M. L Saint-Boniface, 13 janvier
1. M. Hay avait cru pouvoir, lui aussi, contredire une partie de ce que Mgr Taché avait dit au sujet des négociations à Ottawa en 1870. Le| langage de M. Hay fut grossier et ses affirmations étaient si vagues qu'ellesi se réfutaient d'elles-mêmes; néanmoins, comme le but évident était de| saper la base première sur laquelle reposent les droits des Canadiens Français à l'usage de leur langue et à la jouissance de leurs écoles séparées^
Mgr Taché trouva bon de soutenir sa thèse contre ce nouvel assaillant.
L'article de M. Hay avait paru dans l'inévitable Free Press, et, dès le lendemain, Mgr Taché faisait remettre à ce journal la lettre que voici :
Monsieur, — S'il vous plaît, permettez-moi de répondre à M. Hay dont je veux contredire les avancés.
M. Hay, citant mes paroles, dit : « J'ai entendu les délégués déclarer qpi'ils prendraient via Liste pour base des négociations, » et il ajoute : « pourquoi n'avoir pas dit Ritchot et Scott? » Je ne l'ai pas dit, parce que ça n'aurait pas été la vérité, n'ayant jamais eu de rapport avec Scott avant son retour d'Ottawa, longtemps après la fin des. négociations. Je ne connaissais pas M. Scott auparavant, et, pour être plus explicite, je puis ajouter que sa nomination conune délégué me surprit beaucoup. Je ne puis pas dire la même chose de M. Black; je le connaissais bien et il vint plusieurs fois chez moi au sujet de la délégation et je l'ai entendu discuter la Liste des Droits qui devait être envoyée à Ottawa.
Tout en niant mes avancés, M. Hay ne s'af)erçoit pas, qu'en même temps, il contredit M. Taylor. La Liste des Droits de la convention des quarante n'est, en aucune façon, celle que prétend M. Taylor, au moins à en juger par les clauses qu'il cite dans sa lettre du 9 janvier. Fa: re la discussion sur ce sujet est chose étrange, puisqu'il est si facile de s'assurer des faits. La Liste des Droits de la convention des qpiarante est publiée in extenso dans l'appendice du rapport de l'hon. D. A. Smith et se trouve dans le livre bleu (papiers sessionneLs, 1870, n» 12, pages 10 et 11) et ne contient pas les clauses citées par M. Tajlor. Par conséquent, les deux documents sont différents, et iL Hay prétendant que la liste do la convention est la seule vraie, répudie celle de M. Taylor. Qu'il s'entendent avant que j'en dise davantage sur ce sujet.
M. Hay ajoute que Ma Liste fut « grâce à Sa Grandeur substituée à celle qui est mentionnée ici comme celle de M. Taylor. » Cet avancé est encore faux. Je n'ai rien eu à faire dans la substitution d'ime liste à une autre. S'il avait été en mon pouvoir de le faire, la liste donnée aux délégués aurait été bien différente de celle que j'appelle Ma Liste parce que celle-là, comme les autres dont il a été fait mention, contenait des articles que j'aurais retranchés ou amendés et il y eut des omissions que je regrettai beaucoup. Quoique la liste ne fût pas entièrement conforme à mes vues, c'est grâce à moi que M. Ritchot et M. Black consentirent à se rendre à Ottawa comme délégués et aussi consentirent formellement à y porter Ma Liste. Comme je l'ai déjà dit, tous les deux, M. Black et M. Ritchot, hésitèrent d'abord à assumer la responsabilité, parce que surtout ils savaient qu'une nouvelle liste leur serait confiée, mais Us finirent par consentir. Je fis mon possible pour obtenir ce résultat parce que j'étais convaincu qu'une fois à Ottawa les délégués obtiendraient des conditions acceptables, et cette conviction m'était inspirée par la connaissance que j'avais de ce que les autorités impériales et fédérales désiraient principalement. En outre, nous étions, à tout moment, menacés de la guerre civile et d'une invasion criminelle du dehors, ce qui auj'ait été la ruine du pays; ainsi j'ai fait mon possible pour persuader la délégation, et, Dieu merci, je réussis.
M. Hay joue sur les mots de la déclaration de M. Ritchot, parce qaf* le mot co-délégué est au singulier. C'est la faute ou du traducteur ou du typographe, car la lettre de M. Ritchot est en français, et se lit
comme suit : aitx autres délégués, mots évidemment au pluriel et qui se rapportent autant à M. Black qu'à M. Scott.
