PREMIÈRE PARTIE
Première tentative de démembrement. — Ce prêtre, qui s'était fortement opposé à l'érection du diocèse, lorsqu'il n'était que jeune vicaire, et depuis à sa conservation et à sa prospérité, à plusieurs reprises, sous mon prédécesseur, parvint en 1875, à force de cabales et d'intrigues, à réunir en apparence les noms de 26 prêtres pour demander la division du diocèse des Trois-Rivières, et la formation d'un nouveau diocèse à Nioolet.
Ce prêtre, avec les chefs du petit mouvement soulevé par lui, avait trouvé, quelques années auparavant, le diocèse trop petit et trop pauvre, pour pouvoir subsister.
Leur pétition de démembrement fut dressée à l'insu de l'Evêque diocésain et de l'épiscopat provincial, puis adressée directement au Saint-Siège.
Cette pétition fut renvoyée de Rome aux Evêques du Canada, qui la rejetèrent presque à l'unanimité, en 1876, sauf à peu près V Archevêque de Québec, qui parut prendre la mesure et son auteur sous sa protection.
Les noms des pétitionnaires furent soigneusement cachés à l'Evêque des Trois-Rivières, avec raison. Plusieurs noms avaient été inscrits fraudtdeusement.
Dans le même temps, d'autres faux se produisirent auprès de la S. C. de la Propagande. Son Eminence le Cardinal Frandhi, Préfet, émit par lettre, sur le jugement des Evêques
<Iu Canada, des assertions contraires au procès-verbal Jîi^me de rassemblée des Evêques.
L'Evêque des Trois-Rivièreis démontra la fausseté et la futilité des renseignemenlis fournis au Saint-Siège dans un Mémoire spécial; et ce fut l'occasion de son premier voyage à Rome, pour cette question, en 1876. L'affaire en resta là.
Deuxième tentative. — En 1877, quand Mgr Conroy fut envoyé au Canada comtoe Délégué Apostolique, la demande d'un démembrement fut renouvelée par les prétendus mêmes pétitionnaires, sous l'action de ce même prêtre.
Le Délégué Apostolique, qui était sur les lieux et qui voyait les choses de ses yeux, eut des doutes sur la véracité des avancés de ce prêtre, et ne trouva pas solides les allégués de la pétition. ' i
Il demanda une expression régulière de l'opinion des prêtres du Sud du diocèse, que cette division concernait spécialement. Il se trouva que le nombre des pétitionnaires, de 26 qu'on l'avait fait d'abord, fut réduit à 16, dont la moitié prêtres du Séminaire de Nicolet, sur un clergé diocésain de 123 membres. i
X^e Délégué, indigné d'une telle supercherie, qtialifia le prêtre, promoteur du mouvement, d'intrigant de bas étage, trouva d'ailleurs, le démembrement impraticable, et demanda à l'Evêque des Trois-Rivièreis de faire un nouvel exposé de cette affaire au Saint-Siège.
Alors Son Eminence, le Préfet actuel de la S. C. de la Propagande, renseigné officiellement : 1° par le rapport des Evêques; 2° par celui du Délégué Apostolique; 3° par celui de l'Evêque diocésain, répondit, le 6 avril 1878, que le diocèses deU Trois -Rivières demeurerait intact.
Troisième tentative. — Dans le mois d'avril dernier (1883), une lettre de l'Archevêque de Québec, ptibliée dans les journaux, jeta le clergé et les fidèles dans la stupéfaction, en
— 'àO'ô —
leur apprenant tout à coup que le diocèse des Trois-Rivi-ères allait ^tre prochainement divisé, d'après une communication du Préfet de la S. C. d-e la Propagande.
Une autre lettre de TArclievêque adressée à TEvêquc ées Trois-Rivières, l'induisait à croire, à l'-encontre do la réalité, qu€ le projet de division était un proprio motu final de Sa Sainteté, et l'inVitait à procié^er l«i-même à ce démembrement, dont il n'avait pas entendu parler, avec les Evêques ses collègues. ; ' 1
Persuadé que ce projet de division était le résultat fie nouvelles menées auprès du Saint-Siège, l'Evéque des Trois- Rivières prit des information^ précises auprès des Evoques de la province et auprès de son clergé. C'était le Seul moyen qu'il eût de déjouer les intrigues.
