‹ Voix canadiennes: Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 66 sur 81 · AUTRES OPINIONS · texte numérisé non relu

AUTRES OPINIONS

Co mémoire ne pouvait passer inaperçu et je me ferais un véritable scrupule de distraire les lettres en ma possession qui le commentent et en soulignent l'importance.

C'est d'abord M. H. Leduc, 0. M. I., prêtre, vicaire général qui écrit à Mgr Taché :

Monseigneur, je viens de lire et d'étudier avec toute la diligence et l'attention possible le Rapport du Conseil Privé du Canada, approuvé par Son Exe. le Gouverneur Général, le 5 Février, 1894.

Une pétition faite au nom de Mgr Grandin, Evêque de Saint-Albert, 17 autres par les Commissaires d'Ecoles Catholiques des Territoires du Nord-Ouest, et une autre faite par Votre Grandeur elle-même, avaient été adressées à Son Exe. le Gouverneur Général en Conseil. Toutes ces pétitions exprimaient les graves sujets de plainte des Catholiques relativement à la dernière Ordonnance des Ecoles dans les Territoires du Nord-Ouest; au fond parfaitement identiques, excepté celle de Votre Grandeur, elles demandaient, ou le désaveu de l'Ordonnance N» 22 A. D. 1892, ou un ordre formel à l'Assemblée Législative et au Conseil d'Instruction Publique, de rappeler ou d'amender la dite Ordonnance et les Règlements du Conseil de l'Instruction Publique de manière à enlever tous les graves et justes sujets de plamtes formulés par les Catholiques dans leurs pétitions à Son Exe. le Gouverneur Général en Conseil.

L'une et l'autre alternative nous sont refusées. On se con-

tente de nous recommander au bon vÔidoir du Lieutenant- Gouverneur des Territoires du Nôrd-Ouest, pour qu'il s'intéresse en notre faveur auprès de la Législature des Territoires et des membres de l'Exécutif, qui forment aussi le Conseil de l'Instruction Publique.

Or, Monseigneur, ma conviction est que nous avons été bel et bien sacrifiés par le Gouverneur en Conseil. On rejette nos plus légitimes sujets de plainte, on en méconnaît l'importance et la portée. C'est ce que je vais m'efforcer de démontrer. On lit dans le rapport du Comité du Conseil Privé :

1. « En comparant les devoirs prescrits aux Inspecteurs des Ecoles, sous l'Ordonnance de 1888 et celle de 1892, telle qu'amendée, on verra qu'ils sont particulièrement les mêmes ».

Le rapport du Comité du Conseil Privé, élude délibérément la question et donne une conclusion en majeure partie en dehors du sujet des pétitions. Nous nous plaignons de ce que l'Ordonnance de 1892 nous enlève, à nous, Catholiques, le droit de nommer nos Inspecteurs pour nos Ecoles Catholiques, droit qui nous était donné par l'Ordonnance de 1888. Cette Ordonnance conférait à la section catholique dû Bureau d'Education le pouvoir de nommer ses Inspecteurs. C'est ce droit que nous revendiquions dans nos pétitions. Des Inspecteurs protestants, à raison de leur éducation religieuse, de leurs préjugés, de leur opposition au système d'écoles catholiques, ne peuvent pas, généralement, nous inspirer toute confiance. Nous protestons, dans nos pétitions, contre cette violation du droit que nous avons de gouverner nos écoles et de nommer nos Inspecteurs, comme nous reconnaissons le même droit aux écoles protestantes. Je regrette d'être obligé de constater que la décision du Conseil Privé, dans le cas dont il s'agit, n'a nullement pour objet la vraie plainte des pétitionnaires... Qu'on ne dise pas non plus : « Sur quatre inspecteurs, vous en avez un qui est catholique >>. Si nous l'avons aujourd'hui, nous pouvons ne plus l'avoir demain. En tous cas, il ne peut inspecter que les écoles d'un

seul district, toutes les écoles des autres districts étant soustraites à sa juridiction. Encore une fois, le droit de nommer des Inspecteurs nous est enlevé, et nous sommes à la merci du Conseil de l'Instruction Publique, tout protestant, où pas un seul catholique n'a le droit de vote; et nos écoles sont presque toutes inspectées par des inspecteurs protjestants qui peuvent être absolument hostiles à nos institutions d'éducation, à nos couvents surtout... Tel est le véritable objet de nos plaintes, tel est le droit que nous revendiquons. Et c'est ce qu'on n'a pas voulu: voir à Ottawa: «Vous n'avez pas lieu de vous plaindre, nous dit-on; les devoirs des Inspecteurs sont pratiquement les mêmes aujourd'hui qu'ils étaient avant l'Ordonnance dont vous demandez le désaveu ». En attendant, acceptez les Inspecteurs qui vous seront imposés, fussent-ils vos ennemis déclarés et membres de sociétés secrètes qui ont juré guerre à outrance à vos institutions.

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