M. Hay montre encore son peu de connaissance du sujet quand il dit : « Les négociations se firent presque toutes avec MM. Ritchot et Scott, » et « pour cause de maladie, il fut impossible au juge Black de présen- » ter convenablement sa cause. » C'est tout le contraire qui est la vérité. Du commencement des négociations, le 23 avril, jusqu'à son départ d'Ottawa, le 18 mai, M. Black et M. Ritchot n'eurent pas moins de quinze conférences, à neuf desquelles Sir John A. Macdonald était présent. Sir George Cartier assista à douze de ces réunions, et M. Scolt, l'autre délégué, n'a.s;sista qu'à dix. Ainsi, en réalité, la plus grande somme de travail fut faite par M. Black et M. Ritchot. Je puis donner le lieu, le jour eb même l'heure de ces réunions, de même aussi dire les affaires qui furent transigées à chacune. Ainsi l'idée que M. Black n'a pris une part active dans les négociations est toute autre qu'exacte.,
M. Hay, dans un autre paragraphe, est assez bon d'informer le public de ce qui suit : « Sa Grandeur, je n'en doute point, se rappellera que quand EUe revint à Rome, via Ottawa, Elle était loin d'être bien, et EUc dit qu'EUe comptait beaucoup sur les données du Père Ritchot » L'état de ma santé il y a vingt ans importe peu au public, mais comme M. Hay semble y prendre un intérêt tout particulier, je lui rappellerai que le livre bleu où il a puisé son information (rapport, page 16) ne mentionne rien d'alarmant au sujet de ma santé. Dans l'examen subi devant un comité, « je dis que je n'étais pas bien à mon arrivée. Mon indis- » position était causée par mon voyage. » Pour satisfaire M. Hay, j'ajouterai que je laissai Rome le 13 janvier; je voyageai pendant les six nuits suivantes, de Rome à Liverpool, passant les jours dans les différentes villes où j'avais affaire. Je m'embarquai à Liverpool le 19. La traversée dura 13 jours, fut des plus mauvaises, et n'étant pas marin, je fus tout le temps malade du mal de mer. Je débarquai à Portland, Me., le 2 février, et pris les chars immédiatement. Une forte tempête de neige me tint deux jours sur le chemin, et comme il n'y avait pas de char-dortoir, quand j'arrivai à Montréal, le 4 février, j'étais très fatigué et je ne pus me rendre de suite à Ottawa. Je me reposai trois jours chez ma mère où je me remis complètement de mon indisposition, et, de toute ma vie, je ne fus jamais en meilleure santé à partir du 8 février jusqu'à la fin de la seconde année d'après. Je laissai Montréal pour Ottawa le 8 février. A mon avis, cela suffit. En autant qu'on peut être juge dans sa propre cause, j'affirme que j'étais en état de discerner par moi-même, et quand je m'en suis rapporté à M. Ritchot c'était pour des choses qui s'étaient passées loin de moi et dont il avait une parfaite connaissance.
Vu « qu'une paille indique la direction du vent, » je puis me permettre de citer la lettre suivante qui prouve amplement qu'au temps de la délégation j'étais dans les meilleurs termes avec le juge Black, et qpie, par conséquence, jo suis, plus que M. Hay semble le croire, en état do savoir ce qui a été fait ou qui n'a pas été fait par l'hon. Monsieur.
Russell House, Ottawa, 17 mai 1870.
Au Rév. M. Ritchot.
Révérend et cher Monsieur, — Laissant Ottawa pour Montréal demain, je suis allé pour vous dire adieu et vous prier de vouloir vomu
charger d'une boîte pour notre ami respecté l'Evèque Taché, laquelle contient le pardessus en fourrure que Sa Grandeur a eu la bonté de me prêter pour faire le voyage à travers la prairie.
Vous m'obligeriez beaucoup en en prenant grand soin — surtout le tenir sec, — et en le remettant à Sa Grandeur avec mes meilleurs et mes plus respectueux xompliments.
Si vous pouviez emporter le pardessus plus aisément dans voire valise, vous pourriez dévisser le couvercle de la boîte.
Je demeure. Révérend et cher Monsieur, bien sincèrement à vous, (Signé,) J. Black.
Qu'est-ce que cela veut dire? Le juge Black qui voyage avec le pardessus en fourrure de Mgr Taché! Mais cela n'a rien à faire avec la Liste des Droits ! Non, pas plus que la paille fait partie du vent, pourtant, la paille indique la direction du vent; de même l'usage du pardessus prouve, comme je l'ai déjà dit, que je suis au courant des plus petits détails qui concernent la délégation. Ma Liste des Droits n'a pas été rédigée par moi, ce n'était pas ce qu'il y avait de mieux; néanmoins, elle fut remise à M. Black en ma présence, et, portée par lui à Ottawa, Mon pardessus ne fut pas confectionaé par moi; ce n'était riea d'élégant ni de fashionable; cependant, il fut offert à M. Black qui s'en est servi pour son voyage à Ottawa, en sorte que l'hon. délégué, Ma Liste et mon pardessus firent le voyage ensemble. Je le sais et l'affirme en dépit de tous les démentis.
« Maintenant, chers lecteurs, » ne soyez point trop mal à l'aise, il n'y avait dans mon pardessus aucun pouvoir ou influence surnaturels. En l'employant, M. Black n'était nullement exposé à devenir aussi trompeur que M. Hay me dit être. Si je passais sous silence ce petit incident insignifiant, qui sait si, après un certain temps, quelque savant Docteur ne découvrirait pas que le fait de prêter mon pardessus au juge Black n'était qu'une réédition de ces superstitions ou mauvais tours dont l'évêque Taché, la hiérarchie romaine et ces Jésuites sont si bien connus pour être les coupables auteurs. Pour faire disparaître cette mystérieuse impression qui pourrait se produire dans l'avenir, je dis aujoard'hui qu'en 1870 les pardessus en fourrure étaient très rares dans la col<Miie de la Rivière-Rouge; l'hiver était des plus rigoureux, Li neige très abondante et les chemins presque impraticables. Après que M. Black fut convenu de partir pour Ottawa, je hii offris mon pardessus et il s'en se^^-it tout bonnement.
