‹ Voix canadiennes: Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 72 sur 81 · DANS LES ÉLECTIONS CANADIENNES · texte numérisé non relu

DANS LES ÉLECTIONS CANADIENNES

M. L. 0. David, déjà nommé par P. Bernard, et ses amis les libéraux reprochèrent amèrement aux évêques cette intervention. Chose extraordinaire et restée inexplicable, comme s'il avait voulu encourager la campagne des ennemis d© l'Eglise, (ce qui ne fut évidemment qu'une apparence aussi pénible que néfaste), nous verrons Mgr Merry del Val, actuellement Secîétaire d'Etat de S. S. Pie X, mais alora, et par la grâce d'un certain Drolet émissaire de M- Wilf rid Laurier à Rome, délégué apostolique au Canada, paralyser les efforts des évêques et annihiler en cette circonstance critique leur autorité sur le corps électoral convoqué en ges comices.

Il n'est donc pas inopportun de voir immédiatement comment cette action épiscopale fut appréciée à Rome même et dans quelle mesure elle acquit son approbation.

Le document que voici, nous fixera à cet égard :

Lettre de la S. G. de la Propagande à Son Em. le Card. Taschereau, Arch. de Québec.

• Rome, le 14 mars 1895.

Cette Sacrée Congrégation de la Propagande a appris combien les catholiques du Manitoba ont été gravement affectés par certaines lois récemment votées par le gouvernement de cette province au sujet de l'administration des écoles. Le fait est d'autant plus regrettable qu'il viole l'ordre de choses autrefois établi, grâce aux catholiques, dans cette région, par les pactes les plus selon-

nels, et qu'il met en péril les écoles qui y fleurissent. C'est donc à juste titre que tous les Evèques du Canada, pour écarter un si grave danger, ont, dans une lettre très digne, entrepris la défense de ces mêmes catholiques auprès du gouvernement fédéral. Effectivement, le dit gouvernement fédéral a appuyé de sa considération et de son autorité tant les droits lésés des catholiques que la démarche de l'Episcopat. Mais jusqu'ici des obstacles assez considérables ont empêché le succès de cette entreprise.

Maintenant que, en vertu de la décision récente du Conseil Privé de la Reine en Angleterre, le gouvernement fédéral est certainement pourvu de l'autorité requise pour traiter cette très grave ({uestion, il y a lieu d'espérer qu'elle trouvera enfin cette heureuse solution que réclament et les droits les mieux établis et le bien de la religion et de l'Etat. Il faut, néanmoins, profiter sans retard de l'opportunité, et ne pas abandonner la cause de ces catholiques. C'est pourquoi cette Sacrée Congrégation, dans uno affaire si importante, ne peut garder le silence. Au contraire, elle confirme et encourage de plus en plus les démarches déjà faites en faveur de la cause par les catholiques et surtout par les Evèques du Canada, et tout en louant hautement le zèle déjà déployé par eux dans ce sens, elle les exhorte en même temps à mettre tout en œuvre pour mener à bonne fin une si noble entreprise.

C'est donc à tort que certains esprits se laissent persuader qu'il n'y a aucun péril à craindre des écoles appelées neutres, et qu'elles peuvent être fréquentées impunément par les enfants catholiques. En effet, pour ne pas citer d'autres preuves, ces écoles soi-disant neutres, par le fait même qu'elles excluent de leur enceinte, entre autres choses, la vraie religion, lui font gravement injure, enlevant la place d'honneur qui lui revient dans toutes les conditions de la vie humaine et surtout dans l'éducation de la jeunesse. On n'a pas, non plus, le droit d'affirmer que la sollicitude personnelle des parents peut suppléer à ce défaut. Ce n'est là qu'un remède partiel au mal, qui est loin d'excuser le vice déplorable de cette éducation sans Dieu donnée dans les écoles. A cela il faut ajouter que la dignité de la religion devra diminuer dans l'estime des enfants, s'ils la voient privée de considération publique et reléguée dans l'enceinte du foyer domestique. Que sera-ce donc, si les parents, empêchés, comme c'est presque toujours le cas, par leur indolence ou l'excès de leurs occupations, se relâ chert, et si, en sus de l'enseignement, que leurs enfants reçoi-

vent à l'école, ils ne soignent, ni personnellement ni par d'autres, leur instruction religieuse?

