‹ Voix canadiennes: Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 52 sur 81 · PARTIE · texte numérisé non relu

PARTIE

Year.

1 Total 8chool i Nuraber of Population.' Pupils 1 Registered.

Les chiffres en face n'indiquent que des enfants protestants et sont empruntés aux rapports des Surintendants des Kcoles Protestantes dans l'ancien Régime.

fi>rt r-o ts3 —P.

est tenu aucun compte fait aucune mention des fants Catholiques dont numération se trouve urtant aux rapports offisis des Surintendants des oies Catholiques sous Lucien Régime.

Ces chiffres n'indiquent que des enfants Protestants.

Point d'enfants Catholiques dans ces chiffres.

Si le Département de l'Education avait en vue de prouver que les Ecoles qxi'il dirige ne sont que la continuation des Ecoles Protestantes d'autrefois, il ne pouvait employer d'argument plus concluant que celui qui ressort des chiffres qu'il a mis dans le tableau précédent. Autrefois, les écoles établies par la loi étaient toutes publiques, les Ecoles Catholiques comme les Protestantes et vice versa. — Les recensements faits sous serment par chacune des deux sections étaient des documents officiels qui sont tous dans les bureaux du Gouvernement. Comment l'administration des écoles publiques d'aujourd'hui, qui se disent « nationales », peutelle mettre de côté toute la population scolaire Catholique, pour ne tenir compte que des enfants Protestants et cela, dans les statistiques que l'on fait remonter à 1871, alors que les enfants. Catholiques étaient les plus nombreux. Pourquoi

ces deux poids et œs deux mesures qui font que les uns ne comptent pour rien et que les autres comptent pour le tout?

Contribuables. — Avant 1890 les Ecoles Publiques de Manitoba non Catholiques étaient Protestantes de nom comme de fait; aujourd'hui, quoique ces écoles soient de fait les mêmes, elles ont néanmoins perdu leur nom. C'est Un Sacrifice sans doute, mais un sacrifice que la loi s'est efforcé d'adoucir en statuant que s'il y a une Ecole Catholique dans le même arrondissement, tout ce que possède cette École Catholique deviendra la propriété de l'Ecole Protestante, qui se nommera Ecole publique et qui touchera It produit des taxes scolaires des Catholiques comme des Protestants. Puis il ne faut pas perdre la chose de vue, ces dispositions de la loi étaient applicables dans le même sens, lors même qu'il n'y aurait eu dans un district qti'une seule école de dix enfants Protestants et plusieurs écoles de centaines d'enfants Catholiques. Oui, aux termes de la loi, dans ce cas, la Commission Scolaire chargée de ces centaines d'enfants Catholiques disparaissait pour faire place à la Commission nommée par les parents des dix enfants Protestants. La nouvelle loi, tout en permettant aux Ecoles Protestantes de continuer à se développer et à prospérer, est si. préjudiciable aux Ecoles Catholiques, que déjà plusieurs sont fermées; d'autres sont à la veille de subir le même sort, tandis que toutes ne ^e maintiennent qti'au prix des plus grandes difficultés. Je ne citerai que l'exemple de Winnipeg. Les Catholiques ont dans cette ville cinq établissements d'éducation, fréquentés par plus de cinq cents enfants. SoUs les Anciennes Lois il y avait une Commission Scolaire pour les Catholiques et une pour les Protestants. Les limites des deux arrondissements n'étaient pas les mêmes, néanmoins le Procureur Général de 1890 décida que la Commission Catholique devait disparaître. Cette décision entraînait la Confiscation de tous les établissements de la Commission Catholi-

que en faveur de la Commission Protestante. Heureuse ment que ces établissements étaient au nom de corporations, que la loi scolaire ne pouvait pas atteindre et les enfants Catholiques restèrent où ils étaient, mais il est une chose que la décision du Procureur Général ne pouvait pas manquer d'atteindre, ce sont les taxes imposées sur les Catholiques. Depuis trois ans ces taxes, au lieu de bénéficier à ceux qui les payent, tombent dans le coffre des Ecoles Protestantes, loi-sque pourtant ces Ecoles n'ouvrent pas leurs portes à cinq enfants Catholiques. Les écoles catholiques de ^Vinnipeg, privées des taxes de ceux en faveur desquels elles sont établies, privées de toute participation à leur légitime part de l'octroi législatif ne se soutiennent que par le sacrifice de ceux qui les aident et les privations de ceux et celles qui y enseignent.

