‹ Voix canadiennes: Vers l'abîmeChapitre 34 sur 83 · SOMMAIRE DU MÉMOIRE LAFLÈCHE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DU MÉMOIRE LAFLÈCHE

Nous v.errons bientôt les faussaires et leurs protecteurs à l'œuvre.

Par les documents qui précèdent, on a eu déjà un sentiment assez net de leur savoir faire, comme on a pu discerner très clairement les fijis qu'ils se proposaient d'atteindre, les mobiles inavouéjs et inavouables, qui les fa,isaient ^gir.

Une cabale mystérieuse pour les profanes seulement, qui devait être odieuse à tous cœurs bien nés, était montie contre l'évêquo des Trois-Rivières. On la sentait audacieuse, elle devint acliarnée dès le jour où ce vénérable prélat, plus soucieux de justice que de popularité, avait consciencieusement renseigné le Saint-Siège sur les irrégularités de l'exécution du Décret pontifical de 1876, relatif à la Succursale de Laval. Nous avons vu que Mgr Laflèche avait eu l'insigne honneur, aussi la dangereuse franchise de ne partager ni les Vues personnelles et autres, ni les opinions tendancieuses de Mgr Taschèreau inféodé à Laval jusqu'à être ou paraître incrusté dans sa destinée, bonne ou mauvaise, qu'il voulait avant tout triomphante. L'archevêque de Québec, ne pouvant donc se dégager de ses attaches, ni oublier qu'il fut Recteur et restait Chancelier de Laval, ne put davantage pardonner à Mgr Laflèche les soucis que lui suscitait son amour, malencontreux pour Laval, d'équité parfaite et de régularité absolue dans l'administration des int.^rêts supérieurs de l'Eglise et de la société. De là, l'irréductible hostilité dont nous avons vu et re verrons les funestes effets.

Dans la lutte poignante qui s'engagea, l'influence de l'ar-

chevêque s'exerça étrangement, constamment, au détriment de son suffragant. Dans l'affaire qui nous occupe, elle eut le singulier pouvoir de suJspendre le cours même de la justice et l'observation des convenances même élémentaires. Ainsi, contrairement aux usages admis, mais sur les instances de l'archevêque omnipotent, on refusait obstinément à l'évêque, mis aussi injustement qu'irrégulièrement en cause par des subordonnés subornés, la communication des documents dans lesquels il se trouvait incriminé, lésé ou combattu; on lui laissait ignorer qui l'accusait, ce dont il avait à se défendre, bien qu'il offrît de réfuter, de confondre choses et gens. Il y avait parti-pris, siège fait : les affirmations de rarchevêque tenaient lieu de tout : d'enquête et de verdict! Cela seul prouvait surabondamment que V intrigant de bas étage qu'était l'abbé Marquis, n'était mis en avant que pour sauver la face de l'intrigant de l'étage au-dessus, l'intrigant de haut Vol et de grande considération qu'était l'archevêque; que c'était bien celui-ci qui faisait mouvoir les pantins et ordonnait leurs gesteis selon ses vues et ses fins misérables, qui étaient notamment d'en imposer à la S. C. de la Propagande, au Souverain-Pontife lui-même dont on attendait, auxquels on demandait avec une indiscrète instance la diminution, n'en pouvant obtenir la déposition, de Mgr Laf lèche qui etit été accueillie par lui avec allégresse.

Le lecteur voudra sonder l'abîme des misères des adversaires, et en même temps, mesurer la grandeur des mérites de Mgr Laflèche en parcourant les documents qui vont [se succéder ici. i

Mgr Laflèche partit à Rome pour présenter sa défense lui-même. !

Et voici comment l'administrateur de son diocèse, durant son absence, le trèis digne et fort sympathique Ch. Ollivier Caron, le vicaire-général avec lequel le lecteur a fait connaissance à l'occasion des fêtes jubilaires, annonce le départ de l'auguste pèlerin, à ses diocésains alarr^és :

Mes Vénérés Confrères et mes Chers Frères, Avant de se mettre en route pour son long et pénible voyage, Sa Grandeur notre digne Evêque m'avait chargé d'annoncer aiu Clergé et aux Fidèles du diocèse son départ inattendu potir la Ville Eternelle; cependant malgré mon profond respect pour ce désir et cette recommandation de notre premier pasteur, il m'a été presque impassible d'y faire droit avant ce jour, à caiose de la multiplicité des détails dont il m'a fallu m'ocCuper sans délai. Je viens aujourd'hui, bien qu'un peu tard, m'acquitter de ce devoir.

C'est mercredi le deuxième joiur de ce mois, et pour la cinquième fois deptiis douze ans, malgré les pénibles inconvénients dus aux infirmités contractées autrefois dans ses travaiax apostoliques, au milieu des tribtis sauvages du Nord-Ouest, malgré l'affaiblissement considérable de ses forces, comme l'indiquent évidemment ses membres amaigris et ses cheveux blancs, malgré enfin l'état peu rasstirant d'une santé débile et chancelante, que Mgr L. F. Lafïèche quittait sa ville épiscopale pOur s'acheminer courageusement vers la cité des Papes, dans l'intérêt de son diocèse.

Désirant éviter les manifestations publi^^es, qpii se serait inévitabhîment produites à l'occasion de son départ, s'il eût été annoncé. Monseigneur a voulu partir sans éclat et sans bruit par la voie du chemin de fer. Accompagnons de nos vœ^x et de nos prières le bon pasteur qtii se dévoue pour son troupeau.

