‹ Voix canadiennes: Vers l'abîmeChapitre 14 sur 83 · BATAILLE DES MÉTIS CONTRE LES SIOUX · texte numérisé non relu

BATAILLE DES MÉTIS CONTRE LES SIOUX

Le 4 septembre 1851, de la Mission de Saint-François-Xavier du Cheval-Blanc, l'abbé Laflèche écrivait à un de ses amis :

« Mon cher ami, — J'ai éprouvé tin bien sensible plaisir en recevant votre lettre du 15 avril, à mon retour de la Praiije... L'année dernière je pris cette route pour la première fois... Au moment où nous allons camper, uos éclaireUrs nous signalent la découverte d'un grand camp des Sioux. De suite nous nous metr tons à fortifier notre frêle et incessant rempart de charrettes et on passe dans les roues des perches que l'on y attache aussi solidement que possible. SoUs les charrettes sont creusés des trous pour y mettre les femines et les enfants à l'abri des balles ; en dehors de ce cercle, on élève des redoutes en terre pour protéger nos chasseurs dans le cas où ils seraient trop incom,miOdés par le feu des ennemis. Vous pouvez croire q;ue l'on fit bonne garde durant toute la nuit.

» C'était précisément aU moment de la pleine lune et nous pûmes contempler à loisir le spectacle solennel de l'éclipsé que j'avais eu le soin de prédire à mes gens.

» Pendant que mes amis du Canada observent à leur aise cet admirable phénomène de la nature, me disais-je à moi-même, me Voici donc, moi, forcé d'envisager pendant cette triste et longue nuit, une mort qui, quoique vue à travers un faible nuage d'incertitude n'en paraît cependant pas moins horrible. Ah! mon cher ajni, je vous avoue que je fis là mon sacrifice; car je m'attendais à être le lendemain taillé en morceaux par ces barbares. Humainement c'était la seule conclusion à laquelle je pouvais arriver. Un camp de 600 loges donnant au moins 6000 guerriers, et qu'avions-nous à leur opposer? Environ 80 chasseurs, dont quelquesuns n'avaient pas pins de 12 à 15 ans.

» Nous avions Un rempart, il est vrai; mais quel rempart! Des charrettes posées l'une à côté de l'autre, pouvaient empêcher nos chevaux de s'enfuir; mais comment pouvaient-elles nous défendre contre une grêle de balles 1 II était donc à pieu près certain qu'il n'y avait aucune chance de salut pour nous; et, sans une protection manifeste de Dieu, la main qui vous trace ces lignes, serait maintenant suspendue à une perche et devenue le jouet des vents, au-dessus d'un tombeau sioux.

» Le lendemain, 13 juillet, et dimanche, nos éclaireurs aperçoivent les Sioux, qlii se mettent en n:\arche, mais quel nombre!...

» ... Lo sort en est jeté, il faut rebattre, et il n'y a pas tin moment à perdre. « Courage, mes amis, leur répétai-je en faisant le tour du camp, yous voyez que nos ennemis sont nombreux; mais aussi vous savez com:bien ils sont lâches. Souvenez-vous surtout que Dieu est de votre côté et que vous av^z un père dans le ciel, qui voit combien est injuste l'attaque de ces gens contre vous; battez-vous courageusement, c'est lui qui vous commande de défendre vos femmes et vos enfants, et de protéger vos vies. Mourons, s'il le faut; mais mourons en braves; tant que nous aurons un souffle de vie dans la poitrine, employons-le pour nous déif en dre. »

» Qu'en dites-vous, mon ami, n'est-ce pas là joliment faire le général? Et si le défunt Napoléon Bonaparte m'eût entendu, ne m'aurait-il pas, en passant, jeté quelque croix de la Légion d'Honneur? Je fis en même temps, au nom de tout le camp, un vœu de faire un jeûne solennel, et de chanter trois grand'messes.

» ...Pendant que je faisais le tour du camp, les Sioux l'avaient déjà cerné de toute part et entouré comme d'une ceinture; leurs balles se croisent sur nos têtes. Nos chasseurs, habiles tireurs, répondent avec plus de justesse, et' accompagnent leurs décharges de cris de joie, qui portent le découragement dans le cœur de leurs ennemis, étonnés d'une résistance aussi inattendue. Bientôt les plus braves de ces lâches ayant reçu leur passe-port pour l'autre monde, les autres ont la prudence de ne pas les imiter, et en conséquence se tiennent à une distance respectueuse. Toutefois on les voit se réunir en différents points, on les entend pousser leurs cris de guerre tout en continuant leur feu sans effet.

» Ils paraissent Vouloir s'organiser et avancer en co'rps jusq^u'à nous; c'est ce que nous craignons davantage; car, n'étant pas un contre Vingt, nous ne pourrions résister corps à corps. La peur l'emporte dans leurs conseils, et ils n'osent approcher, cer-

tains que la mort attend les premiers qui ouvriront le chemin. De fait, la brèche qu'ils auraient pratiquée dans notre faible rempart kur aurait coûté bien cher; nous étions tous bien décidés à leur prouver qu'un blanc estime la vie et qu'il ne la donne pas h aussi bon marché. Chacun avait son couteati à la ceinture, prêt à remplacer le fusil; et votre ami qui n'avait pas jugé convenable à son caractère de prendre le fusil, avait décidé qu'au moment suprême, il lèverait sa hache sur la tête du premier coquin qui oserait mettre la main sur sa charrette. Heureusement, il n'en fut pas réduit à cette extrémité.

» Après une fusillade, d'environ 6 heures, un des chefs s'écria : « Holà! guerriers; nous ne pouvons pas tuer les Français, et ils nous écrasent; nous ferions mieux de nous en aller. Ils pourraient se fâcher tout de bon; et alors ils sont capables de se mettre à notre poursuite. Guerriers, allons-nous-en. » H n'en fallait pas plus pour les décourager; et vous pouvez croire que cette harangue entendue clairement de notre camp, fit redoubler nos cris de joie.

» ...Pour moi, dans un succès aussi inespéré, je ne vois qu'une protection étonnante de Dieu. Encore si nous nous en étions tirés avec une chance ordinaire, en ne perdant que quelques-uns des nôtres. Mais non! Ce bon père a voulu nous montrer d'une manière plus claire encore, avec quelle tendresse il protège ceux qui ont confiance en lui et qui invoquent son secours par la puissante intercession de Marie. Les Sioux eux-mêmes forcés de le reconnaître, s'écriaient dans le fort de la bataille : « Vous avez avec vous un Manitou, qui vous défend. » Pas un seul homme n'a été tué, dans notre camp; trois seulement ont été blessés légèrement. Et cependant des milliers de balles ont traversé dans toutes les directions l'espace réservé que nous occupions. Grâces en soient rendues à la divine Providence. Quant à la perte des Sioux nous ne la connaissons pas... »

On remarquera le bonhomie de ce récit et la modestie de ce général improvisé. Le désir de connaître la vérité intégrale sur ce iiaut fait, nous fait mettre sous les yeux du lecteur, la version que nous en a conservée M. l'abbé Georges Dugas, ami du héros et" son collaborateur sur le sentier de l'Evangile menant aux infidèles.

Quand, rapporte Tabbé G. Dugas, les vastes prairies l'Ouest, qui se peuplent aujourd'hui avec une rapidité

qui: tient du prodige, n'étaient encore que d'immenses déserts où l'Indien seul plantait sa tente, où le blanc ne pénétrait que pour chasser les animaux sativages, la guerre entre les nombreuses tribus indiennes était plus naturelle que la paix. Pour les sauvages, la guerre était un état normal ; on aurait dit (Qu'ils ne vivaient que pour se battre. Ils passaient généralement une moitié de leur vie à combiner des plans d'attaque, et l'autre à les exécuter. D'ordinaire, ces guerres se faisaient entre sauvages : cependant les blancs n'étaient pas toujours à l'abri du danger; et, plus d'une fois, ils eurent à opposer de vigoureuses résistances aux attaques de ces terribles enfants du désert.

Dans ces contrées sauvages, la renommée n'est pas allée porter bien loin le bruit de ces combats; Cependant, il est certain qu'il n'a manqué à plusieurs d'entre eul qu'un théâtre plus en vue pour mériter d'être enregistrés dans l'histoire et passer ainsi avec honneur à la postérité.

Voici le récit détaillé de la bataille à laquelle Mgr Lâflèche assista et dans laquelle soixante métis luttèrent trois jours durant, aVec un courage héroïque, contre deux mille cavaliers Sioux qui les tenaient enfermés dans un petit campement ^.

Mgr Laflèche, alors missionnaire à la Rivière-Rouge, accompagnait les chasseurs métis à la prairie. La bataille eut lieu les 13 et 14 juillet 1851, au pied des buttes de Grand Coteau, dans le Dakota.

Le 15 juin de cette année, époque- ordinaire du départ pour la chasse au buffle, un parti de chasseurs laissait la mission du Cheval Blanc (Saint-François-Xavier) et se mettait en route pour la prairie.

Après quelques jours de marche, ce parti rejoignit les

^ 1. Mgr Laflèche, écrivant à son ami, ramenait son mérite à sa plus simple expression; on lutta six heures; mais la lutte se répartit sur trois journées et trois nuits mortelles d'angoisses et en quelles conditions poignantes I... Lui, n'en dit rien!

camps de Saint-Boniface et de Pembina, et partait avec les chasseurs de ces deux derniers camps, le nombre des cavaliers s'élevait à trois cent quatre-vingt-cinq. C'était autant qu'il en fallait pour tenir en respect toute tribu ennemie qui aurait eu l'intention de les attaquer; mais d'iln autre côté, c'était plus de monde qu'il convenait pour chasser avec avantage. Après avoir tenu conseil on résolut de se séparer. Le plus grand nombre pourtant était d'opinion qu'il était dangereux de s'aventurer trop loin sur le terrain des Sioux et que ce serait une imprudence d'y marcher par petits camps.

Tous les chasseurs savaient que les sauvages avaient passé l'hiver précédent à se préparer à la guerre et qu'ils n'attendaient qu'une occasion favorable pour tenter Un 6du^.

Après avoir pesé toutes les raisons qui pouvaient les rassurer, soixantensept cavaliers consentireint à se séparer de la grande bande; tet les autres, aU nombre de trois cent dix-huit, restèrent réunis, et se dirigèrent vers un endroit appelé la maison du chien. En prenant cette direction, ils s'écartaient un peu des terres des Sioux.

Pour rassurer leurs compagnons, dont le petit nombre pouvait assurément leur inspirer de sérieuses inquiétudes, ils leur promirent de voler à leur secours dès l'approche de l'ennemi.

Les deux cam;ps se n;irent en marche, chacun de son côté.

A peine s'étaient-ils séparés que déjà les cavaliers du grand camp donnaient la chasse à un parti de Sioux qu'ils découvraient dans les environs. Ils avaient décidé de ne pas les souffrir autour d'eux.

La nouvelle de cette rencontre fut immédiatement transmise aux cavaliers du petit camp, afin de les faire redoubler de vigilance.

Ip Les jours suivants, la miarche se continua sans accident pour ces derniers jusqu'au lieu dit le Grand Coteau, place

bien connue do totis les chasseurs. Les soixante-sept cavaliers arrivèrent h cot endroit le samedi 12 juillet au soir.

Au moment de camper, après avoir gravi la première hauteur des buttes des coteaux, les éclairenrs envoyés en avant signalèrent un grand camp.

La distance ne permettait pas de distinguer si c'étaient des amis ou des ennemis.

Le chef cependant ordonna de choisir l'emplacement le plus avantageux pour se défendre en cas d'attaque, et, en même temps, cinq cavaliers, munis d'une longue-rue, s'avancèrent pour reconnaître le camp suspect. En usant de prudence, il eût été très facile d'accomplir celte mission sans être remarqué. Malheureusement la prudence n'était pas la vertu favorite des chasseurs métis. Ils allèrent donc étourdiment se placer sur le haut d'une butte, de façon que les sauvages, à l'œil si exercé, ne pouvaient manquer de les apercevoir. Avec leurs longues-vues les métis reconnurent facilement qu'ils avaient affaire avec un camp de Sioux et de plus que ce camp était extrêmement nombreux.

Le simple bon sens aurait dû leur conseiller de se replier immédiatement pour porter cette nouvelle à leurs camarades qui attendaient avec anxiété à quelques milles de là. Ils firent tout le contraire; sans prendre la peine de réfléchir ni de consulter, comme s'il n'y avait eu aucun danger à redouter, ils poussèrent leurs chevatix vers les Sio'ux avec une grande insouciance.

Quand ces derniers virent s'approcher les chasseurs métis, ils allèrent à leur rencontre au nombre d'une vingtaine sans témoigner la moindre hostilité.

Ils étaient tous à cheval. En voyant la confiance avec laquelle les cinq cavaliers venaient à eux, les sauvages comprirent qu'il leur serait facile de s'en emparer sans combat et ils prirent leur temps à cette fin. Dès qu'ils furent auprès d'eux, ils les entourèrent et leur déclarèrent qu'ils allaient les mener à leur camp. Les métis se rendirent compte alors

qu'ils s'étaient jetés en aveugle dans un piège et qu'ils avaient à se débrouiller avec des ennemis qui venaient leur faire la guerre.

La résistance n'était guère possible et il étiit Un peu tard pour tenir conseil. Il ne leur restait qu'un moyen pour s'échapper, c'était de faire bonne contenance, d'user de ruse. A peine étaient-ils en marche vers le camp des Sioux que deux métis déjà, trompant la vigilance de leurs gardes, tournèrent bride et paivinrent, non sans danger, à rejoindre lo camp des chasseurs. Les trois qui restèrent prisonniers étaient : McGillis, Whitefort et Malaterre.

Grande fut l'inquiétude des métis en apprenant l'aventuré de leurs trois compagnons. Il n'y avait plus à en douter i les Sioux venaient les combattre.

Pour donner le change sur leurs desseins hostiles, les Sioux commencèrent par rassurer les métis sur le sort de leurs compagnons prisonniers, les assurant qu'ils n'avaient rien à redouter de leur part et qu'ils étaient très bien traités dans leur camp. Ils leur promirent, de plus, que dès le lendemain, ils seraient renvoyés en liberté. Ils étalèrent un peu leur pauvreté comme pour exciter la pitié des blancs, puis ils repartirent disant que le lendemain ils viendraie'nt en petit nombre selon le désir des métis.

