combinaisons de l'art des expédients. Je suis donc bien éloigné de croire que la question des écoles de Manitoba sodt finie ou qu'elle doive se terminer dans l'injustice; c'est pourquoi je pense que cette cause doit être encore étudiée, même dans ses moindres détails, afin que ceux qui veulent l'apprécier puissent en faire un examen complet^.

Pour aujourd'hui, je veux livrer à l'attention des hommes sérieux quelques renseignements historiques sur les différentes phases par lesquelles sont passées les écoles de la Rivière-Rouge, non pas dans les détails de leur action, mais bien dans l'ensemble de leur existence.

Cette étude historique embrasse trois quarts de siècle, elle remonte non seulement au moment de rétablissement de la première école, sur les bords de la Rivière-Rouge, mais bien à la pensée généreuse qui a inspiré cet établissement.,

Au commencement de 1818, la juridiction de l'Evêque de Québec s'étendait sur tout le Canada d'aujourd'hui, et c'est ce- Prélat qui 'envoya vers le Nord-Ouest les premiers missionnaires qui vinrent se fixer à Saint-Boniface. Un mois avant le départ de MM. Provencher et Dumoulin, Mgr Plessis leur adressa une série d'instructions, aussi remarquables par l'ampleur et l'élévation des devoirs indiqués que par la précision et la sagesse des détails. ,

C'est dans ce document, daté du 20 avril 1818, et conser-

1. Ce langage, après 17 années écoulées, est à répéter textuellement, au. cune réparation de principe n'ayant été obtenue par les minorités opprimées dans le Nord-Ouest canadien.

vé aux archives de l'Archevêché de Québec, que l'on trouve les premières prescriptions, au sujet des écoles d'Assiniboia et du Nord-Ouest. Il y est dit à l'article sixième :

6° Les missionnaires s'attacheront avec un soin particulier à l'éducation chrétienne des enfants, établiront, à cet effet, des écoles et des catéchismes dans toutes les bourgades qa'ilz auront occasion de visiter.

Puis on lit plus loin :

11° Les missionnaires tixeront leur demeure près du Fort Douglas, sur la Rivière-Rouge, construiront une Eglise, une maison, une écol^; tireront, pour leur subsistance, le meilleur parti possible des terres qui leur seront données.

C'est donc de Québec et d'un Evêque catholique qu'est venu l'ordre de construire la première maison d'école établie dans le pays, qui forme aujourd'hui la province de Manitoba.

Tous les hommes tant soit peu versés dans l'histoire du Canada, savent que Mgr Plessis a illustré notre patrie par la puissance de son génie comme par l'éclat de ses vertus. II 3st bien connu aussi que son autorité sur les fidèles, qu'il dirigeait, a puissamment contribué à conserver le Canada et le Nord-Ouest à l'allégeance de la Grande-Bretagne, lors de la guerre des Etats-Unis.

Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que les premières écoles de la Ri\-ière-Rouge soient dues aux instructions qu'il a données à ses missionnaires et que ces derniers ont suivies, au prix des plus grands sacrifices. Ce que tout le monde ne sait pas non plus, c'est que les services, rendus à la Couronne par ce grand Prélat, lui avaient assuré un crédit puissant auprès des Autorités, qui recouraient à ses lumières, pour la direction des affaires publiques et secondaient son zèle dans l'accomplissement de sa charge; comme on peut s'en convaincre facilement par la lettre suivante, donnée par le Gouverneur-Général, lorsque Mgr Plessis voulut envoyer

des prêtres à la Rivière-Rouge, pour y établir des missions : Son excellence Sir John Coope Sherbrooke, C.S.B., Capitaine Général et Gouverneur en chef dans et sur les Province du Haut et du Bas-Canada et Commandant des troupes de Sa Majesté dans icelle, etc., etc., etc.

« A tous ceux qui les présentes verront.

» Attendu que les Révérends Joseph Norbert Provencher, Sévère Nicolas Dumoulin et Guillaume Etienne Edge ont été nommés par le Révérendissime Evêque Catholique de Québec, pour se rendre à la Rivière-Rouge et aux Territoires Indiens y adjacents, en qualité de Missionnaires, pour y répandre la Religion Chrétienne, et procurer aux Habitants l'avantage de ses Rites, sachez donc que désirant favoriser une œuvre si pieise et si utile, et accorder aux personnes qui y sont engagées toute la protection et 1© soutien qui sont en mon pouvoir, j'enjoias par ces présentes à tous les sujets de Sa Majesté, civils et militaires, et je requiers toutes autres personnes quelconques à qui ces présentes pourraient parvenir, non seulement de perme tre aux dits missionnaires de passer sans obstacles ou molestation, mais aussi de leur rendre tous les bons offices, et leur prêter assistance et protection toutes les fois qu'ils le trouveront nécessaire pour procéder dans l'exercice de leurs saintes fonctions.