Avant d'en finir, je donnerai à M. Hay un autre exemple de « ma disposition à tromper » et de mon désir à persister dans cette voie, « par les faux rapports que j'ai faits et fais encore. » Je dis que M. Black a reconnu lui-même, par écrit, qu'il a conduit les négociations à Ottawa sur la même base que le Père Ritchot, tellement qu'il en appelle les procédés, nos, négociations, et qu'il considère le projet de loi' ou l'Acte de Manitoba comme le résultat des négociations que lui, le juge Blacky avait condttites avec ses co-délégués en faveur de la population de ce pays. Je soutiens de plus que le juge Black, après avoir conclu ces négociations, a écrit que l'Acte de Manitoba était le meilleur rapport qui pouvait être fait sur le sujet. Comme preuve des avancés ci-dessus, ]e donne en entier une autre lettre de iL Black. L'enveloppe de cette
à M. Hay, le 24 du même mois ^. Malheureusement je n'avais pas alors les pièces officielles, que je me suis procurées (ie-
lettre porte le cachet du bureau de Montréal, en date du 24 mai 1870 et celui d'Ottawa du 25 mai 1870.
Montréal, 24 mai, 1870.
Au Révérend N. J. Ritchot, Ottawa.
Révérend et cher Monsieur, — Dans mon télégramme d'hier, par lequel j'accuse réception de votre lettre, j'ai promis de vous écrire aujourd'hui, et j'ai maintenant le plaisir de le faire.
Quant à votre suggestion de faire par écrit un rapport de nos négociations avec le gouvernement, je puis dire qu'avant de recevoir votre lettre, j'étais à considérer l'opportunité d'une telle démarche, et j'en suis venu à la conclusion que le meilleui rapport que je pouvais faire sur le sujet était l'acte lui-même dont des copies seront sans aucun doute envoyées à la Rivière-Rouge.
C'est encore mon opinion, et j'espère que vous voudrez bien partager mon sentiment. Mais si je devais plus tard prendre les choses à un autre point de vue, je puis facilement vous écrire.
Comme il est probable que vous n'êtes pas pour visiter Montréal de nouveau, et comme je ne suis pas sur le point de retourner à Ottawa, je présume que je n'aurai pas l'occasion de vous rencontrer, je vous dis donc, au nom de M^ie Black et en mon nom, adieu, vous souhaitant um bon voyage.
Vous m'obligerez en disant à M. Scott que le soir de la veille de mon départ d'Ottawa, j'ai été pour le voir à son hôtel, mais il était absent.
Espérant que vous avez reçu le pardessus en fourrure pour Sa Grandeur Monseigneur et que vous me ferez la faveur de lui trouver place dans votre valise.
Je demeure, révérend et cher Monsieur, Votre tout dévoué,
(Signé), J. Black.
Je laisse à tout homme bien pensant à juger par lui-même, et je n'hésite pas de répéter que ma Liste des Droits fut acceptée par M. Black aussi bien que par les autres délégués, et que tous les trois menèrent les négociations en pleine et parfaite harmonie sur cette base, f Alex., Arch. de Saint-Boniface, 0. M. I. Saint-Boniface, 24 janvier 1890.
1. Mgr Taché fit, en effet, cette communication au journal Le Manitoba, au sujet des écoles séparées du Manitoba : ' '
Archevêché de Saint-Boniface, 27 Décembre, 1889. Au Rédacteur du journal Le Manitoba.
Monsieur, — Je vous transmets m ne copie d'une lettre que j'ai adressée an Manitoba, Free Press et qui vient d'être publiée sur cette feuille, avec prière de la reproduire intégralement sur votre journal.
Je profite de cette occasion pour faire connaître à la population catholique du Manitoba la satisfaction que j'éprouve par son attitude pi digne, si grave et si énergique au milieu des difficultés irritantes dont elle est menacée. Défendons nos droits par tous les moyens constitutionnels
puis; on nia mes assertions, quelque vraies qu'elles fussent; on était trop près du dénouement fatal pour permettre l'effet qu'aurait dû avoir la connaissance exacte des négociations d'Ottawa. On nia des choses consignées dans les annales parlementaires; d'autres discutées et décidées dans des conventions publiques; on nia tout ce qui pouvait être favo-
et soyons persuadés que le boa sens de nos compatriotes d'autres croyances, appuyés sur la constitution, formeront une digue inébranlable qui arrêtera les efforts de ceux qui voudraient nous nuire.
La lettre que je vous prie de reproduire mentionne des événements qui nous ont causé bien des alarmes. La Divine Providence a fait naître de ces événements un point d'appui, sur lequel reposent nos plus légitimes espérances. Que notre peuple se rende digne de la continuation de la (fivine assistance et nous n'aurons rien à craindre d'adversaires qui, s'ils nous connaissaient mieux, se montreraient plus justes et plus loyaux. .'^
Quoique disposé favorablement envers tout le monde dans la province, vous savez que je porte une affection particulière à ceux qui croient à ia nécessité de soutenir nos écoles et de protéger notre langue. Acceptez mes meilleurs souhaits et croyez-moi, Votre tout dévoué serviteur, t Alex., Arch. de Saint-Boniface, 0. M. I. Au Rédacteur du Free Press.
