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et du parti conservateur, Sir John Thompson. Cet homme d'Etat qui n'était point entré dans la politique par goût ni par intérêt, ni par ambition, tous le savaient, mais par conscience et par devoir, inspirait le respect et la confiance. Légiste remaïquable dont la science et le jugement sûr s'imposaient à la conscience presque autant que la jurisprudence desî tribunaux, orateur sérieux et dont la parole fortement rai sonnée et convaincue avait moins l'accent d'un avocat qui plaide une cause que celui d"un magistrat qui prononce en dernier appel, politique d'une grande élévation et tacticien comme les plus habiles qu'il avait eus pour chefs, d'une volonté droite et ferme qui allait toujours au but et trouvait toujours le chemin pour y arriver, d'une conscience rare en politique, qui ne savait fléchir ni dévier devant aucun obstacle quand il y avait un principe à sauver et un droit à défendre, il était peut-être le seul homme qui eût assez d'ascendant sur son parti et sur le Parlement tout entier pour faire voter sans délai une loi réparatrice et rendre prompte et complète justice aux opprimés.
Soyons justes toutefois. Le successeur de Sir John Thompson, Sir MacKenzie Bowell, s'honora en entrant de suite dans la voie ouverte par son prédécesseur. Orangiste et partisan convaincu des écoles publiques partout où elles n'oppriment aucun droit, il comprit que le premier devoir d'un gouvernement est de respecter la constitution et d'en imposer le respect; et que la première fonction du pouvoir est d'être le premier et le plus fidèle serviteur de la justice.
A peine constitué, le nouveau gouvernement entendit et reçut l'appel de la minorité manitobaine. En conséquence, un ordre en conseil du 21 mars 1895 mit en demeure la législature du Manitoba de redresser elle-même les griefs de la minorité en amendant ses lois scolaires de façon à lui rendre tous les droits et privilèges à elle acquis depuis Tunion et dont elle avait été injustement privée par l'Acte de 1890 et ses amendements.
C'est alors qu'on put voir de quel côté de la Chambre on pouvait attendre protection pour le droit et la justice. — Bien que Tordre en conseil n'eût fait que reproduire le jugement du Conseil Privé, bien que suivant le vœu unanime du Parlement 1© gouvernement se fût basé dans le premier exercice de son pouvoir sur l'opinion raisomiée et incontestable en justice du plus haut tribunal de l'Empire, ce fut un cri général dans le camp de l'opposition. Pour préparer et excuser la résistance de leurs amis du Manitoba, nos libéraux d'Ottawa, M. Laurier en tète, attaquèrent vivement le remédiai order, comme on l'appelait. A les entendre, cette mise en demeure était trop impérative dans la forme et trop rigide dans les conclusions : comme si le gouvernement eût eu le droit de modifier à son gré les termes de la sentence qui s''imposait à lui comme au dernier des citoyens, ou s'il eût été libre d'éluder les conclusions que la Constitution lui imposait comme à la législature du Manitoba !
Nul doute que, si à ce moment M. Laurier eût clairement sigm'fié à ses amis de Manitoba que s'ils ne réparaient euxmêmes leurs injustices et ne rentraient dans le respect de la Constitution, ils ne devraient pas compter sur son appui au Parlement, la législature n'eût pris en plus sérieuse considération l'avis du gouvernement fédéral. ^Mais le ministère Greenway sachant qu'il serait appuyé sûrement par le parti libéral à Ottawa, et comptant qn'un certain nombre de conservateurs — anglais et protestants avant d'être justes — n'appuieraient pas le ministère dans son œuvre de réparation, répondit par un refus pérempteire de rien modifier à sa législation (25 juin 1895). On était en pleine session à Ottawa.
Au lieu de marcher hardiment dans la voie qu'il s'était tracée dans son ordre ^i conseil, ce qui était la seule politique constitutionnelle, et de mettre ainsi la justice et le droit de son côté, le gouvernement hésita, se troubla et voulut revenir sur ses pas pour tenter des négociations avec là
Pro^rince réfractaire. C'était abandonner inutilement tout le terrain si péniblement gagné depuis cin(î ans. Mais un groupe de fanatiques venait de l'abandonner. Ces dix-huit ou vingt renégats ,de la Constitution n'iallaient-ils pas, en s^'unissant aux libéraux, rendre vaine toute tentative de législation réparatrice et compromettre inutilement le sort du ministère en déplaçant la majorité?
Les ministres canadiens-français, devant cette hésitation, comprirent qtie leur place n'Iétait plus dans le ministère; qu'y rester plus longtemps était trahir les intérêts de leurs coreligionnaires et de leurs compatriotes, puisque tous les retaids ne pouvaient que rendre plus difficile le redressement de leurs griefs. Ils donnèrent leur démission. C'était un bel exemple. Ils auraient dû ne point reprendre leur portefeuille, avant que le ministère n'ieût préparé et présenté son projet de loi. Malheureusement deux d'ientre eux crurent devoir accepter la promesse solennelle de leur chef s'engageant, comme il le déclarait solennellement au Sénat, à présenter une loi réparatrice au nom du gouvernement à la prochaine session, si la législature provinciale ne rendait pas elle-même justice à la minorité. jLa promesse était sincère.
