‹ Voix canadiennes: Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 73 sur 81 · L. A. Paquet, Prêtre · texte numérisé non relu

L. A. Paquet, Prêtre

Québec, Mgr Begin, homme 3,uquel on voulait bien reconnaître du talent.

Je n'ai pas à déieudre l'honneur, le méiite et la vertu de Mgr Langevin, de qui les libéraux font un martyr; ni la mémoire de Mgr Laflèche, que nous avons vu descendre dans la tombe nimbé de gloire; ni de Mgr Begin qui s'est mépris sur l'inspiration et le but de mon œuvre et tente de l'étouffer; mais je dois à mes lecteurs la vérité sur les .hommes et les choses ; je la dirai en bien comme en mal, avec indépendance.

Deux mots donc sur chacun de ces boucs- émissaires choisis alors parmi, les évêques canadiens pour porter dans le désert les péchés et les rancunes des libéraux.

De Mgr Langevin, je donnerai dans la suite force documents qui le feront mieiix connaître.

On.le représentait alors, a!!folé et rageur, faisant campagne, parcourant bois et prairies, dépensant sa jeune ardeur en des charges homériques, parlant fort, parlant bien, mais avec plus de chaleur que de prudence et lançant des théories qui faisaient bondir les protestants et gémir les catholiques. On ne dit pas s'il faisait aussi pleurer les libéraux. Avec cela, un lecteur tant soit peu hanté par des réminiscences classiques et tenu par le préjngé anticlérical se figure un Don Quichotte et sa suite à l'assaut des moulins de Laprairie et de Napiervilîe, où il se serait distingué, parait il, tout particulicrcment.

La vérité était plus naturelle et bien moins compliquée Mgr Langevin, .comme ses collègues, avait dit et fait ce qu'il fallait etl quoi que pût inventer une cabale pour l'amoindrir, tout son grand déploiement d'efforts et de déplacement dénoncé aux- rancunes d'un parti haineux, se réduisait à quelques visites de famille ou chez des confrères, amis d'enfance. Invité à prêcher ici et là, en ces occasions, Mgr Langevin, pas plus que les autres, ne devait passer sous silence la grande préoccupation du jour, l'intérêt vital de ses diocésains. Comme chargea à fond et moulins ce fut tout; et ses ennemis imaginèrent le reste : il n'y a donc pas lieu de s'en préoccuper.

Qu'on ait accusé Mgr Lailèche encore plus violemment d'avoir fait obstacle au libéralisme, il faut l'avouer et nous l'avons vu précédemment : il y avait lécidive, et endun issement méritoire, Mgr Lailèche n'ayant jamais sympathisé avec l'erreur, ni consenti avec elle des accommodements. Il la combatt. it, la frappait d'estoc et de taille,- et s'il n'a pu l'assommer définitivement, je reconnais que sa bomie volonté resie hors de cause. Mais de là à conclure qu'il voyait diins les libéraux des Albigeois do qui il prêchait Textermination, c'est un comble d'impertinence et d'imposture : et Marc Twain, en humoriste' éprouvé, en aurait dit simplement, comme de sa mort auno cée de son vivant, « c'est exagéré ».

On lui reprocha surtout le sermon qu'il prononça en sa cathédrale des Trois-Rivières, une semaine après avoir signé la lettre pastorale collective i. Eh bieni ce sermon ne visait ni plus ni moins que la lettre pastorale elle-même, et même, il ne le disait que fort succinctement; mais le vieux prélat le disait avec sa rondeur, sa franchise, son éloquence habituelle; cependant sans l'apparence même d'une passion haineuse cai able de déchaîner une guerre de religion. La parole de Mgr Laflèche fut, aux dires des témoins dignes de foi, à tous égards et sans restriction possible une parole épiscopale : Etait-ce sa faute qu'une telle parole îi*avait aucune ressemi lance a'Nôc la parole libérale, généralement hypocrite et mensongère?

Encore si les libéraux canadiens avaient eu la sincéri'é opiniâtre et communicative des Albigeois, on aurait pu, à La rigueur, songer à les museler, mais aller jusqu'à les exterminer! Ils n'en auraient jamais encouîii l'épreuve, étant oppoitunistes.

Le tort de Mgr Laflèche se réduisait, à vrai dire, en ce qu'il avait condamné sir W. Laurier. Si peu que ce fût et si légi-

1. Ce sermon fit grand bruit à l'époque et l'Electeur à son sujet ne décolérait pas. Je me suis procuré nombre de discours, conférences et sermons de Mgr Laflèche, qui n'en rédigeait guère, parlant sans cesse d'abondance. Je pensais que ce sermon fameux devait exister et je l'ai demandé, pour mes Lecteurs, à tous les échos. Il paraît que le texte est introuvable, ne parut jamais : je le regrette sincèrement.

time que cela dût paraître à sir Laurier lui-même, ses partisans, atteints comme le chef, ne purent le supporter.

Et comment sir W. Laurier eût-il indéfiniment échappé à tcute censure? N'a-t-il pas dit à son heure qu'il appartenait à cette école libérale anglaise « qui refuse même au plus grand le droit de dicter même au plus petit la ligne de conduite iqu'il doit suivre? » Or le plus « grand » ici, il le disait, c'était la hiérarchie catholique, « les hauts dignitaires de l'Eglise à laquelle il appartient ». Et quand il ajoutait deux phrases plus \)in : « Va-t-il être dit qu'occupant une position de cette nature (chef du ptarti libéral en majorité protestant) l'on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre, pour des raisons qui peuvent s'adresser aux consciences de mes collègues catholiques, mais qui ne s'adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants? Non, » peut-on prétendre que sir Laurier entendait dire seulement qu'il saurait se servir en Chambre d'arguments qui seraient de nature à convaincre des Protestants ? — C'eût été abuser au delà de toute limite de la crédulité du lecteur.