C'est pourquoi on ne peut rien faire de plus opportun pour promouvoir la foi chez les peuples, surtout dans ces temps où Nous la voyons assaillie par une véritable tempête d'erreurs, que d'implanter, de cultiver et de forti[ier la religion et la piété dans les tendres âmes des enfants au moyen des écoles catholiques, en sorte que, avec les rudiments des lettres et l'enseignement classique, ils soient profondément pénétrés des règles de la vie chrétienne, pour les observer fidèlement ensuite dans tout le cours de leur existence. Celui qui aura consacré à cette fin son zèle et ses efforts, aura justement et excellemment mérité- de la religion.

Or, ces inébranlables principes sur lesquels se sont toujours appuyés les Evêques canadiens avec tant de constance, engagent aujourd'hui cette Sacrée Congrégation à fortement recommander à leur zèle manifeste la défense des droits catholiques de la province de Manitoba concernant l'éducation religieuse de leurs enfants, afin que ces droits, comme la justice de la cause le fait espérer, soient sauvegardés, et que l'Eglise soit préservée d'une grave injustice.

En attendant, je vous baise très humblement les mains.

De Votre Eminence, le très humble et très dévoué serviteur, (Signé): M. Card. Ledochowski, Préfet. (Soussigné) : A. Arch. de Larisse, Secrétaire.

Voilà ropinion do Rome : pas d'équivoqae. Faut-il en rapprocher les arguties de L. 0. David? C'est lui faire beaucoup d'honneur, mais orner de fleurs les cornes d'un tel adversaire est œuvre équitable. Donc, dans son appiéciaiion de cette campagne électorale, le peu scrupuleux, et encore moins v^ridique L. 0, David, nous parlera abondamment de l'intervention de l'épiscopat canadien et nouB affirmera, par exemple, sans la moindre preuve à l'appui et contre toute vraisemblance, que sir Ch. Tuffier, chef des conservateurs, fit appel au clergé canadien, et mérita la lettre pastorale des évêques, comme une ceinture de sauvetage au cours d'un naufrage. M. David faisait ainsi volontairement erreur, ne voulant pas publiquement reconnaître, qu'en élevant la voix les évêques ne se rendiieut

qu'à l'appel des catholiques du Manitoba avec lesquels ils étaient parfaitement solidaires; que, de plus, ils n'écoutaient, pour le devoir à remplir, que la voix de leur, conscience et les directions pontificales très précises à ce sujet. C'était bien assez pour loô déterminer et pour les jusiifier; ce n'est pas, du moins, en ce faisant, qu'ils engagèrent les premiers, des hosliiLités dont les libéraux eussent, dans la suite, à se venger. Au contraire, si les cœurs avaient été à la. hauteur de la situation et les intentions aussi droites qu'on le disaiî; dans tous les rangs catlioliques, le cri d'aJarme des^ évêques, leurs revendications nécessaires et légitimes,, leur appel pressant en faveur des frères opprimés auraient dû- êtie des causes de ralliement, la raison d'êtce d'une- union féccaide. Pourquoi en fut-il autrement?

Vous venez de lire le mandement des évêques. Est-oe bien là, comme sir W. Laurier a feint.de le croire, et comme ses partisans, obéissant à son mot d'ordre, allaient le répétant à tous les échos; est-ce bien là une déclaration de guerre au parti libéral? Si celui-ci se sentait atteint, à qui devait-il s'en prendre de se trouver morveux? ou. à ses défaLllan::es répétées, à ses manœuvres indignes; ou bi3n à la détresse des minorités sacrifiées par lui?

Que tous les évêques signataires du mandement qui précède, l'aient signé avec plus ou moins d'enthousiasme, je ne m'en préoccupe pas; dans un conseil d'évêques aussi bien que dans un conseil d'admimstra!:ion quelconque, ou bien de gouvernement, s'il est bien composé, cliaque membre a. son point de x\\e propre, son opinion libre qui prête à l'éclaircissement, d'où discussion en vue de l'entente finale qui seule imperte pour l'autorité des décisions à prendre. Or, les évêques ont signé le mandement collectif de leur plein gré et l'ont fait appliquer avec sagesse selon bescias et circonstances avec l'approbation de Rome. Cela nous suffit