Il apprit, en effet, par témoignage écrit, que ni les Evoques, ni les prêtrels, ni les fidèles de son diocèse n'avaient eu connaissance d'une nouvelle demande de démembrement, qu'ils étaient étrangers à une telle démarche, mais que c'était l'Evêque de Chicoutimi qui avait mis la demande de diviser le diocèse des Trois-Rivières devant le Saint-Siège, au nom de certaines personnes tenues dans l'ombre, ou plus probablement sur des noms falsifiés.
La pétition récente d'un démembrement au .nom du clergé du diocèse est certainement un faux, puisqu'elle est contraire à son propre témoignage tel qu'il vient d'être donné à l'Ordinaire.
L'opinion commune, au diocèse, est que le prêtre ci-dessus mentionné doit être encore l'instigateur de cette nouvelle tentative de démembrer, ou, ce qui revient à la même chose, de ruiner le diocèse. Ce prêtre est présentement à Rome, et a été en rapport intime, à Rome même, avec l'entremetteur de la pétition, l'Evêque de Chicoutimi, dans le diocèse duquel il est alors entré.
Le diocèse des Trois-Rivières et son Eve que ont failli 'devenir victimes de cette odieuse intrigue, conduite avec
plus Je calcul cette fois, et comme feous le voile de l'atitorité supérieure. On évitait par là les investigations, les légitimes représentations, et (surtout le jugement des EvêqUes de la province, toutes cÏDosete qui avaient été antérieurement fatales au projet de division.
Les Evêques n'ont été réunis le 22 mai 'dernier, à Québec, que pour tracer les limites du démembrement et nommer un Evéque pour le nouveau diocèse, d'après le propre témoignage du Métropolitain publié sur les journaux. Si l'Evêque des Trois-Rivières eût pris la lettre de Son Eminence le Préfet, comme un décret final, ainsi que l'Archevêque voulait le lui faire croire, et eût participé au démembrement avec ses collègues, au lieu de venir, faire ses humbles représentations au Saint-Siège, son diocèse serait aujourd'hui divisé, et offrirait le spectacle de deux ruines.
La divine Providence a voulu que sa grande confiance dans la justice du Saint-Siège le décidât à lui présenter une nouvelle exposition de sa cause, et à mettre ainsi à nu, pour la troisième fois, l'œuvre des intrigants contre la jeune église qui lui est confiée ; et il espère que sa démarche ne sera pas infructueuse, i
Sa Sainteté a accueilli l'Evêque des Trois-Rivières, en effet, avec une grande bienveillance, et lui a dit d'exposer entièrement et avec soin au Saint-Siège tout ce qui regardait l'affaire de son diocèse. , <
Etat général du diocèse. — Un exposé de l'état général du diocèse des Trois-Rivières et de la situation particulière où il se trouve, fera aisément comprendre qu'un démembrement causerait sa ruine, et serait, de plus, très préjudiciable aux intérêts de la religion.
C'est aussi la raison pour laquelle l'Evêque est obligé de faire au Saint-Siège les plus graves représentations.
Dans cet exposé on ne répondra qu'au Mémoire des péti-
tionnaires de 1875, le seul qui soit connu, et dont d'autres ne pourraient guère être, au reste, que la répétition.
I. — Etat moral. — l''' Il ne s'est rien passé d'extraordinaire au diocèse des Trois -Rivières depuis que Son Em. le Préfet do la SI, C. de la Propagande a rejeté la division en 1878 : aucune raison nouvelle n'a surgi, les choses étant restées dans le même état.
Une paix profonde n'a cessé de régner dans le diocèse; la moralité est très satisfaisante, et les institutions se développent d'une manière régulière.
2« Les pétitionnaires ne formulent aucune plainte contre l'administration diocésaine, dont ils font même l'éloge.