J'ai vu naître et grandir l'importante ville de Winnipeg. De tous temps, j'ai été frappé de la générosité qui caractérise ses habitants. Il est surabondamment prouvé que Winnipeg est une ville généreuse. Comment se fait-il qu'elle soit le théâtre d'une injuste mesquinerie, comme celle dont la rend coupable la manière dont les Ecoles Catholiques sont traitées dans son enceinte? Je sais que plusieurs des citoyens les plus marquants rougissent de honte, en voyant qu'on prend l'argent des Catholiques, même les plus pauvres, pour aider à instruire les enfants des Protestants, même les plus riches. Malheureusement, ce sentiment n'a pas encore gagné la masse des citoyens, et la mesquine injustice se prolonge. L'injustice est d'autant plus inexcusable que la Commission scolaire n'a pas de local suffisant même pour les enfants protestants. Quel embarras ce serait pour cette Commission des Ecoles, dites Publiques, si à un jour quelconque, tous les enfants catholiques venaient demander chacuri un siège dans ces écoles, au maintien desquelles leurs parents sont forcés de contribuer.

L'ignorance de la position financière, faite aux Ecoles Ca-

th cliques, peut setile expliquer comment les nobles Lords du Comité Judiciaire ont pu laisser glisser dans leur jugement l'amer sarcasme que Leurs Seigneuries emploient (à leur insu, sans doute), lorsqu'ils disent : « Dans ce cas, les Catholiques Romains ont été mis dans une position plus avantageuse que les Protestants ».

Les Amis des Ecoles Publiques. — La pensée de séculariser complètement l'enseignement primaire a rencontré tant d'opposition, en 1890, que le Gouvernement a dû modifier son projet de loi; il s'est contenté d'abolir les Ecoles Catholiques, laissant aux Protestants ce qu'ils avaient eux-mêmes adopté et prescrit comme « un système d'Instruction Religieuse accepté par toiutes les Dénominations Protestantes »,

Les partisans de la sécularisation se plaignent du caractère confessionnel maintenu dans les Ecoles, ils en voudraient voir bannir les formules de prières, la lecture de la Bible, et tous les moyens religieux « à être employées », selon le programme d'enseignement suivi dans les nouvelles écoles comme dans les anciennes. La sécularisation trouve bien des partisans dans certaines classes de citoyens, mais la masse du clergé protestant la regarde comme ce qu'il y a de plus dangereux a.près les enseignements de l'Eglise Catholique. Ces Révérends Messieurs acceptent même avec enthousiasme la loi actuelle, parce qu'elle repousse la doctrine catholique d'abord, et qu'elle rejette ensuite la sécularisation complète, n'étant, en réalité, que la continuation des Ecoles Protestantes, telles que le clergé et les laïques des différentes dénominations les avaient faites par la Section Protestante du Bureau d'Education.

Il est bien difficile de se figurer tout oe qui s'est oublié dans la presse, tout ce qui s'est dit dans les assemblées politiques et religieuses pour prouver, indirectement quelquefois, mais toujours d'une manière évidente, que la question scolaire à Manitoba est purement et simplement une question religieuse. Je n'entreprendrai pas de faire des citations, il

faudrait un bien gros volume pour reproduire ce qui s'est dit froidement ou d'une manière convenable, mais il faudrait plusieurs gros volumes pour reproduire les violences de langage, les accusations et insinuations de tous genres contre ce fantôme, qu'on habille et bourre à sa façc«i, et que par stupidité ou par malice on nomme « the Romish Church ».

Au milieu de ce fatras grossier et stupide, quand quelqu'un, capable de sentiments désintéressés et justes, a cra devoir élever la voix pour faire appel au sens commun et aux convenances les plus élémentaires, que n'a-t-on pas dit ou écrit contre lui? C'était un Judas, un traître à la cause protestante, un vendu à Rome, « à l'Archevêque, à la hiérarchie », et autres aménités du genre.