Sir Laurier voulait-il dire que, comme libéral, il n'admettait nullement en politique la direction d'une hiérarchie catholique, quelle qu'elle soit? que comme chef politique, il ne se laisserait pas dicter sa ligne de conduite par cette hiérarchie dan^ des questions poliiico-religieuîe^ comme la gne^tion des écoles du Manitoba? Evidemment! Sir Laurier disait si bien cela que s'il ne l'eût pas dit, son discours n'aurait pas répondu, comme il le prétendait, à une lettre bien connue du ,P>. P. Lacombe.

Mais, dit-on, le discours de sir W. Laurier était connu avant la lettre pastorale. Les Evêques avaient donc manqué à leur de voir en ne signalant pas aux fidèles la faute qu'ils commettraient en votant pour lui et ses alliés.

De Jfait, les évêques n'avaient à nommer personne ; ils avaient suffisamment condamné la doctrine de sir Laurier par totit l'ensemble df leur lettre pastorale. Ils avaient suffisamment aussi

mis les fidèles en garde en leur indiquant d'une façon très précise la signification qu'ils devaient donner à kur vote. Quelles que fussent les présomptions contraires, les évêques ne devaient pas présupposer que leur doctrine allait être travestie et leur direction contestée.

Ils avaient bien voulu rendre plus facile l'adhésion et la soumission de tous, permettre de retirer ou d'expliquer des paroles téméraires, et de modifier un programme que ne pouvaient suivre et approuver les consciences catholiques. Si leurs enseignements étaient méconnus et leur direction mépiisée, une intervention ultérieure était encore possible; si l'on exploitait des ménagements accordés aux susceptibilités des personnes et aux intérêts des paiiis pour amoindrir et annu'er pratiquement la portée de leur intervention en contestant le seul sens véritable et possible, chaque évêque avait le droit et le devoir de rendre au document collectif son vrai sens par une interprétation ofiicielle qui ne pût prêter au doute. Si l'hon. Laurier et sa presse eussent désavoué d'une façon ou d'une autre la doctrine condamnée par la lettre pastorale et le programme réprouvé par elle, l'intervention des évêques individuellement n'était pas inévitable. Mais on a voulu la détourner de son vrai sens, lui faire approuver ce qu'elle réprouvait ; force leur fut de lui donner son sens véritable pour assurer son plein effet.

M. David, et tout le parti libéral avec lui, fit un grand grief à -Mgr Laflèche d'avoir condamné sir W. Laurier pour sa théorie le l'indépendance complète de la conscience poUtique de toute autorité religieuse, quelle qu'elle fût. Or cette théorie était à première vue insoutenable; elle était de plus insupportable chez des politiciens ambitieux qui l'aventurèrent à leurs risques et pérUs, et en tirèrent tout le parti pratique qu'ils s'en proposaient et en pouvaient attendre. Fallait-il prévenir sir Laurier du jugement qui allait le frapper? La lettre pastorale, était une mise en demeure à rétractation publique, soleunel'e. Personne cependant n'eut cure de se dégager ou de s'expliquer

avant lo jugement que prononça h digne évêque des Trois-Rivières dans la plénitude de son droit.

Par dignité, affirmait M. David, sir Laurier s'abstint de s'expliquer, n'ayant pas à s'incliner devant un- inférieur et persévéra sans doute, dans ses errements, en opposition flagrante avec la doctrine de l'Eglise, contempteur de son' autorité ^ Ainsi le chef libéral se sentait plus digne que tous, supérieur à tous. C'était d'une vanité osée qui méritait répression.

M. P. Bernard qui a réfuté le trop jeune David, lequel, avant maturité, rajeunissait déjà rapidement, tant il divaguait dans son factum affectant les allures d'un réquisitoire, retenait ces mots du jeune ramolli :

1. Déclarations de principes de M. W. Laurier : — « Je sais un libéral de l'école anglaise. Je crois en cette école qui a toujours prétendu que c'est le privilège de tous les sujets, grands et petits, riches ou pauvres, ecclésiastiques ou laïques, de participer à l'administra'ion des affaires publiques, de discuter, d'influencer, de persuader c' dj convaincre, mais qui a toujours refusé, fût-ce même au j^lus grand, le droit de dicter, même au plus petit, la ligne de conduite qu'il doit suivre. Je représente ici non seulement les catholiques, mais l.'S protestants, et je dois compte de mon administration à toutes les classes. Catholique et français d'origine, je suis ici chargé, par la confiance des hommes qui m'entourent, de grands et importants devoirs en vertu de notre système de gouvernement constitutionnel. Je suis ici le chef reconnu d'un grand parti composé de catholiques et de protestants, dont la majorité , est formée de ces derniers; car ils doivent être la majorité dans toutes les parties du Canada. Va-t-il être dit qu'occupant une position de cette nature, l'on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre, pour des raisons qui peuvent s'adresser aux consciences de mes collègues catholiques, mais qui ne s'adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants? Non. Tant que j'occuperai un siège en cette Chambre, tant que j'occuperai le poste que j'occupe, chaque fois qu'il sera do mon devoir de prendre une position sur une question quelconque, cette position, je la prendrai, non pas tant au point de vue du catholicisme, non pas tant au point de vue du protestantisme, mais je la prendrai pour des motifs qui peuvent s'adresser aux consciences de tous les hommes indépendamment de leur foi, pour des motifs qui peuvent animer tous les hommes aimant la justice, la' liberl^é et la tolérance. »

Remarques. — Cette déclaration de principes — l'une des plus audacieuses qui eussent encore été faites par un chef politique au Canada — renferme d'une manière non équivoque l'erreur bbérale condi^mnée par l'Eglise, principalement dans l'Encyclique Libertas prœstantissimum.