IL — Territoire, population d2i diocèse et communications^. — Le territoire de ce diocèse, moins grand de beaucoup que celui de Québec et de Montréal, est encore aux deux tiers inhabitable du côté Nord, à raison dés innombrables montagnes, lacs et marais dont il est formé, et de la rigueur du climat. Depuis 200 ans que cette partie, appelée Haut Saint-Maurice, est explorée, il n'y a pas été érigé une seule paroisse. '
La partie habitable au Nord est une étroite et courte lisière entre les montagnes dites Laurentides et le fleuve Saint-Laurrent. La plus large partie habitable se trouve au Sud, et est presque toute colonisée.
Il ne sera pas formé dix nouvelles paroisses dans le dio-
1. La superficie du Diocèse de Québec était alors de 14.800 milles carrés; celle du Diocèse des Trois-Rivières, de 8.160 milles carrés; du Diocèse de Montréal, 5.940 milles carrés; du Diocèse des Trois- Rivières, déduction faite de la réserve forestière, 3.700 milles carres; du Diocèse des Trois-Rivières, Partie Nord, sans la réserve forestière, 3.700 milles carrés.
La superficie du Diocèse des Trois-Rivières, Partie S'ud, sans la réserve forestière, 2.230 milles carrés.
Contenances certifiées par E. E. Taché, Assistant Commissaire des Terres de la couronne.
•>'I. — Yen l'Abîur, ,o
cèso dès Ttoiis-Rivières, d'ici, à une époque très éloignée.
Go petit diooès'e est nouveau : il a été érigé en ,1852. L'Evêque actuel en est le second. Il a été déjà morcelé trois fois pour former et agrandir d'autres diocèses, du consentement de rEy«que actuel.
Il renferme en tout 75 paroisses, 4 petites missions, 134* prêtres et 135.000 âmes environ.
Ce diocèse est entièrement form:é de campagnes, la plupart pauvres, et de date récente.
Il n'y a de ville, à proprement parler, que les Trois-Bivières. Encore cette ville, quoiqu'un peu ancienne, ne contient que 10.000 amies.
Nicolet est un village d'environ 1.800 âmes, situé à quatre lieues des Trois -Rivières, dans les terres et sans voie ferrée. Le Délégué AposttDlique, examinant les lieux, disait qu'il n'était pas raisonnable de placer là un siège épiscopal.
La ville des Trois-Rivières est le vrai centre religieux, commercial et judiciaire de cette contrée. Elle est avantageusement placée sur l& fleuve Saint-Laurent; et quatre voix ferrées y conduisent des quatre points cardinaux.
Les communications y sont beaucoup plus faciles qu'avec Nicolet, même pour les paroisses du Sud.
Le fleuve Saint-Laurent, qui coule lentement au milieu du diocèse comme à travers ceux de Québec et de Montréal, se traverse aisément par un service de bateaux à vapeur en été, un services d'habileis canotiers en hiver, ou sur la glace. Jamais une seule peiisonne n'a péri dans ce service de passage.
Aussi, personne ne s'en plaint, ni aux Trois-Rivières, ni à Québec ou à Montréal^.
1. Rien n'était plus naturel que de prévoir alors un développement, normal du- diocèse comme population et richesses, mais alors même rien no justifiait la division. Les pétitionnaires jonglent avec des chiffres, disant que le Nord du diocèse avait 22.284 milles carrés, le Sud seulement 2.356. Mais ils omettaient de dire, gae le Nord était
If
m. — Ressources du diocèse. — La cathédrale, le Séminaire et l'E-veché des Trois-Rivières: sont maintenant construits, mais non entièrement terminés.
Les pétitionnaires sont tombés dans des exagérations extravagantes au sujet des propriétés et des revenus du diocèse.
Sur le coût des constructions et les sommes fournies, ils ont erré do 736.000 francs en face des chiffres officiels; c'està-dire que, sous la suggestion du. prêtre qui les inspirait, ils ont consigné une sOmme de fantaisie.
lis ont pareillement augmenté les reveniis annuels du diocèse, en y joignant ceux de la cure des Trois-Rivières, de la Propagation de la Foi et d'autres ressources étrangères, employées ailleurs ou supprimées.