Je demande pardon au lecteur de faire une allusion, même passagère, à toutes ces tristes dioses, mais je ne le fais que pour arriver à poser la question suivante :

Pourquoi se faire si aveuglément sectaire, en défendant un système d'écoles, si ce n'est parce que ce système est sectaire lui-même, en pratique et en réalité? Pourquoi tous ce§ appels au fanatisme chauffé à blanc, à temps, à contre-temps partout et sans cesse, si ce n'est parce que les écoles que l'on défend sont bien ce que l'on prétend qu'elles ne sont pas, des Ecoles Protestantes?

Assez sur ce triste côté de la question; il me reste à prouver que les Ecol^ Publiques de Manitoba cait eu, avant comme après la décision du Conseil Privé, l'approbation officielle et le support des dénominations religieuses qui avaient le plus contribué à modeler les Ecoles Protestantes sous l'Ancien Régime.

Les Presbytériens se réunirent en Synode à Winnipeg, le 22 novembre 1892. La question des écoles publiques fut de nouveau discutée longuement. Le Révérend D"" Robertson proposa une série de résolutions politico-religieuses qu'il appuya par un discours de même nature, prétendant entre autres choses qu'un système d'écoles péparées (lisez écoles Catho-

liques) pouvait « tendre à fortifier le sentiment d'annexion » aux Etats-Unis.

Le Rév. Peter Wright « a eu beaucoup de plaisir en secondant et supportant cordialement et avec joie les résolutions. Ces dernières ne visent pas du tout à mettre de côté aJuciun des exercices religieux existants; si elles visaient à cela, ils ne les seconderaient pas... N'engagez que des chrétiens comme instituteurs et institutrices. Il y a des exceptions, mais comme classe, il n'y a personne pour qui il ait lun plus grand respect qlie pour les maîtres d'écoles; et il se passe à peine un dimanche que du haut de sa tribune (Pulpit) il ne les remercie pour les services qui lui sont rendus dans son ministère ecclésiastique, par les instituteurs chrétiens, »

Le Rév, L Fringle parle à son tour : « Il regarde les écoles séparées (Catholiques) comme un malheur (curse) pour toute pro^vince ou ville. Il est heureux qu'on ne soit pas laissé à l'alternative de choisir entre les écoles séparées ou neutres (secular); si nous l'étions, il se jetterait de toutes ses forces du côté des écoles neutres. »

Le Rév. Principal King s'opposa aux quatre dernières résolutiens du Dr Robertson « parce que, dit-il, c'était une erreur d'amener de pareilles questions devant leur Cour Ecclésiastique, pour faire de leur bien-aimé Synode un instrument entre les mains de quelque parti politique, » Le Vénérable Docteur dit aussi : « qu'il ne pouvait pas partager le sentiment d'un des préopinants, prétendant reléguer la religion exclusivement dans l'église et la famille. » Il propose donc un amendement aux résolutions du Dr Rcbeilson les répudiant toutes, excepté la première dont vodci la teneur : « Que ce Synode, fidèle à la position prise dans des assemblées Synodales antérieures, en faveur des écoles nationales établies dans le ]\Ianitoba en 1890, désire exprimer la continuation de son anxiété pour leur établissement complet dans tous les territoires dépendant de ce Synode. » La proposition ainsi exprimée fut adoptée. Le Rév, Principal King fit alors une autre proposition que seconda le Rév. P^ iWright et elle dit : « Que ce Synode, conformément à la décision de l'assemblée générale de 1889, au sujet de l'instruction religieuse dans les écoles publiques s'oppose énergiquement à tout changement dans les lois actuelles de la Province de Manitoba. Il est d'opinion ,que la diminution des exercices religieux... serait à la fois un outrage à Dieu et un dommage aux intérêts de l'Etat. » La résolution fut adoptée.

J'avoue ne rien comprendre au langage ordinaire, si toutes ces assertions du Synode presbytérien ne veulent pas dire : 1° Qu'il faut avant tout combattre les Ecoles Catholiques; 2° Qu'il faut aussi s'opposer aux écoles neutres; 3^ Qu'il faut travailler énergiquement au maintien des écoles actuelles et à la continuation de ce qu'elles ont de religieux, ou en d'autres termes et suivant ma proposition, que les Ecoles Publiques actuelles sont la continuation des Ecoles Protestantes de l'Ancien Régime. Le Vénérable D'' King lui-même assimile sur ce sujet la position du Synode, en 1892, à celle de l'assemblée générale de 1889.

