INEXACTITUDES
Je prends la liberté de dire que le paragraphe de votre lettre, commençant par les mots « Now regarding our delegates to Ottawa, etc., » est
plein d'inexactitudes. Vous dites que de suite après la première entrevue, le Jugo Black a été appelé en toute hâte d'Ottawa; ceci n'a pas eu lieu. Le Juge Black est resté à Ottawa depuis son arrivée, le 21 avril jusqu'au 18 mai; il prit part à toutes les négociations qui ont eu lieu pendant ce temps. J'ai ici, sur ma table, une lettre du juge Black, écrite à l'hôtel Russell, à Ottawa, le 17 mai; le même jour, il fit ses adieux au Rév. M. Ritchot, l'assurant qu'il était convaincu que sans les efforts de M. Ritchot les Délégués n'auraient pas obtenu la moitié de ce qui avait été concédé par le gouvernement. « Le peu- » pie de la Rivière-Rouge, tant anglais que français, » ajoute M. Black « aussi bien que le Canada tout entier vous doit beaucoup, etc., etc. » Mademoiselle Black, sœur du juge, exprima des sentiments analogues à ceux de son frère, en affirmant « qu'elle s'estimait heureuse de pou- » voir dire qu'elle se souviendra longtemps des généreux efforts faits » par le Rév. Père Ritchot en faveur du peuple de la Rivière-Rouge, » sans distinction de race et de croyance ».
Vous ajoutez dans votre lettre : « Alfred Scott fut pris de maladie. » Aucune maladie n'empêcha le délégué M. Scott de prendre une part active aux délibérations jusqu'à la fin. J ai pu constater ceci tant par le journal de M. Ritchot, qu'en l'entendant des lèvres mêmes de M. Scott. Ce dernier tomba bien malade après son retour; pendant sa maladie, je l'ai visité plusieurs fois à l'hôpital de Saint-Boniface où il mourut pn mai, 1872.
Vous ajoutez encore : <i Sir John A. Macdonald était continuellement » indisposé. » Cette indisposition n'a pas empêché Thon, ministre de se rendre à la résidence de Sir George Cartier, où il rencontra la délégation le 23 avril, deux fois le 25, puis le 26, le 27 et le 28 du même mois; ils traitèrent encore ensemble le 2, le 5 et le 6 de mai. Tout ceci prouve que vous n'avez par raison de dire : « que les affaires de no- » tre pays ont été en réalité et exclusivement traitées entre le Rév. N. » J. Ritchot et feu Sir George E. Cartier. » L'acceptation de l'Acte de Manitoba par l'assemblée législative d'Assiniboia tel qu'indiquée plus haut est Tine réponse i5éremptoire à l'accusation que vous formulez en disant : « Nos délégués n'ont pas servi notre cause loyalement, etc., » et c'est aussi une réponse à d'autres a'rguments basés sur la. même assertion, ainsi qu'à laffirmation allant à dire : « Le Colonel Wolseley et son ex- » pédition nous ont imposé la constitution actuelle à la pointe de la » baïonnette. »
J'ai été d'autant plus surpris de lire cette dernière assertion dans votre lettre que quelques lignes plus loin vous la contredites vous-même en ajoutant : « Votre Grandeur sait très bien que de fait l'expédition de » Wolseley n'a pas été envoyée à Fort-Garry dans le but de combattre » M. Louis Riel. » Je sais très bien cela, ce qui n'empêche pas, comme vous le savez bien aussi, que les ennemis des Métis répètent souvent que tel était pourtant l'objet de l'expédition. Vous ajoutez encore : Votre » Grandeur sait aussi que l'épouse bien-aimée du Colonel Wolseley aurait » pu entrer dans le Fort-Garry un mois au moins l'arrivée du vaillant » Colonel. » Oui, je sais cela très bien, je pourrais même donner des informations pour prouver qu'on a pensé à ce que vous dites et que la chose s'est presque accomplie.
Pendant que je suis à l'œuvre, permettez-moi, avant de terminer, d ajouter encore quelques mots. Le langage extraordinaire auquel je suis
forcé de faire allusion n'est pas le vôtre, puisque votre lettre, je suis heureux de le dire, ne renferme rien de scmLlable.