La vérité est que les revenues propres de l'Evêché des Trois-Rivières sont insuffisants pour les besoins, et qu'il faut encore faire de ternes en temps un appel à la charité des diocésains.
Maintenant, les sacrifices très considérables que les diocésains ont réellement faits depuis trente ans pour la construction des édifices épiscopaux aux Trois-Rivières, leur donnent un juste droii d'en recueillir le fruit pour eux et leurs enfants et de se reposer, d'autant plus que les deux Evêques diocésains leur en ont fait, et à plusieurs reprises, la promesse solennelle.
La population du Sud se regarderait donc comme traitée avec une extrême injustice, si, au moment de jouir du fruit de tant de contributions, elle était forcée de se retirer des Trois-Rivières, et de recommencer les grands sacrifices nécessaires à la création et au soutien d'un nouvel établissement épiscopal à Nicolet,. où d'ailleurs ses autres intérêts ne l'appellent point.
inhospitalier et venait même d'être constitué en réserve forestière, alors que le Sud avec ses 2.356 milles carrés valait effectivement le double de ce qu'on daignait bien abandonner . à ce que resterait le dia cèse amputé des Trois-Rivières.
Embarras financiers. — Dos circonstances malheureuses ont failli amener la banqueroute de l'Evêché en 1861. L'Evêché se trouvait endetté d'environ 500.000 francs. L'Evêque actuel, avec le concours généreux du clergé et des fidèles, est parvenu, après vingt ans d'efforts, à tirer le diocèse de cette impasse.
Il reste encore toutefois une dette de 200.000 francs. Un démembrement menacerait de replonger la partie laissée à l'Evêque dans une semblable crise. Cette crise serait périlleuse, après tant de contributions demandées, avec la douleur et le découragement causés aux diocésains par le démembrement même^. ^
L'existence du Grand Séminaire, qui est tout nouveau, serait particulièrement compromise.
IV. — Les Séminaires. — Le Séminaire de Nicolet. ~ Il y a dans le diocèse deux petits séminaires ou collèges : celui de Nicolet, et celui des Trois-Rivières, auquel s'adjoint le Grand Séminaire.
Le Séminaire de Nicolet feint de se croire en danger sans un évêcbié à son côté.
C'est néanmoins sous l'administration des Evêques des Tois-Rivières que cette institution a le plus prospéré, comme les statistiques en font foi^.
L'Evêque actuel, non plus que son prédécesseur, n'a rien fait pour nuire à ce collège; il l'a peut-être, au contraire,
1. La Cathédrale, l'Evêché, le Séminaire étaient encore inachevés; il y avait 200.000 fr. de dettes et, légalement les créanciers pouvaient faire obstacle à ce qu'on mît leurs intérêts en péril une fois de plus,
2. Le collège de Nicolet avait une moyenne de 300 élèves, 11 professeurs et ses affaires étaient prospères : il se disait néanmoins en péril.
Le collège de Trois-Rivières n© réunissait que 250 élèves. Dans l'intérêt du collège de Nicolet, l'évêque des Trois-Rivières, il y avait 15 ans environ, lui avait offert avec l'ordre du gouvernement, son transfert à Trois-Rivières : il s'y refusa.
traité trop favorablement. Il s'est simplement iopposé, une fois, à certaines prétentions des prêtres de ce Séminaire, qui étaient absolument contraires aux règles des Conciles et aux droits de l'Ordinaire, comme on peut le voir dans le présent faetum.
Au surplus, il ne teerait pas juste de ruiner un diocèse, et d'exaspérer les populations en sacrifiant leurs intérêts temporels et en les chargeant d'impôts, pour l'avantage particulier d'un collège.
Le Séminaire des Trois-Rivières. — La vraie raison qui a porté les prêtres du Séminaire de Nicolet et quelquesuns de leurs amis à devenir favorables à l'érection d'un évêché à Nicolet, est l'ombrage que leur porte la prospérité du nouveau Séminaire des Trois-Rivières. C'est en mettant un tel ressort en mouvement que l'intrigue a eu quelqtie succès auprès d'eux. Mais les deUx maisons peuvent également prospérer, comme l'expérience l'a prouvé, si elles se montrent toujours dignes de confiance.