Il était facile de voir à leur mine qu'ils n'étaient pas sincères; qu'ils voulaient tout simplement tromper pour s'introduire dans le camp.

Mais il fallait aviser à la délivrance des prisonniers qu'une mort certaine et cruelle attendait du moment qu'on en viendrait aux mains. Sans connaître exactement le nombre des Sioux qui venaient à eux, les métis se sentaient néanmoins trop faibles pour faire autre chose que se défendre dans leur camp.

Pendant qu'ils délibéraient sur ce qu'ils allaient entreprendre, ils aperçurent trois Sioux à cheval qui venaient à eux; aussitôt une douzaine de chasseurs se rendirent à léuî ren-

contre pour les empêcher de s'approcher davantage et de reconnaître leur position. Après les cérémonies d'usage ils s'abordèrent paisiblement.

Le premier plan des Sioux avait été d'attaquer à l'improviste; mais se voyant découverts, ils avaient fait des prisonniers pour avoir le lendemain un prétexte pour pénétrer dans le camp métis.

Ceux-ci ne se firent pas illusion sur leur position et, à tout événement, ils résolurent de ne recevoir les Sioux (Ju'au bout du fusil. Comme il n'y a^vait rien à faire pour sa'uVer les prisonniers; ils pensèrent qu'il valait mieux les abandonner à leur sort que d'exposer tout le camp à être massacré.

Ils passèrent toute la nuit à fortifier leur camp afin de se mettre le mieux possible à l'abri des balles. Les charrettes furent rangées en cercle, et placées debout avec des perches passées dans les roues pour les fixer les unes aux autres. Pour mettre à l'abri du danger les femmes et les enfants, on creusa des trous en terre dans l'enceinte protégée, et les chasseurs élevèrent au dehors des redoutes pour se protéger contre le feu de l'ennemi, et l'empêcher de s'accrocher aux charrettes. '

Pendant toute la nuit, des sentinelles montèrent la garde autour de ces travatix.

A la tombée du jour, deux cavaliers avaient été dépêchés vers les chasseurs du grand camp pour leur faire connaître la position critique où se trouvaient leurs frères et pour demander un prompt secours.

Le lendemain dimanche, 13 juillet, des éclaireurs aperçurent les Sioux qui se mettaient en marche ; mais ce n'étaient plus quelques ca:valiers comme la veille qui venaient recevoir des présents; mais une masse mouvante qui s'approchait; une armée de guerriers qui venait combattre.

Arrivés à certain chemin, ils font halte; une trentaine de cavaliers partent en même temps du camp métis pour aller

à leur rencontre. A peine sont-ils en route qli'un des trois prisonniers, McGillis, s'échappe du milieu des Sioux et s'élance de toute la vitesse de son coursier vers les siens : « Ah! mes chers amis, dit-il en les abordant, nous n'avons pas de quartier à espérer; vous n'avez pas besoin de rire de ma frayeur. C'est la mort qui vous attend; nous avons affaire à deux mille Sioux; ils m'ont déclaré qu'ils voulaient entrer dans votre camp et vous massacrer jusqu'au dernier. Ce langage n'avait rien de bien rassurant, cependant les cavaliers métis ne se laissent pas intimider; ils abordent hardiment l'avant-garde des Sioux, et, après leur avoir fait quelques petits présents, ils les engagent à rebrousser chemin. Ce n'était pas du tout ce que ces barbares avaient décidé; ils se sentaient forts de leur nombre et l'idée d'un pillage suivi d'un massacre sans danger pour eux, leur souriait trop pour en perdre l'occasion; aussi font-ils mine de ne pas comprendre l'avertissement des Métis et ils continuent leur marche.

Les trente cavaliers métis comprennent alors que le seul parti à prendre est de se repHer rapidement vers leurs compagnons et de se préparer jau combat. Les Sioux avec lesquels ils viennent de causer, au lieu d'attendre le gros de l'armée, s'élancent aussi vers le camp pour tâcher d'en forcer l'entrée.

M. Laflèche avait passé la nuit à entendre les confessions de ses enfants et à les préparer à la mort, s'il fallait mourir. Tous s'y attendaient, du reste; car ils n'espéraient pas pouvoir résister à ce grand nombre d'ennemis.

M. l'abbé Laflèche, reVêtu de son surplis et de son étole, leur adresse quelques paroles pour les enco'ura-g'er à se défendre, à vendre au moins chèrement leur vie.

En même temps, il leur fait promettre un jour de jeûne et trois grand'messes si Dieu les tirait d'affaires. Rassurés par les paroles du missionnaire, les Métis attendaient de pied ferme leurs redoutables ennemis.

Du haut des buttes où ils s'étaient campés la veille, les Sioux continuaient à s'avancer vers le camp métis. Confiants clans leur nombre, ils comptèrent sur une facile victoire; ils étaient loin de soupçonner qu'une poignée d'hommes cachés derrière le misérable rempart de quelques charrettes, tenteraient de les tenir en échec.

Ils étaient, du reste, si sûrs de la victoire qu'ils amenaient avec eux des charrettes pour emporter leur butin. Quand les chasseurs les virent arrivés à une bonne portée de fusil, ils leur signifièrent de rebrousser chemin; mais, au lieu d'obtempérer à cet ordre, lés plus avancés lancèrent leurs chevaux pour renverser les charrettes et forcer l'entrée du retranchement. Il n'y avait pas plus à hésiter que de temps à perdre : une première décharge faite à bout portant couche sur l'herbe les plus téméraires et oblige les autres à reculer pour attendre le gros de la bande.

Pendant ce temps-là un autre des prisonniers, Whiteford, qui se trouvaient en arrière des Sioux, entendant les premiers coups de feu, comprit que c'en était fait de lui s'il n'arrivait pas à se sauver. On Tavait confié à la garde d'un Américain qui vivait avec les sauvages. Il paraît que ce Yankee eut pitié de Whiteford et voulut lui donner une chance de s'échapper. « Si tu as un bon cheval, lui dit-il en anglais, lâche-le à toute bride et , sauve-toi; je ferai semblant de tirer sur toi pour n'avoir pas l'air de trahir les SioUx. Peut-être réussiras-tu à rejoindre tes amis ». Whiteford ne se fit pas répéter l'invitation. Il savait que son cheval était le meilleur trotteur de la prairie, et que pour un espace de quelques milles, pas un Sioux ne l'approcherait. Il vise donc un chemin à l'écart, pique des deux... Jamais, depuis qu'il parcourait les prairies, il n'avait fait une course a^ussi folle. Couché sur l'encolure de son cheval, il passa dans la forêt comme TArabe dans le désert : rapide comme le vent. Chaque Siotix qui le voit passer lui envoie une balle qui se perd dans la feuillée. Le voilà en vue du camp,

et ses compagnons, qui Tont reconnu, s'élaxLcent à sa rencontre. Il est sauvé; mais, avant de mettre pied à terre, il se retourne et d'une balle implacable descend de cheval le Sioux qui le serrait le plus près.

La vieille mère de Whiteford, qui était au camp, croyait déjà son fils massacré. Quand elle le vit arriver, elle courut au-devant de lui et lui dit : « Si tu es fatigué, viens te reposer et donne-moi ton fusil pour que je puisse tirer !un peu sur ces coquins-là. »

Cependant, après quelques moments de trêve, le gros de la cavalerie des Sioux entoure le camp. Les balles sifflent de tous côtés et se croisent sur la tête des Métis. Ceux-ci, habiles tireurs, accoutumés à ne jamais brûler une balle inutilement sur du gibier, répondent aux Sioux avec toie précision qui les déconcerte. Chaque coup porte, et chaque décharge fait une brèche dans les rangs ennemis. Bientôt les plus hardis de la horde ont mordu la poussière. Etonnés d'une telle résistance, les autres reculent, pour revenir bientôt en poussant des cris affreux : tâchant par ces hurlements sauvages d'épouvanter les Métis. Ce second assaut n'eut pas plus de succès que le premier.

Ce que les Métis redoutaient le plus, c'était de voir les Sioux s'élancer en masse sur le camp pour renverser les charrettes et pénétrer de force à l'intérieur. Ils l'auraient tenté s'ils avaient été plus braves et la chose eût été facile, les métis luttant un contre vingt. Mais les sauvages sont lâches; ils tiennent à la vie et n'aiment pas à l'exposer quand ils ne sont pas sûrs de la victoire, p'ailleurs, les métis avaient chacun un couteau de chasse et ils étaient hommes à prouver aux Sioux que les blancs ne se laissent pas égorger comme des agneaux. D-ans ce corps à corps, plus d'un sauvage aurait mordu la poussière avant que le gros de la cavalerie eût été maître de la situation.

Les Sioux préférèrent donc tirailler à distance.

Du côté des Métis, personne encore n'était blessé, tandis

que chaque nouvelle décharge culbutait nombre de Sioux. Vers les trois heures de raprè,s-midi, un des chefs Sioux s'écria :

« Les Français ont avec eux un Manitou, jamais nous n'arriverons à leur faire du mal. Allons-nous-en, c'est impossible de les tuer. »

Le Manitou dont ils parlaient était l'abbé Laflèche; déjà la vue d'un missionnaire revêtu d'un surplis et d'une étole frappait leur imagination et les décourageait autant qu'elle encourageait les Métis.

La modeste avance obtenue par ces sauvages après six heures de combat avait refroidi leur humeur guerrière; ils se retirèrent emportant leurs morts et leurs blessés dans les mêmes charrettes qu'ils destinaient à l'enlèvement de leur butin.

En présence de ce succès inespéré, les Métis reconnurent que la Providence veillait sur eto.

Voyant leurs ennemis se retirer, ils respirèrent à l'aise et sortirent pour visiter le champ de bataille et voir de près les endroits où étaient tombé des ennemis. Partout où quelque guerrier avait été frappé à mort, on trouvait des flaques de sang sur l'herbe de la prairie. Le corps de Malaterre, qui n'avait pu s'échapper gisait à terre, percé de soixante-sept flèches et de trois balles. Les pieds et les mains avaient été emportés, les bras cassés, la chevelure enlevée, le crâne fracassé, la cervelle répandue sur le sol. Les Métis, ivres de vengeance, recueillirent pieusement ces lambeaux de chair et d'os et les enterrèrent dans la prairie.

Les Sioux cependant ne s'étaient pas retirés bien loin, ayant l'intention de revenir dès le lendemain.

Pendant toute la nuit, ils poussèrent des cris affreux pour en imposer aux Métis. Ceux-ci tinrent conseil et résolurent de battre en retraite en attendant le secours du grand camp sur lequel ils ne comptaient guère, vti q^ùe les deux courriers envoyés vers lui, la, veille, avaient eu letir chemin

coupé par les Sioux et avaient dû revenir sans avoir accompli leur mission. Néanmoins, ils espéraient que deux jeunes gens, qui avaient pris la fuite au commencement du combat, auraient plus de succès. Quelle q;ue pût être d'ailleurs l'issue de leur mouvement, il fut décidé qu'on se mettrait en marche; mais, pour éviter toute surprise, on arrêta les dispositions suivantes :

Quatre partis de cavaliers devaient se tenir à un mille environ de la caravane; le premier on arrière, le second en avant, et les deux autres sur les flancs. Ils devaient signaler l'approche de l'ennemi en faisant croiser deux cavaliers sur une butte. De cette manière, il restait assez de temps aux Métis pour camper et se mettre en état de défense.

Pour plus de célérité, ils firent ma;Lcher les charrettes sur quatre colonnes, en sorte qu'à la première alarme', deux rangs se jetant d'un côté et deux rangs de l'autre, il ne restait qu'à joindre les deux bouts à la largeur ordinaire du camp, et le rempart se trouvait reconstitué en un instant.

A peine s'étaient-ils ébranlés depuis une demi -heure, qu'ils aperçurent en arrière deux cavaliers qui se croisaient sur uîie butte.

C'était l'annonce d'une nouvelle attaque; les Sioux étaient en vue. Ils étaient moins nombreux que la veille et paraissaient aussi moins emballés.

Mettant à profit leur première expérience, les Métis, pour mieux se protéger contre les balles, rangèrent les charrettes sur double rang, puis à trois chaînes de remparts, et se hâtèrent d'élever des redoutes pour mieux protéger les abords du camp. Ces préparatifs étaient h peine terminés que le camp était déjà enveloppé et que les balles ple-Uvaient de tous les côtés.

Cinq heures durant, on combattit de part et d'autre avec une égale ardeur.

Enfin, un des chefs s'avança demandant à pénétrer dans

le camp, mais les Métis lui ordonnèrent de reculer s'il ne voulait pas perdre la vie. Il leur déclara que la guerre prenait fin, que les Sioux allaient lever leur camp et que désormais ils n'attaqueraient plus les Métis.

A peine avait-il cessé de parler que toute la bande s'éloigna à bride abattue; mais en passant à une distance respectueuse elle fit une décharge en poussant des cris effroyables. Ce fut la plus terrible de toutes leurs fu'sillades.

Les Métis pensaient bien que pour le coup, elle leur coûtait cher.

Heureusement, il n'en était rien. Les chasseurs avaient répondu de leur mieux en saluant par des hourras la retraite de l'ennemi décimé.

L'attaque était finie, mais les ennemis partaient fort à propos pour eux. En effet, et sans doute, les Sioux avaient été renseignés, moins d'une demi-heure plus tard, tous les chasseurs du grand camp accouraient ^U secours de leurs frères. Ces pauvres gens pleuraient de joie en revoyant en vie leurs parents et leurs amis qu'ils s'attendaient à retrouver massacrés. Ce fut une fête dans le camp qui renfermaient alors sept cents hommes : plus de deux cents Sauteux s 'étant joints aux Métis.

On se trouvait en état de rappeler les Sioux au respect du droit des gens.

