L. S. Malo, Curé de Bécancourt
Doyen du Clergé du Diocèse des Trois-Rivières, premier signataire de la Requête présentée au Saint- Siège, en 1875, pour demander l'érection du diocèse de Nicolet.
écancourt. Province de Québec, 6 août 1881.
Remarquez que le faussaire, pour corser son travail, signe du nom de l'abbé Malo, sans onblier aucun de ses titres que le vieillard oubliait lui-même si volontiers; il date et se repose confiant et content.
A son factum il ajoutait quelques pièces justificatives dont nous épargnons la vue à nos lecteurs.
Cependant, il n'est pas sans utilité pour rintelligence de la cause et pour fixer à mesure et sans effort l'opinion du lecteur, de rapprocher les unes des autres, si possible, les preuves .écrites qui affaiblissent ou renforcent un docuiiient essentiel, dont la sincérité- ou la fausseté, manifestement établie, dès l'abord, dispense l'espïit intègre, à la recherche de la vérité, d'un effort soutenu, qu'on peut rendre inutile et au cours duquel il pourrait toujours, au détriment de la justice, se produire une lacune ou une défaillance.
La division du diocèse des Trois -Rivières était donc demandée par un groupe de prêtres qui auraient signé !une Supplique au Saint-Siège, Suppliq^ue renouvelée à quelques années d'intervalle. Cette Supplique était-elle authentique? Son signataire existait-il? S*il existait, était-il l'auteur de la signature que portait le document, objet de la controverse ? S'il n'en était pas l'auteur, nous sommes en présence d'un faux certain ; et si cet auteur supposé, victime de cette machination, reconnaît en outre que le document lui-même qu'on lui attribue et qu'on a abusivement signé de son nom, à son insu, sans son consentement implicite ou explicite, n'^^est pas de lui et s'il l'affirme sous la foi du serment : la manœuvre devient du coup abominable. Et si toutes les signatures s'alignant à la suite du principal signataire supposé sont également contestables et contestées, alors la conscience se révolte ; il s'échappe de l'âme honnête un cri de colère et de douleur, un appel indigné à la justice des hommes et de Dieu... Et si cette justice humaine est forclose, parce que le coupable pe trouve être juge et partie, et aussi parce que le magistère qui déciderait en deraiei' ressort est dans le doute persistant,
invincible, par la complication diabolique cT'une cabale ténébreuse et obstinée; alors on plaint la justice elle-même, si on la récuse; alors l'âme chrétienne n'attend plus que de Dieu mémo la satisfaction sensible qui puisse consoler la noble victime se débattant et succombant avec ce geste digne de la vertu résignée qui crie au bourreau, fût-il drapé d'or et de pourpre : Qui morituriis te salutat ! Ce salut cinglera la face pâle de Taschereau, mais pas assez ostensiblement pour soulager les spectateurs déconcertés par ce drame moral d'un intérêt palpitant.
Nous avons déjà vu comment l'abbé Malo répondit à la circulaire au clergé trifluvien envoyé par Mgr Laflèche pour s'enquérir des origines de la Supplique Malo et des dispositions réelles des signataires. Cette réponse se trouve ci-devant, et la circulaire de l'évêque se trouvera, en note et à sa place nalurelle. ci après, dans le Mémoire de Mgr Laflèche à la Sacrée Congrégation qui tentait de s'éclairer sur la cause.
Quand, après forces démarches et de grandes • résistances l'évêque des Trois-Rivières eut en main la Supplique Malo, qu'on vient de lire, il ne fut pas médiocrement étonné h la vue de la signature. Il avait sous les yeux la réponse très détaillée de l'abbé Malo à son questionnaire : ce prêtre, plein d'années et d'apparentes vertus, serait-il donc capable de cette incroyable ruse et nouvelle perfidie?
Mgr Laflèche l'interroge directement avec une paternelle bonté, sans reproches d'aucune nature, en vue uniquement d'établir la vérité et définir les situations.
Et voici la réponse du signataire supposé de la soi-disante Supplique Malo :
Bécancourt, ce 16 janvier 1906.
A S. G. Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières.
Monseigneur, — Voici les réponses que je donne en conscience et devant Dieu, qui me jugera bientôt, aux questions que vous me posez dans votre lettre de ce jour :
1« Avez-vous rédigé, vous-même, ladite Supplique au Saint- Siège, du 6 août 1881 ?
Réponse. ' — Non.
2o Si vous n'avez pas rédigé cette Supplique, avez-vous souvenir qii'elle vous a été présentée par quelq^u'un avec demande de la signer, comme il est dit ci-dessus?
Béponse. — Non.
3o Si l'on vous a demandé de la signer ainsi, vous en a-t-on âonné lecture, ou bien l'avez-vous lue vous-même avant de la signer?
Béponse. — Non.
4o Si vous en avez ainsi pris connaissance, avez-vous re^ marqué que dans cette Supplique il y a bien des allégués faux, exagérés et hors-d'œuvre ?
Béponse. — Je n'en ai pas eu connaissance.
5o Avez-vous remarqué qu'il y avait une longue série d'accusations injurieuses et mensongères contre l'évêque des Trois-Rivières ? '
Béponse. — Je n'ai jamais eu connaissance de ces ac-cusations injurieuses et mensongères contre l'évêque des Trois- Rivières, et je ne les aurais jamais signées.
6o Auriez-vous jamais consenti à signer cette Supplique si vous aviez connu les allégués faux et les accusations odieuses qu'elle contient contre votre évêque?
Béponse. — Non.
7o Regarderiez- vous comme grandement coupable d'abus de confiance celui qui vous aurait engagé à la signer de confiance, ou sur une autorisation par lettre à cet effet, sans vous faire connaître exactement ce qu'elle contient?
Béponse. — Oui.
8« En présence d'un abus de confiance aussi criminel, retirez-vous votre signature de ce document, et en laissez-vous toute la responsabilité à celui ou à ceux q^ui vous auraient ainsi indignement trompé dans une affaire d'une aussi grande importance?
Réponse. — Si ma signature existe au bas dfe ce document, je la retire, et je dégage m;a responsabilité de cet acte.
Je déclare, de plus, qiie j'ai bien comJpris et que je comprends parfaitement les questions ci-dessus mentionnées, et. que c'est -en pleine connaissance de cause, comme en conscience, que je donne les présentes réponses à ces questions.
C'est pourquoi j'appose librement et sciemment ma signature e;n 'bas idcs prôsenteis réponses -et déclai'ations, en présence de M. Edmond Lupien et de M. Achille Leduc, tous deux marchands de cette paroisse, appelés comme témoins, lesquels onl. signé avec moi.
J'autorise de plus l'évêque des Trois-Rivières à faire l'usage qu'il voudra de l'une des copies des présentes, et je le pri(^ de faire parvenir l'autre à Son Excellence, Mgr Smeulders. Commissaire Apostolique au Canada.
L, S. Malo, prêtre.
E. Lupien, A, Leduc,
1 ter
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Canada L. U. A. G. C. C.