Il y a d'abord certaine phrase de ce discours qui, prise au pied de la lettre, se rattache manifestement à la pire espèce de libéralisme, cell?> qui, comme le remarque Léon XIII dans l'Encyclique précitée, s'insurgo

« Et n'a-t-on pas le droit de dire que nos troubles religieux sont le résultat de la facilité avec laquelle le clergé a accepté les clauses de l'Acte du Manitoba relatives aux écoles» renoncé au désaveu des lois iniqxi'3s et consenti aux atermoiements? »

Non, Monsieur, lui répond Bernard; non, vous n'avez pas ce droit. Les clauses de l'Acte du, ^Manitoba ne sont pas Toeuvre du clergé, mais de nos homnaes politiques. Ces clauses d'ailleurs protègent les droits des écoles autant qu'ils pouvaient être protégés contre un pouvoir violateur de tout droit et de toute justice et contempteur de la constitution. Que vos amLs aient l'énergie de faire leur devoir et les di'oits des nôtres seront vengés. Jamais homme de cœur aurait-il pu prévoir

centre l'autorité suprême de Dieu et de l'Eglise. En effet, voici les paroles de M. Laurier : « Je crois en cette école... qui a toujours refusé, fût-ce mênie au plus grand, le droit de dicter, même au plus petit ia. ligne de conduite (ju'il doit suivre. » N'est-ce pas li la négation radicale de toute autorité divine, religieuse, et même sociale? Qu'est ce, en effet, qu'une autorité qui n'a pas le droit de dictir, c'est à-dire de commander, sinon vme pure abstraction sans corps et sans réaliti? — Mais nous voulons cioiro que cette phrase malencontreuse du chef de l'opposition ne se rapporte qu'à l'administration des affaires publiques et aux ([uestions politico-religieuses, à propos desquelles elle a été prononcée. — Dans ce cas, nous pouvons considérer le discours de M. Laurier à un double point de vue : au point de vue théorique et au point de vue pratique. Comme théorie ou doctrine absolue, ce discours est entaché de la seconde espèce de libéralisme condamnée par Léon. XIII, celle qui nie à la vraie Eglise tout droit d'intervention législative et coercitive dans les affaires publiques de l'Etat. Ecoutons d'abord M. Laurier : « Va-t-il être dit qu'occupant une position de cette nature (chef d'un parli mixte), l'on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre pour des raisons qui peuvent s'adresser aux consciences de mes collègues catholiques, mais qui ne s'adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants? lion... chaque fois qu'il sera de mon devoir de prendre une position sui" une question quelconque, cette positioai, je la prendrai non pas tant au point de vue du catholicisme, non pas tant au point de vue du protestantisme, mais je la prendrai pour des motifs qui peuvent s'adress''r aux consciences de tous les hommes indépendamment de leur foi. » Ces paroles, prises dans un sens absolu et au i)oint de vue des principes, rangent du coup M. Laurier au nombre de ceux dc«it Léon XIIT signale le système pour le proscrire (Encyclique Libertas). «. Us osent, dit-il, répudier les règles de foi et de morale qui, dépassant l'ordre de la nature, nous viennent de l'autorité même de Dieu, ou prétendent du moins qu'il n'y a pas à en tenir compte, surtout dans les affaires publiques de l'Etat... ils estiment que dans tout ce qui concerne le gouvernement de la société humaine, dans les institutions, les moeurs,

qfuo les droits de nos compatriotes seraient sacrifiés et vendus un jour, par quelques-uns des nôtres, et que cette trahison sans précédent dans notre histoire se consommerait au nom de la nationalité et de la religion, malgré les protestations unanimes des Evêques de toute langue et de tout le pays ? La cause de nos troubles religieux, c'est la scélératesse de vos amis

les lois, l€« fonctions publiques, l'instruction de la jetmesse, on ne doit 'pas plus faire attention à l'Eglise que si elle n'existait pas... Ils lui enlèvent' (à l'Eglise) le caractère et les droits propres d'une société parfaite et v<.'ulent que &on pouvoir privé de toute autorité législative, judiciaire, coercitive, se borne à diriger par l'exhortation, la persuasion, ceux qui se soumettent à elle de leur plein gré et de leur propre vouloir ». D'après ces paroles, ,il appert que l'Eglise, étant une société parfaite et ayant par suite le droit d'étendre son action non seulement aux questions purement spirituelles, mais aussi aux questions à la fuis politiques et religieuses, dans la mesure que sa fin exige, c'est tomber dans le libéralisme que de lai nier, comme l'a fait M. Laurier, tout droit d'intervention coercitive dans les affaires publiques, quelles qu'elles soient; c'est attenter à la suprématie du pouvoir religieux, par conséquent aux prérogatives et à la nature même de l'Eglise; c'est professer une doctrine condamnée par le Syllabus dans la proposition suivante (42^) : « En cas de conflit entre les deux pouvoirs, le droit civil l'emporte. » C'est tomber sous le coup de ces autres paroles de Léon XIII (Encyclique Immortch Dei) : « 11 n'est pas permis d'avoir deux manières de se conduire, l'une en particulier, l'autre en public, de façon à respecter l'autorité de l'Eglise dans sa vie privée et à la rejeter dans sa vie publique; ce serait là allier ensemble le bien et le mal, etc. »

On dira peut-être, pour excuser M. Laurier, que son langage doit être apprécié non au point de vue absolu des principes, mais en ayant égard aux circonstances sociales du pays dans lequel il vivait, pays composé d'éléments hétérogènes, de catholiques et de protestants de toutes sortes qui forment la majorité de la population canadienne.

Nous répondons d'abord que les premières paroles de M. Laurier citées plus haut : « Je crois en cette école... qui a toujours refusé, même au plus petit, la ligne de conduite qu'il doit suivre dans l'administratioai des affaires publiques » ont une portée absolue et tout à fait indépendante des circonstances de lieu et de personnes.

Secondement, même en tenant compte des circonstances dans lesquelles se trouvait M. Laurier, lorsqu'il a prononcé son discours, nous croyons que le chef libéral canadien est bel et bien tombé dans le libÛTalisaie condamné par Léon XIII et les Saints Pontifes.

