‹ Voix canadiennes: Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 81 sur 81 · II. — En fait · texte numérisé non relu

II. — En fait

1<^ M. Laurier est lié par le compromis conclu avec Greenway, compromis qui sacrifie les écoles séparées;

2o II est lié par l'entrée de M. Sifton dans son cabinet, entrée (qui sancticHxne le compromis;

3° Il est lié par l'adoption du compromis lui-même par la législatoxo

— -li)2 —

Si Votre Excellence a conservé ces prévisions que la connaissante de notre monde politique me permettait de faire, elle pourra, en les relisant, se convaincre que je n'étais pas le pessimiste qu'elle m'a cru.

Dieu m'est témoin cependant que mon plus grand contentement aujourd'hui serait d'être convaincu d'avoir prophétisé à faux.

Quelques conclusions

A peine Votre Excellence avait-elle mis le pied sur le sol canadien, qu'un des ministres du Gouvernement de sa place en chambre, jetait aux vents de la publicité l'étrange document que lui et quarante-quatre de ses collègues avaient signe, dénonçant au Saint-Siège l'épiscopat et une grande partie du clergé de la Province de Québec pour leur conduite pendant les élections générales de 1896.

Le « Soleil » du 2 avril qui publie ce document le fait suivre des remarques que voici :

« C'est sur cette demande que Is Délégué papal est ici aujourd'hui. — Enquêter tous ces faits est l'objet de sa mission ».

Ceux qui vous envoyaient i?i prétendaient que c'était pour

de WinnipeK, adoption aue M. Laurier a laissé s'accomplir sans Lntervention de sa part, pas même pour la retarder en vue de l'arrivée immédiate d'un Délégué apostolique, qui, dans les circonstances, représente soit la minorité elle-même, avec laquelle M. Laurier ne veut pas traiter, soit un tribunal d'arbitrage demandé par M. Laurier pour juger du différend existant.

Si le Saint-Siège n'obtient pas, dès le début, la promesse de M. Laurier d'accepter et de rendre effective la décision qui sera donnée, quel espoir peut-on raisonnablement reposer dans la mission d'un Délégué apostolique, et si M. Laurier refuse de donner cet engagement d'honneur qu'il lui est si facile de remplir, l'intervention du Saint-Siège, obtenue alors sous de faux prétextes, ne court-elle pas le très grand danger d'aboutir à un insuccès?

Nous signalons cet écueil que nous voyons.

Que Dieu protège la cause de la minorité et que sa Providence coordonne les événements pour en assurer le triomphe.

aider au règlement de la question scolaire en prêtant mainforto à l'épiscopat. C'est l'assurance qui m'a été donnée à moi-même par les Cardinaux que j'ai vus à Rome.

Ceux qui vous recevaient ici prétendaient au contraire que Votre Excellence ne venait au Canada que pour régenter les Evêques et ils citaient à l'appui de leur prétention la requête lue en parlement par },l. Tarte.

Où était la vérité et pourquoi n'a-t-elle pas été connue?

L'objet de votre mission, pour moi du moins ne fait pas l'ombre d'un doute, mais pour le public en général, cette mission est entourée de nuages impénétrables.

Si le Gouvernement, disait-on en certains endroits, eût réellement trompé le Saint-Siège et obtenu de lui l'envoi d'un Délégué sous de faux prétextes, est-ce que le Délégué lui-même n'aurait pas senli l'injure faite au Saint-Siège et aurait-il consenti, comme il l'a fait en plusieurs occasions, à rehausser le prestige de ceux qui se seraient ainsi joués de lui?

M. Fitzpatrick, par exemple, qui est allé à Rome et qui s'est vanté d'avoir réussi où l'abbé Proulx et le chevalier Drolet avaient failli, M. Fitzpatrick n'a-t-il pas été l'objet d'attentions pariiculières de la part du Délégué qui dans deux circonstances bien connues du public à Québec et à Otlawa lui a procuré l'homieur de sa présence et a rompu avec lui le pain de l'amitié? Ce témoignage d'estime ne prouve -t il pas que le Saint-Siège n'a pas dû être joué par M. Fitzpatrick ?

J'aime à faire remarquer à Votre Excellence que personne ne l'a accusé ni n'a droit de l'accuser d'aller prendre im repas chez le Solliciteur-Général; on a simplement tiré la conclusion que je signale. C'est le raiconnement du public qui no connaît pas mieux.

On a tiré aussi une conclusion, peut-être également injuste, du choix de votre résidence à Ottawa, â Québec, à Montréal, à Winnipeg et à Toronto. On a remarqué que dans la province d'Ontario, Votre Excellence avait consenti à accepter Ihospitcilité de ^'Archevêque à Toronto, tandis qu'elle avait re-

fusé celle des Archevêchés de Québec, de Montréal, d'Ottawa et de Saint-Boniface. On a fait un rapprochement à l'avantage des évoques d'Ontario, conlre ceux de la province de Québec et du Manitoba, et on a dit que cette distinction prouvait que tous les évêques n'étaient pas également traités parce que vis-à-vis de Votre Excellence, ils n'étaient pas également sur le même pied.

La publicité donnée à 1 échange de télégramme? e'-tra li Cardinal Rampolla et l'Archevêque de Toronto et ses suffragants a été aussi un sujet qui a piqué la curiosité du public et fait naître ses commentaires. On s'est demandé si une telle publicité n'était pas de sa nature propre à mettre en relief l'absence de pareil échange entre les prélats de Québec et le Saint- Siège, absence qu'on prétend expliquer précisément par cette conclusion que l'épiscopat de la Province de Québec était cité devant le tribunal de Son Excellence, tandis que celui de l'Ontario ne l'était pas. La comparaison devenait odieuse pour l'épiscopat de la province de Québec.