Monsieur, — Au cours du mois d'août dernier, je vous ai adressé une lettre qpie voxis avez bien voulu publier et dont le but était de prouver qu'après tout, les idées des catholiques, au sujet de l'instruction religieuse à donner dans les écoles, sont en parfaite harmonie avec l'opinion publique en Angleterre sur le même sujet. Les conclusions de la Commission Royale, que j'ai citées n'auraient pas pu être bien différentes, lors même qu'elles auraient été préparées sous la direction d'un concile d'évêquc catholiques. Cette lettre n'a point été réfutée; au contraire, j'ai raison de croire qu'elle a produit l'effet désiré et qu'elle a convaincu plusieurs de l'à-propos et même de la nécessité de l'enseignement religieux dans les écoles élémentaires, et ce, durant les heures d'école et par les professeurs eux-mêmes.
Aujourd'hui, je prends la liberté d'écrire de nouveau, avec la pensée de prouver que les droits réclamés par les catholiques de Manitoba ne sont pas setdement le résultat d'un acte passé en parlement, mais sont aussi partie d'un arrangement ou traité conclu entre la Puissance du Canada et les habitants de la Rivière-Rouge, avant l'admission de notre province dans la confédération, et ce, à la demande expresse et sous la direction immédiate des autorités impériales, si bien que l'acte de Manitoba n'est pas autre chose que l'expression légale de droits et privilèges obtenus avant sa passation.
Que l'on me permette de passer en revue une page de notre histoire, qui n'est peut-être pas suffisamment connue. En 1868, deux délégués du gouvernement canadien. Sir Greorges Car-
rablc à nos écoles. On voulait consommer une iniquité, on s'appuyf. sur des assertions fausses et mensongères.
Pendant ce temps, la population catholique, de plus en plus alarmée, se réunissait en assemblées nombreuses; partout on signa des pétitions, que l'on adressa à la Législature, mais qui ne firent aucun effet, pas même celui de porter
tier et l'hon. Wm. McDougall, furent envoyés en Angleterre, pour négocier avec le gouvernement impérial et la compagnie de la Baie d'Hudson, les conditions de l'acquisition de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest par le Canada. Après de longues délibérations, les parties intéressées arrêtèrent les conditions du transfert. Pendant ce temps Lord GranviUe, alors secrétaire d'Etat pour les colonies, tout en se réjouissant beaucoup d'un arrangement auquel il avait si puissamment contribué, éprouva un certain malaise, au sujet de la position future des anciens habitants du pays. Pour calmer cette inquiétude, le noble lord adressa à Sir Young, alors gouverneur du Canada, une dépêche, en date du 10 avril 1869, à laquelle j'emprunte le passage suivant : « Je » suis convaincu que votre gouvernement n'oubliera pas l'attention qu'il » faut donner à ceux qui peuvent être exposés bientôt à de nouveaux dan- » gers et qui au cours des établissements seront dépossédés de terres » qu'ils ont l'habitude de regarder comme leurs et qui seront réduits » par là à des limites qu'ils trouveront trop étroites.
» Votre gouvernement, j'en suis persuadé, n'a jamais cherché à se » soustraire à ses obligations envers ceux dont les droits incertains et » les moyens primitifs d'existence sont restreints par l'approche de la » civilisation Je suis certain que votre gouvernement n'agira pas diffé- » remment dans le cas actuel, mais qu'au contraire les anciens habitants » du pays seront traités avec tant de prévoyance et de considération, » qu'ils seront prémunis contre les dangers du changement qui se pré- » pare et qu'ils seront satisfaits de l'intérêt amical avec lequel leurs nou- » veaux gouverneurs s'intéresseront à leur bien-être. »
Le conseil qui tombait de la plume d'un homme d'Etat aussi distingué de l'Angleterre méritait une attention qu'on ne lui accorda pas. Le parlement du Canada fit des lois et autorisa des arrêtés en conseil pour le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, et ce, sans faite aucune -mention des anciens habitants. La Puissance canadienne comptait déjà ses habitants par millions; son gouvernement avait l'appui d'une forte majorité dans les deux chambres; l'opinion publique était en lui, pourquoi tenir compte des quelques milliers de colons qui habitaient les bords de la Rivière-Rouge et qui en définitive gagneraient tant au changement projeté?
Les résultats de ce péché d'omission furent déplorables, les troubles de 1869 et 1870 en ont été la conséquence immédiate et Lord Granville le reconnaît lui-même, dans une dépêche du 30 novembre : « Le gou- » vernement du Canada, en vue du transfert accepté par toutes le" » parties intéressées, entreprit de faire certains arpentages... Mais le » gouvernement, après avoir, par cette mesure, occasionné les troubles... » semble maintenant réclamer le droit... d'imposer au gouvernement de
à mettre des formes moins odieuses ou un semblant de convenance dans la conduite arbitraire que l'on allait tenir.
Ne voulant rien avoir à me reprocher, je demandai une entrevue à l'Honorable M. Greenway. Il me reçut et appela deux de ses collègues; j'étais accompagné de M. l'abbé Cloutier. Je ne voulus pas rappeler an Premier Ministre les pro-
» Sa Majesté la responsabilité de faire cesser la persistance qui s'est » manifestée. »
Pour remédier au mal, le secrétaire d'Etat pour les colonies, télégraphia au gouvemeur-général, Jui conseillant l'émission d'une proclamation au nom de Sa Majesté afin de calmer l'inquiétude des esprits. Dans cette proclamation du 6 décembre 1869, on lit :
«... Sa Majesté me conunande de vous dire qu'elle sera toujours » prête, par ma voie, comme son représentant, à redresser tous les griefs » bien fondés, et qu'elle m'a donné instruction d'écouter et considérer » toutes plaintes qui pourraient être faites ou désirs qui pourraient m'ê- » tre exprimés en ma qualité de gouverneur-général.