Durant le dernier entretien qtie j'ai eu l'honneur d'avoir avec Sa Grandeur à l'Evêché, les paroles qu'elle m'a adressées m'ont profondément ému. Les voici en substance. Vous y verrez, dans cet épanchement intime, son âme et son cœur de pasteur et de père. « Dans l'état de santé que m'ont fait mon âge et mes tra- » vaux, me disait-il, je redo^ute les implacables rigueurs de la » mer et les autres fatig'ues d'un si pénible voyage; mais je me » dois avant tout à mes ouailles... Les intérêts de mon diocèse » m'appellent à Rome, je veux m'y rendre. J'irai déposer ma » prière aux pieds du Souverain Pontife, le père de la grande » famille chrétienne. Si mes paroles sont accueillies favorablement, » ce sera la consolation de ma vieillesse; si ati contraire le Vicaire » de Jésus-Christ, le prince des pasteurs, les rejette et décide » autrement, ses arrêts seront, comme totijours, considérés par » nous et nos fidèles diocésains, comme l'expression de la volonté » de Dieu à notre égard dans les circonstances qui nous entourent, » et reçus avec (un respect et une soumission filiale. Car,, si ces » paroles tombées des lèvres de Jésus-Christ : Qui vous écoute » m'écoute, sont vraies à l'égard des autres pastetirs, elles le sont

» surtoiut à l'égard du chef Suprême des pasteurs. Alors et toujours » il me restera du moins le témoignage de ma consicence d'évôq'ue » que je n'aAirai omis aucun dévouement pour sauvegarder et » défendre ce que j'ai regardé de bonne foi comme les droits et les » intérêts de mon diocèse.

» Mais, comme c'est de Dieu qtie dépend tout succès, je recom- » mande instamment mon voyage et tout ce qui en fait l'objet, » ma personne ainsi que les prêtres qui viennent partager mes » fatigues et mes travaux, aux ferventes prières du clergé, des » communautés religieuses et des fidèles diocésains.

» A tous mes souvenirs et prières au saint autel et ma bénédic- » tion de pasteur ».

Quel parfum de piété franche et sereine dans la noble simplicité de ces paroles. Mes très chers Frèr^! Quelle élévation, qfuelle grandeur dans ce dévouement du pasteur pour son troupeau ! Quelle beauté, quelle noblesse dans cette soumission calme et entière! Il faut avoir été formé à l'école dU crucifix et y avoir puisé l'esprit du divin crUcifié pour traduire si fidèlement dans sa conduite et ses œuvres sa céleste doctrine. Nous avons là, M. C. F. le beau spectacle de la vraie vertu aux prises avec l'épreuve; c'est un livre ouvert pour nous, c'est un enseignement magistral pour tous.

C'est la veille de son départ, que Monseigneur signait les lettres officielles qui me constituent administrateur du diocèse.

Je n'ajouterai rien aux prières déjà prescrites par une récente circulaire, la piété connue des' fidèles m'est une sûre garantie que de nombreuses et ferventes prières s'élèveront vers le ciel tous les jours et dans to^utes les familles, selon les intentions de notre vénéré Evêque.

De même je ne prescris aucune collecte pour subvenir aux dépenses nécessaires d'un si long voyage : je connais assez les dispositions bienveillantes d'un grand nombre, poUr laisser chacun aux inspirations de son cœur.

MM. les Curés voudront bien recevoir les offrandes volontaires et les transmettre au procureur de l'Evêché.

Sera la présente lettre lue aux prônes de la messe paroissiale, et en chapitre dans les communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception.

Donné aux Trois-Rivières, le 12 mai 1883.

Chs. 01. Caron, V. G.

Adm. du diocèse.

Mgr Laf lèche parti à Rome dans ces conditions. Il y arriva heureujsement, et dès le 30 juin de cette année. Avec la lettre ci-après, il déposait à la S. C. de la Propagande, son Mémoire sur la question déjà résolue et piotir la troisième soulevée contre lui par d'implacables ennemis.

A son Êm. Jean Cardinal Siméoni^ préfet et aux Éminentissimes

Cardinaux^ membres de la 8. C. de la Propagande.

Eminentissismes Seigneurs, J'ai l'honneur de soumettre à Vos Eminences, dans le Mémoire cpii accompagne la présente, l'exposé des procédés irréguliers suivis et des arguments futiles invoqués par quelques membres de mon clergé, qui sont venus à plu-eieurs reprises, depuis quelques années, demander au Saint-Siège, inconsulto episcopo, et à l'insu des EvêqUes de la province, la division du diocèse des Trois-Rivières.

J'ai été forcé de donner un peu d'étendue à ce travail, pour relever les nombreuses erre^urs qu'ils ont consignées dans leurs documents, et mettre en évidence la futilité des arguments, sur lesquels ils ont prétendu appuyer leur demande.

Je prie Vos Eminences de lire ce Mémoire avec patience, en recourant au besoin aux pièces justificatives qui raccompagnent, afin qU'Elles puissent connaître le véritable état du diocèse des Trois-Rivières, et par là juger sûrement de ce qu'il y a de mieux à faire pour le bien de la religion, et poUr la conservation et la prospérité de ce diocèse, dans le règlement de cette question.

Dans l'espoir qfue Vofus accueillerez favorablement ma demande, Eminentissimes Seigneurs, je demeure avec la plus haute considération de Vos Eminences,

le très humble et tout dévoué serviteur, t L. F. Evêque des Trois-Rivières.

Rome, le 30 juin 1883.

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