» Donné sous mon seing et le sceau de mes larmes, au château Saint-Louis, dans la Cité de Québec, le vingt-neuvième jour d'Avril, dans l'année de Notre-Seigneur, mil huit cent dix-huit, et dans la cinquante^huitième année de Sa Majesté.

» Signé: J. S. Sherbrooke.

» Par ordi-e de Son Excellence.

» Signé: A. W. Cochran-.

3 Secrétaire. »

Une pareille preuve de respect et de confiance, de la part du représentant de Sa Majesté le Souverain d'Angleterre, se comprend facilement, quand on sait ce qu'enseigne l'Eglise Catholique; enseignement que Mgr Plessis rappelait à ses missionnaires dans les instructions dont la neuvième se lit comme suit :

9° Les missionnaires feront connaître aux peuples l'avantage qu'ils

ont de vivre sous le gouvernement de Sa Majesté Britannique, leur enseignant, de parole et d'exemple, le respect et la fidélité qu'ils doivent au Souverain, les accoutumant à adresser à Dieu de ferventes prières pour la prospérité de Sa Très Gracieuse Majesté, de son Auguste famille et de Son Empire.

L'établissement des écoles de ce pays a donc été décidé dans des circonstances où la meilleure entente régnait entre les autorités ci\T.les et religieuses, par des hommes qui reconnaissaient à l'Eglise et à l'Etat le droit de se mouvoir librement (dans leurs sphères respectives et qui avaient à cœur de faciliter tout ce qui peut assurer le bonheur des peuples,, non seulement dans l'ordre matériel, mais bien aussi dans les légitimes aspirations de l'âme et du cœur.

Demandons à l'histoire les phases diverses par lesquelles a passées la question de nos écoles, depuis l'époque dont je viens de parler. Les plus saillantes de ces phases sont au nombre de cinq.

La première est l'établissement des écoles d'Assiniboia, et leur maintien sous le régime de l'honorable Compagnie de la Baie d'Hudson.

La deuxième phase est celle des difficultés et des négociations qui se sont terminées par la création de la province de Manitoba et le transfert du pays à la Puissance du Canada.

La troisième phase des écoles est c^lle pendant laquelle les autorités législatives et administrativ ^ de Manitoba ont établi et maintenu, de par la loi, des écoles. in harmonie avec les convictions rehgieuses des deux sections de la population.

La quatrième phase est celle pendant laquelle on a établi un nouveau système scolaire, qui peut sourire au plus grand nombre, mais qui fait \âolence aux convictions religieuses de la minorité.

La cinquième phase de nos écoles est ceUe où le pays s'agite depuis plus de trois ans, parce que ceux qui se sentent

blessés demandent un remède aux maux dont ils souffrent, à l'injustice dont ils sont les victimes.

Je vais examiner brièvement qtielqties-uns des faits les plus remarquables de l'histoire de ces cinq évolutions, pour justifier les conclusions suivantes :

Premièrement. — Avant l'union du Nord-Ouest avec le Canada, diverses classes de personnes y jouissaient de par la coutume de certains droits et privilèges en matière d'éducation, et les autorités civiles sanctionnaient ces droits et privilèges, en aidant des écoles confessionnelles.

Deuxièmement. — A l'époque de l'union, ces droits et privilèges furent reconnus par les autorités fédérales qui, pour les sauvegarder, ajoutèrent dans l'Acte de Manitoba, en faveur de la minorité de la nouvelle province, une protectjom, nouvelle et plus ample que celle exprimée, dans l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord, 1867, en faveur des minorités des différentes provinces de la Puissance.

Troisièmement. — La Législature du Manitoba, familière avec les anciennes coutumes, et guidée par la constitution de la nouvelle province a placé explicitement, sous la protection de ses lois, les écoles confessionnelles en usage dans le pays, avant son union avec le Canada.

Quatrièmement. — La révolution scolaire, opérée par les lois de 1890, est simplement le rejet de la coutume qui a toujours prévalu dans la colonie d'Assiniboia; la violation des conditions du pacte conclu, lors de l'entrée de cette colonie dans la Confédération; et la destruction du système des écoles séparées, tel qti'établi par la Législature de la Province, après l'union.

Cinquièmement. — La minorité de Manitoba a le droit et l'obligation de chercher un remède aux maux dont elle souffre, en matière d'éducation ; ce remède elle le demande à tous ceux qui ont voix dans les conseils de la nation et c'est dans ce sens

qu'elle a adressé ses pétitions au Gouverneur-Général en Conseil ^.

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