En effet, l'Eglise admet bien que dans certaines conditions de la société et pour prévenir un plus grand mal, il soit préférable de renoncer, non liogmatiquement, ,mais pratiquement, à la revendication pleine et entière de ses droits : c'est sur ce principe que repose la toL'rance civile 'des faux cultes et l'esprit de concessions qui préside aux concordats. Mais cette tolérance, cet esprit de concessions a ses limites, les limites elles-mêmes que l'Eglise juge à propos de tracer, lorsqu'elles ne sont pas suffisamment

du Manitoba; c'est la complicité des vôtres — des libéraux de la Province de Québec — qui, au lieu de les combattre et de les désavouer pour sauver leurs frères, ont lâchement conspiré avec eux pour s'emparer du pouvoir et leur assurer l'impunité au nom du respect dû aux tyranneaux de Province qui, eux, ne respectent rien. La cause de nos troubles reli-

définies par le bon sens et la raison catholique. C'est ce qu'enseigne Léon XIII, lorsque (Encyclique Libertas) parlant de ceux qui estiment « qu'il faut amener l'Eglise à céder aux circonstances », il ajoute : « Opinion honnête, si on l'entend d'une certaine manière équitable d'agir, qui soit conforme à la vérité et à la justice... Mais il en va tout ^autrement des pratiques et des doctrines que l'affaissement des moeurs et les crreors courantes ont introduites contre le droit. Aucune époque ne peut se passer do religion, de vérité, de justice : grandes et saintes choses que Dieu a mises sous la garde de l'Eglise, à qui il serait dès lors étrange de demander la dissimulation à l'égard de ce qui est faux ou injuste, ou la connivence avec ce qui peut nuire à la religion. » Parmi ces saintes choses, mises sous la garde de l'Eglise et auxquelles elle ne saurait renoncer sans faiblir, se trouvent les écoles catholiques et léducation de la jeunesse. Voilà pourquoi Léon XIII, écrivant aux E vaques de Hongrie, (Encyclique Quod multum), après leur avoir démontré le danger de» écoles neutres, mixtes ou laïques, i)oursuit en ces termes : « Procuxea qu'il ne manque pas d'écoles recommandables par l'excellence de l'éducation et la probité des maîtres, et que ces écoles relèvent de votre autorité et soient placées sous la surveillance du clergé. » Voilà le sentiment de l'Eglise touchant les écoles et la direction qu'elle donne à l'Episcopat catholique sur cette importante question; c'est-à-dire que, de par la volonté du Souverain Pontife et de Dieu lui-même, c'est aux Evêqiies en chaque pays qu'il appartient de prononcer sur les questions relatives aux écoles catholiques, de procurer leur étabhssement, de veiller à leur conservation.

Or, dans la question scolaire du Manitoba, qu' est-il arrivé? Les Evoques canadiens, se plaçant au-dessus des partis iwlitiques, après avoir pesé toutes les circonstances sociales dans lesquelles nous vivons, ont jugé opportun de demander au Parlement, au nom de la constitution et de la justice, une loi réparatrice, c'est-à-dire une législation fondée sur îa décision du Conseil Privé d'Angleterre et rendant aux catholiques manitobains les droits scolaires dont on les a injustement spoliés, et ils en ont appelé pour cela à la conscience des députés catholiques en même temps qu'à l'esprit de justice des députés protestants. Si l'honorable M. Laurier, écoutant la vois de la religion et de l'épiscopat, eût prêté main-forte en cette circonstance au gouvernement, lequel venait de soumettre ai Parlement un projet de loi réparatrice déclaré satisfaisant par les intéressés, cette loi, avec tous les amendements désirables, eût été sanctionnée. Malheureusement des intérêts de parti mal entendus lui conseillaient autre chose. 11 se leva alors et, sans se soucier du principe des écoles séparées consacré dans le projet de loi et qu'il allait fouler aux pieds, nia carrément, comme nous l'avons vu dans les paroles citées

gieux, c'est la lâcheté et l'hypocrisie de vos chefs qui, après avoir trompé le peuple pour capter sa confiance, se moquent de ses désirs et de leurs promesses', et font insulter par des scribes ignares et sans conscience les seuls compatriotes qui sont encore debout et demandent justice pour les faibles et les opprimés.

Et David poursuit en ces termes :

« N'a-t-on pas 1© droit de dire aujourd'hui qu'ils (les Evêques) ont eu tort de forcer le peuple à accepter, les yeux fermés, une législation si pleine de dangers, et que les hommes politiques qui n'ont pas eu le courage de leur résister (ont manqué à le^ur devoir? »

Non, répond encore P. Bernard, non, vous n'avez pas ce

plus haut, le droit de n'importe quelle puissance au monde de lui dicter la ligne d>; conduite à suivre dans n'importe quelle question débattue devant les Chambres.

Je dis qu'en cette occasion, même si l'on tient compte de toutes les circonstances, M. Laurier résistant à l'Episcopat canadien, qui avait parfaitement le droit de tracer à la députation catholique son devoir, est tombé dans le libéralisme condamné par Léon XIII : il a donné à ses concitoyens le scandale d'un député canadien-français et catholique, faisant fi de l'autorité de l'Eglise dans une question qui se rattache aux plus hauts intérêts religieux.

C'est le cas de dire avec le Pape (Encyclique Sapientiœ Christianœ) : « Comme le sort des Etats dépend principalement des dispositions lie ceux qui sont à la tête du gouvernement, l'Eglise ne saurait accorder ni son patronage ni sa faveur aux hommes qu'elle sait lui être hostiles, qui refusent ouvertement de respecter ses droits, qui cherchent à briser l'alliance établie par la nature même des choses entre les intérêts religieux et les intérêts de l'ordre civil. »

M. Laurier, devenu chef du gouvernement canadien, offre aux catholiques du Manitoba un compromis dans lequel le principe des écoles sépaiées est sacrifié, et qui ne rétablit qu'une faible partie des droits de la minorité. L'acceptation par l'Eglise d'un pareil compromis, lorsque d'un côté la plupart des députés libéraux catholiques se sont. formellement engagés devant leurs électeurs à appuyer une loi réparatrice, et que de l'autre, cette loi réparatrice demeure dans le programme du parti conservateur, cette acceptation, dis-je, serait un grand malheur, une cause de discrédit pour l'Episcopat canadien, un abandon des droits catholiques les mieux fondés, consacrés même par le plus haut tribunal d'Angleterre; ce serait de plus en précédent dangereux qui, enhardissant les fanatiques, les lâches et les traîtres prépareraient les voies à un bouleversement du système scolaire dans les autres Provinces.