» ... Par l'autorité de Sa Majesté je vous assure donc que sous l'union » avec le Canada, tous vos droits et privilèges civils et religieux seront » respectés...
Lord Granville, après avoir pris connaissance de la proclamation et confiant dans le bon vouloir des autorités canadiennes, écrivit comme suit à Sir John Young, le 8 janvier 1870 : « Je remarque avec beau- » coup de satisfaction le vif désir manifesté par le gouvernement ca- » nadien d'éviter toute collision avec les insurgés de la Rivière-Rouge » et d'épuiser tous les moyens d'explication et de conciliation avant » de recourir à la force. »
Malheureusement, la difficulté des communications empêcha tout d'abord que la connaissance de la proclamation ne parvînt aux partis intéressés au Fort Garry. D'un autre côté, la même difficulté de communication laissait dans une grande incertitude les représentants du gouvernement canadien à Pembina. Ces derniers, croyant que tout se continuait à Ottawa et en Angleterre, comme on en était convenu, à leur départ de la capitale canadienne, crurent qu'il n'y avait pas autre chose à faire qu'à proclamer le transfert du pays et à pénétrer de force dans le Nord- Ouest. Ils agirent en conséquence, mais les résultats ne répondirent pas à leur attente, et les difficultés s'accrurent à un point si regrettable que lord Granville s'exprima comme suit en écrivant au gouverneur-général, en date du 26 janvier 1870 : « Je regrette encore bien plus sérieusement » la proclamation émanée par Me Dougall et la commission envoyée » par lui au colonel Dennis... Ces procédés ne rendent pas le gouvernement » de Sa Majesté moins désireux de rétablir la tranquillité sous l'auto- » rite de la Puissance, mais ils ont certainement augmenté la responsa- » bilité du gouvernement canadien. »
Les troubles avaient assumé un aspect si dangereux que les autorités fédérales demandèrent l'assistance d'hommes que l'on savait posséder la confiance des méccsit^its. M. le Grand Vicaire Thibault et le colonel de Salaberry furent envoyés à Fort Garry pour assurer la population
messes gu'il m'avait fait transmettre par mon Vicaire-Général, deux ans auparavant; j'avais promis le secret, je ne voulus pas le violer devant trois témoins. Je parlai de tout le reste. Sans être physionomiste, je pouvais lire sur la figure de mon interlocuteur : « Vous avez raison, mais je ne le ferai pas ». Il fit pourtant quelque chose. Abusant de la délicatesse avec laquelle je l'avais traité, en ne lui infli-
des bonnes dispositions du gouvernement à son égard. Quelques jours plus tard, Ehjnald A. Smith (maintenant Sir Donald) fut envoyé comme commissaire spécial. Ces messieurs devaient agir conjointement avec le gouverneur Mactavish pour assurer la pacification du pays et conseiller aux anciens colons d'envoyer des délégués à Ottawa, pour y faire connaître leurs désirs et ce dont on se plaignait. M. le Grand ^Vicaire Thibault devait distribuer de nombreux exemplaires de la proclamation du 6 décembre 1869; seulement ses instructions lui enjoignaient de ne faire cette distribution qu'après en avoir conféré avec l'hon. Wm McDougall, que les autorités croyaient encore à Pembina. Il était parti, M. Thibault ne put pas le voir, et le colis renfermant la proclamation fut déposé à Pembina en attendant d'autres instructions.
Les trois messieurs venus d'Ottawa firent tout en leur pouvoir pour établir la confiance dans les autorités canadiennes. Une réunion de quarante représentants des différents districts de la colonie de la Ri\-ière- Rouge, fut convoqué© au Fort Garry pour le 25 janvier 1870, dans le but d'examiner la commission donnée à M. Smith et de décider ce qu'il y aurait de mieux à faire pour l'avantage du pays. Cette « Convention » se réunit, et sous la présidence du juge John Black, discuta jusqu'au 10 février lea affaires pour lesquelles elle avait été convoquée. On rédigea un document dit : Liste des Droits, (Bill of Rights), qui serait présenté aux autorités canadiennes. Par une résolution votée à l'unanimité, la « Convention » accepta la proposition qui lui était faite d'envoyer des délégués à Ottawa.
Les procédés de cette « convention » se terminèrent par la formation d'un gouvernement provisoire, ayant tm président, un secrétaire d'Etat etj autres dignitaires.
Le président de ce gouvernement provisoire fit connaître à la « con-; vention » le choix qu'il fait de trois délégués devant aller à Ottawa^ pour négocier les affaires du Nord-Ouest et le secrétaire d'état infor-i ma officiellement ces messieurs du choix que le président du gouver-* nement provisoire avait fait d'eux. Suit la copie de la lettre à l'un desj délégués :
. Fort Garry, 12 février, 1870.
» Révd. J. Ritchot.
» Saint-Norbert, R. R. S.
» Révérend Monsieur, — « J'ai ordre de vous informer que vous avea » été choisi par le président des Territoires du Nord-Ouest, comme ce » commissaire avec John Bl^ck et Alfred Scott, Ecuyers, pour traite^
géant pas la confusion qu'il aurait éprouvée, si je lui avaisj rappelé ses promesses, il nia plus tard les promesses elles-mêmes, si bien qu'il fallut avoir recours aux déclarations solennelles des deux témoins pour détruire ses négations.