Un des membres du Synode, craignant qu'on ne se trompât sur la portée des résolutions de son confrère et qu'on ne les considérât « comme favorables à la sécularisation, ce qui » n'est pas le cas... lut, dans l'Acte des Ecoles Publiques, ?» toutes les clauses qtd assurent les exercices religieux dans

les écoles ». Et pour prouver que le Synode devait pren- ^dre une position ferme et décidée, le révérend discoureur fit luire aux regards de l'assemblée une perle précieuse de la plus belle eau sectaire. C'est à n'y pas croire, mais la chose se dit en plein Synode et n'est contredite par personne.

Je demande pardon aux nobles Lords du Comité Judiciaire d'oser reproduire les paroles d'un des plus zélés champions des Ecoles Publiques. En plein Synode de son église, le Rév. D»" Bryce crut pouvoir dire ce qui suit : « L'action du Corps DES Presbytériens, représentant la domination la PLUS forte du Nord-Ouest, en se déclarant pour les Écoles Nationales dans deux occasions précédentes

ET en envoyant CETTE DÉCLARATION AU CONSEIL PRIVÉ, A EU UN EFFET IMPORTANT SUR LA DÉCISION QUI A ÉTÉ RENDUE.

Si cette affirmation donnée dans des circonstances si solennelles est vraie, les annales judiciaires de l'Angleterre auront à enregistrer que le plus haut tribunal de l'Empire sous la pression de la déclaration d'un Synode Presbytérien, a

rendu une décision Contraire aux intérêts sacrés d© l'éducation parmi les Catholiques.

Un Synode Anglican s© réunit à Winnipeg le 11 janvier 1893.. sous la présidence du Lord Bishop of Rupert's Land, qui prononça le discours d'ouverture, et traita longuement de l'enseignement religieux dans les écoles primaires. L'assembléci était composée de 123 membres, l'élite du Clergé et des laïques de l'Eglise d'Angleterre. Sa Seigneurie s'inspira de réflexions, d'arguments ©t de motifis que l'on trouve dans tous les auteurs Catholiques, le tout appuyé sur des statistiques. Voici quelques-uns des traits de cette harangue :

« La connaissance de l'exclusion de l'enseignement religieux fait que la religion elle-même est considérée comme quelcfue chose d'extra et, de superflu. » — « Les efforts faits poiur donner l'éducation religieuse, indépendamment de l'école, n'ont point réussi. » — « Bien peu de parents sont en état de donner à leurs enfants, avec quelque méthode, tune instruction religieuse, et ceci dans les familles où le besoin s'en fait le plus sentir. » — « L'éducation purement laïque est accompagnée d'un abaissement dans le ton et lo caractère de la jeunesse. » En parlant « de ce qui arriverait en Angleterre, si l'on cessait de donner aux écoles confessionnelles l'assistance qu'elles reçoivent », Sa Seigneurie décrit en même temps ce qui se passe à Manitoba : « plusieurs écoles seraient fermées, plusieurs autres ne pourraient donner qu'un degré inférieur d'instruction, et cependant, il resterait encore assez d'écoles pour que le système de sécularisation du Gouvernement qui pourrait s'appeler national, ne le serait que de nom et non pas en réalité. »

Comme je l'ai dit plus haut, le Métropolitain de Rupert's Land, après avoir été pendant 19 ans président de la Section protestante du Bureau d'Education, est depuis pré- . sident du Bureau des Aviseurs des Ecoles Publiques (Advisory Board), et par conséquent, parfaitement en état d'apprécier la valeur des exercices religieux prescrits par cha-

ctin des deux Bureaux; voici comment le Lord Bishop les énumèie :

« Il y a une courte prière qui se termine par l'Oraison Dominicale... il y a la lecture d'un passage de la Bible, piuis... dans l'enseignement de la morale, il y a les Dix Commandements... sans doute ces choses ne sont pas petites en elles-mêmes, mais elles sont doublement importantes, parce qu'elles assurent par elles-mêmes à l'instituteur, un degré de liberté dans l'enseignement. »

Sa Seigneurie connaît la valeur de ce qn'Elle a choisi et prescrit pour l'enseignement des enfants protestants en général, et ceux de son Eglise en particulier, et elle dit :