La seule politique sociale est donc une revendication complète et persistante des droits catholiques jusqu'à satisfaction intégrale.

droit. D'abord, nos Evêques n'ont forcé pereonne à accepter la confédération; c'est ce que vous voulez dire. Ensuite les troubles purvenus dans le pays à propos des écoles ne sont pas dus à la constitution fédérale, mais au fait que dans les Provinces la majorité a perdu le sens de la justice et le respect de la constitution. Rien ne prouve qiie dans ces Provinces, sans la confédération, les mêmes troubles ne se seraient pas élevés ; et il n'y aurait eu alors aucun recours contre cette oppression et cette injustice. Respectez la constitution, n'y mettez pas d'entraves par vos conspirations, et tout renti-era dans l'ordre.

Encore une impertinence à l'adresse de tous les Evêques, et nous aurons à peu près fini ce procès de Mgr Laflèche, qui est bien un peu celui de tout le monde. David prétend que les Evêques ont désavoué d'avance leur opinion sur la question des écoles, parce qu'en 1872 ils ont laissé les catholiques libres do choisir le moyen le plus propre à assurer le triomphe des écoles séparées. Il sent bien lui-même que la comparaison ou l'assimilation du cas des écoles du Nouveau-Brunswick et du cas présent souffre des difficultés sérieuses. Il s'en débarrasse en moins de quatre lignes. « On a essayé de dire qu'il y avait une différence entre les deux situations de 1872 et 1896, mais les subtilités, en pareille matière, sont déplacées ».

Nous allons cependant remettre en place quelques-unes de ces difficultés qui ne laissent pas d'être sérieuses, et que David déplace si lestement en leur jetant le nom injurieux de subtilités.

La situation légale des écoles catholiques n'était pas la même au Nouveau-Brunswick qu'au Manitoba. Dans cette dernière Province, une clause spéciale de la constitution avaiL garanti les droits scolaires de la minorité et mis ces droits sous la sauvegarde du gouvernement fédéral. Advenant la preuve que ces droits étaient injustement lésés, et appel fait au gouver-

nement fédéral, celui-ci devait en justice rétablir la minorité dans ses droits. Les catholiqxies ont donc prouvé leurs griefs, devant le Conseil Privé et appelé au gouvernement fédéral pour le redressement de ces griefs. Il n'y avait donc ici aucun doute sur le droit constitutionnel des catholiques à leurs écoles, ni sur le droit et le devoir du gcrtiveniement fédéral d'intervenir, ni sur le mode d'intervention de celui-ci qui était nettement tracé dans la constitution et le jugement du Conseil Privé. Les Evêques ont pu choisir un mode légal sûr et certain de sauver les écoles : ils l'ont choisi et imposé aux catholiques.

Rien de semblable dans la question du Nouveau-Brunswick. Aucune clause cons-titutionnelle n'avait garanti d'une façon spéciale les droits scolaires des catholiques. En justice et équité, leurs droits étaient incontestables. Légalement, ces droits n'existaient pas. La constitution donnait à la législature provinciale iseule le droit de légiférer en matière d'éducation sans restreindre ce pouvoir exclusif comme dans l'Acte du Manitoba. L© gouvernement d'Ottawa pouvait tout au plus désavouer cette loi comme toute autre loi de la législature ; mais la constitution ne le forçait nullement à le faire et ne lui donnait pas droit d'entendre un appel en l'espèce, ni de faire luimême les lois de justice que refuserait la Province. Enfin, aucune décision judiciaire n'avait reeomiu les griefs des catho^ liques comme fondés en raison ni indiqué la voie sûre et constitutionnelle de les redresser. Sur ce point que n'avait décidé aucune cour de justice, des hommes sages et prudents également bien disposés en faveur des écoles catholiques opinaient en sens contraire. Les Evêques, ne pouvant pas voir eux-mêmes un mode légal sûr et incontestable d'obtenir le redressement des griefs des catholiques, ne purent en indicjfuer, moins encore en imposer aucun aux catholiques.

Dans les deux cas, les principes sont les mêmes. Il n'est pas| nécessaire d'être subtil pour comprendre que, si la solution.:

est différente, cela tient à la disparité des circonstances et non à celle des principes.

Mgr Bogin, constatons-le, ne fut pas mieux partagé que ses collègues de Saint-Boniface et des Trois-Rivières : il avait de son côté encouru la disgrâce de M. David, dépourvu dje preuves heureusement comme de logique.

Quand j'ai relaté, dans le tome VI des Voix Canadiennes, les circonstances de la fin si édifiante de Mgr Laflèche, je rappelais ces paroles de l'illustre évêque disant sur son lit de mort, avec une ineffable satisfaction : « Va dire à Mgr Begin que l'évèque des Trois-Rivières ne regrette rien de ses paroles, rien de sej actes au sujet des écoles ».

J'avoue que, en les lisant moi-même, ces paroles me parurent énigmatiques et j'écrivis à une pei^cnne du Canada, bien informée, pour lui demander quel pouvait bien être le sens exact de ce message suprême et solennel. Je ne voulais aventurer aucune interprétation à la légère et j'aurais été désolé de contrevenir aux intentions comme aux sentiments intimes de l'illustre défunt; de plus, je me serais abstenu de toute réflexion à ce sujet plutôt que de paraître animé envers l'archevêque de Québec d'un sentiment préconçu ou hostile, à la suite d'un incident personnel.

n me fut répondu textuellement :

« Les paroles de Mgr Laflèche sur son lit de mort ne signifie pas plainte d'immixtion, de contrainte de la part de Québec en général, de Mgr Begin en particulier ».