L'Assemblée Législative se réunit le 30 Janvier, avec les' résultats que j'ai indiqués au cours de la quatrième phase de ce récit. C'est pendant cette session que j'ai nourri le faible
» avec le gouvernement de la puissance du Canada des conditions d'en- !i trée dans la Confédération.
» Je suis, Révérend Monsieur,
» Votre obéissant serviteur, » (Signé,) Thomas Bunn,
» Secrétaire. »
Malheureusement, . les troubles n'étaient pas finis, bientôt de regrettables circonstances amenèrent de nouvelles complications et empêchèrent d'accomplir ce qui avait été décidé. La délégation fut différée, et la liste des droits mise de côté.
En même temps, on demandait à Mgr Taché de se rendre, lui aussi, à Fort Garry. A Ottawa, on remit au Prélat la proclamation du gouverneui-général, du 6 décembre précédent, avec prière de la remettre aux insurgés, pour les déterminer à faire connaître à Son Excellence les griefs, plaintes ou désirs qu'ils pouvaient avoir. On attachait une importance spéciale ;à la délégation, et pour en faciliter la venue, Sir John A. Macdonald, dans sa lettre à Mgr Taché, en date du 16 février 1870, disait : « Dans le cas où une délégation serait nommée pour venir à » Ottawa, vous pourrez assurer les délégués qu'ils seront bien reçus, » que leurs suggestions seront pleinement considérées. Leurs dépenses » d'aller et de retour et pendant leur séjour à Ottawa seront défrayées » par nous »
Arrivé à Fort Garry, l'Evêque de Saint-Boniface fit connaître aux chefs du mouvement insurrectionnel le désir exprimé par le gouvernement impérial et le gouvernement canadien, qu'une délégation fut envoyée à Ottawa et insista sux la nécessité de cette mesure.
Le gouvernement provisoire se montra très défiant. Les délégués euxmêmes, qui avaient été nommés un mois avant, témoignèrent une gran de répugnance à accomplir leur mission, surtout quand on leur signifia qu'ils ne pourraient l'accomplir qu'à la condition formelle de porter au gouvernement d'Ottawa et de soutenir auprès de lui une nouvelle liste de droits. Après plusieurs jours, néanmoins, on s'entendit sur les détails de la délégation projetée, et les délé^és reçurent leurs lettres de créances datées du 22 mars. A l'exception des noms, ces lettres étaient les mêmes pour chacun des délégués. Suit la copie de celle qui fut remise au juge John Black; je la fais suivre elle-même de la liste des droits qui y est mentionnée.
Ce document est un peu long; mais comme il n'a jamais été publié,
espoir que le premier remède indiqué par la Constitution serait peut-être mis en usage. Ce préventif aurait eu l'effet de retarder et peut-être de tuer le mal à son origine. Parmi ceux qui nous accusent de ne pas avoir fait notre devoir à Manitoba, j'aimerais bien à connaître ceux qui se sont préoccu-
que je sache, sa valeur historique ne peut pas manquer de le rendre intéressant.
Munis de ces pièces les délégués se mirent en route pour Ottawa, laissant le Fort Garry le 24 mars.
« John Black, JEcuyer.
» Monsieur, — Le président du gouvernement provisoire d'Assiniboia, » en conseil, vous met par les présentes en autorité et délégation, vous John « Black, Ecuyer, en compagnie du Révérend N. J. Ritchot et de l'ho- » norable A. Scott, afin que vous vous dirigiez à Ottawa, en Canada, » et que là vous placiez devant le parlement canadien la liste qui vous » sera confiée avec les présentes; liste qai contient les conditions et les » piopositions sous lesquelles le peuple d'Assiniboia consentirait à entrer » en confédération avec les autres provinces du Canada. »
» Signé ce vingt-deuxième jour de mars, en l'an de Notre-Seigneur, » mil huit cent soixante-dix. »
» Par Ordre. »
(Signé,) Thomas Bunn. »
« Secrétaire d'Etat. »
« Siège du gouvernement, Winnipeg, Assiniboia. »
(Suit la liste des Droits que j'omets ici : on la trouve dans la phase deuxième d'une page d'Histoire des Ecoles du Manitoba déjà donnée). Pendant que ce qnii précède se passait sur les bords de la Rivière Rouge, une grande inquiétude et un grand malaise continuaient à prévaloir, tant à l'office des colonies de Downing Street qu'à Ottawa; on échangea de nombreuses dépêches, tant écrites que télégraphiées. Celles que je vais citer peuvent dormer une idée de ce que l'on désirait^ espérait et craignait en hauts lieux.
Le 25 mars. Lord Granville télégraphiait à Sir John Young : « Le gon » vernement de Sa Majesté donnera l'assistance militaire proposée, pour » vu- qu'on accorde des conditions raisonnables aux colons de la Ri » vière Rouge. »
Le 17 mars, le même télégraphiait au même : « Lorsque vous saurez » qu3 les délégués sont partis de Fort Garry, faites-le-moi savoir par » télégramme. »
Sir F. Rogers, sous-secrétaire d'Etat pour les colonies, écrivait le 22 mars : « Les troupes ne doivent pas être employées pour imposer la » souveraineté du Canada à la population de la Rivière-Rouge, si cette » dernière refuse de l'admettre. »
Le 4 avril, le gouverneur-général télégraphiait à lord Granville les pénibles nouvelles suivantes : « Smith est arrivé ici du Fort Garry, appor- » tant de mauvaises nouvelles. Un Canadien appelé Scott a été, par or- » dre de Riel, jugé par une cour martiale et fusillé en vue, suppose- » t-on, de compromettre les partisans de Riel avant l'arrivée de Mgr ïa-
pés du remède dont je parle et les efforts qu'ils ont faits pour qu'il fût employé. Dans l'ignorance où je suis de ce qui s'est fait ailleurs à ce sujet, il me faut me borner à dire ce qui s'est fait ici.