Quand donc M. David, avec l'imperturbable aplomb du mystificateur à gage qu'il était, vient nous riconter à ce propos

que plusieurs des évêqu^ signataires ne firent cette démonstration qu'à leur corps défendant, et violèrent eux-mêmes les prescriptions de leur lettre pastorale, donnant ainsi l'exemple de la révolte contre les sages ordonnances contenues dans ce document et contre les décrets du Saint-Siège, il se fait illusion, nous trompe impudemment. Si l'accusation de M. David est forte, heureusement elle est gratuite; l'imposteur, à l'appui de sa diffamation, de sa calomnie, ne produit pas une parole, ne signale pas un acte, n'indique pas une démarche d'évêque qui pût apporter dans le débat un argument en faveur de ses imputations aventurées. Tout au plus, eL combien déplorable fût-elle! verrons-nous, je le répète, Mgr Merry del Val, délégué apostolique, étranger alors aux choses canadiennes et à peine débarqué parmi les politiciens intéressés et retors qui surent l'accaparer et l'abuser, lancera-t-il quelques télégrammes inconsidérés dont les libéraux sauront tirer Un parti immense, jusqu'à assurer par là leur succès immédiat et affirmer leur politique pour un long avenir.

D'ailleurs, la lettre pastorale n'avait rien à prescrire aux év'êques, qui ne pouvaient, conséquemment, rien transgresser; elle détermine les devoirs particuliers des fidèles sur le point d'agir en citoyens. La circulaire qui l'accompagne dit aux prêtres, et p.on aux évêques, leurs devoirs respectifs dans des circonstances déterminées.

L'extra-lucide David y vit autre chose et même des obligations que les évêques se seraient imposées à eux-mêmes I Mais les geni extra-lucides opèrent généralement en foire et au dépens des nigauds qui les écoutent, parmi lesquels David voulut, mais vaguement, classer tous ses contemporains. Qui fautil plaindre?

A bien lire la le'tre pastorale collective, on voit clairement qu'il ne s'agit pas pour les évêques, comme le fit croire sir W. Laurier, de porter une atteinte quelconque à ce que, avec une emphase un peu ridicule et la bouche singulièrement arrondie, les libéraux appelaient : l'inviolabilité et l'indépendance abso-

lue du député et de l'électeur en matière civile et politique. Comme si cela le dispensait de l'honnêteté!

Dans le Manitoba on avait sacrifié des droits scolaires inviolables et sacrés, attentat qui mettait en danger la foi et les mœurs d'une minorité catholique, opprimée de parti pris. Cela cessait, il me semble, d'être une matière exclusivement politique et civile; mais devenait éminemment une matière morale et religieuse, en laquelle l'autorité épiscopale ne pouvait s'exercer qu'avec vigUance et ténacité. Sur ce domaine réservé, toute conscience catholique leur devait respect et soumission ; ce à quoi, et pour son propre compte, David n'aurait pu contredire. L'obéissance, en cette occasion, était d'ailleurs imposée ^ l'électeur chrétien de par droit divin; d'où obligation grave, qui excluait bel et bien V application pratique laissée à la libre appréciation des particuliers susceptibles d'en abuser. Les évêqnes disaient donc comment et pour qui il fallait voter avec l'intention d'obtenir respect pour le droit, justice pour l'opprimé.

Le mandement collectif qui le visait et ne faisait pas, par cela même, le bonheur de tous, fut de prime abord, accueilli avec un apparent respect, même par ceux qu'il déconcertait; ce fut un concert unanime d'éloges pompeux : que c'est sagement pensé, avouait M. David lui-même.

Mais les libéraux se bornèrent à cette admiration platonique, estimant qu'au nom de la légalité et de la poliiique, ils pouvaient penser ainsi et agir différemment.

Or, ce pauvre Da\àd, qui était surtout un esprit auquel on pouvait souhaiter plus de bonheur que celui d'être éclairé par un théologien (?), sans titre, qui rendait des oracles dans V Electeur, particulièrement dans le numéro du 12 Février 1896, était comme l'Eve ingénue a^Cun autre avait trompé. David ne savait plu;^ ce qu'il disait ; car il ignorait tout du pouvoir et de la mission du Rédempteur; et, par suite, tout aussi de la mission des évêques et des limites de leur au'o ité. David ne savait rien, et si d'autres ont entrepris d'illuminer les ténèbres

do son entendement, chaque lecteur ne saurait s'imposer une tâche aussi ingrate, devenue du reste inopi3ortane : Rome l'ayant condamné pour l'éclairer tout à fait^