Mgr Laflèche était alors le doyen de l'episcopat franco-canadien. Ancien missionnaire de l'Ouest-Canadien, il était resté l'ami de cœur de tous les évêques de ce vaste pays. A ce double titre, Mgr Laflèche se croyait obligé, et avec raison, de donner à se^ collègues de la Province de Québec l'exemple du zèle à déployer en faveur du rétablissement des écoles catholiques au Nord-Ouest.

« Pour cette raison il parlait beaucotip et avec force, partout

et en toutes circonstances, devant les évêques et les laïcs. En ceitains milieux on trouvait qti'il faisait t:op de zèle, qu'il allait trop loin : Mgr Emard entre autres. C'était pour encourager dans la lutte Mgr Bôgin et autres qu'il a prononcé ces paroles sur son lit de mort. . . »

De nombre de faits lointains, je pourrais cependant conclure que le David çanadéen, et ses tenants ou commanditaires n'avaient pas eu toujours à se plaindre de Mgr Begin; ou plutôt Mgr Begin îi'avait pas toujours connu l'exacte mesure de confiance et d'estime que méritait tout ce monde-là. Il fut désabusé sur leur compte jusqu'à devoir se défendre contre eux et défendre surtout Mgr Laf lèche contre les attaques indécentes de l'Electeur, cher à David encore nommé, et qu'il admonesta en effet, publiquement. Cette réprimande de VElecteur parut à David, toujours nommé, singulièrement indue et, la faisant, Mgr Begin, aux dires de cet arbitre émérite avait posé un; principe « aussi exagéré et contraire à la raison et à la Constitution que les opinions de Mgr Laflèche ».

Je me contenterai d'affirmer, en toute sincérité que l'intervention de Mgr Bégin en. faveur de Mgr Laflèche, grossièrement vilipendé par VElecteur, était naturelle et nécessaire; son silence ou son inaction aurait pu être considéré comme un manquement grave à l'efficace protection que doit tout métropolitain à un suffragant outragé dans l'exercice de ses fonctions. Il devait à VElecteur rigueur; à Mgr Laflèche, justice; et, pour arriver à la réparation publique due à l'o^ffensé, il devait insister et, au besoin, sévir.

L'Electeur pouvait être d'un autre sentiment et David, l'ignorer; il y avait tant de choses qu'outre cela il ignorait encore.

Pour finir ce chapitre, je rends la parole à P. Bernard qui nous dit dans son Manifeste Libéral, 2" partie, page 186 :

Mais, laisserons-nous passer, sans rien dire, les deux ignobles pages qui terminent cet interminable chapitre et nous donnent

à elles seules tout le sens et toute la raison d'être de la brochure? C'est la préface officieuse aux lâchetés insolentes de Winnipeg et aux habiles trahisons de Québec. Que nous parle-t-on de griefs contre les Evêques, d'intervention du clergé dans la politique, de liberté de conscience politique? Il s'agit bien de cela vraiment! — Au fond, tout cela, c'est un prétexte; toit ce tapage, c'est une manœuvre hardie et lâche à la fois pour exciter l'opinion publique et lui faire perdre la tête, afin de consommer sans péril la trahison d'une cause nationale et sacrée, tout en ayant l'air de défendre la religion et la nationalité. Toutes ces récriminations injurieuses à l'adresse de prélats dont tout le tort est d'avoir défendu contre les traîtres et les renégats les droits des faibles et des opprimés, c'est pour faire croire au peuple, s'il se peut, que c'est le clergé qui a voulu trahir sa race et sa foi et non pas les hypocrites qui ont capté sa confiance, pour les mieux trahir; c'est pour lui faire croire que c'est le clergé qui a manqué de cœur et de sens moral, et non pas les vulgaires politiciens qui pour garder plus sûrement le pouvoir s'affranchissent de toute énergie et de toute \'irilité.

Nous n'en appelons pas seulement à nos compatriotes canadiens-français et catholiques, car ce n'est pas seulement une question de race et de religion, mais une question d'honneur et de dignité nationale pour le pays tout entier, nous en appelons à nos concitoyens de cette grande et forte race saxonne qui a le génie de la politique comme nous avons le sentiment de l'honneur chevaleresque et le respect du droit et de la justice désarmés; no as en appelons à ceux qui, avec le sens politique, ont la notion de ce que dot être la haute direction d'un grand pays honnête et libre, et qui savent ce qu'il faut au pouvoir pour mériter la confiance et le respect d'un peuple généreux et juste; est-il un spectacle plus humiliant pour nous tous et plus démoralisant que celui d'un gouvernement qui n'a le courage ni de ses droits ni de ses devoirs, obséquieux et rampant devant les passions violentes qu'il devrait museler et dompter, insolent et hautain pour les faibles qu'il n'ose point défendre et ceux qui les couvrent de leur sympathie et de leur protection!

Si encore ces hommes vains et loquaces savaient se taire; s'ils n'essayaient point de forcer par des réclamations cyniques une approbation que l'opinion honnête ne peut donner à leur œuvres; s'ils ne tentaient point de conquérir l'admiration et la reconnaissance du peuple par cela même qu'il ne mérite que son mépris et sa pitié. Mais il faut cpi'ils s'honorent en public de

tous les devoirs qu'ils trahissent, de tous les droits qu'ils abandonnent, de toutes les vertus qu'ils ne pratiquent pas. Si vous voule^i trahir, trahissez en silence; mais n'insultez pas le soldat fidèle qui tombera blessé à mort plutôt que de trahir son sang et sa foi. S'il vous est plus doux de capituler et de passer à l'ennemi que de le combattre, quand vous avez pour vous les avantages de la force, du nombre et de la position, au moins par pudeur ne poursuivez pas de vos injures ceux qui, fidèles dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, n'ont jamais compté le nombre des ennemis avant de se ranger autour du drapeau de la justice et du droit.