Cependant, les avis restaient partagés. Les uns voulaient immédiatement se mettre à leur poursuite. C'était peut-être le meilleur parti à prendre; mais le plus grand nombre pensaient qu'il valait mieux les laisser aller que de s'exposer à manquer de chasse en les poursuivant. Cet avis prévalut pour le salut des gioux. Car si les Métis se fussent mis à leur, recherche, ils les eussent trouvés dans l'impossibilité de se défendre. En effet, durant les deux jours de combat, ils avaient épuisé toutes leurs munitions...

Cette aventure prouve que M. Laflèche ne se bornait pas à édifier les habitants de Saint-Boniface par la simplicité de ses manières et l'exemple de ses éminentes vertus; mais qu'il se souvenait de ses occupations de rile-à-la-Crosse et tenait à n'être pas trop distancé par les plus jeunes à la poursuite des âmes égarées dans la Prairie.

Cependant, à son retour à Saint-Boniface, Mgr Taché trouva M. Laflèche dans un état de fatigue qui tenait de la maladie. Quand donc cet ami et fidèle compagnon d'heures difficiles exposa ses peines visibles et des affaires de famille urgentes qlii le rappelaient au Canada, l'évêque ne put que l'autoriser à descendre vers Québec pour y passer l'hiver; à la condition expresse toutefois qu'il promît de revenir au printemps.

Dans ces conditions, M. Laflèche quitta la Rivière-Rouge le 15 novembre 1854.

A cette occasion, Mgr Taché écrivait à l'archevêque de Québec : « Je regarde la présence de M. Laflèche comme indispensable au bien, et ce serait une peine bien sensible pour moi s'il ne revenait pas, mais il reviendra. J'ai à cette fin chanté une grand'messe ce matin : les habitants l'ont demandée comme un témoignage de leur reconnaissance, pour prier Dieu de veiller sur des jours chers à leurs coeu<rs ». Mgr Taché chargea M. Laflèche de lui trouver deux prêtres « pour reprendre la mission de la Baie des Canards, tombeau de M. Dorvau », où les protestants exerçaient un redoutable prosélytisme. Il le pria encore de rendre une visite à sa mère : « Vous le savez, écrit-il à celle-ci, les grands vicaires ne font qu'une personne avec Tévêque en sorte qu'en recevant M. Laflèche vous recevrez Mgr de Saint-Boniface, et Jsi votre cœur allait vous dire que non, je commande à votre foi de vous dire que oui ». « Toujours est-il que vous verrez un de mes meilleurs amis, un bien digne et bien zélé missionnaire; priez beaucoup pour que le bon Dieu lui rende la santé et nous le renvoie au printemps ».

L'ayant promis, M. Laflèche retourna dans l'Ouest, à la fin de mai 1855, et sa réapparitioa causa beaucoup de joie dans le. cœur de révêque, en même temps qu'un grand enthousiasme dans Saint-Boniface et chez tous les habitants de la Rivière-Rouge-

. Pendant son séjour au Canada, sur les vives instances de ceux qui s'intéressaient aux Missions du Nord-Ouest, après s'y être d'abord refusé, estimant que son évêque eût rédigé ce travail arec pl«s de talent et d'autorité, M. Laflèche, vu l'urgence, consentit à écrire : L'Etat général des missions du diocèse de Saint-Boniface^ territoire de la Rivièrc-BougCy 9 avril 1855.

C'est grâce à cette circonstance et au bon vouloir d'un des meilleurs pionniers de ces missions, qu'on possède aVec des détails précis, la situation du diocèse de Saint-Boniface au début de cette année.

Mais, si M. Laflèche était revenu à Saint-Boniface selon sa promesse, il n'avait pu rendre visite à la mère de son évêque, selon le désir de ce dernier, et Mgr Taché écrit à ce sujet à cette bonne mère : « Je dis ati bon Dieu : prends ce petit sacrifice, et rends ma mère heureuse. »

M. Laflèche continua son ministère avec l'ardeur et la conscience qui le distinguaient, mais, à tell^ peine, sa santé de nouveau s'ébranla. Pour ce seul motif, il dut se résigner à quitter le sillon arrosé de ses sueurs et s'en retourner définitivement au Canada. Il reprit donc le chemin de Montréal, le 4 juin 1856 et y arriva un mois plus tard, après un trajet dénué d'incidents et dont la rapidité témoigne des progrès accomplis dans les moyens de communication depuis son premier voyage dans l'Ouest.

Néanmoins, confiant à un ami du Canada le bonheur intime, les joies surnaturelles que ressentait son cœur d'apôtre, il s'exprimait en ces. termes :

Rivière Rouge, 3 janvier 1845.

« Mon cher Thomas, — Voilà déjà \m^ année ^ue j'ai quitté

le collège, et bientôt neuf mois que je n'ai pas eu de nouvelles du Canada. Je l'avouerai dans toute la sincérité de mon âme que ce temps qui aurait dû me paraître si long, s'est écoulé comme un songe : J'en suis tout surpris, je m'attendais presque à trouver ici des années éternelles. Comtnent se fait-il donc qu'en voilà déjà une de passée avec autant de bonheur et plus de rapidité qu'auctinc de celles passées dans le sein de ma famille ou au milieu des bons amis de mon collège? Grâces en soient rendues à notre Dieu dont la douce providence qui a des vues si fort au-dessus de nos prévisions humaines, sait toujours proportionner le fardeau aux forces de celui à qui elle l'impose.

>•> Au lieu des chagrins et des ennuis auxquels je m'atltendais, elle a bien voulu m'y faire trouver une paix, un bonheur qui m'était en quelque façon inconnu jusque-là. A la vérité j'ai bien eu quelques moments sombres, mais beaucoup moins que tu ne le penses. Ils n'ont été que l'assaisonnement du bonheur que j'éprouve ici. C'est ainsi qtie le Bon Maître que nous servons, se plaît à récompenser son serviteur, malgré ses infidélités continuelles. Connaissant ma faiblesse, sa bonté paternelle ne m'a donné jusqu'à présent que les travaux que peut supporter tm enfant, me réservant les grandes épreuves potir le temps où j'aurai grandi, où je serai devenu plus fort dans son amour. Il faut donc que je me hâte, que je marche à grands pas dans le chemin de la vertu, puisque je ne suis encore qu'au commencement. Ahl que je regrette à présent tant de moments précieux dont j'àturais pu profiter pour prendre l'avance.

» Lève donc au ciel tes mains, adresse-lui tes prières ardentes, conjure-le d'accorder à ton ami de réparer tous ces moments si précieux, s'il est possible, par sa fidélité à bien employer ceux qui lui restent.

» Cependant, de quelque nature que puissent être les épreuves que le ciel me réserve, je n'en suis point effrayé; les marques que j'ai eues jusqu'à présent de sa bonté sont pour moi le plus sûr garant qu'il ne me laissera pas succomber.

y> Ah! mon cher Thomas, que no*us servons un bon maître, qu'il traite avec doucetir, qu'il récompense avec générosité, même dès à présent, ses serviteurs ! Remercie-le donc pour moi de ne m'avoir pas laissé succomber sou.s les efforts qu'il m'a fallu faire pour rompre les liens de la chair et du sang, et surtout de l'amitié qui me retenaient encore si puissamment attaché lorsqu'il m'a appelé à la vie de missionnaire. Je te l'avoue, j'ai eu de rudes assauts à soutenir et je me Voyais engagé comme malgré moi à

— isola mission de la Rivière Rouge. Une force invisible m'y poussait contre ma Volonté. Heureux de ne m'être point raidi contre son impulsion > i !

» Nous étions sur le lac Supérieur. La veille de la Pentecôfce un orage épouvantable vint nous assaillir au moment où nous campions. Heureusement qu'une petite baie qui s'enfonçait entre deux montagnes, nous met à l'abri du coup de Vent qui l'accompagnait. Mais la foudre, en se brisant sur les flancs de ces montagnes, faisait un bruit épouvantable. On en fut quitte pour une aspersion un peu copieuse. Quelques heures après, une petite brise du nord chassait tous les nuages; les Vagues encore agitées dans le large s'en Venait lentement dans le fond de notre baie expirer avec tm doux mugissement sur un beau rivage de sable : la lune, dans sa modeste clarté, nous laissait voir les beautés du ciel, nous découvrait en ntème temps les merveilles de la nature qui abondaient en ce lieu, la température était des plus agréables, en un mot, tout concourait à faire de cette nuit délicieuse, une nuit de méditation. Il est plus aisé de sentir que de rendre les divers sentiments qui agitèrent mon cœtur pendant les quelques heures que j(î passai à me promener sur ce rivage enchanteur. Mon âme était plongée dans cette douce mélancolie qui n'a rien do sombre; je me voyais dans les forêts à plus de 200 lieues de ma patrie. Ma pensée, nies désirs, mes regards se portaient vers elle; je savais qu'à cette heure mes bons parents, mes chers amis étaient plongés dans les douceurs du sonmieil. Peut-être même que quelqu'un d'eux, dans un rêve agréable, me voyait-il errant sur ce rivage solitaire, peut-être était-il ^ nxes côtés et s 'entretenait- il avec moi; et ce quelqu'un était peut-être toi, mon cher Thomas. Do là, me transportant au sanctuaire, je voyais les autels pompeusement parés pour la grande solennité du lendemain. J'y entendais d'avance les chants majestueux, les sons harmonieux qui se succédaient et s'unissaient tour à tour pour élever l'âme à Dieu. Tantôt me rappelant la foudre et le vent q;ui, un instant auparavant, avaient porté le trouble et l'horreur en ces lieux, j'aimais à y voir l'image d'une âmo qui, arrachée au trouble et à la tyrannie des passions, a enfin trouvé la paix et le bonheur dans son union avec Dieu. Mais c'était surtout quand je portais mes regards Vers le ciel que mon âme se sentait pour ainsi dire transportée hors d'elle-même; là je voyais le port vers lequel nous tendons, à travers la mer orageuse de ce monde. J'y ^'loyais

dans la jouissance et au comble du bonheur tant de saints missionnaires, qui, dans les jours pénibles de leur navigation, de leur pèlerinage, avaient fait pénétrer daïis la barque du salut, au risque de leur vie, tant de malheureux aux prises avec l'enfer et les avaient conduits heureusement au même port et au même bonheur. Ils me montraient leur chemin, ils m'invitaient à les suivre. Dans ces moments, il semble qu'il in'y a rien qui puisse arrêter, rien qui puisse coûter. Oh! non, mon cher ami, te dire combien ces moments de douce rêverie ont de douceurs et de charmes pour l'âme!... Oui, ils dédonïmagent, ils récompensent amplement des petites misères et des privations que l'on a à endurer. Mais si ces moments sont idélicieux, ils sont de peu de durée, et nous font .Voir que l'on n'a pas de bonheur permanent à espérer ici-bas. »

Voilà bien, prises sur le vif, la générosité et la bonté ineffables de l'homme de bien à la roclierchhe des âmes, peinant uniquement pour la gloire de Dieu.

vin

MGR LAFLÊCHE ÉVÊQUE

De retour de l'Ouest lointain aussi xîhargé d'infirmités précoces gue de mérites éclatants, le braYe abbé Laflèche reparut au Séminaire de Nicolet, où tout lui parlait encore de sa jeunesse active, et des «élans de son zèle apostolique, jadis en quèt© .de sacrifices et de reu-oncfemenls. Il avait été servi à souhait dans ses duras missions, et il s'en retournait non pas désabusé, encore moins découragé, mais navré tout de même de n'avoir pu offrir à Dieu une plus forte mesure de bon vouloir et de labeurs salutaires.

Il allait, du moins, consacrer à la formation de la jeunesse sacerdotale avec rexpérienoe acquise dans l'apostolat, le peu de forces qui lui restaient. Il le fit avec une rare intelligence et beaucoup de bonheur. Professeur d'abord, puis préfet des études, il fut bientôt nommé supérieur de l'établissement aVec le titre de vicaire-général du diocèse des Trois-Rivières ^.

L'abbé Laflèche justifia la grande confiance que son vieil

1. Mgr Cooke nomma M. Laflèche supérieur de Nicolet, et vicairegénéral, le 17 décembre 1857^ en ces termes élogieux :

« A M. Louis-François Laflèche, Vicaire Général, Nicolet,

Trois-Rivières, 17 décembre 1857.

» Monsieur le Grand Vicaire, ce titre ne vous est pas étranger (M. Laflèche avait été Grand Vicaire des évoques Provencher et Taché, de Saint-Boniface) ; vous l'avez déjà porté avec honneur pour vous et avantage pour l'église de Saint-Boniface, aussi longtemps que vos forces vous ont permis de supporter les travaux de cette vaste et pénible mission.

» Revenu aujourd'hui dans votre patrie avec une santé délabrée, il

évêque, Mgr Cookie, lui témoignait en toutes circonstances; il sut rendre sa maison hospitalière, attrayante et prospère. Si bien que tous ià runisson, pxofesseurs et élèves, prêtres et laïques chantaient ses louanges et l'aidaient avec allégresse à réaliser ses projets, à poursuivre le développement de ses (Buvres.

Surtout, il avait donné aux études (une impulsion si vigoureuse qu'elles lui valurent les plus s-ensibles succès, ce qui ne fit qu'augmenter l'estime qu'il inspirait à tous : sa popularité débordait déjà des limites du diocèse.

L'ahbé Laflèche, à vrai dire, aimait d'un cœur de père la maison qu'il dirigeait avec tant de soins et que Dieu bénissait, om l'aurait dit, en lui et pour lui. Se doutait-il alo-xs que là même se constituerait bientôt ie centre d'une opposition irréductible qui allait empoisonner le reste de sa vie et déchirer son cœur lamentablement, son cœur sensible à tout, généreux pour tous?

Cette épreuve, douloureuse entre toutes, lui survint sans doute par une grâce particulière de Dieu, q;ui voulait l'élever dans les hautes sphères de la perfection chrétienne, où l'on n'arrive communément que par la souffrance ou par la contrariété.

Mgr Cooke, tout comme l'abbé Laflèche, aimait le Séminaire de Nicolet; ce iqui ne l'empêchait pas de regrettesr son éloignement, de désirer ardemment ou le transférer aux Trois- Rivières, ou bien, ce qui n'irait pas sans grands dépens,

est juste qu'elle reconnaisse vos services et que vous y trouviez otium cwm dignitate.