Je parlais, il y a un instant, du choix de votre résidence dans les villes où Votre Excellence a séjourné non pour dire qu'on le blâmait, bien qu'il n& soit pas dans nos mœurs que les personnages ecclésiastiques se retirent aux hôtels, mais un'quement pour vous faire connaître la comparaison qu'on faisait et la conclusion qu'on en tirait. Il y a eu cependant des inconvénients que j'ai pu constater, que Votre Excellence a dû ignorer et qu'elle ignorerait encore si je ne les portais à votre connaissance.

Ainsi, à Québec, à l'hôtel Frontenac, il y avait un vérilable système, mis en opération et dans plusieurs cas à ma connaissance avec un plein succès, pour empêcher les visiteurs d'un certain ordre d'idées de parvenir jusqu'à vous pour vous faire connaître leurs vues sur les questions du jour. Le portier en bas disait au visiteur qu'il lui était inutile de monter à la chambre de Votre Excellence, que déjà une vingtaine de visiteurs faisaient antichambre, attendant leur tour. Le visiteur

découragé s'en retournait. J'ai été averti du truc et je l'ai déjoué plus d'une fois en donnant à ceux qui voulaient vous voir, le conseil de monter directement à votre chambre.

A Ottawa, des Sénateurs et des Députés ont refusé péremptoirement d'aller voir Votre Excellence, parce que, disaient- Us, il n'y avait rien à espérer de celai qui prenait ses logements dans la maison de l'un des principaux employés du Gouvernement actuel et qui se mettait dans les obligations de Sir Donald Smith, c'ost-à-dire de l'un des hommes qui ont créé le plus d'embarras au Gouvernement conservateur au sujet de cette même question des écoles. 11 ne faut pas oublier en effet que Sir Donald Smith a été l'instigateur d'une partie des difficultés que le Gouvernement conservateur a éprouvées en janvier 1896 et que la ridicule mission d'une délégation s Winnipeg a été presque exclusivement son œuvre. Sir Donald Smith avait pendant cette mémorable cession de 1896 de fréquentes entrevues avec le chef de l'Opposition et tout le monde connaissant son passé, — il avait déjà trahi son parti, — le considérait comme un être dangereux et n'inspirant aucune confiance.

J'ai combattu cette prétentioji que je trouvais absurde, mais on persistait dans l'idée qfue c'était parfaitement inutile d'aller voir Votre Excellence pour cette raison que Votre Excellence était entièrement entre les mains du Gouvernement.

Gomme de raison, j'attache peu d'importance au fait en lui-même, qui ne peut acquérir de valaur que s'il est ajouté à d'autres faits du même genre.

Ce qui est plus grave, ce sont les articles des journaux, articles d'une rare perfidie, propageant, sous les yeux de Votre Excellence, au milieu de nos populations, la semence maudite du persiflage, de l'insubordination et de l'injure contre l'autorité épiscopale, traînant les évoques au tribunal incompétent de l'opinion publique, les narguant dans d'hypocrites remerciements au Saint-Siège d'avoir enfin envoyé un délégué pour tranquilliser leurs consciences, ou annonçant des

changements dans les tilulaires des différents diocèses pour y ramener la tranquillité et la paix.

^ J'ai cité le Soleil qui publiait dans son numéro du 24 Avril, "eo que Votre Excellence doit considérer comme une insulte, mai« qui n'en propage pas moins l'idée que « la présence du délégué apostolique parmi nous a ranimé ceux qui é' aient intimidée ». Le Soleil du 6 Mai publiait l'insanité suivante en invoquant le témoignage de Votre Exocllence :

« A propos, disait-il : s'il s© trouve encore quelque pré re qui dise que c'est un péché que de lire le Soleil, l'on pourra s'dresser à Son Excellence pour obtenir son oi inion à ce sujet ».

Qui n'a point compris que cette impertinence était à l'adresse de Mgr de Chicoutimi?

Tout récemment encore, la Pnirie dénonçait Mgr Langevin à son public, écrivant sur le compte de ce valeureux archevêque qui combat pour une cause qui lui est particulièrement chère, puisqu'il s'agit de l'éducation de ses propres ouailles, les lignes ineptes que voici : (n° du 17 mai).

« Le Délégué pontifical ira bientôt dans l'Ouest. C'est chose canvenue. On lui présentera des adresses où l'on demandera des écoles séparées, où l'on criera à l'injustice où l'on protestera, etc.

» Ceux d'entre nous qui savent comment les choses se pas* sent au Manitoba, n'attacheront aucune importance aux démonstrations qui vont s'organiser.

» Mgr Langevin au moyen de l'organisation cléricale dont il est le chef et dont il tient tous les fils dans sa main fait mouvoir à san gré la petite population catli clique du Manitoba-. La majorité n'est point de son sentiment, mais elle est écrasée sous la crainte. Quiconque ose exprimer une opinion différente de celle de l'Archevêque de Saint-Boniface est voué aux plus incroyables persécutions. »

La Patrie est un éducateur de notre population I La presse libérale est presque unanime dans cette expression malsaine de sa haine contre l'épiscopat et précipite tous

les Jours le flot a peine contenu du mensonge et des p.ales injures,

Un de ces empoisonneurs a été condamné, frappé à mort. Il renaît de ses cendres et demande à Votre Excellence son, opinion sur luil

« La présence du Délégué Apostolique a ranimé cgux qUî étaient intimidé? 1 ! 1 ».