Lo Séminaire diocésain, en tout cas, a sa place marquée par le Concile de Trente dans la ville épiscopale avec un grand à-propos, et ne peut être détruit pour plaire aU Séminaire de Nicolet.
V. — La division dans le clergé. — Cet allégué des pétionnaires est un pur prétexte, et pis encore, une calomnie.
Tom? les prêtres du diocèse en maisse le repoussent, et mainr tiennent qu'il n'y a pas de clergé plus uni danfe toute la province. L'Ordinaire corrobore leur Honorable témoignage. Huit prêtres du Séminaire de Nicolet et deux de leurs amis sont les seuls à croire qu'une telle division existe; mais letir opinion ne peut la faire exister en dépit du corps tout entier. Le démembrement seul serait de nature à briser l'harmonie, et à refroidir l'union fraternelle.
Quant à cette question de démembrement du diocèse, stir un
-cierge de 134 tn^mbres, 1,7 seulement sont favorables à une telle mesure, sans l'avoir demandée récemment, dont 10 ^u Séminaire de Nicolet, avec 7 de leurs amis. Telle est sur œ sujet lexpressicua fidèle des sentiments du clergé.
Vi. — L'opinion des Evêques en 187 6. — Tous les Evoques, ïEtoins deux, se sont alors opposés .au dém*embrement du diocèse, parce qu'ils n'y voyaient pa^ de raisons solides, mais les plus gravés inconvénients. On le lit dans leurs lettres particulières et le procès-verbal de leur assemblée. L'Evêque de Sherbrooke se -prononça oonditionnellement. Seul, TArchevêque, en relation particulière avec le prêtre ci-dessa;s mentionné, donna un vote favorable, appuyé »ur les futiles préieîstes susdits : un danger pour le Séminaire de Nicolet et une division dans le clergé.
Le Délégué Apostolique partagea et ratifia l'opinion de rEpiscopat provincial.
En 1883. — Les mêmes raisons existent contre le démembrement, et plus fortes encore. Aucun motif favorable ne s'est produit. Trois Evêques ont eu occasion de s'exprimer en ce sens à l'Evêque des Trois -Rivières ; trois autres n'en ont rien dit.
L'Archevêque a prétendu que la lettre de Son Em. le Préfet soir l'opportunité d'une division était un proprio motu de Sa Sainteté. Un autre Evoque a dit que c'était un châtiment p-ersonnel contre l'Ordinaire.
(En vérité, c'est ce sentiment qui prévaut dans toute la province, car on ne voit pas du tout les raisons d'un tel démembrement. '
Les diocèses de Québec et de Montréal sont plus grands, trois fois plus peuplés et plus riches que celui des Trois- Rivières, partagés comme lui par le fleuve Saint-Laurent; et personne ne parle de les diviser.
Le clergé et le peuple du pays ne s'expliquent une telle
mesure que par le fait d'une grande persécution exercée, à l'insu du Saint-Siège, contre l'Evêque des Trois -Rivières.
Béunicm du 22 mai. — Les Evêques de la province jie se sont réunis à Québec, le 22 mai, que pour tracer les limites du diocèse nouv^eau et nommer les candidats ati siège iépiscopal. Ils n'aVaient pas à exprimer d'opinion sur les inconvénients ou les avantages du démembrement, et n'avaient personne pour exposer, au nom du diocèse, sa position.
S'ils ont pris, comm'e on dit, quelqueis paroisses sur les diocèses voisins pour agrandir celui des Trois-Rivières, l'Evêque des Trois-Rivières s'oppose à ce projet, qui est illusoire, parce qu'il ne remédie pas aux difficultés par ce peu de paroisses, 'et que de plus il sort des termes du mandat en entamant les autres diocèses, et cach'e ainsi l'impossibilité du démembrement; injuste, parce qu'il enlève à une nombreuse population le fruit d'énormes sacrifices auquel elle tient, pour le donner à des paroisses étrangères qui n'y ont pas droit, et l'ob-lige à recommencer inutilement une autre et longue série de contributions.