» Aussi suis-je heureux, mainitenant -^ue vous avez fixé votre résidence dans le diocèse, de pouvoir vous continuer le titre de Grand Vicaire, €?t vous accorder en cette qualité, pour le diocèse, les pouvoirs extraordinaires attachés à cette dignité.

» Puissiez-vous, pour le bien de votre diocèse, jouir longtenips de ces ï)rivilèges et contribuer au bonheur d'une maison qui a lieu de se glorifier de vous compter parmi les élèves qu'elle ^ foarmésl

» Ce témoignage de reconnaissance et de confiance sera sans doute

^réé par vos nombreux amis.

^/ Votre dévoué serviieur, , rr r^ * j t« «

» t Thomas, Evêque 4es T.-R. ».

oppositions et retards, d'en créer un second pour l'édification et les besoins de sa ville épi scopale.

Pourquoi le dissimuler? L'abbé Laflèche n'était pas favorable au projet du transfert du Séminaire de Nicolet aux Trois-Rivières ; et il doutait de l'opportunité comme de la possibilité de la fondation d'un autre collège ou Séminaire en cette ville.

Cependant la question de la fondation d'un collège aux Trois-Rivières qui fut agitée furieusement en 1859 et 1860 n'était pas alors une question nouvelle. Elle était contemporaine de la fondation du collège de Nicolet lui-même, qui remonte à 1803 et fut réalisée par Mgr Denaut. A cette époque reculée, c'est le grand vicaire Noiseux qui réclamait déjà pour Trois-Rivières, au lieu de Nicolet, l'avantage de cette fondation.

En 1806, Mgr Plessis eut le désagrément d'avoir à racheter aux héritiers de Mgr Denaut, décédé subitement, le Séminaire de Nicolet et ses dépendances. Ce fut l'occasion pour M. Noiseux de revenir à la charge en faveur des Trois-Rivières, qu'il voulait toujours doter d'un établissement d'enseignement secondaire. Peine perdue I

En 1825, il s'agissait de bâtir le nouveau Séminaire de Nicolet. M. Cadieux, alors curé des Trois-Rivières, après avoir été supérieur du Séminaire de Nicolet, fit auprès des évêques de Québec, des démarches pressantes pour qu'on renonçât à la fondation de Nicolet afin d'en doter Trois-Rivières, qui y avait un incontestable droit, étant chef-lieu du district et le centre commercial et industriel de la région.

L'attitude de M. Cadieux, d'ailleurs si attache au Séminaire de Nicolet, attitude conforme à celle de M. Noiseux, inspirée, du reste, par les mêmes considérations de convenance sociale et d'utilité confessionnelle, est à remarquer : il faut retenir aussi qu'il ne fut pas plus heureux dans ses tentatives que son digne prédécesseur. C'est que le Séminaire de Nicolet avait déjà fait preuve de vitalité, avait

porté de bons fruits, entretenait de belles espérances; en fallait-il davantage pour que les évéqxies de Québec le prissent sous leur haute protection pour le favoriser aW point de la placer bientôt parmi les collèges classiques les plus prospères ?

Mais, en 1852, Trois-Rivières devenait ville épiscopale. C'était un titre nouveau pour qu'un collège, un séminaire y fût créé enfin. Seulèmient, il fallait aller au plus pressé : un évêqlie est un honneur, lun bienfait, une chargé aussi pour la ville qui le reçoit, pour le peuple q'ui en profite; sa présence nécessite des fondations diverses et des œuvres nombreuses : il fallait une demeure convenable, des bureaux pour l'administration diocésaine, une cathédrale, et le tout greva démesurément les pauvres finances du bon évêque qu'était Mgr Cooke, premier évêque des Trois-Rivières. Le spectre de la banqueroute montait la garde sur le seuil de sa résidence, et cela suffit pour lui faire ajourner indéfiniment son projet constant de fonder un séminaire dans le lieu de sa résidence.

Seulement, la population trifluvienne manifestait de diverses façons ses velléités persistantes et il fallut bien se rendre compte enfin que la privation de l'enseignement secondaire maintenait la population de la région vis-à-vis des autres dans un état d'infériorité intolérable.

Une campagne de presse s'engagea qui fut regrettable diversement, et parce que certains prêtres s'engageaient à fond en faveur de Nicolet, contre le projet des Trois-Rivières, et parce que le manque de mesure dans la controverse, qui fut offensante parfois pour le parti adverse, força l'ensemble du clergé trifluvien à rester sur l'expectative.

De cette campagne de presse datent des partis pris et des animosités dont Mgr Laflèche, dans la suite, subira encore les effets pernicieux.

Néanmoins, Mgr Cooke, vu les instances de ses ouailles, vu aussi l'ordre du Saint-Siège d'avoir à créer auprès de

lui un séminaire aussitôt que ses moyens et les circonstances le lui permettraient, consentit en 1866, à la londation du Collège des Trois-Rivièr^s ; l'œuvre ainsi créée ini applaudie par les uns, blâmée par les autres, laissa indifférent le plus grand nombre : il est seulement à noter que ceux qui la blâmèrent n'hésitèrent pas à se jeter dans une opposition bruyante et violente qui s attaquait à la personne de levêque avec tme rare îndécenoe, mettant en cause son droit, autant que sa sagesse et sa prudence.

Et c'est ici, le lieu de le dire, M. Laflèche alors supérieur de Nicolet et grand-vicaire, comptait parmi les opposants; tnais, pour lui, du moins, jamais ©n n'eut à regretter tfti ex<5ès de parole, un manque d'égards, ou la moindre absence de bonne foi et de loyauté parfaite; il manifesta sa désapprobation avec la modération chrétienue, qui dictait ses paroles, inspirait ses actes.

L'abbé Laflèche estimait qu'une seule institution classique suffisait aux besoins réels du diocèse... Mais jl tenait que si l'évêque persistait à vouloir son séminaire auprès de lui, aux Trois-Rivières, ce qud était son incontestable droit, il devenait dès lors de l'intérêt même du séminaire de Nicolet de se transporter dans Trois-Rivières, ne fût-ce gue pour enrayer les dissentiments pénibles et la concurreince, pour bénéficier aussi de la protection et des faveurs épiscopales.

Et c'est dans cet esprit qu'il rédigea un Mémoire qu'il soumit à la corporation du Séminaire de Nicolet. Avantages du transfert de l'Institution aux Trois-Rivières :

« Réunir ainsi, dans un milieu convenable, toutes les forces intellectuelles et tous les moyens matériels, c'était, selon' M. Laflèche, le moyen d'avoir une institution vraiment graaide, vraiment prospère et capable de lutter avantageusement avec les meilleurs collèges du pays. »

Cependant, ne pouvant persuader la corporation, et se rendant compte qu'il y avait à vaincre, pour réaliser le trane-

fert, de^ obstacles en quelqTie Borbe insurrrioiita^bles, il crut devoir se rallier à TopFposTtion et conjurer, si possible, la fondation d'un collège rirai aux Trois-flivieres. Et il se dévoua à la défense de cette cause, (fui n'était pas la meilleure, avec la haute intelligence et la rare énerve dont il était supérieurement doué.

Néanmoins, ces idées se modifièrent dans la suite au fur et à mesure que, mieux à même d'observer les hommes et les cboses, il sut apprécier à sa juste v^aleur l'initiative -du vieil évêque qui allait faire de lui son coadjutetir et successeur, le continuateur de ses œuvres et Théritier des contrariétés dont il eut à souffrir.

Le collège des Trois-Rivières fut fondé m'algré tout et son succès lut de suite satisfaisant, mais les charges qu'il imposait n'en étaient pas moins sensibles et, cep-endant, *les finances de l'évêque s'embrouillaient de plus en plus, au point de rendre la situation désespérée : tous les retenus de l'évêché n'arrivaient plus à couvrir les arrérages de sa dette. Il fallait remédier au mal, trouver un administrateur avisé et sûr.

Le choix de Mgr Cooke s'arrêta sur l'abbé Laflèche qim en fut avisé le 10 septembre 1861 par une lettre touchante^.

1. Nous reproduisons ici cette lettre qui figure déjà au tome IIl des Voix canadiennes, page 254. Elle disait à M. Laflèche :

« Très cher Frère et Ami, depuis neuf ans et malgré notre grande âge, Nous avons porté à peu près seul le lourd fardeau de l'épisoopat. JLes frais considérables auxquels Nous Nous étions condamnés pour la construction de Notre cathédrale, la modicité de Nos revenus et le petit nombre de prêtres de Notre diocèse Nous empêchaient d'augmenter, comme nous l'aurions désiré, le personnel de Notre évêché. Nous a,von3 essayé dans toute la mesure de Nos forces de suffire à Nos besoins et Nous avons prolongé Notre travail peut-être au delà des bornes qut Nous traçait la prudence, Nous reposant sur la pensée qu'il n'y a rien de plus salutaire que d'abréger ses jours au service de Dieu. Aujourjourd'hui, il Nous faut partager le poids. Une grave maladie dont Nous relevons à peine et les infirmités de la vieillesse Nous le commandent. Nous devons donc, et pour l'acquit de Notre conscience et pour "o bien de l'Eglise, Nous adjoindre un aide ou assistant. Nous avons été les yeux sur vous. Les talents q«e Dieu vous a confiés, vos| grands

L'œuvre proposée au talent et au dévouement du supérieur de Nicolet é tait loin d'être enviée, attrayante encore moins; et ce n'était pas un petit sacrifice pour Tex-missionnaire que de qiiitter pour l'entreprendre la maison qu'il con-

travaux pour sa gloire, les vertus dont vous avez donné l'^emple, vous désignaient depuis longtemps à Notre choix. Mais Nos fréquents rapports avec vous, Nos dernières entrevues et le vœu unanime da clergé, dont vous méritez à si bon droit l'estime, Nous déterminent à cet égard d'une manière irrévocable.

» Nous avons pesé, avec le plus grand soin, les raisons qxie vous Nous avez données, toutes les précautions que la prudence chrétienne exige ont été prises, et tout cela nous conduit davantage (à presser l'exécution de Nos desseins qui ne sont autres que ceux d^ la Providence. ' ' ! •

» Aussi, bien-aimé Frère; de Notre autorité épiscopale. Nous vous appelons auprès de Nous.

» Venez sans crainte où Dieu et l'Eglise vous appellent : Vir dbediens loquetur victorias. Des grâces et des secours puissants sont promis à tous ceux qui travaillent au gouvernement de son Eglise. Vous êtes faible. Nous le croyons, mais Dieu vous fortifiera : Dominus erigit elisos. D'ailleurs, vous vous êtes généreusement sacrifié pour la conversion des infidèles dans des régions lointaines, ne sauriez-vous pas le faire pour le salut de vos frères dans le pays natal? Ohl non, vous n'hésiterez plus maintenant; l'obéissance donnant cours à tous vos généreux sentiments, vous avancerez d'un pas ferme dans le chemin que la Providence vous, trace et vous déploierez courageusement pour l'amour de l'Eglise tout ce qui vous reste de force et de santé, tout ce que vous avez de connaissance et de vertus.

» Ainsi, sans tarder, préparez-vous à laisser la place que vous occupez et venez vous asseoir à Nos côtés pour Nous aider de v^os conseils, partager Nos peines et jouir de Nos consolations.

» Une seule chose pouvait Nous causer de la douleur et quelque inquiétude dans Nos présentes dispositions, c'est de priver Notre séminaire de Nicolet de vos lumières et de vos services, mais l'ordre demande que les intérêts d'un diocèse prévalent sur ceux de son séminaire. Dieu pourvoira donc aux besoins, voilà ce qu'il faut penser et cei qvte vous devrez répondre à vos confrères pour les consoler de leur perte.

» Maintenant, le saint Nom de Dieu invoqué, Nous vous nommons, par les présentes, en vertu d'un Induit de la Sacrée Congrégation fie la Propagande, en date du 13 juin 1852, Administrateur de notre Diocèse, en cas de maladie, d'absence, d'incapacité ou de décès de Notre part et vous accordons tous les pouvoirs qu'il Nous est possible de vous communiquer en pareil cas.

» Donné aux Trois-Rivières, sous Notre seing, le sceau de Nos armes et le contreseing de Notre secrétaire, le dixième jour de septembre mil huit cent soixante et un.

» t Thomas, Ev. des Trois-Rivières.

V » Par Monseigneur,

» Luc DÉsiLETS, Ptre,

» Secrétaire ».

sidérait comme un nouveau foyer, qu'il aimait ardemment et à laquelle, au retour de ses longues pérégrinations apostoliques, il avait voué sa vie, consacré ses labeurs.

MaiSj telle était la détresse de l'évéque, si vive son instance, que le grand vicaire Laflèche ne put se dérober. Il qu,itta son cher Nicolet, et les collaborateurs dont il avait la confiance, et une jeunesse studieuse dont il était le père et qui l'aimait; il abandonna un genre de vie qui lui convenait et, alors que tous autour de lui voyaient en son éloignement une perte cruelle, irréparable, il s'en alla résigné au désir de l'évéque qui lui semblait être la volonté même de Dieu.

Cependant la nomination de M. Laflèche à cette charge importante ne fut pas sans impressionner les amis et les bienfaiteurs du nouveau collège des Trois-Rivières, auquel il s'était montré opposé et qu'il avait énergiquement combattu. Et de fait, incapable de dissimulation, tout en travaillant à relever les affaires du diocèse, il prit vis-à-vis de cet établissement une attitude si réservée, d'aucuns disent si peu favorable, qu'elle entrava considérablement ses progrès. Il n'en est pas moins vrai que le G. V. Laflèche, tout pénétré des obligations de sa charge, et des intérêts supérieurs de l'Eglise, sut concentrer les services religieux dans la nouvelle cathédrale et faire consentir au collège des Trois- Rivières, encore à l'étroit, la jouissance de l'ancienne église paroissiale qui, dès lors, tint lieu de chapelle à l'établissement.