Faut il donc que ce soit là au dire même de ces tristes jour naux le résultat de vctre mission?

Je vous l'ai déjà dit, Excellence, M. Laurier vous a fait venir pour servir ses propres intérêts. Vous n'obtiendrez jamais de lui les écoles séparées que réclame* de droit la minorité catholique du Manitoba.

Votre présence ici ja paralysé les législateurs catholiques et les a empêchés de présenter une législation réparatrice précisément- parce qu'ils savaient que tous les partisans catholiques de M. Laurier, bien que liés par leurs promesses à.' l'adoption d'une telle loi, prétexteraient leur déférence au Saine-Siège pour ne pas se prononcer eux-mêmes sur une cause qu'on avait mise entre les mains de Votre Excellence.

M. Laurier vous a gardé ici pendant toute la session. Votre présence au Canada pendant les élections locales a été désastreuse pour le parti qui avait défendu cette cause sacrée des écoles, et qui, dans la législature, a spécialement le devoir de sauvegarder les intérêts de l'éducation.

Ce n'est peut-être pas de votre faute. Vous avez été trompe et indignement exploité. Mais je puis vous donner ce témoignage que vous ne l'avez jamais été par aucun des défenseurs de la cause des écoles.

Voti^v Excellence va bientôt laisser le pays. C'est du moins ce que nous apprend un des journaux de Montréal, La Presse :

« On croit généralement à Ottawa, dit-elle, que le résultat des élections de Québec va avoir pour effet d'abréger la durée de la mission de Mgr Merry del Val au Canada, à moins cependant que les hautes marques de sympathie qu'on lui prodigue à To

lonto dans le clan libéral, ne recouvrent une arrière-pensée. — On conçoit que la présence au Canada de Mgr Merry del Val, pourrait avoir une influence sérieuse sur la bataille et retiendrait certainement plusieurs adversaires de l'Honorable M. Hardy. Aussi le cabinet ontarien s'est-il mis à la -disposition complète du délégué apostolique avec d'autant plus de facilité qu'à Toronto il y avait un terrain conmiun, l'archevêcbé, où les libéraux sont absolument personna grata ».

Il est possible, .dans ces circonstances, qu'on essaye de retenir Votre Excellence au Canada. Je souhaite alors à Votre Excellence qu'elle constate elle-même, si la lutte qui va s'engager dans Ontario, bien qu'une lutte purement provinciale, sera ce qu'on peut appeler une élection où il s'agit de questions purement administratives et si, en conscience, chaque électeur pourra voter pour le candidat qu'il préfère, sans s'occuper du sort de ses écoles séparées ou des intérêts de l'éducation.

Nous habitons un pays où les droits de la loyale opposition de Sa Majesté sont aussi sacrés au sujet que ceux du gouvernement lui-même, où l'opposition d'aujourd'hui devient le gouvernement de demain, où la volonté populaire fait et défait les cabinets au gré de ses désirs. En 1874, le parti libéral, avait en chambre une majorité de 80 votes; quatre ans plus tard il était broyé aux élections générales de 1878 et le parti conservateur revenait au pouvoir avec une majorité aussi forte. Le parti libéral est aujourd'hui au pouvoir avec une majorité de 35 à 40 voix; dans quatre ans, si M. Laurier n'a pas rendu justice à la minorité opprimée il sera brisé à son tour^. U faut que la vérité et la justice finissent par triompher.

Il a fallu lutter pendant quinze ou vingt ans pour donner à la minorité catholique de l'Ontario des écoles séparées. Pourquoi nous montrerions-nous moins forts et moms persévérants que nos devanciers et irions-nous capituler guand nous avons pour nous Dieu et la Conscience? Que les pusillanimes sortent de nos rangs, que les adorateurs du soleil levant et les courtisans du pouvoir passent à l'ennemi, nous ne l. il n£ !le fat pas!

voulons parmi nous que ceux qui peuvent boire au torrent sans s'y arrêter. Gédéon n'eut point d'autres soldats, mais le Dieu des victoires combatlit avec Gédéon. Il combattra également avec nous.

Je ne veux point terminer cette lettre sans attirer l'attention do Votre Excellence sur une autre interpellation, qu'à trois dates différentes j'ai faite au gouvernement au sujet du juge Routhier. J'en parle à Votre Excellence parce que cetto interpellation et les réponses que j'ai reçues sont liées à la question des écoles.

M. Prendergast fut pendant quelque temps l'un des partisans les plus dévoués de la cause des écoles.

Lo gouvernement Laurior captura ce combattant lans une embûche sans gloire et ]\I. Prendergast est aujourd'hui juge par la faveur de M. Laurier. M. le juge Routhier, qui fut toujours un ultramontain bien connu, écrivit \m jour à M. Prendergast pour le féliciter d'avoir accepté le règlement Laurier-Greenway. La nouvelle fit sensation, causa du scandale et sépara de ]\I. Routhier ses amis d'autrefois. M. Routhier se rapprocha du pouvoir et chercha ses rayons bienfaisants. Il vient de les trouver et sa défection est récompensée. L'honorable juge, avant de partir pour l'Europe, a eu l'avantage de vous offrir un dîner et de vous faire asseoir à sa droite; il a demandé au prestige de votre position et à l'autorité de votre nom un éclat que sa défection avait effacé de son propre nom.

