‹ Voix canadiennes: Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 53 sur 81 · LETTRE OUVERTE DE MGR TACHÉ A M. TARTE AU SUJET DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

LETTRE OUVERTE DE MGR TACHÉ A M. TARTE AU SUJET DES ÉCOLES

D'autre part, à la date du 13 juillet 1893, je place une réponse de Mgr Taché à deux lettres ouvertes de M. Tarte, parues dans YElecteur, n^^ du 5 et 6 du même mois, dans lesquelles M. Tarte disait qu'entre rarchevêqtie de Saint-Boniface et lui il existait un malentendu au sujet de l'interpolation de certains incidents qui avaient précédé les élections de 1891.

Mgr Taché débute par quelques explications étrangères à la question scolaire, et devenues aujourd'hui sans grand intérêt; je les passe sous silence pour ne retenir que les passages ci-après relatifs à certaine lettre pastorale collective inexistante, à des provocations chimériques, promesses d'am-i nistie fallacieuses et contraires à la constitution. Sur ces sujets divers le vénérable prélat écrivit ce qui suit :

... Toujours soius l'impression q'ae mon entrevue avec M. Chaplea*a était une entrevue officielle, où le gouvernement se trouvait engagé d'une manière ou d'^ine autre, par des promesses en son nom, vous me dites : « Vous avez ajouté foi à ce point que la lettre collective que Nos Seigneurs les Evêq'ues du Canada devaient signer et publier ne vit pas le jour. »

Evidemment, en parlant ainsi, vous ne vous doutez pas de la réponse que vous me forcez de vous donner. Eh bien! LMonsieur, J8 dois vous dire que cette fameuse lettre pastorale dont on a tant parlé, n'a jamais existé à ma connaissance du moins. Moi, pour un, et vous avez insinué que j'en étais l'auteur, je n'ai jamais vu cette lettre; je n'en ai jamais entendu parler par auOun évêque, ni par qui que ce soit en leur nom.

Veuillez me comprendre, cette prétendue lettre pastorale et les prétendues négociations sont les sources d'où ont coulé toutes les erreurs qui sont la caiuse du malentendu que nous nous efforçons d'expliquer. J'ai déjà nié d'une manière fonnelle et explicite l'existence de négociations entre le gouvernement et moi; je nie d'uniî manière aussi formelle et aussi explicite l'existence ou le projet d'une lettre pastorale que Nos Seigneurs les Evèques devaient signer avant les élections; je ne connais rien de ce document, en au^ tant, du moins, que les évêques sont concernés.

Comme vous, conmie bien d'autres, j'ai entendu parler de cette piélendue lettre, on est venu m'en entretenir, on m'en a écrit Les uns demandaient la chose comme un remède efficace, d'autres, au contraire, y voyaient un danger; je sais qu'on en a parlé à JMontréal, à Québec, Ottawa et ailleurs; néanmoins, il faut bien convenir, monsieur, qu'une fausse affirmation ne devient [as vraie à força d'être répétée, même en pleine tourmente électorale. Je ne suis pas surpris que vous ayez cru à l'existence de ce prétendu document. Néanmoins, pour ma part, je suis encore à apprendre que l'idée d'une pareille lettre soit venue à l'esprit d'un seul évêque canadien, y compris votre serviteur. Il m'est donc facile de répondre à la demande que vous me faites : « Pourquo-i la lettre pastorale en question ne fut-elle pas lue et ne fut-elle pas signée? » Elle ne fut pas lue parce qu'elle n'existait pas; elle ne fut pas signée pour la même raison; elle n'a jamais vu le jcur, connue lettre pastorale. Pourtant, m'objecterez-vous, monsieur, une lettre a été écrite, a été Vue, a été lue; preuve, ce qu'écrit le Rév. Père Gendreau au Canada, en date du 24 mai 1893. Oui, monsieur, l'affirmation du Rév. Père ne laisse aucun doute sur le fait que quelqu'un a écrit une lettre, qu'il prétendait devoir être signée par les évêques. Je vous avoue que grande a été ma surprise, en apprenant en 1893 que les choses avaient été si loin en 1891 et cela à l'insu de l'épiscopat que l'on mettait en scène sans son autorisation. Je vous le répète, monsieur, je ne sache pas que les évêques canadiens aient jamais songé à la lettre qu'on leur prête l'intention d'avoir voulu publier avant les élections de 1891. La seule lettre collective des évêques en 1891 est celle qui a été publiée, après les élections et qui, par conséquent, ne pouvait pas avoir été rédigée ni émise pour influencer le vote populaire.

On a été jusqu'cà confondre la prétendue lettre pastorale avec la pétition que tout l'épiscopat canadien a adressée aU Gcuvemeur- Général en conseil.

vos PROVOCATIONS

A la fin de votre lettre du 5 juillet, vous me dites : « Je ne vous ai ni provoqué, ni surtout calomnié... J'ai accusé les ministres gui vous ont trompé... Je regrette gue voius comptiez, comme vous étant destinés, des coups que je porte à des hommes qui n'ont d'autre souci, en cette affaire des écoles, que d'échapper aux responsabilités qui leur incombent et de se faire lun boucher de votre robe épiscopale. »

Je n'ai ni mission, ni désir d'entrer en lutte avec vous eu q^ai que ce soit pour défendre les ministres, c'est leur affaire; mais permettez-moi d'ajouter que c'est un peu la mienne de me défendre moi-même. Il faut que vous ayez perdu la mémoire de ce que vous avez dit, pour pouvoir écrire : « Je regrette que vous comptiez comme vous étant destinés, des coups que je porte à d'autres. » J'ai pensé que les coups que je vais vous indiquer étaient à mon adresse, je vous en laisse juge vous-même. Vous avez dit en plein parlement : « Mgr Taché a pris l'initiative sur la question des écoles..., ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux pour sa réputa-tion... si nous devions faire porter à son prestige épiscopal la responsabilité des déceptions que nous avons éprofuvées, il en souffrirait considérablement dans l'histoire; Mgr Taché, comme les autres évêques en ce moment, ne sont pas suffisamment équipés » Puis, volus écriviez dans l'Electeur du 18 mai : « Le vieil archevêque malade, fatigué, harassé, est facilement devenu la proie, la victime du cabinet, au nom duquel M. Chapleau s'adressait à lui. Son excès de confiance a compromis une cause qui eût pu être gagnée. »

Ces coups évidemment ne sont pas des coups mortels, mais il est encore plus évident qu'ils me sont destinés et que vous ne devriez pas le nier, dans la détermination que vous avez prise d'êti'e sincère.

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