Cet abandon de leur vieille église paroissiale fait par les trifluviens au collège à la demande du G. V. Laflèche fut un premier succès qui encouragea ce dernier à tenter plus et mieux auprès des habitants de la ville, du clergé et des diocésains II leur demanda instamment, avec l'éloquence entraînante dont il était doué, pour leur honneur et datis leur intérêt, d'intervenir généreusement et d'aider etifin la Corporation diocésaine à sortir de l'impasse angoissante où la

tenait la pénurie de ses finances. Dès lors, l'obole du clergé comme celle des fidèles convergèrent vers l'évêque tant et si bien qu'en peu de temps l'honneur se trouva sauf et sa situation claire; il y eut bientôt excédent de recettes appliqué sagement par le G. V. Laiièch.e à l'amortissement de la dette. Ce fut de ce fait la fin de la crise financière ,qui ava,it pesé si lourdement sur les actes de Mgr Cooke, enrayant force progrès possibles qui devaient être sans cesse ajournés.

La vie du V. G. Laflèche à l'évêché fut de tous points ce • q;u'ava,it espéré le digne évêque : activité débordante, admirable dévouement. Il fut, pour Mgr Cooke, un conseiller éclairé et prudent, un aide dévoué, inlassable, et qui mieux est, écouté et singulièrement heureux; il prodiguait ainsi secourgf et consolations, allégeait les charges trop lourdes, continuait les entreprises, celles mêmes qui avaient paru aventurées» ou intempestives, s'entendant à merveille à assurer le lendemain des œuvres charitables.

Telle fut l'unanime satisfaction que d'une commune voix clergé et fidèles demandaient aux hommes et à Dieu de donner cet homme de bien comme successeur à l'évêque qui avait su le distinguer et l'associer à ses labeurs.

Plus que tout autre, Mgr Cooke voulait l'élévation de son Vicaire Général, mais il ne se contentait pas de former des vœux. Il sonda son métropolitain, consulta ses collègues dans l'épiscopat, et finalement adressa à Rome une supplique qui fut favorablement accueillie.

Le 1^** mars 1867, par un mandement débordant de foi, de reconnaissance et de bonheur, Mgr Cooke portait à la • connaissance de ses diocésains la bonne nouvelle que le V. G. Laflèche, sur ses instances, venait d'être nommé son coadiuteur avec future succesâion^.

1. Voici ce mandement que nous avons déjà donné au tome III, page 257, àes Voix Canadiennes ;

l«ï mars 1867. Thomas Cooke. Par la Miséricorde de Dieu et la

Les Bulles qui élevaifint Mgr Laflèche à la digiaité épiscopalo avec le titre d'évêque d'Anthédon in partibus infideliurrir le désignant comme le futur évêque- du diocèse des Trois-Rivières qu'il administrait déjà avec tant d'habileté, étaient datées du 18 janvier 1867. Nul ne pouvait douter qaainsi ne fussent reconnus et récompensés une grande vertu,

Grâce du Saint-Siège Apostolique, Evoque des Trois-Rivières, etc., etc., etc. Au Clergé, aux Religieux et Religieuses et à tous les fidèles de notre Diocèse

Salut et Bénédiction en NotrerS.eigneur Jésus-Christ.

« Depuis quelque temps, N. T. C. F., nous sentons plus que jamais 1© poids des années et de La» lassitude. Nos forces ne suffisent plus fi porter seules le lourd fardeau de l'Episcopat. Nous avons jugé qu'il était opportun, dans votre intiérêt et dans celui de la religion aussi' bien que dans le nôtre en particulier,, de demander au Père commun de* fidèles de soulager noire vieillesse, en nous donnant un aide et un appui. Notre supplique, présentée au Saint-Siège par l'entremise de Nos Seigneurs les Evêques de la Province Ecclésiastique de Québec, a été couronnée de succès. Il a plu à Sa Sainteté, l'Illustre et bien-aimo Pontife, Pie IX, par des Bulles en date du 23 novembre 1866, de nommer notre très cher Fils en Jésus-Christ, M. Louis-François Laflèche, l'un de nos Vicaires-Généraux, Evêque d'Anthédon, in partibus infidelium, et notre Coadjuteur.

» Cette nomination, N. T. C. F., nous a été trois^ fois agréable, jpar les éminentes qualités du nouvel Elu, à cause des importants services qu'il nous a rendus, et. enfin parce que,, comme il l'est de nou3> il est singulièrement aimé de tous.

» Les Lettres Pontificales dont nous venons de parler, arrivaient à notre Evêché le 15 janvier dernier, et l'époque de la Consécration épiscopale fut fixée au 25 février dernier. Mais, dans l'intervalle, une maladie assez grave atteignit subitement le nouvel Elu, nous inspira même des craintes sérieuses et nous fit appréhender, pour le moins, que le jour de la grande cérémonie ne fût assez longtemps retardé.'

» Heureusement il n'en a rien été, N. T. C. F. Le Dieu bon qui nous avait pour ainsi dire menacé de reprendre le don qu'il nous faisait, comme pour nous en faire mieux comprendre le prix, 1« rendit bientoti à no3 vœux et à nos prières.

» C'est donc lundi dernier, 25 février, jour de la fête de saint Mathias, Apôtre, qu'eut lieu dans notre Catliédrale la consécration de Mgr Louis-François Laflèche, Evêque d'Anthédon, désormais notre Coadjuteur, faite par Sa Grandeur Mgr de Floa, Administrateur de l'Archidiocèse^ assisté de Nos Seigneurs les Evêques de Toronto et de Saint-Hyacinthe, en notre présence et en présence de notre vénéré frère l'Evêque» de Kingston, d'un très grand concours de prêtres et d'une immense foule de fidèles.

» Que ce jour a été beau pour nous, N. T. C. F.; et pour tous ceux qui l'ont passé avec nous! Que n'a-t-il été donné à chacun de vous d'en savourer les douceurs et d'en ressentir la vive allégresse! Quoique la plupart de nos Diocésains n'ait pu contempler le magni-

beaucoup de science et de talent, surtout Une éloquence sacrée, incomparable. Il n'en fallait pas davantage pour que la population franco-canadienne de la région, si croyante, manifestât avec enthousiasme sa reconnaissance ot son bonheur. Mais!... et ce fut un sujet d'angoisse que tous aux Trois-Rivières comme à Nicolet connurent aussitôt : com-

fique spectacle de la Consécration épiscopale, et voir se dérouler sous leurs yeux les imposantes cérémonies du culte catholiq;ue et les rites sacrés de notre Sainte Eglise dans toute leur majesté et leur éclat, néanmoins ce jour a été également précieux pour tous, puisq;ue vous y avez tous reçu un Pasteur nouveau, Un chef futur et plein de lumières, de mérites et de vertus.

» Mais c'est à nous surtout, à nous qtii portons depuis longtemps la grande responsabilité du salut de vos âmes, que se révèlent toute la beauté et le prix d'un pareil jour. Nous connaissons mieux que personne la grandeur du secours présent et des espérances futures que ce digne collaborateur nous apporte. Il travaillera vaillamment à nos côtés pendant le reste de notre carrière, afin de la rendre au milieu de vous, N. T. C. F.,- et plus longue et plus douce, et quanjd il plaira au Seigneur de nous appeler à lui, il demeurera avec vous, comblé de nos plus abondantes bénédictions, comme autrefois Israël, afin de vous conduire tous heureusement dans la terre de l'étemelle patrie. Rien ne saurait être plus agréable à un père que l'assurance jde laisser sa famille bien-aimée entre des mains sûres, affectionnées et généreuses. La satisfaction des enfants ajoute sensiblement encore au bonheur de ce père fortuné. C'est ce que nous éprouvons en ce moment, N. T. C. F. Nous avons vu, avec un vif plaisir, la joie universelle du clergé et des fidèles du Diocèse se manifester visiblement le jour de la Consécration de notre bien-aimé Coadjuteur, et éclater partout depuis, sur son passage, dans les communautés et les paroisses qu'il a visitées. Il sera heureux et abondant en fruits, sans aucun doute, ic pontificat commencé sous d'aussi beaux auspices.

» Mais pour qu'il en soit ainsi, il faut, N. T. C. F., que fvous n'oubliiez jamais, que vous preniez un grand soin de conserver toujours le respect et l'amour que vous lui portez en ce moment, ce dont nous avons assurément la ferme confiance. Aussi nous ne vous rapppellerons pas les paroles si terribles que l'Eglise a prononcées sur la tête du nouveau Consacré, quand elle a dit : Qui maledixerit ei, sit ille malediciiis. Que celui qui le maudira, c'est-à-dire qui l'insultera, le combattra, le persécutera, soit maudit lui-même. Non. Ces paroles sont pour les âmes dures et superbes; elles ne sont pas pour le peuple au cœur généreux qui reçoit si amoureusement ses Pasteurs. Nous vous redirons plutôt et bien volontiers ces autres paroles si consolantes que l'Eglise prononce ensuite, que nous vous appliquons, N. T. C. F., dans toute l'autorité de notre charge pastorale, avec toute l'affection d'un cœur de père, et dont nous vous recommandons de garder toujours le souvenir : Et qui henediœerit ei, sit ille benedictus. Et que celui qui le bénira, c'est-à-dire qui le respectera, qui l'honorera, qui le ser-

ment Mgr Laflèche accueillerait-il lui-même son élévation, à laquelle il songeait moins que personne, dont il s'estimait indigne, et qu'il avait d'ailleurs décliné énergiquement avec succès quand, dix années auparavant, on voulut lui donner déjà la lourde succession de Mgr Provencher. Certaines indiscrétions de journaux, toujours renseignés, donnè-

vira et le secourra, soit lui-même comblé de toutes sortes de bénédictions » Oui, c'est là. Nos très cliers Enfants, le vœu que nous formons dans toute l'ardeur de notre âme, à la fois pour votre bonheur et pour le succès et la joie constante do celui que nous n'appellerons plus, dorénavant, que du doux nom de Frère.

» La fête solennelle de la Consécration de notre Coadjuteur a encore été pour nous l'occasion d'une autre et très vive satisfaction, que nous ne saurions vous dissimuler. C'est d'avoir vu de nos yeux, avant de laisser la terre, dans toute sa pompe et sa splendeur, le temple que nous avons, de concert avec vous, érigé à la gloire du Seigneur. C'est de nous y être rencontré, encore une fois, avec nos vénérables frères, les Evêques de la Province, presque tout notre clergé, un grand nombre de prêtres des diocèses voisins, et une grande multitude de nos enfants. Ohl que ce spectacle a produit de profondes émotions dans notre âmel La rare beauté de ce sanctuaire qui nous a coûté tant de veilles et de sollicitudes, son ornementation magnifique, le caractère auguste do la nombreuse assemblée qu'il contenait, la majesté des cérémonies du culte nous auraient instinctivement porté, si nous eussions donné cours à la vivacité de nos sentiments, à nous écrier sucessivement avec le prophète royal : Quam dilecta iabcrnacula tua. Domine virtutum ! Coneupiscit et déficit anima mea in atria Domini. Que vo tabernacles sont aimables^ Dieu des vertus ! mon âme est consumée du désir ardent de voir les parvis du Seigneur. Quam bonum, quam jucundum habitare fratres in unum ! Oh ! qu'il est bon, qu'il est doux pour des frère d'habiter nsemble !

» "Vous, N. T. C. F., vous re verrez sans doute des jours de pareille solennité, de semblable allégresse, si vous conservez la foi; pour nous, notre" âge ne nous permet plus d'en conserver l'espoir en ce "monde. Néanmoins, nous sommes très heureux d'avoir vu celui qui vient de s'écouler. Nous en bénissons publiquement la divine Providence, et nous vous remercions, du plus profond de notre cœur, N. T. C. F., de nous avoir procuré, par vos généreux sacrifices, par vos offrandes multipliées à notre cathédrale, cette grande et si douce consolation. » Ceux d'entre vous, plus heureux que les autres, qui ont partagé avec nous le bonheur d'assister à la fête dont nous parlons, ont dû sentir aussi leur âme s'élever délicieusement vers Dieu, et l'amour de la religion s'accroître dans leur cœur, avec une soif plus ardente des jouissances célestes. Ils n'auront pas regretté l'obole de leur aumône à notre œuvre; ils se seront au contraire sincèrement réjouis d'avoir donné à l'Eglise de ce diocèse les moyens de déployer aux yeux de

rent corps à ces appréhensions, ce qui ne fit qu'augmenter la nervosité des fidèles.

Mais Dieu sait parler aux cœurs autrement qlie les hommes. Le pape avait résolu que Mgr Laflèche assisterait Mgr Cooke sa vie durant et lui succéderait : c'était déjà un ordre, auquel les supplications du vieil évêqli'e et de tout le peuple donna-ient un sens qu'une âme d'apôtre ne pouvait méconnaître : il fallait donc reprendre la houlette et le fardeau; il fallait précéder le troupeau dans l'abnégation et le travail ; il fallait montrer la voie et donner l'exemple ; il ' fallait se sacrifier encore, toujours!... Suffit. Arrière, dès lors, toutes les objections qui le déterminèrent jadis à rester dans le ran^; [arrière la répugnance qu'il ressentait invinciblement pour les distinctions, les égards et les honneurs. C'était une charge (Ju'on lui imposait, il l'acceptait comme telle et entendait la remi)lir pour l'édification de tous comme pour le salut de son âme^. :

ses enfants tout l'éclat et la magnificence qui conviennent à ses solennités et à ses triomphes.

» Sera le présent Mandement lu et publié au prône dans toutes les paroisses et en chapitre dans les communautés religieuses le premier dimanche ^près sa réception.

» Donné à l'Evêché des Trois-Rivières, sous notre seing et sceau et le contreseing de notre Secrétaire, le premier jours de Mars, mois consacré à honorer le glorieux saint Joseph, premier patron du pays, de l'an mil huit cent soixante-sept.

» t Thomas Cooke, » Evêque des Trois Rivières.

» Par Monseigneur,

» A. Delphos, Ptre,

» Secrétaire ».

1. Quand Mgr Laflèche fut nommé évêque d'Anthédon.et désigné comme successeur de Mgr Cooke, dont il devenait le coadjuteur désiré par tous, les Ursulines des Trois-Rivières lui portèrent leur don de joyeux avènement avec le tribut de leur respect et de leur fiHale soumission. Mgr Laflèche en remercia la Mère Supérieure en ces termes :

« Evêché des Trois-Rivières, 24 février 1867.