La faveur lui fut accordée et M. Routhier qui a trahi les évêques de son pays peut se vanter aujourd'hui que le manteau de Votre Excellence le protège contre la curiosité indiscrète des hommes d'honneur. Il est parti pour l'Europe.

J'ai dû, dans l'intérêt de la cause des écoles m'informer officiellement si le gouvernement avait confié une mission quelconque à l'honorable juge, diplomatique ou non, officielle ou officieuse. Le gouvernement par trois fois, et sa dernière réponse est postérieure au départ du juge, m'a répondu dans

la négative, me donnant l'assurance qu'aucune mission quelconque n'avait été confiée à l'honorable juge auprès de qui que ce soit. Je transmets cette information à Votre Excellence siin d'empêcher la répétition du jeu indigne qui a été joué lorsqu'il is'est agi de la nomination d,'un délégué Apostolique.

Votre Excellence voudra bien me pard;onner la franchise de mon langage, Toute vérité, je le sais, n'est pas toujours bonne à dire, mais je me suis conduit vis-à-vis de Votre Excellence comme j'aurais aimé qu'on se serait conduit vis-à-vis de moi, eussé-je été placé dans les conditions où se trouve actuellement Votre Excellence.

J'ai pour l'autorité le respect le plus sincère, mais je ne suis pas un courtisan du pouvoir et je crois (Jue le meilleur service qu'on puisse rendre à ceux qui sont constitués en autorités, c'est de les tenir au courant de ce qui se dit et de ce qui se passe. Cela ne leur ôte pas la liberté de prendre la décision que réclament les intérêts du public, l'honneur de la religion et la gloire de Dieu.

Telle est ma justifica'ioji.

Je prie Dieu qu'il vous bénisse dans vos travaux et qtîè votre mission soit un succès, laissant la tranquillité et la paix après le départ de Votre Excellence, les droits des catholiques, non amoindris et l'autorité épiscopale non entamée.

Avec cet espoir, je demeure, De Votre Excellence, le serviteur très humble et tout dévoué.

' ; P. Landry, sénateur.

Chambre du Sénat, Ottawa, 7 juin 1897.

MGR MERRY DEL VAL S'EN RETOURNE A ROME RECOURS A LA S. C. DE LA PROPAGANDE

Mgr Merry del Val quitta le Canada, ayant combla au delà de ce qu'ils attendaient de lui les vœux des libéraux, arrivés à leurs fins et seulement occupés dès lors à consolider leur succès. Quel serait le rapport du Délégué Apostolique de retour à Rome? On pouvait s'en inquiéter et le sénateur Landry s'adresse à ce sujet au Préfet de la Propagande :

A Son Eminence le Gard. !M. Ledochowski, Préfet de la Propagande, Rome.

Eminentissime Seigneur,

La presse du Canada publiait, à la date du 8 juillet, le renseignement suivant :

Mgr Walsh.

« Une dépêche de Toronto mande que Sa Grandeur Mgr Walsh, accompagnée du Rév. M. E.-J. Tlieuman et du Rév. L.-J. Germ, s'est embarqué hier à New-York sur le Germanie en route pour l'Angleterre. L'archevêque de Toronto sera absent pendant deux mois et fera un tour en Irlande. Il peut se faire qu'il se rende à Rome au moment où Mgr Merry del Val présentera son rapport sur la question des écoles du Manitoba à Sa Sainteté.

» Le Délégué Apostolique et l'archevêque de Toronto sont devenus deux intimes et partagent les mêmes vues sur la difficulté scolaire ».

Dès avant la publication de cette dépêche, un journal |de Montréal, la Presse, avait dit, à la date du 13 mai dernier.

« On croit généralement à Ottawa que le résultat des élec- » tions de Québec va avoir pour effet d'abréger la durée de » la mission de Mgr Merry *del Val au Canada, à moins cepen- » dant que les hautes marques de sympathie qu'on lui pro- » digue à Toronto, idans le clan libéral, ne recouvrent une » arrière-pensée. On sait que les élections provinciales se pré- » parent dans la province sœur... Dans ces' conditions on con- » çoit que la préselioe au Canada de Mgr Merry del Val pour- » rait avoir une influence sérieuse sur la bataille et retiendrait » certainement plusieurs adversaires de l'hon. M. Hardy. Aussi » le cabinet ontarien s'est-il mis à la disposition complète » du Délégué Apostolique avec d'autant plus de facilité qu'à » Toronto il y avait un terrain commun, l'archevêché, où les » libéraux sont absolument persona grata. Mgr Walsh a tout » mis en oeuvre pour faciliter la réunion de MM. Hardy et » Ross avec Mgr Merry del Val ».

(MM. Hardy et Ross sont deux ministres du gouvernement de l'Ontario).

Let; efforts de Mgr Walsh ont été évidemment couronnés de succès s'il faut en juger par les deux dépêches suivantes publiées dans le Citizen d'Ottawa; la première, le 14 mai, la deuxième, le lendemain, et dont voici la traduction :

Mgr Merry del Val. Toronto, mai 14 (spéciale). — Mgr Merry de! Val a passé hier sa dernière journée, à Toronto, à titre d'hôte de personnages haut placés. Il déjeuna à midi à l'hôtel du gouvernement. Mgr Cleary, archevêque de Kingston, et Mgr l'archevêque Walsh étaient au nombre des invités...