RESUME. — Les raisons principales de ce Mémoire sont^: 1° injustice et supercherie odieuse dans les diverses tenta-
1. Futilités. — Il serait peut-être utile de dire ici quelques mots des futilités dont était chargée la dernière pétition, en date.
lo On y parlait de la construction de chemin de fer; on en fait l'évaluation et l'éloge sans fin, comme si ces entreprises industriellea ■ devaient soutenir des évêchés, et nécessiter des divisions de diocèses!
Les voies ferrées, qui sont assurément de grands moyens de communications, ne créent pas plus de pareils besoins sur les Tives du St-Laurent que dans les plaines d-e l'Italie; et la valeur 'de ces chemins n'affecte pas plus les finances des églises canadiennes, que celles des diocèses étrangers.
Que fait, par exemple, à l'évêque d'Albano le coût ou les revenus du chemin de fer de Napks à Rome?
Si ces voies ferrées ouvraient des terres au défrichement, l'argument .aurait quelque valeur, non pour alors, mais dans un avenir éloigné. Or, il est démontré que le territoire du nord, auquel touchait un seul de ces chemins, était inhabitable. Pour arriver à être utile en ce sens, il aurait fallu que ce chemin fût conduit à 140 milles plus
tives de démembrement; 2° exiguïté du territoire habitable et du nombre des paroisises; 3« facilité des communications; 4° ressources modiques du diocèse; ô'^ dette considérable après les adversités passées; 6° injustice exorbitante envers la population généreuset du Sud; 7° manquement à
loin à travers les montagnes, c'est-à-dire au lac St-Jean et en un autre diocèse déjà formé.
Mais il y avait plus : c'était que ces voies ferrées au nord du Saint-Laurent, qu'on représentait comme une source de richesse pour les populations, étaient devenues pour elles une cause de ruine.
En effet, elles avaient été construites aux frais de la province, et avaient coûté environ 80 millions de francs. Des intrigants de l'espèce de ceux qui avaient fabriqué cette dernière pétition, avaient vendu ces voies à des adversaires nationaux, à des Anglais protestants, la plupart francs-maçons, et cela pour la moitié de leur valeur, c'est-à-dire avec une perte de 40 millions I
Le contre-coup d'un tel désastre faillit entraîner la ruine de la province elle-même. Naturellement, la pétition ne dit rien de cet événement qui eût enlevé à l'argument son dernier trait d'honnête apparence.
Mais il y avait une chose à remarquer à ce sujet, c'est que cette pétition, qui n'est qu'un faux dans son entier, en est un autre par sa propre date.
Elle est datée d'août 1881, et elle n'a été présentée à la Propagande qu'en 1883. Or, c'est au printemps de 1882 qu'a eu lieu le désastre relatif aux voies ferrées. Donc, soit que la date de 1881 ait été mise sur la pétition avant le désastre, soit qu'elle ait été mise après pour offrir ce simulacre d'argument, il est très certain qu'en prétendant encore, en 1883, que ces voies allaient opérer une heureuse révolution dans la prospérité publique, on débitait à la S. C. de la Propagande avec conscience une insigne fausseté, puisque la ruine était déjà consommée.
Ainsi, on trouve de la fourberie jusque dans les futilités.
2° On donne, comme motifs de démembrement, l'établissement d'une école de religieuses enseignantes, dites de l'Assomption, dans les limites de la ville des Trois-Rivières, et encore le projet chez l'Evêque d'établir le noviciat de ces religieuses en sa ville épiscopalel
Cette prétention est à peine imaginable.
La raison donnée était que ces filles, préparées ,à l'enseignemenli peur l'intelligente population des campagnes, ne sont pas aptes à instruire les classes pauvres et moyennes des villes I ! !