» Ma très honorée Mère; En arrivant de Nicolet, hier, j'ai trouvé sur ma table la lettre que vous avez eu l'extrême bienveillance de m'adresser, et le magnifique cadeau qui l'accompagnait,

» Je dois d'abord vous rendre grâces des paroles si obHgeantes que

Pourqlioi parler encore des angoisses du prêtre que la faveur du ciel accablait ainsi; des déchirements qu'il éprouva, à ce coup, des péripéties de la lutte suprême qui s'engagea entre la conscience du devoir imposé et la perspective torturante du fardeau énorme qu'on plaçait sUr ses faibles épaules I...

Dieu le veut I dit-il ; et il embrassa sa croix avec amour et confiance. Le sacre fut fixé au 25 février de la même année et à cette occasion, la presse unanime chanta hautement ses louanges.

Le Journal des Trois-JRivières disait notamment du sacre de Mgr Laflèche : «... On avait hâte d'arriver à ce jour parce qu'il devait nous apporter la réalisation des vœux les plus ardents des citoyens de cette ville, des habitants de ce diocèse, et de tous les catholiques du pays. Car le désir de vpir le nouvel évéque revêtu de la dignité épiscopale ne se bornait pas à cette ville, ni au diocèse, mais à tout le pays...

vous m'adressez au nom de toute votre communauté, à l'occasioa de ma nomination à la Coadjutorerie des Trois-Rivières. Que tous les fidèles du diocèse se réjouissent de voir notre digne et vénérable évéque recevoir de la main du Saint-Père le secours qiie réclament l'affaiblissement de sa santé et l'épuisement de ses forces, c'est ce qu'il est facile de comprendre; mais, ma Révérende Mère, quand le pauvre individu qui a été choisi pour cette haute mission se rappelle qu'il en a été jugé incapable, il y a dix-huit ans, et cela dans urt poste beaucoup moins important, quand il pense que le saint Concile de Trente a déclaré que l'Episcopat est un fardeau redoutable que les anges eux-mêmes craindraient de porter, comment peut-il n'en être pas affligé! Cependant malgré les raisons si graves que j'avais de prendre tous les moyens légitimes de m'y soustraire, je n'ai pas cru devoir dévier de la règle de conduite que je me suis toujours efforcé de suivre, de reconnaître la volonté de Dieu dans celle de mes Supérieurs, et voilà pourquoi je n'ai pas osé pousser la résistance jusqu''aux dernières limites pour ne pas m'exposer à aller contre la volonté de Dieu. J'ai donc dû faire mon sacrifice en comptant sur la miséricorde de Dieu qui se sert souvent des plus faibles instruments pour accomplir son œuvre. Si je ne puis rien par moi-même, je dirai avec l'Apôtre des nations : « Je puis tout en Celui qui me fortifie ». Et cette force d'en haut, ma Révérende Mère, vous contribuerez, pour votre part, à la faire descendre en mon âme par vos prières et supplications. C'est surtout ce que je réclame pour le grand jour de demain. Oui, ma Rév. Mère, priez avec toute votre communauté, afin que le

» ... Ahl c'est que rélévation de Mgr Laflèche à. la dignité épiscopale était plus qu'un fait particulier à cette ville, à ce diocèse; c'était un événement d'un intérêt général, un événement dont le retentissement devait s'étendre à tout le pa,Ys... »

Le Journal des T rois-Rivières fut ainsi bon prophète, car peu d'évéques canadiens ont tenu dans letir pays tilne place aussi grande avec autant de dignité et de mérites que Mgr L.-F. Laflèche; peu aussi éprouvèrent plus de regrettables contrariétés qui ne firent, d'ailleurs, que mieux ressortir la noblesse de son âme et la -grandeur de ses vertus.

La messe dé consécration fut célébrée par Mgr Baillargeon, évêque de Floa, assisté par son grand-vicaire, M. Cazeau; du grand-Vicaire, Thomas Caron; les évêques assistants étaient les Seigneurs P. Larocqlie de Saint-Hyacinthe, et Lynch de Toronto. A la cérémonie figuraient aussi les

Seigneur me communique par l'onction sainte cette abondante effusion de l'Esprit-Saint qui fait les Evêques selon le cœur de Dieu.

» Vous l'avez déjà fait et je vous en remercie du fond de mon cœur; c'est assurément le cadeau le plus précieux que vous puissiez me faire. En plusieurs rencontres, j'ai éprouvé l'efficacité des prières que vous faites pour moi; permettez-moi de vous en témoigner aujourd'hui spécialement ma plus sincère reconnaissance tout en les réclamant de nouveau.- 1

» Mais si les secours de l'ordre spirituel que vous m'avez obtenus réclament une reconnaissance particulière, la mitre précieuse et magnifique, que votre communauté, après tant de sacrifices qu'elle a déjà faits, a eu l'extrême générosité de m'offrir, réveille aussi dans mon âme un sentiment de gratitude qu'il m'est bien difficile de vous exprimer. Vous voudrez bien, j'espère, agréer ce sentiment et être mon interprète auprès de votre pieuse et généreuse élève pour ta part qu'elle a bien voulu y prendre. (Mlle Mary Larue sacrifia ses bijoux pour orner la mitre).

» Je vous avouerai, Ma Révérende Mère, que je suis vraiment confus en ce temps-CL de l'empressement et de la magnificence avec laquelle on a voulu me fournir les objets nécessaires à ma nouvelle position. Le seul défaut que je trouve à tout cela, c'est que c'est trop beau et trop riche. Mais on a beau faire, on ne m'empêchera pas de parler contre les richesses et la vanité. Inutile de dire, ma Révérende Mère, que vous n'avez pas grand chose à craindre sur ce chapitre.

» Je n'en demeure pas moins et avec la plus sincère rôconnaissance, etc.

» L. F., évêque d'Anthédon ».

seigneurs Horan de Kingston, Cooke, des Trois-Ririères et plus de 150 prêtres trifluviens et autres.

Parmi tant d'autres questions qui méritaient sa sollicitude, Mgr Laflèche prenait donc spécialement à cœur les affaires touchant à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse. Nous l'avons vu, au collège de Nicolet, passionnément dévoué pour cet établissement et, par suite, très réservé en tout ce qui concernait le nouveau collège des Trois-Rivières. Le coadjuteur ne voyait pas de prospérité possible, pour deux établissements similaires si rapprochés et entre lesquels sa bienveillance devait se partager inefficacement, il le craignait.

Cependant, son opinion relative au collège des Trois-Rivières s'était sensiblement modifiée. Il ne voyait plus l'inopportunité absolue de cette institution, car enfin il se rendait compte des besoins réels de la population catholique de ce'.te ville et devait rendre- hommage à ses efforts généreux, que couronnaient déjà d'appréciables succès. Et, dès lors, le digne prélat ne voyait plus de solution honorable et équitable possible que dans le transfert du Séminaire de Nicolet aux Tr ois-Rivières même.

Et il faut le reconnaître, autant il avait défendu Nicolet avec franchise et ténacité, autant il servait désormais la cause des Trois-Rivières avec loyauté et justice. Il voulait une seule maison forte et prospère, sous sa surveillance bienveillante immédiate, et la réalisation de ce proj;et ne lui paraissait plus chimérique, d'autant moins que la province de Québec ayant alors son administration indépendante, il lui semblait que les difficultés de ce côté- devaient être bien moindres qu'elles l'eussent été sous l'Union législative.

Appuyé, encouragé par tous les amis du collège des Trois- Rivières, par le clergé trifluvien presque unanime-, Mgr Laflèche fit des démarches auprès des autorités publiques potCr que celles-C|i achetassent le collège de Nicolet aux membres de la Corporation de cet établissement.

Malheureusement, il n'aboutit pas. Non pas tant parce qfue la ^Corporation de cette maison lui fût unanimement contraire : elle était en réalité divisée; niais parce qu'elle exigeait pour son établissement un prix exorbitant, manière honnête, au fond, de signifier à révêq;ue son opposition réfléchie et son refus catégoriq;ue.

Cet échec fut, on ne peut plus sensible à Mgr Laflèche et nous verrons dans la suite ce que Nicolet osa tenter contre l'homme qui semblait le menacer dans ses intérêts et son ex;istence.

Sur ces entrefa^ites, les forces de Mgr Cooke faiblissaient (Je jour en jour et le digne vieillard, final^nient, ne se faisant plus d'illusion sur son état, se décida à confier à Mgr d'Anthédon, son coadjuteur, radnainistralion complète du diocèse. Il rendit sa décision publique par une lettre pastorale datée du 11 avril 1869 ^

1. Thomas Cooke. Par la Miséricorde de Dieu et la Grâce du Saint- Siège Apostolique, Evêque des Trois-Rivières, etc., etc., etc.

Au Clergé, aux Communautés Religieuses et à tous les Fidèles de notre Diocèset Salut et Bénédiction en N- S- J. G.

» Nous venons de célébrer ensemble, N. T. C. F.? le cincpiantièrae anniversaire du Sacerdoce de Notre Saint-Père, Pie IX, l'illustre Chef que l'Eglise catholique. C'a été un grand jour de joie pour Nous, que celui où il Nous a été donné de remercier Dieu, avec vous des faveurs singulières qu'il a accordées si abondamment à ce grand Pontife. Nous avons été non moins heureux de présenter, en Notre pom et au nom de tout Notre troupeau, nos humbles supplications au Ciel pour qu'il daigne fortifier de sa divine assistance son auguste Heprésentant sur la terre, au milieu des tempêtes terribles qui l'assaillent,qu'il le fasse bientôt triompher, et qu'il prolonge longtemps ses jours, tant pour la gloire de l'Eglise que pour son propre bonheur et pelui de tous ses nombreux enfants spirituels. Cette grande fête, nous l'avons partagée, avec l'univers catholique; car elle a été imiverselle. Nous la compterons comme une de nos dernières consolations dans l'accomplissement de nos devoirs épiscopaux.

» Aujourd'hui, N. T. C. F., nous célébrons la fête de la Sainte Famille, Jésus, Marie et Joseph, particulière à cette province. Cette famille très sacrée, d'où nous est venu le salut, est, comme noua vous l'avons si souvent répété, le modèle des familles chrétiennes. Cette fête doit donc être la fête privilégiée de toutes les bonnes familles. C'est en ce jour qu'il convient que le père prenne ses plus importantieq résolutions à l'égard du bonheur temporel, et ' surtout du salut éternel

Mgr Laflèche s'était bien rendu compte que son manque d'empressement du côté du collège des Trois-Rivières avait causé nombre de soucis, d'alarmes, et même des craintes sérieuses pour l'avenir, dont M. Richard, son directeur distingué, souffrait particulièrement. Il était à souhaiter dans l'intérêt de tous qu'il y eût détente, sinon cordiale entente et ce fut Mgr Laflèche qui en prit généreusement l'initiative par une démarche toute spontanée.

C'était le 18 mai 1869, ^vant de partir en tournée pas> torale, laissant ses occupations multiples et pressantes, Sa Grandeur se rendit de bonne heure au collège et prévint M. Richard qu'il tenait à visiter la maison et toutes les classes. Le directeur, qui n'avait pas été jusque-là accablé de telles prévenances en fut tout bouleversé, quoique singulièrement heureux, et son bonheur s'accentuait au fur et à mesure q;ue l'évêque parcourant les lie'ux, les inspectant avec

de ses enfants, et nous exhortons, avec l'Eglise, de ne jamais oublier; de le faire. Mais un Diocèse est aussi une famille, N. T. C. F., et l'Evêque est un père. Quel meilleur jour donc pour Nous que ce saint jour, poup prendre une détermination qui intéresse particulièrement nos chères ouailles l

» Nous ne jouissons pas, N. T. C. F.,- de la vigueur et de la santé exceptionnelle dont notre Père commun nous offre, sous le fardeau pastoral, un si bel exemple, et qui faisait, hier même, le sujet de mille actions de grâces. JLa divine Providence, qui Nous a traité néanmoino avec une très grande générosité dans le partage des années, a voulu, pour des raisons toujours adorables, pleines d'équité et de convenance, que nous éprouvions plus tôt le poids dq l'âge et des infirmités, depuis longtemps, ainsi que Nous vous l'avons déjà fait connaître. Nous sentons graduellement nos forces nous abandonner. C'est pourquoi Nous demandions, il y a trois ans, au Saint-Siège, l'aide d'un Coadjuteur, qui nous fut alors accordé.

» Comme l'homme a été créé pour travailler, et que Nous tenions à employer le reste de nos forces au service du Seigneur, auquel, nous les avons consacrées dans notre jeunesse, Nous n'avons pas cessé, selon notre capacité, même depuis cette époque, de nous occuper de l'administration de notre Diocèse, conjointement avec notre bienveillant Coadjuteur. Mais voici que ces forces diminuent rapidement et trahissent notre volonté. Nous ne pourrions plus, sans péril pour nofus-même et sans danger pour vous, N. T. C. F., porter le fardeau d'une si grande administration, qui doit maintenant reposer entièrement sur des épaules plus jeunes et plus robustes. Comme le laboureur épuisé, Nous laissons les mancherons de la charrue, et nous entrons, à son etxem-

un soin minutieux, interrogeant maîtres et discipleS; témoignait à tous une bienveillance débordante; ses conseils trahissaient une sollicitude profonde, empreinte d'une paternelle affection. Ce fut un événement dans ce petit Landerneau et M. Richard ne tarissait pas d'en rendre grâces à Dieu. La protection épiscopale pour cet établissement ne devait plus cesser de se faire sentir; et le personnel du collège et le

pie, dans la retraite et le recueillement de nos derniers jours. 'Nous confiant donc pleinement dans la prudence et la sagesse de Notre bienaimé Coadjutem-, Nous nous déchargeons, dès ce moment, totalement sur lui du soin de vos âmes.