Qu'on lise dans M. David ces deux pages 103 et 104, digne préface des indignes discours que le pays a entendus, et que nous, canadiens-français catholiques, nous avons subis avec une indignation et un mépris qu'il nous faut dissimuler pour ne pas rendre plus douloureuse encore notre incommensurable humiliation. Qu'on lise ces pages de M. David, le patriote qu'ils ont chargé de prêcher au peuple et au clergé la virilité, l'énergie, la noble fierté des ancêtres, le dévouement enthousiaste à la patrie jusqu'à la folie, jusqu'au délire, jusqu'au crime même, et l'on verra comment ces gens entendent pratiquer l'honneur, la virilité, l'énergie, la fierté, la force morale, toutes ces grandes et nobles qualités dont ils parlent toujours et qu'ils ne montrent jamais. Qu'on lise, si on le peut sans rougir, ces aveux d'impuissance, de faiblesse, et de cynique désintéressement de tout principe d'ordre et de justice qu'on nous fait d'un air glorieux et satisfait.

On nous annonce d'abord comme une merveille de génie politique, comme un triomphe inespéré et vraiment glorieux, que le nouveau pouvoir fédéral a « obtenu du gouvernement du Manitoba des concessions satisfaisantes pour tous les catholiques raisonnables », qui croient, comme M, Laurier, que chercher à imposer par la force à la province du Manitoba une loi dont elle ne voudrait pas, serait lancer le pays dans une aventure dangereuse pour la paix du Canada et pour les minorités catholiques des différentes provinces...

« Le désaveu aurait paru moins odieux qu'une loi de coercition et aurait pu être accepté dans un temps où les passions étaient moins ardentes, mais aujourd'hui « comment faire accepter une pareille procédure par le parlement, et ensuite par la population fanatisée de Winnipeg? »

» On peut dire, il est vrai, que Sir Charles Tupper avait réussi

à faire accepter une loi remédiatrice par son cabinet et une majorité de la Chambre des communes; mais il faut ajouter que ses collègues protestants (ce qui est manifestement faux, M. David le sait bien) et un grand nombre de ses partisans (les quelques fanatiques qui se sont mis à la remorque de M. Laurier) ont cherché à se faire pardonner leur vote en disant à leurs électeurs que cette loi, en réalité, n'obligeait à rien le gouvernement du jManitoba.

» Eh sorte qu'on a le droit de dire qu'un véritable bill de coercition ne serait pas voté par la Chambre, et, s'il l'était, « ne serait pas mis à exécution volontairement par le gouvernement du Manitoba. »

» Qui prendrait la responsabilité d'imposer le bill par la force des armes?

» Donc M. Laurier a eu raison de dire, dès le commencement, que la conciliation était le seul moyen maintenant de régler cette épineuse question.

» Mais il n'y a pas de compromis sans concessions de part et d'autre.

» Ces concessions pourront être plus ou moins acceptables, mais elles ne pourront avoir pour effet de justifier le clergé d'avoir violé les lois de la charité, de la prudence et proclamé des doctrines si dangereuses », savoir : qu'un catholique est tenu en conscience pour obéir à l'Eglise, de ne pas sacrifier les droits sacrés de ses concitoyens et de sa religion aux intérêts d'un parti.

Nous le demandons, est-il possible de faire un plus complet aveu d'impuissance et de non-sens politique, et de se donner avec une plus cynique quiétude" et d'un air plus satisfait un brevet d'incapacité? Nous ne contestons pas les difficultés politiques de la situation; mais vous deviez les connaître, et pour demander le pouvoir, il vous fallait être sûrs de vous, vous sentir assez forts pour les dominer et les convaincre. Si vous n'étiez pas sûrs de vous-mêmes, si vous ne sentiez pas en vous la force nécessaire pour commander et faire accepter un juste commandement, vous n'étiez pas faits pour le pouvoir...

Mais les difficultés ne sont pas ce que vous les faites. Vous criez comme les poltrons qui prennent des chats pour des tigres et des chiens pour des lions. Ce ne sont pas les tyranneaux du Manitoba qui sont forts et redoutables, c'est vous et nos maîtres qui êtes faibles et lâches plus qu'il n'est permis au gouvernement d'un grand pays — plus qu'il n'est pardonnable à des

hommes de conscience et d'honneur même sans aucun génie politique.

Il ne s'agit point pour le moment d'imposer par la force armée une loi juste et constitutionnelle; nous n'en sommes pas là; il suffit de la force de la volonté qui affirme et maintient quand même le droit de la justice, par une loi qui impose à tous le respect de la constitution et l'obéissance aux décisions des tribunaux. Sachez commander, et l'on saura obéir; on le saura d'autant mieux que l'on ne pourra plus compter sur une opposition factieuse prête à conspirer contre la constitution pour créer des embarras au pouvoir.

Les menaces pour la paix du pays et les minorités catholiques des Provinces, elles ne sont point dans la force juste et sage qui impose au nombre et à la violence le respect de la justice et du droit, mais dans l'infirmité et l'imbécillité du pouvoir central qui sacrifie les faibles et les opprimés et se déclare impuissant à réprimer les injustices et les brigandages politiques, quand ils semblent avoir pour eux la force et le nombre.

La population fanatisée de Winnipeg, elle a accepté d'avance une loi de justice et d'équité en votant au 23 juin avec une forte majorité pour l'hon. Hugh Macdonald, membre du cabinet Tupper, contre Joe. Martin — votre ami, — celui dont votre ministre des Travaux Publics pleurait la défaite à Winnipeg — l'auteur des lois scélérates de 1890. Elle ne serait plus fanatisée ou cesserait bientôt de l'être, si, au lieu de l'exciter à la résistance par vos écrits et vos discours, vous lui parliez le langage d'une autorité qui ne doute ni de la justice ni d'elle-même. La population du. Manitoba, elle vous a démentis, au 23 juin, en donnant au ministère Tupper quatre députés sur six.