« Les instituteurs qui naéconnaissent ces exercices, peuvent difficilement réaliser leur position comme Chrétieais. »

De toutes ces théories, la conclusion tirée par le Président du Synode Anglican, est celle-ci :

« Je pense que le Synode ferait bien de passer une résolution exprimant l'espoir qu'on ne dérangera en rien les exercices religieux qui se font aujourd'hui dans les écoles. »

Le discours du Métropolitain fut accueilU très favorablement et le comité chargé d'en faire l'appréciation fit un rapport dans lequel on remarque les passages suivants :

« 2° Résolu que tandis que le Synode verrait avec plaisir dans nos écoles un enseignement religieux plus complet que celui qui prévaut maintenant, il espère que tous les efforts possibles seront mis en usage, tant par les autorités scolaires que par le public chrétien en général, pour rendre les règlements actuels sur le sujet, aussi étendus qUe possible dans leur action et leur efficacité. »

« 3"... Le Synode s'engage à résister de toutes ses forces à toute tentative de séculariser nos écoles publiques. »

Le Rév. Chanoine O'ileara, en proposant l'adoption des clauses du rapport sur l'éducation religieuse rappela au Synode que c'est par suite de la position prise en 1890 « par le Bishop et le Rév.

Dr King de l'Eglise Presbytérienne que l'intention d'imposer au pays un système entièrement sans Dieu fiut changée. »

Le Rév. I. H. Walton, en secondant cette motion dit : « Que dans l'intérêt des enfants, de l'Etat et de l'Eglise, réducaiion ne doit pas être sécularisée. »

Le Métropolitain reconnaît ensuite que « qiuand on a abandonné les écoles paroissiales (Anglicanes), il ne semblait pas y avoir de doute que l'on atirait Une certaine qiuantité d'instruction religieuse dans les écoles. »

Il est donc évident que le Synode Anglican 1° repousise les écoles neutres (Purely sectilar) comme dangereuses à tous les points de vue; 2° qu'au contraire il reconnaît la nécessité absolue de l'instruction religieuse dans les écoles; 3° qu'il affirme que les Anglicans n'ont abandonné leurs écoles de paroisse que dans la pensée que les écoles publiques continueraient à donner l'instruction religieuse; 4° que le Synode reconnaît que de fait les écoles publiques ont des exercices religieux « qui ne sont pas peu. de chose en eux-mê- » mes, mais qui sont doublement importants parce qu'ils as- » surent par eux-mêmes à l'instituteur un degré de liberté » dans ses enseignements »; 5° Le Syïiode s'engage à résister à toute tentative tendant à diminuer l'instruction religieuse donnée dans les écoles publiques.

M. Mulock, un des membres du Synode, ajoute même : « Qu'aussitôt que les dénominations Protestantes se seraient ;> entendues sur ce qu'elles désirent, le Gouvernement serait » prêt à agir. »

CONCLUSION. — Après tout ce que je viens de dire il m'est impossible de croire que les écoles publiques de Manitoba ne soient pas la continuation des écoles publiques proteistantes, établies par la loi dans la province et en force depuis le 3 Mai 1871 jusqu'au 1^^ Mai 1890. Ces deux systèmes semblables en ce qui concerne les Protestants, sont bien différents pour les catholiques. L'Ancien Régime respectait les croyances et plaçait tous les citoyens sur un pied

