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I. Etat du diocèse d'après les pétitionnaires eux-mêmes

V^ Dans la première partie de ce mémoire, j'ai étudié les procédés, auxquels les pétitionnaires de la division du diocèse des Trois-Rivièr.eis ont eu recours pour atteindre leur but, et j'ai fait voir de quelles irrégularités, de quelles intrigues et supercheries ces procédés sont entachés.

Je vais, dans la deuxième partie, examiner leurs arguments, et en démontrer, pre;uves en main, lai futilité et la fausseté.

J'€i dois- déclarer d'abord que, Mgr rArchevêque de Québec m'ayant simplement informé que la demande faite antérieurem-ent (1875-1877) de diviser le diocèse des Tr ois-Rivières, a été,; à sa connaissance, renouvelée l'hiver dernier, j'ignore absolument si c'est sur un nouvel exposé de la question et sur de nouveaux considérants, que cette troisième demande a été faite, ou si elle n'est appuyée que sur les anciens documents. Cette dernière supposition me paraît cependant la plus probable, et même la seule probable. En effet, qu'es t-il survenu dans le diocèse depuis 1877-78, qui aurait pu fournir matière* à de nouveaux arguments? Il ne s'y ejst rien passé que d'ordinaire; et sur cette question de la division du diocèse, comme sur tout le reste, la paix la plus profonde a régné; ce qui, disons-le en passant, a démontré une fois de plus la fausseté des principaux allégués des anciens pétitionnaires.

Ma tâche est donc, dans la circonstance présente, de répondre brièvement aux motifs des anciennes pétiti'ons, autant que j'ai pu les connaître, et en même temps de réfuter implicitement ce qu'on aurait pu y ajouter, cette fois, en établissant qu'il n'y a auctine raison véritable ou canonique de diviser le diocèse des Trois -Rivières.

2° Il est d'abord à remarquer que les pétitionnaires n'ont aucune plainte à formuler dans leur mémoire contre l'administration diocésaine. Au contraire, ils constatent eux-mêmes l'état prospère du diooèse et le développement rapide de ses institutions ; ils se plaisent même à reconnaître le zèle et l'activité de leur Evêque à visiter son diocèse, et à pourvoir à tous ses besoins.

Il semble qu'en présence de cet heureux état de choses, tft de la satisfaction générale des diocésains, il n'y ait rien de mieux à faire qu'à laisser le diocèse suivre sa piarche progressive et si consolante; et pour ce qui regarde les divisions et érections de diocèses, à s'en rapporter au zèle et à la sagesse des Evêques chargés de ce soin, sans tenter de leur forcer la main, en recourant au Saint-Siège à leur insu.

Les pétitionnaires, cependant, ont tiré de cette paix et de cette prospérité du diocèse une conclusion toute contraire : ils ont été d'avis qu'il fallait le démembrer immédiatement ; et comme leurs raisons, ou mieux leurs prétextes, n'étaient admis ni par l'épiscopat de la province, ni par l'Evêque diocésain, ils ont cru plus prudent de décliner ce tribunal, et d'aller porter directement leur demande au Saint-Siège.

II. Territoire du diocèse des T rois-Rivières, Il convient maintenant d'examiner les arguments et les motifs, sur lesquels les pétitionnaires prétendent appuyer leur demande de démembrement immédiat du diocèse des Rivières.

Lo premier argument est l'étendue du diocèse. Voici comment ils l'exposent à la page 1 et 2 de leur mémoire :

Lo diocèse des Trois-Rivières, tel qu'il est actuellement constitué (1875), s'étend slir une superficie d© 25.338 milles carrés.

Au delà de la vallée du Saint-Laurent, vers le Nord, les mo7îtagyies et la rigueur du climat présentent de sérieux obstacles à la colonisation d'une partie de ce territoire, qtii cependant ne manque pas de vale'ur sous le rapport du commerce et de l'industrie.

Dans la partie habitable de ce territoire, un progrès constant, en créant de nouvelles resso'urces, tend à y attirer de plus en plus Une population intelligente et laborieuse, etc.

Ainsi les pétitionnaires admettent que le territoire du diocèse des Trois-Rivières comprend deux parties distinctes : l'uno habitable, où se trouve la population actuelle du diocèse, et l'autre par conséquent inhabitable « où les montagnes et la rigueur du climat présentent de sérieux obstacles à la colonisation ».

iP Territoire inhabitable. — Quelle est l'étendue de ce territoire inhabitable, compris dans le diocèse des Trois- Rivières V C'est ce qu'il était im'portant de faire connaître. Les pétitionnaires cependant, ont préféré n'en dire mot!