1. Le 12 février 1896, l'Electeur publiait, à propos de la lutte électorale de Charlevoix, un article soigneusement élaboré, au ton doctoral et sentencieux, tendant à nier à l'Episcopat canadien tout droit d'intervent'.on dans la question d'une législation remédiatrice relative aux affaires scolaires du Manitoba. i

Nous avons lu et, comme bien d'autres, non sans un sentiment de surprise, la thèse développée dans les colonnes de V Electeur par un théologien que la Rédaction, dans le numéro du 14, se plaît à appeler l'un des plus éminents de la Proarince ecclésiastique de Québec. Cette thèse, hâtons-nous de le dire, contraire aux droits des Evêques, et se rattachant, à l'insu sans doute de l'auteur, aux principes mêmes du libéralisme catholique, est fausse, pernicieuse et absolument condamnable.

Pour nous conformer aux désirs de l'autorité ecclésiastiqae de ee diocèse, tt avec son approbation formelle, nous dirons quelques mots des doctiines téméraires émises dans l'article du journal libéral et ferons vwir en quoi pèche l'argumentation de l'auteur de cet écrit. /

Tout d'abord, qu'on le sache bien, nous nous plaçons ici en dehors de toute considération ou préoccupation purement politique. Car il ne s'agit pas pour nous d'un intérêt de parti, mais d'une question de doctrine et de droit public ecclésiastique de la plus haute portée religieuse et nationale.

En second lieu, nous voulons défendre contre toute prétention contraire la légitimité juridique et morale, ainsi que l'opportunité de l'intervention épiscopalc dans les conditions mêmes où cette inten'ention s'est produite à Charlevoix, c'est-à-dire dans l'hypothèse que la mesure remédiatrice, proposée par le gouvernement, sera de nature à mériter le suffrage des Evêques. Inutile donc d'en appeler contre nous, pour étayer une thèse chancelante. à la défectuosité de Tact© lemédiateur, si défectuosité il y a; ce ne serait là qu'une échappatoire.

Ceci p'Osé. abordons l'argument principal sur lequel repose la doctrine chère à l'Electeur, si l'Eglise a le droit d'exiger que la question des écoles du Manitoba scit réglée conformément aux principes de la justice, il ne lui appartient pas cependant de déterminer ni d'approuver un moyen plutôt qu'un autre entre ceux que la politique suggère. — Nous nions cette assertion et voici nos raisons :

L'Eglise étant, à cause de sa fin, une société essentielleuiçnt supérieure /à l'Etat, l'Etat lui est subordonné en tout ce qui touche aux intérêts religieux : c'est mi principe clair et certain. Aussi, en vertu de ce principe, recomiait-on que l'Eglise jouit d'une juridiction véritable sur le pouvoir séculier jusque dans les questions d'ordre temporel, pourvu toutefois que ces matières aient un rapport de nécessité ou d'utilité réelle avec la fin de la société religieuse. C'est l'enseignement de Léon XIII, formulé dans la proposition suivante que nous extrayons de l'Encyclicpie Immortalc Bei: « Tout ce qui dans les choses humaines est sacré à un titre quelconque; tout ce qui touche au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit .par rapport à son but, tout cela est du ressort de l'autorité de l'Eglise. »

C'est pourquoi, bien 'que, étant donnés deux moyens politiques également aptes de toutes manières à favoriser dans toute leur étendue les intérê'.s de

Seulement, M. David était jeune alors; il le disait du moin-, en exhibant son biberon.

Et c'est parce qn'ij a cessé d'être jeune aujourd'hui quil

l'Eglise, celle-ci n'ait aucune raison de faire elle-inême un choix, mais doive plutôt abandonner ce soin à la puissance séculière, il en va tout autrement lorsque l'un de ces moyens, au jugement unanime des premiers pas leurs d'un pays et d'après la nature même des choses, offre des garanties d'efficacité et de stabilité que l'autre ne saurait offrir. Dans ce cas, en effet, l'Eglise, dont les intérêts priment tout droit, toute considération ou toute aspiration politique quelconque, peut et doit exercer sa juridiction sur le moyen lui-même à prendre, sur la voie à suivre pour arriver au but désiré. Ne pas le faire serait compromettre gravement la cause qu'elle défend. En le faisant, elle demeure dans sa sphère; car le moyen par elle choisi, quoique politique et temporel de sa nature, revêt néanmoins, à raison de sa destination et de sa supériorité relative, un caractère religieux exceptÏDanel qui justifie parraitement l'intervention de l'aulDrité ecclésiastique.