Cette institution, créée par l'évêque des Trois-Rivières, comptait tine quinzaine de maisons dans son diocèse. Quoi de plus rationnel que l'évêque, qui faisait de ces religieuses comme autant d'apôtres pour l'instruction de l'enfance de son diocèse, trouvât à propos de sur-
la foi promise par les Evoquas diocésains; S"" soutien «du grand et du petit Séminaire; 9° opposition quasi unanime du clergé et des diocésains à ce démembrement; 10' châtiment présumé de l'Ordinaire à la face du pays, sans ,Un jugement; 11° opinion de l'épisoopat provincial, du Délé-
veiller leur formation d'une manière spéciale, en plaçant près de lui, si possible, le noviciat qui se trouvait éloigné d'une douzaine de milles?
Si cette institution fut visitée par la maladie, c'était dû à des causes bien indépendantes de l'évêque. S'il eût fallu qu'un local particulier en eût été l'occasion, la maison où la maladie s'était fait remarquer le plus était précisément celle qui avait été préparée par le prêtre intrigant et de bas étago, auteur premier de cette pétition.
30 On présenta à la S. C. les revenus des diverses associations du diocèse : la Propagation de la Foi, la Sainte Enfance, l'œuvre de Saint François-de-Sales, comme autant d'exactions exercées sur la population du Sud, parce qu'ils étaient envoyés à l'évêché des Trois- Rivières pour y être employés selon les besoins.
Mais qui ne savait que l'évêché est le centre où doivent converger les œuvres diocésaines? Aussi personne ne songea jamais à formuler des plaintes sur un pareil sujet, à Trois-Rivières pas plus qu'ailleurs. Autant vaudrait s'opposer à ce que, dans l'organisme humain, le sang de chaque membre remontât au cœur, et ordonner l'amputation comme remède à ce prétendu vice organique.
Autres futilités encore plus pitoyables :
Mgr Laf lèche était odieusement accusé, comme preuve d'excès de sa richesse, de faire un commerce de banque; et c'était parce que ce digne évêque, comme tout débiteur 'obéré, empruntait au plus bas intérêt pour remettre des capitaux à intérêt plus élevés.
Plus loin, par contradiction, il était représenté, avec une hardiesse inconcevable, comme un péril pour les finances diocésaines, lui qui en était à la connaissance de tous, le sauveur public et admiré en dépit des entreprises ruineuses des partisans de la division 1
Mais un prêtre qui avait été dans le commerce, et en un commerce très malheureux, pendant Une grande partie de sa carrière sacerdotale, c'était encore, le croira-t-<on, l'auteur des tentatives de démembrement susdites, fait notoire alors dans tout le diocèse, et pour lequel ce prêtre avait été, en partie, obligé de laisser sa cure.
Il était aussi quelque part question de requêtes. Si le clergé et les fidèles du pays se sont fortement opposés, par des requêtes, au projet de loi civile demandé par Laval, c'était bien parce que ce projet blessait leurs droits légitimes; et cela ne regardait nullement la question du diocèse.
La dernière pétition comptait sans cesse sur l'avenir pour opérer la division du diocèse c'était aussi pour cela que tous les diocésains trouvaient à propos de. demander à la S. C. de la renvoyer à cet
gué Apostolique et du Préfet de la S. C. de la Propagande en 1876-78, la seule régulière; 12° irrégularités manifestes dans le cours de la procédure. '
Pour toutes ces raisons, TEvêque des Trois-Rivières conclut à un délai indéfini dans l'exécution du démembrement, jusqu'à ce qu'il puisse s'effectuer sans nuire à la religion et à la prospérité des institutions diocésaines, époque qui ne peut encore se prévoir, et, pour ce, il demande le secours et la protection suprême^ du Saint-'Siège.
avenir, et de laisser au temps le soin d'en démontrer la nécessité. La pétition employait généralement les mots « diocèse de Nicolet », et résonnait comme si la division était déjà opérée; c'était évidemment anticiper sur la décision du St-Siège et montrer un absolutisme significatif.
MÉMOIRE DE l'ÉVÊQUE DES TROIS-RIVIÊRES CONTRE LA DIVISION DE SON DIOCÈSE