Toronto 15 mai. — • Son Honneur le juge MacMahon a donné avant hier, à Clarence Lodge, un dîner en l'honneur de S. E. Mgr Merry del Val. Il y avait vingt couverts. On remarquait la présence de Sa Grandeur Mgr Walsh, de l'Hon. A.-S. Hardy, premier ministre d'Ontario, de l'Hon. Chs Fitzpatrick, solliciteur général, de Sir Casimir Gzowski, de l'Hon. G.-W. Ross, etc., etc.

Ce n'est pas la première fois qtie le nom de Thon. Ch». Fitz-t patrick est mentionné avec ceux de S. E. le Délégué et de S. G. Mgr Walsh.

Le 4 mars dernier, la Presse de Montréal publiait oe qtii suit au sujet d'un voyage (jvte M. Fitzpatrick avait fait à Toronto.

« L'hon. M- Fitzpatrick, solliciteur général, est parti hier » do Toronto pour se rendre à Ottawa. M. Fitzpatrick a eu » une entrevue avec Mgr Walsh archevêqTie de Toronto ». A ce propos, îa Minerve écrit : « Espère-t-il donc mettre sous une fausse impression un autre prélat anglais, comme il a réussi sur l'entourage de S. E. le Gard. Vaughan, à Londres?... Se flatte-t-il de convaincre l'archevêcrae de Toronto que la cause de l'éducation catholique est moins sacrée que celle du gouvernement Laurier, du moment qju'il n'y a d'affecté qu'une minorité française?

Le Pree Presse, journal libéral d'Ottawa, organe du gouvernement, donnait, le 3 mars, la dépêche suivante : « Fitz^ patrick à Toronto; dépêche spéciale au Free Presse >•>■

« Toronto March 3. L'Hon. M. Fitzpatrick, solliciteur général du Canada, qui a passé ici la jouméo d'hier, est parti ce matin pour Ottawa. Pendant son séjour à Toronto, il y eut une conférence entre lui, Mgr Walsh et le juge MacMahon ».

Une communication secrète partie de Toronto fut, à cette date, envoyée à ceux qui s'intéressent particulièrement à la question des écoles. Celle que j'ai en mains se lit comme suit :

« Toronto, 3 mars 1897. — Il est rumeur ici parmi les grits Qxbéraux) que le juge MacMahon, un grit ^(libéral) proche parent avec Mgr l'archevêque Walsh de Toronto, et qui soupire après une promotion à la cour suprême, a réussi à convertir l'archevêque à la cause de Laurier. Les grits, dans tous les cas, sont dans la joie, ils doivent avoir eu de bonnes nouvelles. »

Ce qui peut donner quelque plausibilité à cette rumeur,

e'est le fait que M. Fitzpatrick, en sa qualité de solliciteur général a son mot à dire dans les promotions sur le banc judiciaire. C'est un homme qiii peut faire des promesses parce que la position qu'il occupe lui permet de les faire, et ensuite parc© qtie sa nature l'incline fortement dans cette direction.

Je ne me permettrai toutefois de tirer ni d,e suggérer aucune conclusion, il me suffit d'avoir simplement relaté les faits.

Je dois ajotiter qUe, par une singulière coïncidence, M. Fjtzpatiick so trotiVait à Toxento ces jours derniers, lors du départ |de Mgr ,Walsh.

Il est à regretter que l'archevêque de Toronto ne connaisse pas rhpnime qlii s'adharne ainsi à lui et qu'il n'ait pasj été mis .^ti clourant des singuliers procédés auxq^uels le solliciteur général a recouns pour faire triompher ses visées politiques, Un sfeUl ^ait suffit pour démontrer la valeUt de ce politicien sans principes.

En 1896, lors du Vote pris d^ans la chambre des Communes sur la deuxième lecture dje la loi réparatrice, touis les libéraux, moins Sfept, vt^tèrent contre cette mesure de justice en faveur de la minorité opprimée. M. Fitzpatrick n'était pas ^•ors membre de la chambre d^es Communes, mais il représentait dans la législature provinciale le comté de Québec. Ce même comté de Québec était alors représenté au parlement fédéral par un député libéral, M. Frémont, et M. Frémont était précisément un des sept libéraux qui s'étaient séparés de leur parti pour se joindre au parti conservateur dans ciet acte de réparation à la minorité manitobaine.

Survinrent les éiections générales du 23 juin 1896.

M. Frémont se présenta de nouveau dans le ciomté de Québec comme libéral indépendant, promettant de Voter encore en faVeUr d'une législation réparatrice. Le parti cons^ervateur ne fit aucune Opposition à la candidature de M. FremOnt, et celui-ci allait être élu par acclamation quand M. Fitzpatrick lui-même se priéfeenta contre lui.

Au lieu de faire; la, lutte a un adversaire de la loi répara-

trice, M. Fitzpatrick se tourna sans raison contre un des défenseurs les plus méritants d'une cause sacrée, signa de luimême sans y être demandé, cette déclaration solennelle par laquelle il s'engageait à marcher avec les évêques de sa province et à retirer son appui à M. Laurier si celui-ci ne rendait pas justice aux catholiques.

M. Fitzpatrick fut élu : il amena la défaite d'un de ses amis politiques, d'un des partisans Jes plus dévoués de la cause des écoles. C'était déjà une vilenie.

Les événements ont suivi leur cours, et aujourd'hui, loin de marcher avec les évêques de sa province, M. Fitzpatrick, répi> diant levs engagements d'honneur, leur fait une guerre déloyale et cherche par des moyens inavouables à susciter contre eux l'épiscopal d'une province étrangère.