C est lo cas actuel.

Nos chefs spirituels, après avoir attendu pendant cinq ans avec une poignante anxiété le règlement d'une question si importante et si vitale au point de vue catholique, jugent, et à bon droit, qu'il serait imprudent de renoncer au bénéfice d'une décision portée en faveur de leur cause par le plus haut tribunal do l'Empire, pour remettre en question des droits si ouvertement reconnus. Ils jugent, et à bon droit, qu'il serait tém'raire, dans une affaire aussi grave, de confier leurs espérances à un projet d'enquête qui amènerait inévitablement de nouveaux retards, et qui, faisant abstraction de l'intervention fédérale à laquelle ses promoteurs s'opposent, semettrait les catholiquess à la merci de leurs persécuteurs.

Car, supposé même — ce dont il est bien permis de douter — que le gouvernement manitobain, foncièrement hostile aux catholiques, et confirmé dans cette hostilité par, sa récente victoire électorale, consentirait cependant, sur les instances d'amis politiques, à rétablir le système d'écoles séparées dont jouissaient nos coreligionnaires avant 1890, qui nous assurera que ces mêmes gouvernants ou d'autres, poussés par les mêmes motifs de fanatisme ou d'intérêt, ne recommenceront pas tôt ou tard sur ce même terrain scolaire la guerre violente et injuste que nous déplorons aujourd'hui? Ne vaut-il pas infiniment mieux que le pouvoir central, puisqu il en a le droit et l'occasion, élève dès maintenant contre tous les persécuteurs présents et futurs un rempart de justice et de protection religieuse, irrésistible à tous les vents et à toutes les tempêtes? i

J'ajouterai qu'étant donné l'esprit de parti qui divise si profondément nos hommes publics, ce n'est pas d'un groupe politique particulier qu'il faut attendre la force d'union nécessaire pour rallier dans une même pense e et sous un même drapeau tous les catholiqpies. L'Episcopat seul peut espérer de produire ce ralliement à ceux dont il dirige les consciences, de s'élever pour un moment au-dessus des intérêts temporels qui les agitent, d'oublier leurs dissensions politiques, et, prenant pour appui le jugement du Conseil Privé d'Angleterre, d'en faire la base inébranlable d'une l'gislation ATaiment réparatrice.

Le droit d'intervention des Evêques, dans une affaire de celte nature, découle, du reste, assez «clairement des enseignements contenus dans le

trouverait désormais incohérente son affirmation d'antan qui lui faisait dire étourdiment que sir W. Laurier et ses partisans, auxquels les évêqties déclarèrent la guerre, avaient l'intention de donner aux catlioliques du Manitoba bien plus que les conservateurs, si cependant ils arrivaient au pouvoir. Us y arrivèrent surtout grâce à la perturbation que l'intervention inconsidérée du Délégué apostolique, Mgr Merry del Val, jeta dans les esprits; trouble qui profita étonnemment aux libéraux qui surent l'exploiter.

Donc les libéraux, arrivés au but, selon leurs intentions, leurs promesses et leur pouvoir, ne devaient accorder moins à la minorité catholique du Manitoba que leurs écoles sépa-

Manuel du citoyen catholique, publié avec la recommandation toute spéciale de NN. SS. les Evêques de la province de Québec. Voici ce que nous lisons à la page 37 :

« Par suite de la dépendance dans laquelle les princes chrétiens sont vis-à-vis de l'Eglise, l'Eglise a le pouvoir de régler l'usage que ces princes doivent faire, en certains cas, de leur puissance teraporele; car il faut tenir pour assuré, d'après l'enseignement des théologiens, que le pouvoir des clefs donné par Jésus-Christ à Pierre et en sa personne à ses sucsesseurs (Matth. XVI, 19) comprend le droit de régler l'usage que les princes chrétiens doivent faire de leur puissance temporelle dans ses rapports avec la religion et le salut des âmes, et de soumettre, dans différentes occasions, leurs actes politiques à son jugement. »