» Ainsi, et à cette cause, le saint Nom de Dieu invoqué, en vertu d'un Induit spécial, sollicité par Nous en mai 1867 et gracieusoment obtenu de la cour de Rome, le 30 septembre de la même année, Nous avons nommé et établi, nommons et établissons par les présentes Sa Grandeur, Mgr Louis-François Laflèche, Evêque d'Antbédon, jusqu'ici Notre Coadjuteur, Administrateur de notre Diocèse, avec toute l'autorité, les droits et privilèges que cette charge comporte, et Nous enjoignons au Clergé, aux Communautés religieuses et à tous les fidèles sous notre juridiction de lui porter le respect, l'obéissance et l'amour qu'ils doivent au premier Pasteur, de ce Diocèse.

» En vous faisant cette recommandation, N. T. C. F., une des plus importantes qu'il nous soit possible de vous faire, l'obéissance étant la clef de l'édifice spirituel : Qui vos audit, me audit. Nous sommes, à la vérité, sans grande inquiétude. Car Nous avons vu, à notre grande joie, comment jusqu'ici vous vous êtes acquittés de ce devoir envers* celui qui n'était encore que Notre Coadjuteur. Votre respect et votre affection sont donc pour Nous le motif d'une grande espérance. Persévérez dans les mêmes sentiments, et le Seigneur ne manquera pas de vous combler de ses abondantes faveurs. Outre le caractère très sacré qui l'honore, outre la dignité sublime de la charge qu'il occupe, sa charité et son dévouement pour vous méritent amplement votre confiance et votre attachement.

» Nous-même, N. T. C. F., Nous croirions manquer à un devoir de justice envers ce très digne et très zélé Collaborateur, si Nous bo profitions pas de cette cireonsiance, pour lui donner un témoignage public et solennel de Notre entière affection et de Notre très vivo re connaissance. Malgré que des hommes égarés ne voudraient pas que l'on rendît hommage au mérite. Nous nous plaisons à reconnaître ici les nombreux et incessants travaux qu'il a accomplis, au su de tous, en Notre faveur, depuis plusieurs années, notamment ceux qui ont trait à notre Cathédrale et à la défense des saines doctrines. Il Nous a même soulagé, nous le déclarons, au point de prolonger longuement nos jours, et nous voulons que la mémoire en soit conservée pour le temps oiù Nous ne serons plus. Aussi, quoique Nous n'ayons pas à bénir Celui que l'Eglise elle-même a solennellement consacré. Nous n'en élevons pas moins la voix vers le Seigneur pour le prier instamment de rendre

public devait apprendre, avec une réelle surprise, que Mgr d'Anthédon, dès la fondation de ce collège, avait songé à y amener le Séminaire de Nicolet et qu'à cette heure même, malgré toutes les objections produites, il n'avait pas renoncé à son projet.

Les Etats Pontificaux étaient alors menacés, enVahis. Le

au Centuple au nouvel Administrateur ce qu'il a fait pour Nous, et Nous espérons que ce cri de notre âme sera entendu,

» C'est donc avec une entière confiance et un grand bonheur, N. T. C. F., que Nous vous remettons aujourd'hui entre ses mains.

» Tous les liens qui nous unissaient ne sont cependant pas rompus. Nous demeurerons toujours votre père, et vous serez toujours nos enfants : car comment un père peut-il se séparer absolument d'enfants qu'il a longtemps aimés et nourris?

» Pendant que Mgr l'Administrateur descendra comme Josué, dans la plaine, et vous conduira au combat, comme un autre Moïse, Nous ne cesserons de prier sur la montagne, pour vous aider à obtenir une complète victoire. ,

» De votre côté, au milieu de vos triomphes, vous n'oublierez pas le vieux Moïse; vous lui soutiendrez les bras, vous demanderez au Seigneur, par le sang de son divin Fils, qu'il ne soit pas, pour les fautes commises dans la conduite du peuple de Dieu, privé du bonheur d'entrer dans la terre promise aux élus; vous le supplierez d'éloigner de son âme les tribulations de la dernière heure, et de lui donner pa paix, afin qu'il puisse toucher au moins une peSite récompense, si peu méritée qu'elle soit, en attendant l'heureuse réunion où pasteurs et brebis ne feront plus qu'un seul et même troupeau dans la gloire de Jésus-Christ. Recède paululum ah eo ut quiescat, donec optata veniat sicut mercenarii dies ejus. Et fîet unum ovile et unus pastor.

» Nous voulons maintenant. Nos Très Chers Enfants, que Notra dernière parole et Notre dernier acte d'administration soit une parole et un acte de bénédiction :

» Que la bénédiction du Dieu Tout- Puissant, Père, Fils et Saint Esprit, descende donc sur vous, et y demeure à jamais.

» Benedictio JDei omnipotentis, Patris et Filii et Spiritus Sancti descendat super vos et maneat semper. Amen.

» Sera Notre présente J^ettre Pastorale lue et publiée au prône dans toutes les églises ou chapelles où se fait l'office public, et en chapitre dans toutes les communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception. i i I 1 .' ^

» Donné aux Trois-Rivières, en notre demeure épiscopale, le jour de la fête de la Sainte Famille, le onze d'avril, mil huit cent soixanteneuf, sous notre seing et sceau et le contreseing de notre Secrétaire,

» t Thomas, Ev. des Trois-Rivières.

» Par Monseigneur, » Agapit Legris, Ptre,

» Secrétaire ».

monde catholique se soulevait d'indignation à ramionce de cet attentat. Les Canadiens ne furent pas moins affectés par ces outrages que les autres chrétientés et l'église des Trois-Rivières eut, comme tant d'autres, ses soldats du Christ qui. se levèrent à la parole enflammée de Mgr Laflèche. Le 28 septembre 1869, 21 recrues nouvelles s'inscrivirent ,aux Trois-Rivières pour aller rejoindre le 6™® détachement de zouaVes pontificaux canadiens en route pour la Ville Eternelle. Mgr Laflèche harangua et bénit ces croisés, leur disant dans le langage le plus élevé la grandeur de l'œuvre qu'ils allaient continuer à Rome à la suite de leurs devanciers.

A Rome, où se renda,ient ses fils spirituels, devenus soldats du pape, Mgr Laflèche devait les rejoindre : car le concile du Vatican était convocjué, le coadjuteur des Trois-Rivières devait prendre part à ses travaux.

Le 30 septembre, en vue du départ pour Rome de leur évêque, les habitants des Trois-Rivières, sans distinction de partis, s'unissaient dans une commune manifestation en l'honneur de Mgr Laflèche. A ce jour, pour en augmenter l'éclat, on avait reporté la célébration de l'anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr Cooke. Il y eut grande afflueace de prêtres et de fidèles qui voulaient honorer à la fois le passé en Mgr Cooke, et l'avenir en son brillant coadjuteUr tout en priant Dieu de bénir ces deux bienfaiteurs insignes de l'église trifluvienne.

Mgr Laflèche fut admirable d'entrain et d'éloquence, et le peuple enthousiasmé le ramenait le soir, de la cathédrale, en triomphe. La nuit même il s'embarquait et le samedi suivant il prenait le steamer Nestorian en compagnie des Seigneurs Baillargeon, Horan, Larocqiio et Lootens. Ce voyage ne fut marqué d'aucun incident.

Mgr Cooke mourut en mai 1870 au milieu de calamités publiques; le Nord-Ouest s'agitait et les fénians menaçaient d'envahir le Canada, tant et si bien que les volontaires ca-

nadiens durent quitter la charrue et leur foyer, pour protéger leur patrie alarmée. L'invasion fut conjurée, mais, par une singulière coïncidence, un véritable -fléau d'incendies effroyables ravagea le pays à commencer par Québec, continuant par tout le Haut-Saguenay, de Saint-Alphonse à la pointe Bleue, et au lac Saint-Jean. Seul, l'incendie du faubourg Saint-Roch, de Québec, priva 1200 familles de leurs foyers; les incendies du Saguenay en ruineront tout autant. C'étaient des calamités publiqfues qui, rendant inefficaces les élans de la charité privée, nécessitèrent l'intervention de Tassistance publique.

Sur ces entrefaites, le 3 juin 1870, Mgr Laflèch'e, retenu à Rome par les travaux du Concile du Vatican, délégua le grand-vicaire C. 0. Caron, à l'effet de prendre possession en son nom et de par l'autorité apostoliq;ue, possession de son siège épiscopal des Trois-Rivières, devenu vacant par le ijiécès de Mgr Cooke.

Il ne devait pas garder de revenir lui-même au milieu de son troupeau. Cet événement ardemment souhaité par tous se ^produisit le 7 août 1870 et la ville des Trois-Rivières fit certainement à son premier pasteur le plus chaleureux accueil dont elle était capable : le canon grondait, toutes les cloches carillonnaient, toutes les fanfares étaient n^obiliséeS; ce n'étaient partout qu'arcs de triomphe, qu'oriflammes, guirlandes de fleurs et des lampions innombrables : tous les monuments publics, toutes les demeure^ privées disparaissaient sous les tentures chatoyantes; les chemins étaient jonchés de verdure et de fleurs. La foule avait envahi les rues; et là, elle se répandait en acclamations chaleureuses, triomphales. Les notables, en habits d« fête, haranguaient l'évêque; et celui-ci trouvait dans l'émotion de son cœur, dans la joie rayonnante de son âme, des accents sublimes qai transportaient le peuple d'enthousiasme. Ce fut à tous égards une journée inoubliable où l'union du pasteur et de son troupeau se scella sans retour.

Après deux années consacrées à ses œuvres pastorales, \

contrarié dans ses projets relatifs au collège des Trois-Ri- j

vières et au transfert du Séminaire de Nicolet en sa rési- j

dence; impliqué dans un inextricable conflit avec l'arche- \

vêque Taschereau dont il ne partageait pas les vues en ce :

qui concernait l'Université catholique dont Montréal récla- \

ma,it la fondation en son enceinte, Mgr Laflèche annonçait \

en décembre 1872, par une circulaire à son clergé, son dé- '

part pour Rome, où il allait plaider contradictoirement avec i

Mgr Taschereau. i

C'est ici qu'il faut rappeler les belles fêtes que Montréal |

donna à l'occasion du jubilé sacerdotal de Mgr Ignace Bour- \

get, son adnxirahle évoque, et l'incident du sermon du Rév. j

P. Braun, qui prit la parole au lieu et place de Mgr Laflèche \

empêché, sermon qui mit le feu à des poudres accumulées et j

mit l'Université Laval et l'archevêché de Québec sens des- ^

sus desisous, le Rév. Père ayant mis le doigt sans grand \

ménagement sur des plaies vives bien qu'habilement dissi- ^

mutées. Est-ce que le jésuite n'avait pas prouvé qu'en dé- ^

pit d'affirmations contraires, il y avait bel et bien, et beau- i

coup de libéralisme aU Canada? Il aurait pu ajo^uter que l'Uni- \

versité Laval et l'archevêché de Québec en étaient les cita- ]

délies jusque-là inviolées. j

Précisément alors les Jésuites introduisaient devant la légis- j

lature de Québec une demande tendant à les autoriser à con- I

lérer les degrés universitaires à Montréal. Ce fut le signal l

d'un remue-ménage sans précédent à l'Université Laval de }

Québec qui ne voulait souffrir ni comparaison, ni concur- '

rence, mais réclamait le monopole de l'enseignement supé- \

rieur catholique au Canada. Mgr Taschereau, en sa q;ualité l

d'ancien recteur et de chancelier de Laval prit fait et cause \

pour cet établissement dont il alla immédiatement plaider \

la mauvaise cause à Rome. Sur la demande des Pères Je- ]

suites, des notables de Montréal et de l'évoque Ignace Bour- j

get, Mgr Laflèche, de son côté, se rendait donc à Rome pour ]

contredire Mgr TascheTieaU ; et, dans ce voyage il était accompagne de M. Maréchal, curé de Notre-Dame-de-Grâce et du R. P. Braun lui-même.

Mgr Laflèche, se rendant ainsi à Rome, quitta effectivement les Trois-Rivières le 16 décembre 1872, et y revint le 24 avril 1873, ayant accompli, disait-il lui-même, Un voyage des plus heureux sous tous rapports.

En ma] 1873, Mgr Laflèche assista au ô'^e concile provincial do Québec, au retour duquel il reœvait la visite de Mgr I. Bourget, son vieil et fidèle ami. Cette visite donn^ lieu à des fêtes qui firent époque dans Trois-Rivières.

Cependant, la Corporation du collège des Trois-Rivières, voyant maîtres et élèves à l'étroit, et se trouvant complètement rassurée sur les intentions de Tévêque à son égard, décida de bâtir un nouveau collège dont le site fut choisi avec discernement et non pas sans les contrariétés ni les tracasseries qui ne sauraient être épargnées aux œuvres Utiles. Mais les anciens élèves firent tant et si bien avec une si généreuse ardeur que tous les obstacles s'aplanirent.

C'est bien peu de temps après son retour de Rome, le l®'' juin 1873, le jour de la Pentecôte, alors que les travaux iirrivaient au premier étage que Mgr Laflèche put bénir la pierre angulaire du nouveau collège des Trois-Rivières dont il allait faire son Séminaire.

Au cours de la cérémonie, l'évêque prononça mi remarquable discours déclarant notamment qu'il était heuréujc et fier de voir la population trifluvienne unie de cœur pour la réalisation d'une œuvre méritoire qui vaudrait au diocèse tout entier d'inépuisables bénédictions. Il ajouta :

« ... La maison d'éducation qui a pris naissance en votre viUe et qui aujourd'hui s'élèVe superbement de terre, malgré les innombrables difficultés qu'elle a éprouvées, est un gage de votre avenir. Non seulement les générations qlii grandissent, en puisant ici Une bonne éducation, seront chrétiennes, mais elles feront votre force. Qu'est-ce qtii a donné à nos compatriotes le moyen de dé-

fendre dans les assemblées de la nation notre religion, nos institutions et notre société, si ce n'est la bonne formation qlie notre jeunesso avait reçue dans nos maisons d'éducation. Il en sera de même pour vous, c'est en posant les assises d'une maison de haute éducation que vous fonnerez des chrétiens et des citoyens, qui seront en état de faire valoir av^tageusement vos intérêts i-^li^ieux et sociaux.