" ATFAIBE MY3TÉBIEC8E "
J'ai la confiance que la sincérité de vos dispositions vous convaincra, qu'après tout, « ma Liste des Droits » nest pas une « affaire si » mystérieuse; » il est \Tai qu'elle mentionne et obtint une chambre haute; j'avoue que, pour ma part, j ai im certain penchant pour les « chambres hautes », et je ne suis pas le seul, puisque les constitutions des pays, tant de l'ancien que du nouveau monde, en admettent l'utilité et je suis certain que, puisque vous savez que le conseil législatif de Alanitoba était composé de cinq membres d'origine anglaise et de deux d'origine française, vous n'en viendrez pas, comme quelques autres, à la conclusion que tout était fait pour c donner aux Français » le contrôle du ilanitoba. »
Vous dites que les écoles séparées ne sont pas mentionnées dans votre Liste des Droits, mais le fait qu'on les a reconnues dans l'Acte de Manitoba est une autre preuve que ce n'est pas votre Liste des Droits qui a fait la base des négociations. J'ajouterai, de plus, que c'est un acte méchant que de vouloir exciter des sentiments hostiles, parce que la demande des écoles séparées contenait les mots « suivant le modèle de la province de Québec. Les cathcdiques sont en grande majorité à Québec, par conséquent, le système des écoles séparées de cette province est presque entièrement en faveur des protestants qui en sont satisfaits. Lorsque les délégués allèrent de la Rivière-Rouge à Ottawa pour demander la création d'une province qui devait renfermer tout le Nord-Ouest, la majorité des habitants de la province projetée était catholique. Ce fut donc une preuve de bon vouloir à l'égard des protestants, de la part de ceux qui fonnulèrent « ma Liste des . Droits » de demander des écoles séparées, et si les catholiques étaient' demeurés en majorité, il est évident que les colons protestants, anciens et nouveaux, trouveraient cette disposition très sage et très à propos. Personne ne songerait à m'insulter, ni moi, ni ceux qui, comme moi, pensent cpie l'on devrait s'en tenir fidèlement à ce qui a été réglé lors des négociations. Sur ce sujet, les Don Quichotes ne sont pas avec nous, «t je m'empresse d'ajouter que vous n'êtes pas avec eux,
" XrSE PLUS aBANDE MEBVEILLE "
Quelquefois, il arrive qu'une grande merveille, une plus grande merveille, 1.1 plu? grande des merveilles, n'est pas du tout une merveille, et c'est le cas avec la merveille révélée dans le Sun du 10 courant. Soit dit en passant j'espère que ce n'est pas l'insertion de cette merveille qui a étouffé ce journal précisément le lendemain du jour où il l'avait publiée. Quoi qu'il en soit, voici la « merveille » dont il est question : Votre Liste des Droits demandait dans sa vingtième clause que le tarif des douanes ne fût pas augmenté pendant trois ans : « Ma Liste », telle que publiée dans la Free Press du 27, ne fait pas menticHi de cette demande et cependant elle est accordée par la vingt-septième clause de l'Acte de Manitoba. C'est là la merveille à laquelle on fait allusion, et voici l'explication qui me paraît bien simple. La feuille qui ccmtenait le vingtième article disparu du dossier qui était en ma possession, et ce, probablement
né des assurances au sujet des écoles confessionnelles. Quelqfues-unes des assertions de ce plaidoyer 'sont rapportées dans la Deuxième Phase de mon étude actuelle. Mes assertions donnèrent lieu à une polémique que je soutins dans une lettre à M. Taylor, publiée le 12 Janvier 1890^, et dans une autre
par sui^3 du peu d'importance que j'attachais à la demande. La raison pour laquelle j'attachais peu d'importance à cette demande, c'est qu'elle avait déjà été octroyée, même avant le départ des délégués, et en voici la preuve. Le 16 février 1870, Sir John A. Macdonald m'avait remis une lettre à Ottawa, Comme je l'ai déjà dit ailleurs, c'est cette lettre qui m'aida à déterminer les délégués à se rendre dans la capitale fédérale. Dans cette lettre on lit le paragraphe suivant : « Vous êtes autorisé à » dire que les deux années pendant lesquelles le tarif ne sera pas » changé, se compteront du 1er janvier 1871, au lieu du 1er janvier der- » nier, comme il avait d'abord été proposé. » (Rapport, page 19.) Dans ma pensée la demande devenait inutile puisqu'elle était accordée, j'attachai donc peu d'importance au papier qui la contenait, et, maladroitement, sans doute, je le laissai s'égarer.
Je puis dire à mon tour maintenant : « Est-ce que quelqu'un, qui a » l'exercice de ses facultés mentales, peut soutenir » que c'est une merveille d'avoir perdu après 20 ans un morceau de papier qui contient une demande déjà accordée et exprimée dans un document signé par le Premier IVlinistre du Canada et pubUé à plusieurs reprises dans les documents officiels. Au reste, cette omission de ma part est complètement corrigée par le témoignage de M. Ritchot et ses notes générales, que je tiens à la disposition de quiconque voudrait éclaircLr davantage ce fait.
Cette explication doit suffire pour dissiper le merveilleux brouillard au sujet d'une omission de peu de conséquence. L'histoire de Manitoba serait plus en harmonie avec la pureté de l'atmosphère de notre chère province, si cette histoire était étudiée sous son vrai jour et en dehors de l'épais nuage de préjugés qui ne se manifestent que trop souvent dans des lectures faites devant un auditoire plus ou moins nombreux de notre Société Historique. Je vous adresse ces remarques, parce que je sais que vous, vous aimez notre pays et ses anciens habitants, et que vous recevez avec plaisir des informations et des explications impartiales.
C'est dans cette conviction que je demeure. Monsieur, Votre obéissant serviteur, (Signé),
t Alex., Arch. de Saint-Boniface,