La question est-elle donc pour un gouvernement juste et fort de savoir s'il fera accepter à une majorité du Parlement une loi nécessaire eii justice pour rendre à des citoyens leurs droits outrageusement violés, ou de savoir ce qui est juste et s'impose à la conscience publique et d'en prendre l'initiative, quels .qu'en puissent être pour lui les résultats? Un ministre est-il au pouvoir avant tout pour le garder et non pas pour le servir? Si vous ne pouvez pas entraîner avec vous une majorité dans la voie de la justice et de l'équité, devez-vous donc la suivre au risque de trahir vous-mêmes les droits que vous avez mission de protéger et de défendre? Vous êtes donc un gouvernement qui ne gouverne pas, mais qui est gouverné? Et tout le monde gouvernera — excepté le gouvernement?

Mais ce faux prétexte même est vain et n'existe pas. La majorité ne vote pas une loi réparatrice, parce que vous ne la demandez pas. — Vous savez bien que vous avez le concours acquis d'avance du parti conservateur à cette œuvre de justice et de réparation; le chef vous a donné sa parole d'honneur, et vous savez bien que cette parole est loyale. Vous êtes sûrs également, ou vous devez l'être, de votre majorité de la Province de Québec qui s'est engagée solennellement devant les électeurs à suivre tout chef politique qui entrera dans cette voie. Vous trompez donc sciemment le lecteur en rejetant spr le Parlement la responsabilité de votre injustice et de votre trahison.

« ilais la Province du ^lanitoba ne mettrait pas volontairement la loi à exécution! » — Le juge doit donc avant de rendre sa sentence se demander si le voleur qu'il doit condamner l'acceptera et s'y conformera volontiers. Et si le voleur ne veut pas obéir, le juge ne sera donc tenu que d'exhorter celui qui a été injustement dépouillé à la conciliation, et de prononcer qu'il n'est point raisonnable d'exiger qu'on lui rende son bien, que ce serait manquer de respect pour le voleur et l'humilier!...

Personne ne demande qu'on lève une armée pour faire une loi. Pourquoi parler de canon, lorsque la férule suffit? Nous savons que les chefs libéraux aiment mieux la poudre que le plomb et qu'ils la portent, mieux. Pour le moment nous ne nous en plaignons pas. Mais que leur imagination pusillanime ne leur suscite point des bataillons manitobains — formidables et in- \'incibles. Les libéraux du, Manitoba, comme tous les hommes qui ont plus de passions que de convictions, sont forts surtout par la langue. Si la guerre était possible, elle ne durerait pas longtemps. Les fanfarons en sabres de bois n'aiment pas à regarder en face l'éclair de l'acier.

Mais, encore une fois, il n'est besoin pour le moment ni de plomb ni d'acier; c'est assez de la résolution. Il n'est pas besoin d'une armée : il suffirait d'un chef qui fût fait pour commander et non point pour obéir et mendier. Ottawa peut se passer de Winnipeg; mais Winnipeg ne peut se passer d'Ottawa. Il suffit qu'on le sache et qu'on le laisse savoir.

Aujourd'hui comme en aucun temps : on ne concilie point deux principes contradictoires, parce que les principes ne peuvent faire aucune concession. On concilie des hommes quand ils peuvent avoir sur un point donné des principes ou des intérêts communs : on ne peut concilier deux principes contradictoires, parce qu'ils ne peuvent se rencontrer sur un même terrain sans s'évincer

mutuellement. Vous n'accorderez jamais le principe des écoles neutres et le principe des écoles séparées qui sont au fond de cette lutte, qu'en donnant à chacun son champ d'action distinct et séparé de celui de son rival.

Fût-elle possible, la conciliation tant prônée par M. Laurier et son scribe serait pour le gouvernement canadien une iniquité et un déshonneur. — Une iniquité, car de lui-même il n'a pas le droit de faire des concessions ni d'en exiger. La constitution ne lui reconnaît dans l'espèce qu'un droit, celui d'entendre l'appel de la minorité ou de la refuser. S'il le refuse, il n'a le droit de rien exiger des oppresseurs; s'il l'entend et l'approuve, il n'a le droit de rien céder des droits des opprimés qui ne sont pas les siens; la constitution lui donne seulement le pouvoir « de rétablir tous les droits tels qu'ils existaient » avant la violation qui a motivé l'appel. — Intervenir donc pour changer ou modifier quoi que ce soit, c'est sortir de la constitution en même temps que de la justice. Toute concession faite par le gouvernement au détriment des opprimés est illégale et nulle de plein droit : c'est à la fois une usurpation de pouvoir et une prévarication. — Ce serait un déshonneur; ce serait un aveu manifeste d'impuissance et de faiblesse devant plus faible que lui; ce serait dire que la constitution l'arme d'un pouvoir inutile ou qu'il est incapable d'en user.

Et quels sont ces hommes qui nous demandent de nous humilier devant les tyranneaux du Manitoba et de leur sacrifier des droits tant de fois incontestables et sacrés et de par la loi naturelle, et de par la constitution," et, de par l'autorité du plus haut tribunal de justice qu'il y ait dans l'Empire et de par l'autorité du Parlement qui les a approuvés en principe? Ce sont les mêmes qui tout à l'heure par la plume de M. David insultaient . nos Evêques, parce qu'ils ont condamné des démagogues sans principes et sans conscience, parce qu'ils ont blâmé et défendu la révolte à main armée contre le pouvoir légitimement constitué; parce qu'ils ont réprouvé ces agitations populaires pour des causes d'une justice problématique où l'on portait les foules à des désordres et à des violences peu dignes d'un peuple civilisé et chrétien I Ce sont eux qui nous parlaient alors des sentiments d'énergie et de noble fierté des ancêtres! Ce sont eux qui tout à l'heure dans le chapitre de l'éducation demanderont au clergé de former « des caractères forts, virils » et « de faire des hommes. »

Qu'ils se rassurent I qu'ils regardent autour d'eux, et ils verront

que ce ne sont pas ceux qui suivent les inspirations du clergé canadien, qui au moment décisif manquent de force et de virilité et trahissent à la fois la patrie et la religion.

Et malgré tant de bonnes raisons, le droit et la justice, l'honneur de la race succombèrent, parce qu'ainsi l'ordonnaient les maîtres occultes qui voulaient la déchristianisation, ou, comme disait Herbette : le déniaisement du Canada 1 !

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