Seul, M. Angers, ne voulut point rentrer dans un ministère qui semblait consulter les caprices ,de l'opinion au lieu de la diriger et de lui imposer ses volontés. Il se dit que ce n'était pas en doutant de lui-même que le gouvernement inspirerait la confiance et entraînerait la majorité, et qu'il valait mieux tomber en défendant le droit et la Constitution, que de tomber quelques mois plus tard pour n'avoir osé ni les trahir ni les défendre. Disons à l'honneur de nos députés conservateurs canadiens-français que pas un d'entre eux ne voulut prendre dans le conseil la place laissée vacante par la retraite de M. Angers.
Le gouvernement, pour convaincre ses partisans que son action était inévitable, et que sans elle la Constitution ne se-
rait jamais respectée, tenta de négocier avec la Province réfiactaire. Il pdVissa la condescendance jusqu'à abandonner virtuellement la forte position qu'il occupait, et à s'en remettre au bon vouloir de ceux qu'il avait le droit et le devoir de réduire, leur laissant à eux-mêmes de déterminer ce qu'ils voulaient et pouvaient accorder à la justice et à la Constitution. Triste politique qui mettait le ministère dans la plus inconséquente et la plus ridicule position! Car, d'une part, il affirmait à une législature en révolte contre la justice et la Constitution qu'elle ne serait pas tenue d'obéir complètement à cette Constitution et qu'elle pourrait pratiquement annuler le jugefhent du plus haut tribunal de l'Empire; et, de l'autre, il promettait plus qu'il n'avait le droit et le pouvoir de faire. Dans l'espèce, le gouvernement fédéral n'avait nulle mission ni pouvoir de négocier un traité plus ou moins avantageux aux catholiques du Manitoba; il n'était ni leur repiésentant ni leur chargé d'affaires, encore moins leur plénipotentiaire; il n'était plus que le mandataire de la justice et de la Constitution. Il n'avait que le droit d'entendre ou de rejeter l'appel; de l'admettre, s'il était fondé en droit; de le rejeter, s'il n'était ni juste ni raisonnable. La Constitution ne lui donnant le droit d'agir que pour redresser tous les griefs dont on se plaignait à son tribunal, il n'avait que le droit d'agir pour les redresser totalement ou de ne pas agir. Recourir à des demi mesures impolitiques et inconstitutionnelles, c'était perdre volontairement la confiance et la, considération des deux partis.
Cette tentative de négociations eut le sort qu'elle mérir tait. Le ministère Greenway la prit pour ce qu'elle était : une marque évidente de faiblesse et d'irrésolution et un sacrifice fait aux agitateurs fanatiques de l'opinion anglaise et protestante. Aussi répondit-il (21 déc. 1895) qu'il rejetait positivement et définitivement toute proposition d'établir, sous quelque forme que ce soit, un système d'écoles séparées. Pour tenir ses engagements, le gouvernement dut convoquer
le Parlement en session spéciale pour présenter son projet de loi réparatrice.
Le Pai'lement à peine convoqué, cinq des piinistres anglais abandonnèrent leur chef et manquant à la parole donnée à leurs collègues se retiraient du ministère^. Trahi, mais non découragé, Sir MacKenzie Bowell se remit à l'œuvre, reconstitua son ministère et s© présenta devant le Parlement avec son projet de loi réparatrice. Mais deux mois de retard avaient été la conséquence de cette crise ministérielle; le Parlement ne pouvait plus l^alement se prolonger au delà du 23 avril, et le gouvernement, affaibli par ces divisions et ces crises, ne commandait plus la même confiance à la* députation et ne pouvait plus guère compter sur une majorité compacte et puissante. L'acte réparateur aurait pu être voté cependant avec lo concours loyal de l'opposition. Si M. Laurier eût été sincèrement dévoué à la cause de la minorité du Manitoba; si seulement il eût été un véritable homme d'Etat, il ne l'eût point refusé. Il aima mieux n'écouter que ses ambitions, trahir les intérêts des siens et se faire le complice et le soutien des oppresseurs et des violateurs de la justice et de la Constitution, que de perdre une occasion d'affaiblir le gou- Veinement conservateur et peut-être de le renverser.
Cette session de 1896 (janvier-avril) donna ^u pays un étrange spectacle 2. Fendant que les ministres conservateurs, orangistes quelques-uns, protestants et anglais pour la plupart, pour obéir au jugement du Conseil Privé d'Angleterre, demandaient au Parlement du Canada de rendre à une minorité catholique et française les droits que lui garantit la Constitution et dont elle a été injustement dépouillée par un gouvernement libéral, inique et oppresseur des faibles, on vit le chef de ï opposition, canadien-français de naissance, catholique par le baptême, libéral de professio7i, se liguer avec les plus fanatiques ennemis du nom français et catholique poîir em-