d'égaJité, en harmonie avec leurs convictions religieuses. Le Nouveau Régime au contraire, en se cachant sous des noms d'emprunt, prétend offrir la même chose à tous; seulement les uns peuvent consciencieusement accepter ce qui leur est offert et en sont heureux; tandis qae les autres ne peuvent pas consciencieusement profiter de la position, et souffrent de l'exclusion pratique dont on les frappe. On dissimule cette distinction sous un semblant d'égalité et on nous dit : « Ce » n'est pas la loi qui est en faute, c'est par suite de convic- » lions religieuses, que tout le monde doit respecter, et par » suite de l'enseignement de leur Eglise que les Catholiques » Romains se trouvent incapables de profiter des avantages » que la loi offre à tous également ». Quel singulier raisonnement! On annule des lois avantageuses aux Catholiques, on en passe d'autres dont leurs convictions leligieuses ne leur permet pas de profiter et tout en affirmant que tout le monde doit respecter ces convictions religieuses, on ajoute : Ce n'est pas la faute de la loi si les Catholiques souffrent, mais c'est la faute de leur religion! Comme qui dirait : Ce n'était pas la faute de l'Empire Romain si les Chrétiens étaient mis à mort sous Néron et ses successeurs, cela était dû aux convictions religieuses de ces Chrétiens et à l'enseignement de leur église qui défendait aux fidèles certaines pratiques, que la loi déclarait également avantageuses à tous. Les résultats obtenus par les deux systèmes scolaires qui se sont succédé dans la Province sont bien différents. L'Ancien Système n'a pas manqué de développer d'une manière tout à fait remarquable et presque inouïe dans un jeune pays les avantages d'une éducation chère à tous et en même temps, comme le dit si bien ]\L J. B, Somerset : «Nous avons été à » peu près entièrement exempts des froissements et des dé- » sagréments qui ont marqué les progrès de l'Education dans » quelques-unes des provinces-sœurs ». Peut-on en dire a)a'tant du Nouveau Régime? Hélas! non. Il retarde beaucoup le progrès; de l'instruction, au moins parmi les Catholiques.

Puis ccmme il est pénible d'être' taus les jours témoins des froissements, des désagréments, des procédés injurieux, des désunions et du malaise qui régnent dans la province depuis trois ans. Au lieu do nous unir, les nouvelles lois nous séparent, au lieu de nous assimiler, elles ajoutent à nos distinctions une saveur acerbe et amère.

De ce que les Catholiques ont à souffrir pour leurs écoles, il ne s'ensuit pas qu'ils ferment les yeux sur les avantages, que leur pays natal ou d'adoption leur offre; il ne peut pas s'ensuivre qu'ils soient traîtres à leurs obligations comme citoyens et sujets. On a bien tort d'ajouter aux privations que l'on nous impose, le reproche injuste de manquer aux obligations dues à notre patrie et à notre allégeance; néanmoins, puisqu'on a osé porter contre nous ces graves accusations, le lecteur me permettra de les repousser avant de prendre congé de lui, et de dire à ceux qui nous méconnaissent, ce que ma foi veut de moi dans l'ordre religieux et dans l'ordre civil. Je suis chrétien! Par suite, je porte mes aspirations plus haut que la terre, à laquelle mon âme abandonnera bientôt ma dépouille mortelle. En désirant le Ciel, ma vraie patrie, ma foi se fortifie en la sainte Eglise de Jésus- Christ, comme la voie qui y mène. Je donne donc mon allégeance à cette sainte Eglise, acceptant ses enseignements qui me disent de faire du bien à ceux qui me font ou me veulent du mal et de faire aux autres comme je voudrais que l'on me fît à moi-même. Je suis Catholique!

Mon allégeance à l'Eglise, dans l'ordre spirituel, me trace aussi mes devoirs dans l'ordre civil ou politique. Le soleil du Canada a éclairé mon berceau, j'espère qu'il luira sur ma tombe. Mes ancêtres sont nés au Canada depuis six générations. Le Canada est ma patrie, je n'en ai jamais eu et n'en veux pas avoir d'autre. Je suis Canadien.

Manitoba et le Nord-Ouest ont ma vie, mon travail et mon affection depuis près d'un demi-siècle, et ils l'auront jusqu'à mon dernier soupir. Je suis né et ai vécu dans les possessions

Britanniques. Mon allégeance est donc à la Couronne d'Angleterre; ma conscience et mon cœur repoussent tout ce qui serait contraire à mes obligations. Je suis sujet anglais. Je suis heureux de vivre sous la protection du glorieux Dra^ peau qui symbolise l'Empire. Est-ce traître à cette allégeance de désirer que la douce brise de la liberté fasse flotter ce noble Etendard du côté de mes coreligionnaires comme du côté de mes autres compatriotes, pour que tous, Eux comme Nous, et Nous comme Eux, jouissions de la protection et de l'impartialité que nous avons droit d'attendre, en retour de notre allégeance?

t ALEX., Arch. de Saint-Boniface.

Saint Bonifaœ, 20 Avril 1893.

Page 1