Mais quelle que soit l'indignité d'une telle conduite, Mgr iWaJsh ne doit pas en être tenu responsable ; et il en doit être tenu d'autant moins responsable qu'il ignore probablement les incidents que je relate ici.

Ils sont pourtant du domaine de l'histoire ; mais Toronto est à 930 kilomètres de Québec par voie ferrée, et plus loin encore ijautrement.

Actuellement, tout cela importe peu, et la seule question qui surgisse, c'est de savoir si Mgr Walsh doit se rendre à Rome pour tenter de faire accepter lé compromis Laurier-Greenway, ne fût-ce qu'à t^tre d'essai.

Une telle démarche serait de nature à douloureusement surprendre les catholiques du Canada qui savent que Mgr Walsh a plus d'une fois, avant l'arrivée de Mgr Merry del Val au Canada, manif^té ses opinions d'une manière bien accentuée. N'est-ce pas en effet le Catholic Record, l'organe de Mgr .Walsh, qui s*écriait à la fin ^'octobre 1896 :

« Il est fatigant d'être obligé de répéter sans cesste qu'il ne peut y avoir qu'un règlement de la question des écoles du Manitoba. Il faut que les droits des catholiques leur soient rendus, C'est là la détermination fies électeurs ca,tholiqu€S

d'un bout du Canada à l'autre. Si l'on tente d'imposer à nos coreligionnaires tout autre soi-disant règlement, cela voudra dire simplement que dans toutes les provinces les catholiques se lèveront pour combattre plus vigoureusement que jamais pour leurs droits. Ce n'est pas une lutte dont on peut se fatiguer. Nous désirerions certainement voir cette question réglée, et si c'est par M. Laurier tant mieux; maintenant qu'il est au pouvoir, il n'existe parmi les catholiques aucune intention d'accepter moins qu'un juste règlement ».

Pas plus aujourd'hui qti'il y a quelques mois, ce ne peut être l'intention de Mgr Walsh d'accepter moins qu'un juste règlement. Il faut que les droits des catholiques leur soient rendus, a-t-il dit alors ; comment pourrait-il parler autrement aujourd'hui?

M. Laurier, ou plutôt M. Fitzpatrick aurait-il réussi à lui faire changer d'opinion en lui représentant, comme l'a écrit M. Laurier dans son mémoire du 23 novembre 1896 que « si le parlement avait adopté le bill réparateur ou tout autre semblable, il s'en serait suivi une autre longue période d'agitation et de tourmente au grand détriment de la minorité catholique dans les autres provinces... » et que « la paix et l'harmonie qui avaient régné avant cela entre protestants et catholiques par tout le Canada, étaient sérieusement troublées au grand détriment des catholiques qui sont en minorité dans toutes les provinces moins une »?

En d'autres termes, s'est-il trouvé, un homme assez ignorant do notre constitution pour tenter d'effrayer Mgr WalsTi en lui représentant que l'agitation qui se faisait pour rendre justice aux catholiques du Manitoba pouvait mettre en péril les droits des catholiques des autres provinces et spécialement d'Ontario? — Une telle tentative pourrait expliquer les craintes et im changement d'attitude dans l'archevêque de TorontO', mais ne les justifierait en aucune manière.

Il n'y a qu'à consulter la constitution elle-même pour dis-

siper tout de suite une Impression aussi erronée. Que dit la constitution?

L'acte de l'Amérique britannique du Nord, clause 93, se lit comme suit :

93. — Dans chaque province la Législature pourra exclusivement décréter des lois relatives à l'éducation sujettes et conformes aux dispositions suivantes :

1. — Rien dans ces lois ne devra préjudicier à aucun droit ou privilège conféré, lors de l'union, par la loi à aucune classe particulière de personnes dans la province relativement aux écoles séparées (denominational) ;

2. — Tous les pouvoirs, privilèges et devoirs conférés et imposés par la loi dans le Haut-Canada (i. e. la province d'Ontario) lors de l'union, aux écoles séparées et aux syndics d'écoles des sujets catholiques romains de Sa Majesté, seront et sont par le présent étendus aux écoles des sujets protestants et catholiques romains dans la province de Québec;

3. — Dans toute province où un système d'écoles séparées ou dissidentes existera par la loi lors de l'union, ou sera subséquemment établi par la législature de la province, il pourra être interjeté appel au gouvernement général en conseil de tout acte ou décision d'aucune autorité provinciale, affectant aucun des droits ou privilèges de la minorité protestante ©u catholique romaine des sujets de Sa Majesté relativement à l'éducation.

Quand le Haut-Canada entra dans la confédération sous le nom de province d'Ontario, en 1867, il possédait, en vertu d'une loi formelle, un système d'écoles séparées ; et ce fait est ^"econnu par le paragraphe 2 de la clause 93 de l'acte constitutionnel que je viens de citer, et qui décrète que la province de Québec jouira précisément des mêmes pouvoirs, privilèges et devoirs que ceux conférés par la loi dans le Haut- Canada aux écoles séparées. Cela étant, toute loi que pourrait désormais édicter la législature d'Ontario, qui le serait en matière d'écoles séparées des droits existants lors de l'entrée

de cette province dans l'union, serait ipso moto inconstitutionnelle.

De ce chef les catholiques d'Ontario sont à l'abri de toute surprise ; car une telle loi serait déclarée inconstitutionnelle et mise à. néant par les tribunaux.