L'Article 55 de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord,
« ché. On dit que les délégués sont eu chemin, mais il est bien clair que Riel ne cédera qu'à la force. Les choses ont, selon moi, un bien mauvais aspect. »
Le 7 avril, le gouverneur-général télégraphiait encore : « Le dernier des délégués est attendu à Saint-Paul, jeudi, le 14, les autres sont » arrivés là aujourd'hui et pourront se rendre à Ottawa samedi, le 9. » Quelque alarmantes qiie fussent les nouvelles reçues, le comte GranviUe avait encore confiance dans les négociations qu'il avait conseillées avec tant de persévérance, et le 9 du même mois, il télégraphiait au gouverneur-général : « Faites-moi connaître aussitôt que vous pour- » rez par télégramme le résultat des négociations avec les délégués de la » Rivière-Rouge. »
D'après tous ces documents, il est évident que le gouvernement de ^1 Majesté n'avait aucun désir d'imposer de force la souveraineté du ;nada sur les colons de l'Assiniboia, mais que le gouvernement était très anxieux d'arriver à xua. arrangement amical par des négociations avec les délégués. Pas besoin n'est d'ajouter que tout ceci était dit et fait dans une bonne foi parfaite de la part du ministre des colonies et que le gouvernement de Sa Majesté avait l'intention de s'obliger à protéger et à sauvegarder les arrangements obtenus, non seulement avec sa sanction, mais même à sa demande explicite et souvent répétée.
Les deux premiers délégués arrivèrent à Ottawa le 11. Sans égard pour ce qui avait été dit et promis, ils furent appréhendés comme des criminels. Cet incident qui aurait pu entraîner des complications désastreuses, augmenta l'inquiétude de lord Granville qui télégraphia de suite au gouverneur-général : « l'arrestation des délégués a-t-elle été aufori- » sée par le gouvernement canadien? Envoyez ample information par » télégramme. »
Sir John Young répondit le lendemain : « L'arrestation des délégués » n'a pas été autorisé© par le gouvernement canadien. »
Le 23 du même mois d'avril, lord Granville fit au gouverneur-général la déclaration suivante : « Le gouvernement du Canada devra ac- » cepter la décision du gouvernement de Sa Majesté sur tous les points » contenu.^ dans la « Liste des Droits. »
Le même jour les négociations commencèrent à Ottawa. Sir John A. MacDonald et Sir Georges Cartier furent nommés pour traiter, au nom du gouvernement du Canada, avec les trois délégués du Nord-Ouest.
Cette première entrevue ne fut que préliminaire. Le lundi 25, les deux honorables ministres et les trois délégués se réunirent encore. Les délésrués insistèrent pour qu'on les reconnût officiellement et par écrit et déclarèrent que la Liste des Droits qu'ils avaient apportée avec eux, était la base unique sur laquelle ils étaient autorisés à traiter avec le gouvernement Fédéral. On fit des objections, mais après une Ion-
1867, expliqué par l'Article 90 et appliqué à Manitoba, peut se lire comme suit :
Lorsqu'un Bill voté par la Chambre sera présenté au Lieutenant-Gouverneur, pour la sanction de la Reine, le Lieutenant-Gouverneur devra déclarer à sa discrétion, mais sujet aux dispositions
gue discussion, il fut décidé, que le lendemain on donnerait aux délégués une reconnaissance écrite de leur position officielle et qu'eux de leur côté produiraient la Liste des Droits qu'ils réclamaient.
Le 26, nouvelle réunion, la lettre promise fut donnée par les honorables ministres, les délégués fournirent leur Liste des Droits; pratiquement ce fut le premier jour des négociations officielles qui durèrent jusqu'au 3 mat On fixa pendant ce temps, les points principaux des réclamations, laissant certains détails à être réglés plus tard, et de fait les négociations se prolongèrent jusqu'au mois de juin.
Il est peu coimu que cette nouvelle Liste des Droits ait été prise pour base des négociations, c'est pourtant ce qui a eu lieu.
Et plusieurs points accordés, tels qu'exprimés dans l'Acte de Manitoba, n'étaient contenus dans aucun document si ce n'est dans la Liste des Droits présentée par les délégués.
L'article 1er de cette nouvelle Liste des Droits renferme une clause aussi importante que nouvelle, c'est la demande de l'établissement immédiat d'une province, embrassant tous les Territoires du Nord-Ouest d'alors avec tous les privilèges et tous les rouages d'un gouvernement provincial, y compris un ïninistère responsable. Cette proposition ne plut pas tout d'abord, mais on finit par l'accepter, tout en réduisant la province demandée, à de bien étroites limites.
L'article lime donna aussi occasion à de longs débats; il réclamait pour la législature de la nouvelle province, le contrôle de toutes les terres de tout le Nord-Ouest. Le gouvernement impérial comme le gouvernement canadien refusèrent d'acquiescer à cette proposition. Comme compensation à ce refus et pour satisfaire les métis qui en avaient fait la demande, on offrit de donner 1,400,000 acres de terre à leurs enfants,' avec l'entente d'octroyer plus tard quelques terres aussi aux parents de ces enfants et aux anciens colons.