Enfin, l'éminent théologien que nous combattons doit savoir que la proposition suivante : « Il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l'Eglise et les limites dans lasquelles elle peut les exercer », a été justement condamnée dans le Syllabus. C'est à l'Eglise, en effet, ou à ses légitimes représentants, non à d'autres, qn'il appar tient, en cas de doute, de déterminer jusqu'où doit s'étendre la juridiction ecclésiastique ou épiscopale. Voilà pourquoi Mgr Cavagnis, dans son ouvrage intitulé : Notions de Droit public naturel et ecclésiastique, établit ave^. assurance cette proposition : « L'Eglise détermine avec autorité ce qui est ou ce qui n'est point de sa compétence, et l'Etat doit respecter ce jugement. » Il avait dit précédemment : « Dans le conflit entre le spirituel et le temporel, celui-là doit prévaloir. »

Le distingué correspond de l'Electeur, jugeant sa thèse mal affermie, sent le besoin de la confirmer par une circulaire de Mgr Taschereau écrite en 1872, touchant les écoles du Nou veau-Brunswick, circulaire dans laquelle Sa Grandeur l'Archevêque de Québec déclare les catholiques libres de choisir les moyens qxi'ils croiront les plas aptes à atteindre le but désiré, c'est^-dire porter remède au système scolaire du Nouveau-Brunswick.

Mais nous nions la parité entre ce cas et celui des écoles manitobaines. En 1872, les catholiques n'avaient pour eux aucun acte constitutionnel et juridique, propre à donner à la direction de l'Episcopat une base

rées, avec une légitime part aux subventions de l'Etat; c'est ce que les conservateurs avaient offert et promettaient encore ; c'est ce que les évêques réclamaient des vainqueurs. Mais, ô logique libérale!! Parce que les libéraux avaient promis bien plus, ils accordèrent beaucoup moins, presque rien en dehors de l'oppression persistante, de par l'arbitraire de leurs amis et alliés du )\lanitoba!

Parmi les signataires du mandement collectif, trois prélats encoururent la disgrâce des libéraux et de M. David qui les attaquèrent violemment; ce sont le ttès sympathique et toujours zélé archevêque de Saint-Boniface, Mgr Langevin; le très regretté Mgr Laflèche et l'administrateur du diocèse de

légale et à assurer d'une manière déterminée le triomphe des droits lésés Aujourd'hui, non seulement l'Acte du Manitoba confient une clause favorable aux droits de la minorité, mais de plus la plus haute autorité judiciaire de l'Empire britannique a sanctionné solennellement ces droits et tracé au gouvernement fédéral la voie à suivre. Les Evèqnes pourraientils, sans trahir la cause catholique, refuser d3 S5 servir d'ucî arme que la Providence met si opportunément entre leurs mains?

Le correspondant de l'Electeur en appelle da plus à l'intervention du Pape dans les affaires politiques d'Allemagne et de France, et s'autorise de c^s faits pour tirer une conclusion nullement contenue dans les prémisses. On ne peut être plus maladroit. En effet, ou l'acte d'intervention du Souverain Pontife, dans ces deux circonstances, était un commandement, ou il était un simple conseil. Dans le premier cas, il y a eu désobéissance grave de la part des catholiques réfractaires ; dans le second, vai manque de déférence blâmable. Dans les deux cas toutefois, il appert que le Pape a jugé à propos de donner aux catholiques, dans les affaire 5 politique elles-mêmes, une direction motivée par los intérêts religieux dont il a la charge. Donc le pouvoir religieux peut parfois intervenir dans ces sortes de matières. A lui alors de juger si l'intervention doit se produire sous forme de commandement ou de conseil; et quand cette inter^-ention prend la forme impérative, comme dans le cas des écoles du Manitoba, il ne reste plus aux fidèles qu'une chose à faire : obéir.

L'homme obéissant, dit l'Ecriture, ira de victoires en victoires, Vir obediens loquetur vktorias. C'est l'obéissance, non l'insubordination, qui sauve les peuples comme les individus. Nous espérons fermement que tous les catholiques canadiens, quel que soit leur drapeau politique, comprendront cette doctrine et ne donneront pas, à l'Eglise et au monde, le Iriste spectacle d'une division déplorable là où l'union, sous la direction éclairée de l'Episcopat, et avec le concours des protestants bien pensants de ce pays, est nécessaire pour le triomphe de la justice et le maintien de la paix religieuse dans la confédération canadienne.

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