» Le collège que Vous travaillez à fonder me paraît avoir un grand avenir devant lui, tant à cause des difficultés qu'il a rencontrées, que par la nécessité de son existence. Vous le savez; c'est le désir de l'Eglise que la ville épiscopale possède Une semblable institution et, en secondant les vues de l'Eglise vous attirez sur vous les bénédictions les plus abondantes... »

« ...Le meilleur plan d'enseignement qui p(>urra être suivi est celui qfui, comprenant les études les plus élémentaires et les plus usuelles, s'élève graduellement aux études supérieures. De cette façon la jeunesse qui suit ces cours s'arrête justement là où ses aptitudes ne lui permettent pas d'aller plus loin, et elle reçoit une éducation qui lui est toujours utile dans le cours de sa Vie et dans toute carrière cfu'elle embrasse.

» J'ai observé que c'était une lacune dans notre enseignement (de ne pas diversifier l'enseignement de façon à le mettre à la portée de toutes les aptitudes) et lorsque j'étais à Nicolet j'ai travaillé à la réparer; ici j'ai opéré une réforme plus radicale en ce sens. Autrefois on recevait une éducation qui ne convenait qu'aux homines qUi se destinaient aux lettres et ceux qui n'avaient pas l'avantage de terminer leurs cours, ou qui n'avaiant pas les aptitudes nécessaires aux professions libérales, perdaient ainsi presque totalement les fruits de plusieurs années d'études. En Europe, j'ai remarqué que l'éducation populaire et l'éducation supérieure ne sont pas proportionnellement aussi répandues qu'ici, mais en général l'éducation industrielle et conunerciale y est répandue dans une plus grande proportion... »

Mgr Lallèche avait dit que l'Eglise désirait qu'il y eût un Séminaire dans sa Ville épiscopale; il tenta tout pour amener Nicolet auprès de lui et n'y pouvant parvenir, il allait convertir le nouveau collège des Trois-Rivières en Séminaire.

Il choisit la date du 19 mars 1874, jour de la fête de sa,int Joseph, auquel il était particulièrement dévot, pour émet-

tre le décret canonique d'érection, et c'est du haut de la chajre, au milieu d'une affluence de peuple énorme, que l'évêque, heureux et fier de son troupeaU fidèle, lui déclara :

«...C'€st de ce jour qiie j'ai daté le décret qui érige canoniquement le collège des Trois-Rivières en Séminaire diocésain. Cette fête do saint Joseph Voit donc s'accomplir un des actes les plus importants que j'aurai sans doute à remplir dans le cours de mon administration... »

Ce décret fut porté à la connaissance des fidèles par une lettre pastorale lue dans toutes les églises du diocèse le 22 mars de la même année, et elle se trouva ainsi magnifiquement couronnée l'œuVre entreprise par Mgr Cooke, à laquelle s'était si cordialement rallié son digne continua-

jl teur.

[• En voyant la jubilation, l'enthousiasme qui transportait sa ville épiscopale, et gagnait tous les cœurs en faisant affluer par mille canaux divers les louanges comme les trésors de la générosité par lesquelleis iétaient exaltées et favorisées ses oeuvres en général, l'édification de son Séminaire en particulier, le saint évêque bénissait la Provide-nce du fond de son cœur, tandis que ses enfants l'acclalniaiieînt voyant en lui leur Providence sur la terre. i

Comme si Dieu avait voulu resserrer davantage les liens qui unissaient déjà Mgr Laflèche et son nouveau Séminaire dont les hautes murailles s'étaient .élevées comme par enchantement et dont le dôme majestufelix dominait, dès lors, toute la ville, il voulut qtie, privé lui-même d'une demeure convenable, le bon évêque, du reste très heureux de l'aventure, n'eût mieux à faire qu'à s'installer lui-même dans le Séminaire, au milieu de l'essaim bourdonnant et joyeux de la jeunesse studieuse qu'il aVait ralliée a:utour de lui. Il y vécut toujours souriant, bien qju'à l'étroit et dans la gêne, et durant sept ans qiii furent pour l'établissement sept années de bénédictions. ' l - '

Cette cohabitation amena entre Tévêque, le personnel dirigeant et enseignant, et les élèves une conformité de vues, une unité d'action, un attachement et une confiance réciproques, une émulation ardente de tous les instants gui aidèrent puissamment à créer un esprit excellent et des traditions qui firent l'honneur et la prospérité de cette œuvre diocésaine.

Mgr Laflèche croyait se retrouver à Nioolet. Le plus naturellement et le plus utilement du monde, il devint l'âme de la maison ; sa longue expérience dans l'enseignement, dans la ^direction des études et le maintien de la discipline dans un établissement de cette nature, improvisé ici de toutes pièces, fut une grâce exceptionnelle dont maîtres et élèves tirèrent le meilleur parti. Ses conseils sages et paternels allaient à tous indistinctement : il savait guider et encourager et on le trouvait inimitable quand il descendait au milieu des élèves dont il embellissait la vie en stimulant leur courage.

Nous nous sommes étendus, plus q;ue de raison peut-être, sur la fondation du Séminaire des Trois-Rivières. Il le fallait, parce que si cette fondation était nécessaire et providentielle, elle porta néanmoins ombrage au Séminaire de Nicolet, et préjudice matériel à Mgr Laflèche.

Nicolet, en effet, ne put se faire à l'idée d'une concurrence fût-elle bienfaisante pour les âmes, indispensable à la diffusion de la foi; Nicolet voulait rester seul séminaire diocésain et a:vec cette prétention déjà exorbitante, vu la situation faite à l'évêqiie, elle en émettait une autre qlii ne l'était pas moins : celle de subordonner les autorités diocésaines et l'Eglise même à ses seules convenances.

Ah! Mgi Laflèche voulait s'affranchir de Nicolet, l'amoindrir, se passer .de lui! On allait voir.

Et on vit tout de suite que Nicolet prétendait de son côté s'affranchir de Mgr Laflèche, l'amoindrir et se passer de lui. ' ■ , ! i . ^ ,

Mgr Laflèche créait un séminaire pour ses besoias.

Nicole! allait créer un diocèse pour affirmer ses droits méconnus, sa force et son indépendance.

Mais comment procéder pour arriver à telle fia?

Nicolet n'était pas embarrassé. Nicolet connaissait les divergences de vues qui existaient entre Mgr Laflèche et Mgr Taschereau au sujet du libéralisme en général, et, en particulier, de l'Université Laval qui était la forteresse du libéralisme canadien.

Nicolet dépendant de Mgr Laflèche, suffragant, allait en appeler à Mgr Taschereau, métropolitain j Nicolet allait épouser toutes les mauvaises querelles qui poiuvaient soutenir sa 'mauvaise cause; Nicolet allait hurler avec les loups et se jeter aux trousses de son pasteur; Nicolet se révoltait et se jetait dans la cabale.

Et l'homme admirable que Nicolet allait attaquer et trahir était le même que nous avons vu dans le Nord-Ouest canadien, à Nicolet même et dont Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface, disait lors des noces d'argent du Séminaire des Trois-Rivières, le 25 juin 1885 :

«... Je suis,, disait-il, trifluvien moi-même par mes ancêtres qui ont habité longtemps l'enceinte de cette ville. De plus, une ancienne amitié et de vieilles relations de missionnaires ont établi entre le digne évêque des Trois-Rivières et moi un lien durable qui m-e rappelle encore constamment dans votre cité. Il y a plus : le Séminaire des Trois-Rivières lui-même a acquis des droits à mon estime et à mes symipathies en me procurant plusieurs sujets utiles pour le séminaire naissant de Saint-Boniface... »

Mgr Taché rappela ensuite à grands traits qu'il fut à ses débuts de missionnaire, l'élève de chant de Mgr Laflèche, mais qu'il n'avait jamais pu faire honneur à l'habileté de son professeur; qii'il avait appris avec lui les premiers rudiiments des langues sauvages, et que, soUs ce rapport encore, il n'osait se flatter d'avoir été un émule bien redoutable... mais il avait reçu de lui les plus beaux exemples

de dévouement et de sacrifice. Il avait vu à l'œuvre cet admirable ouvrier évangéliqfue qui ne reculait devant a:ucune presse, qiii n'épargnait aucun labeur pour procurer au troupeau gui lui était confié, les grands; bienfaits de la religion et de la civilisation. Il avait suivi do loin, disait-il, ce modèle des missionnaires catholiques et les exemples qu'il en avait reçus servaient encore à le guider dans les travaux de chacïue jour. Son illustre maître avait mené Wne vie d'abnégation et de sacrifices qui se poursuivait encore à ce jour au milieu des plus poignantes épreuVes. Mais il trouvait l'explication de ces peines et de ces épreuves dans le texte qui couronnait le portrait de Mgr Laflèche en cette circonstance : « Quia acceptus eras Deo necesse fuit ut tentatio proharet te. » La ville des Trois-Rivières était bien heureuse d'avoir un tel pasteur et si elle jouissait alors d'un si; 'précieux avantage, elle le devait à une circonstance providentielle pour elle, qui avait arraché aux Missions du Nord- Ouest, celui qui devait en être le premier Pasteur.

«... Mgr Laflèche, en effet, continuait Mgr Taché, appelé par le Saint-Siège à porter le bâton pastoral sur le terrain de ses premiers travaux apostoliques, trouva moyen dans sa grande humilité d'échapper à cet honneur en donnant pour raison qu'une infirmité, contractée durant ses longues courses dans les contrées sauvages, lui avait enlevé presque entièrement l'usage d'un pied et le mettait dans l'impossibilité de continuer sa vie de missionnaire. Le Saint-Siège agréa son excuse et il revint ali pays portant cette glorieuse cicatrice devant laquelle vous devez vous incliner avec respect et surtout avec reconnaissance j^uisque vous lui de'vez la faveur d'avoir maintenant pour premier paâteur ce digne évêqUe qui vous (gouverne.

» Pour moi j'eus à regretter doublement la cause qui enlevait Mgr Laflèche aux missions du Nord-Ouest. J'allais être privé à la fois de ses sages conseils et des exemples de vertus et de sacrifices qu'il n'avait cessé de me donner, et en même temps le fardeau de l'épiscopat qu'il n'aVait voulu accepter, allait retomber sur mes faibles épaules. Mais alors j'étais plus fort, plus vigoureux

que mon ami et je ne dus qu'à cette considération de devenir évêqtie de Saint-Boniface.

» Pour lui, de retour au milieu de Vous, malgré la légère infirmité dont il souffrait encore, comme chez lui la tête n'avait jamais subi la même épreuve que la jamlb^i, il ne put écliapper à un nouvel appel du Saint-Siège...

» Je suis heureux de trouver une circonstance aussi favorable; pour rendre hommage au mérite, ati zèle infatigable et aux vertus éminentes de celui que j'ai considéré conrnie mon maître et comme mon père dans les travaux qtie j'ai entrepris à ses côtés. C'est un honneur pour moi de m'associer aujourd'hui à la joie générale des élèves du Séminaire et des citoyens des Trois-Rivières, parce qu'étant unis si fortement par le cœur à leur digne évêque je le suis également avec eux. »

Nous allons voir bientôt quelques-unes des dures épreuves que Mgr Taché déplorait avec tant de cordialité et que Mgr Laf lèche endurait ^vec une dignité, une résignation admirables. Dans la Prairie, témoin muet de tant d'abnégation, de fatigues, de sacrifices et de douleurs, le vaillant évêque s'était endurci à toutes les torlures du corps; mais les tortures du cœur n'avaient pu l'atteindre parmi les sauvages; elles l'assaillirent dans des milieux raffinés, avec des sources et des causes pitoyables. Ahl oui, la Providence avait voulu passer son serviteur au crelîiset de la souffrance morale, et elle le fit avec un soin, avec une patience qui eussent arraché à de moindres vertus des gémissements. Seulement Mgr Laflèche était bien de cetix qui reçurent mission de fonder des églises : ce sont des apôtres qui ont toujours les yeux sur le Christ, le^ modèle inimitable sans doutew mais toujours consolant. ^

Nous ne dirons certainement pas ici les peines intimes, les rudes combats qu'eut à endurer ouj à livrer le vaillant évêque, durant son long et si glorieux épiscopat : on les discernera trop aisément à la lumière des documents déjà produits ou que nous présenterons dans la suite. Nous craindrions, du reste, par des exposés émouvants d'être entrai-

nés bien au delà des limites que nous nous sommes imposés. Qu'on nous permette donc et seulement de rappeler ce qu'écrivait encore Mgr Tache à l'occasion du sacre de son ami fidèle, de cet ami « que tout le monde aimait », mais envers lequel il réclamait « le privilège de l'aimer plus que tous les autres ».

Mgr Laflèche fut sacré le 25 février 1867, date mémorable pour le Canada, vu que cet événement heureux plaçait parmi les princes de l'Eglise, un véritable homme de Dieu qui, de l'aveu de ses contemporains, avait le talent et la vertu d'un Père de la primitive Eglise. Aussi, le jour du sacre de son ami, tendrement et toujours aimé, Mgr Taché lui écrivait : « Un jour solennel luit pour vous. Je connais trop le métier pour vous féliciter; mais aussi je vous connais trop pour ne pas féliciter le diocèse des Trois-Bivières de la grâce insigne qui lui est accordée ce jour ». « Les cœurs de vos nombreux amis en se livrant à l'allégresse ont adressé des prières ferventes en votre faveur. Nos Pères, actaellement en retraite, se sont rendus avec enthousiasme à la demande que je leur ai faite de prier pour vous. Nos bonnes Sœtirs ont eu une communion générale à la même fin, et votre indigne ami a célébré les saints mystères pour demander à Dieu de vous conserver ad multos annos^. »

Ah! ces peines du métier d'évêque que le saint archevêque de l'Ouest connaissait, Mgr Laflèche ne devait pas tarder à les expérimenter encore mieux que luil

Rappelons, pour résumer les principaux faits et gestes de son épiscopat, que Mgr Laflèche assista au quatrième concile de Québec, en 1868; au ainquième^ en 1873; au sixième, en 1878 et au septième en 1886; qu'il fit six voyages à Rome : !« lors du Concile du Vatican, depuis le 21 octobre 1869 au 9 août 1870, en compagnie de son grand-vicaire

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