Maiç à part les droits bien déterminés par la loi elle-même et que possédaient les catholiqiies d'Ontario lors de l'entrée de leur province dans l'union, il y a d'autres droits et d'autres privilèges que ces mêmes catholiques ont pu acquérir par une législation subséquente à l'entrée de leur province dans l'union. Ces droits additionnels peuvent être affectés par une législation provinciale; dans ce cas, cette législation peut être constitutionnelle, mais elle n'en constituerait pas moins une injustice dont on peut appeler au Gouverneur général en conseil. C'est le cas du Manitoba.

Les droits que les catholiques d'Ontario tiennent de la loi antérieurement à la confédération sont donc inattaquables, et Mgr Walsh n'a rien à craindre de ce côté. Il n'y a que les droits acquis par une législation postérieure à la confédération qui puissent être lésés. — Mais il y a un remède : l'appel au gouverneur général.

Je le demande maintenant, Mgr Walsh peut-il croire qu'il y ^it plus de sécurité pour lui et pour ses écoles séparées 3, travailler pour que ce remède devienne illusoire?

Un jugement a été rendu dans la cause des écoles du Manitoba, ordonnant le redressement des griefs de la minorité. Si Mgr Walsh prête son concours et son influence à ceux qui ne veulent pas appliquer le remède, comment pourra-t-il demander pour les siens d'Ontario l'application du même remède, le cas échéant?

N'est-ii pas, au contraire, de son plus grave intérêt que la constitution soit respectée, que les jugements rendus soient exécutés ?

Ceux qui constateront que l'injustice commise au Manitoba n'est pas demeurée impunie n'oseront jamais s'attaquer aux

droits des catholiques d'Ontario, parce qu'ils craindront le même redressement.

Que si, au contraire, par l'obstination des fanatiques et par une coupable condescendance de la part de certains catholiques, il devient impossible de rendre justice aux catholiques du Manitoba, pourquoi ne serait-il pas alors possible, facile même, de s'attaquer aux catholiques d'Ontario et de leur enlever tous leurs privilèges? Là, est le véritable danger.

Mgr Walsh doit voir où est son intérêt. Puisse-t-il fermer l'oreille aux propositions insidieuses du Solliciteur général, et, résistant aux tentatives déjà faites de semer la division parmi les membres de l'épiscopat canadien, consacrer ses talents et son influence au triomphe d'une cause dont le succès sera pour 6e«5 propres écoles le meilleur gage de stabilité.

Ceux-là travaillent directement contre leurs propres intérêts qui veulent que dans le règlement de la difficulté scolaire manitobaine, on laisse de côté la constitution du pays et le jugement qui en fixe l'interprétation. Si la constitution devient lettre morte et doit disparaître devant le fait accompli, comment peut-on espérer qu'elle puisse protéger dans l'avenir la minorité catholique qui vit sous la houlette de l'archevêque de Toronto?

C'est ce danger qu'ont signalé les sénateurs et les députés catholiques conservateurs du parlement canadien dans leur requête au Délégué Apostolique, quand ils demandent aux autorités ecclésiastiques « de vouloir bien prendre en considération l'aspect constitutionnel de la question scolaire, et ne pas oublier que la moindre concession aujourd'hui ouvrirait toute grande la porte des concessions futures ».

Je ne sais réellement pas quelle position prendra ]\Igr Walsh ; mais son départ subit, précédant de quelques heures la publication de la lettre de S. E. le Délégué Apostolique, dans laquelle il impose au Canada catholique l'obHgation de tout suspendre, semble indiquer par sa précipitation même que si les hostilités doivent cesser de ce côté de l'Atlantique, on ne

veut pas du moins perdre les services de l'homme dont « l'amitié est un bienfait des dieux ».

La prudence et les intérêts d'une cause sacrée me font un impérieux devoir de tenter la démarche actuelle et de mettre sous les yeux de Votre Eminence cette déclaration que Mgr Walsh a dû lire lui-même dans un grand journal catholicpie publié dans sa province d'Ontario à la fin^de décembre dernier :

« Les catholiques du Dominion n'abandonneront pas leurs frères du Manitoba tant que ceux-ci ne seront pas rentrés dans la pleine possession des droits dont ils jouissaient avant 1890 » Ainsi parle le Catholic Record.

Ainsi parlait l'épiscopat de tout le Canada réuni aux funérailles de Mgr Fabre, archevêque de Montréal. — Y a-t-il .aujourd'hui une seule voix discordante? Si elle existe, qui donc l'a faussée?

C'est la justice, c'est la vérité qui doivent triompher et non les calculs d'une politique vaine et mensongère. Je demeure de Votre Eminence,

le serviteur très humble et entièrement soumis, P. Landry, Sénateur.

Villa Mastaï,

15 juillet, 1897.

Et comme conclusion à ce chapitre ce dernier document :

« Villa Mastaï, 15 août 1897.

» A Son Em. le Cardinal M. Ledochowski, Préfet de 4a Propagande. .,

» Eminentissime Seigneur,

» Quelques jours avant son départ du Canada, Son Excellence Mgr Merry del Val, Délégué Apostolique, a, le 3 juillet dernier, « adressé une parole » à Sa Grandeur Mgr l'Archevêque de Saint-Boniface « comme à l'évêque le plus iminé-

diatement intéressé dans la (fuestion qui a fait l'objet principal de sa « mission » dans notre pays.

» Cet^e parole, le Délégué entend Vadresser, par l'entremise de Mgr Langevin, à tous les catholiques du pays. — Ce sont là les propres expressions de Son Excellence.

» Et quelle est cette parole?