La question des écoles séparées, telles que demandées à l'article 7 de la dite Liste des Droits, fut prise en considération. On assura les délégués, que non seulement ils auraient à cet égard le bénéfice des clauses de « l'acte de l'Amérique Britannique du Nord »; mais que de plus ils pourraient être certains et assurer au peuple de la Rivière-Rouge, que des écoles séparées leur étaient garanties.
L'usage de la langue française, comme langue officielle fut aussi accordé, telle que demandé à l'article 16 de la liste des droits. De plus, on promit de se souvenir dans la pratique de ce qui était demandé à cet égard aux articles 17 et 18. Et de fait ceci a eu lieu, si ce n'est d'une manière identique à la demande, du moins de manière à satisfaire les intéressés.
Tous les acticles de la liste des droits, ayant été examinés, acceptés, modifiés ou rejetés à la satisfaction de ceux qui négociaient, le gou-
du présent Acte (ainsi qu'aux dispositions de l'Acte de Manitoba) et aux instructions du Gouverneur-Général, ou qu'il le sanctionne au nom de la Reine, ou qu'il refuse cette sanction, ou qu'il réserve le Bill pour la signification du bon plaisir du Gouvetmeur-Général.
Le Lieutenant-Gouverneur, on le voit, a donc à choisir entre trois alternatives, et ce choix, il devra le faire à sa dis-
verneur-général télégraphia à Lord-Granviile, le 3 mai : « Négociations avec » les délégués terminées d'une manière satisfaisante. »
Ces négociations avaient été demandées, avaient même été sollicitées par les autorités impériales et fédérales. Le gouvemenient de Sa Majesté avait même exigé du gouvernement du Canada, qu'il accepterait les décisions du gouvernement impérial sur tous les points de cette Liste des Droits. Un envoyé spécial s'était rendu à Ottawa pour surveiller les délibérations, et quand on télégraphia à Londres que « négociations sont » terminées d'une manière satisfaisante », cela doit signifier que le gouvernement de notre .Bien-Aimée Souveraine a sa part de satisfaction, et qu'il verra à ce que les arrangements convenus soient menés à bonne fin et qu'aucune autorité inférieure n'aura le pouvoir d'en éluder les obligations.
Lord Granville exprima lui-même sa satisfaction en écrivant à Sir John Young : « ... Je suis bien aise d'apprendre qu'on a promptement re- » jeté les procédures adoptées contre le Rév. îtl. Ritchot et M. Scott, » et qu'elles n'ont pas été renouvellées, et je profite de cette circonstance » pour exprimer la satisfaction avec laquelle j'ai appris par votre télé- » gramme du 3 courant, que le gouvernement canadien et les délégués se » sont entendus, quant aux conditions auxquelles les établissements sur » la Rivière-Rouge devront faire partie de la E*uissance... »
Tout ceci est antérieur à la passation de l'Acte de Manitoba. C'est un traité entre deux parties contractantes, placées toutes deux sur un certain pied d'égalité, puisque le gouvernement de Sa Majesté avait déclaré « qu'on n'emploirait pas de troupes pour forcer la population de » la Rinère-Rouge à accepter la souveraineté du Canada, si toutefois » elle ne voulait pas l'admettre. »
La bonne foi publique et les lois interprovinciales, à part même de l'Acte de Manitoba, doivent assurer aux partis intéressés leurs privilèges et droits tels qu'établis par les négociations ci-dessus mentionnées.
Avant de consommer l'union avec la nouvelle province, il fallait au cabinet d'Ottawa demander à la législature de la puissance, si elle acceptait sa part des obligations spécifiées dans les négociations, ou si elle aimait mieux renoncer à l'acquisition du Nord-Ouest. Un projet de loi fut préparé à cet effet, introduit aux communes par Sir John A. Mac- Donald, discuté pendant plusieurs jours, puis devint loi par le vote du sénat et des communes, et la sanction du gouverneur- général. C'est l'acte ou loi de Manitoba.
Cette loi étant une loi fédérale, ne peut pas être modifiée par la légis lature de Manitoba, si ce n'est dans les points indiqués par l'acte luirnême. De plus, cette loi a reçu la sanction du gouvernement impérial, par conséquent les droits et privilèges qui y sont octroyés doi-
crêtion, sujet pourtant aux instructions du Grouvemeur-Général. Quelles sont ces instructions? sont-elles communes K tous les Lieutenants-Gouverneurs, ou sont-elles des instructions spéciales, secrètes et particulières à tel Lieutenant-Gouverneur de telle province? La loi ne le dit pas, mais il est difficile de croire que la loi ait eu en vue des instructions spéciales dans tel ou tel cas, car alors le Lieutenant-Gouverneur
vent être respectés, à moins que l'inviolabilité des traités et des lois constituant une province, ne soient considérée comme chose de rien. Pour faire une application directe aux questions du jour, je dis que la législature de notre province n'a pas le pouvoir de priver qui que ce soit des droits et privilèges stipulés par les négociations d'Ottawa et par l'acte de Manitoba au sujet des écoles et de la langue française. Elle n'a pas plus ce pouvoir que celui de briser les liens qui unissent cette province à la Puissance ou d'enlever aux habitants de la province, les terres qu'ils possèdent en vertu du même acte.