« Sa Sainteté se trouvera à même, avant peu, d'émettre une décision et de tracer aux catholiques canadiens la ligne de conduite à suivre dans la situation présente...

» Dans l'intervalle, il reste cependant un devoir impérieux pour tous et dans l'exercice de mes fonctions, ajoute Son Excellence, j'ai l'obligation de l'inculper d'une façon formelle, avec la certitude que les évêques et le clergé, dévoués comme ils le sont au Saint-Siège, veilleront à son accomplissement exact de la part des fidèles. Ce devoir est celui de s'abstenir entièrement de toute agitation, d'oublier les divisions et les ressentiments et de suspendre toute discussion ».

» Nous, les catholiques canadiens, nous, les fidèles dont parle JVIgr Merry del Val, nous considérons cette parole du Délégué Apostolique comme un ordre formel de suspendre toute discussion et de nous abstenir entièrement de toute agitation.

» Les partisans dévoués de la cause des écoles, les défenseur convaincus des droits de la minorité, ceux qui veulent le redressement des griefs des catholiques et le triomphe de la constitution outragée, ceux-là doivent se taire et s'abstenir s'ils sont catholiques.

» Nous semmes des catholiques; nous nous soumettrons donc à l'ordre du Délégué Apostolique, nous nous tairons et nous nous abstiendrons.

» Mais il nous sera permis de demander la réalisation, aussi prochaine que possible, de cette promesse que nous a faite le Délégué Apostolique, à savoir : « Que Sa Sainteté se trouvera à même, avant peu, d'émettre une décision et de

tracer aux catholiques canadiens la ligne de conduite à suivre ». '

» Car tant qUe cette décision ne sera pas connue et tant que l'ordre donné par le Délégué Apostolique subsistera, nous, les catholiques canadiens, nous serons dans une position d'infériorité regrettable vis-à-vis les protestants du Dominion. Ceuxci, on effet, qlie l'ordi^O' donné par S. E. le Délégué, ne peut atteindre, jont toute liberté de continuer l'agitation, de ne suspendre en rien les discussions au sujet des écoles et de revendiquer le respect dû à la constitution.

» Deux élections vont avoir lieu prochainement dans la province de Québec : la mort de M. Pouliot, député de Témiscouata, la nomination au banc judiciaire de M. Lavergne, député d'Arthabaska, nécessitent une double élection dans ces comtés. La lutte doit y commencer bientôt.

» Mais pourquoi une lutte? Les catholiques n'ont-ils pas reçu l'ordre de se taire? Pourquoi revendiquer le maintien de notre constitution? n'avons-nous pas .été ëolennellement rivertis de nous abstenir de toute agitation?

» En attendant que le Saint-Siège nous permette l'exercic'e de nos libertés civiles et politiques, en attendant qu'il donne aux catholiques canadiens une direction, nous n'avons, obéissant aux ordres du Délégué Apostolique, qu'à nous croiser les bras et qu'à attendre dans le silence et l'inaction.

» La politique néfaste des libéraux triomphe, et, par une cruelle ironie des choses, le Délégué Apostolique, demandé au pays par les libéraux sous le mensonger prétexte de rendre aux catholiques leurs droits politiques et leur liberté civile, termine ici sa mission diplomatique en formulant un ordre qui prive précisément les catholiques de l'exercice de leurs droits politiques et de leur liberté de dénoncer, comme citoyens, Un compromis désastreux : ^

» La conséquence immédiate de la direction qui nous est donnée par la dernière lettre de Son Excellence Mgr Merry del Val, c'est d'empêcher les catholiques, et les catholiques

conservateurs seuls, de prendre part aux deux élections qUi vont avoii lieu incessamment dan^ les comtéâ de Témiscouata et d'Arthabaska.

» Nous n'avons qu'à obéir. Le parti libéral élira ses candidats sans opposition . de notre part, car nous refusons d'engager une lutte lorsqu'il ne nous est pas permis d'y introduire la discussion de la question des écoles et de la violation persistante de la constitution.

» E!, si nous signalons aujourd'hui à Votre Eminence la position regrettable dans laquelle sont placés les catholiques conservateurs par les instructions si solennellement données par le Délégué Apostolique, c'est dans l'espoir que l'anomalie de leur situation déterminera le Sciint-Siège à prendre de suite le^j moyens nécessaires pour la faire cesser.

» Ce que nous demandons, après tout, c'est la réalisation immédiate de cette parole pleine de promesse que le Délégué Apostolique a laissée en partant, quand il nous a donné l'assurance qa'avant peu le Saint-Siège émettra une décision et tracera aux catholiques la ligne de conduite qu'ils doivent tenir ^.

» La nécessité d'une telle décision et son urgence sont rendues manifestes par la position singulière dans laquelle se trouvent malheureusement placés ceux qui veulent, mais qui ne peuvent exercer leurs droits politiques sans heurter de front les ordres du représentant du Saint-Père.

» Dan,^ l'espoir que tout finira par rentrer dans l'ordre, je demeure, de Votre Eminence, le serviteur à jamais dévoué,

(Signé) : » P.. Landry, Sénateur ».

Hélas I M. Landry, pas plus que les catholiques, n'étaient encore arrivés au bout de leurs peines : c'est ce que je démontrerai dans le tome suivani

1.. Cette décision ne se fit pas attendre; ce fut l'objet de l'Encvclique Affari vos qui réjotiit si légitimement le vieil évêque des Trois Rivières et qui, sans découragement, luttèrent si vaillamment à ses côtés.

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