Or, l'étendue de ce territoire inculte, qui n'est guère propre qu'à la chasse, dont vivent les sauvages, et à l'exploitation du bois, est de 21.484 milles carrés; c'est-à-dire qu'il comprend toute la partie du diocèse qui est au Nord des montagnes appelées Laurentides. Ce territoire est ordinairement désigné sous le nom de « Haut Saint-Maurice ». Il comprend plus des quatre cinquièmes de tout le territoire du diocèse, car la partie habitable n'a qu'une étendue de 3.854 milles carrés. Ajoutons qu'un peu plus de la moitié de ce territoire inhabitable a été détaché du diocèse des Trois-Rivières, l'année dernière, pour aider à former le Vicariat apostolique de Pontiac. (Voir la carte géographique du diocèse).

Ce qui prouve, par-dessus tout, que ce territoire ne peut

être habité, c'est le fait que depuis plus de 200 ans, il ne s'y est pas formé une - seule paroisse, quoique cette région, soit à la porte des centres les plus populeux et les plus riches du diocèse. Le surplus de la population des grandes paroissas tourne le dos à la vallée du Haut Saint-Maurice, pour aller s'établir sur des terres avantageuses, dans les cantons du Sud, et même dans les lointaines vallées de l'Ottawa et du lac Saint-Jean, à des distances de 80 et de 100 lieues.

Le « Haut Saint-Maurice » a été parcouru depuis rétablissement du pays, il y a au delà de 250 ans, par les chasseurs d'abord, pour 1© commerce des pelleteries, et ensuite par les bûcherons, pour le commerce du bois. Mais quand il' s'iest agi de faire dess établissem^Jttts^ on est allé ailleurs chercher des terres plus propices.

Il y a dans cette région, il est vrai, de petites ^étendues de terre, çà et là, susceptibles de culture; mais ces terres sont à une grande distance des paroisses actuelles, et elles sonL d'une si petite étendue chacune, qti'elles se prêteront difficilement à la formation de nouvelles paroisses.

Quelques géomètres qui ont visité ces régions ont signalé à l'attention du gouverneiment ces petits lopins de terres cultivables; et c'est sur ces rapports que les pétitionnaires se sont appuyés pour y prédire la formation d'un nombre considérable de nouveaux établissements. Mais, les rapports de ces géomètres, ainsi interprétés, se contredisent, comme le prouve l'extrait suivant d'une lettre de l'un des mieux renseignés sur cette région, M. L. 0. Arcand, géomètre du gouvernement :

Il n'y a pas, à ma connaissance, dit-il une ou pl^usieurs paroisses, commo celles d^es bords du Saint-Laliren.t.

^ans mes rapports faits au Département des terres de la Couronne, je n'ai pas pu dire que ce territoire (du Haut Saint-Mau-

rice) est bien propre à la culture, sauf^ quelques petites vallées de très peu d'étendue; distantes les unes des autres^.

D'un autre côté, les rapports des missionnaires et des autres personnes, qui connaissent le mieux cette région sauvage et stérile pour l'avoir parcourue pendant nombre d'années, s'accordent avec celui de ce géomètre du gouv^rnemejit, et réfutent péremptoirement ces prédictions des pétitionnaires. Ils établissent. à l'évidence qu'il ne pourra jamais, s'y former qu'un petit nombre de paroisses, dont les habitations seront fort éloignées les unes des autres, à cause du peu d'étendue de chacun de ces lopins de terre cultivable. (Voir les extraits de lettres, qui accompagnent le rapport du 19 mai 1876, à la Prop.).

Rien n'est assurément plus mal fondé que ces prédictions des pétitionnaires, snr la colonisation du « Haut Saint-

1. Extrait d'une lettre de L. 0. Arcand, géomètre, à VEvêque des Troi8-Rivière8 : 6 mai 1876.

« Il n'y a pas, à ma comiaissance, d'étendue suffisante de terrain fertile, qui permettrait de former une ou plusieurs paroisses, comme celles qui sont sur les bords d«. fleure Saint-Laurent.

» Le climat est plus «rigoureux au nord des Laurentides qu'il ne l'est, dans la vallée du Saint-Laurent, et par conséquent moins favorable à la végétation, quoique l'avoine y vienne à maturité. Les pois souffrent beaucoup; je crois que le blé n'y croîtrait que misérablement. Les légumes y vieiment "assez beaux et bons.

» Dans tous mes rapports faits au Départemant des terres de la Couronne, je n'ai pas pu dire qu3 ce territoire est bien prO'pre à la culture, sauf quelques petites vallées de très peu d'étendue, distantes les unes des autres, comme sur les bords de la rivière Croche, qui se décharglô dans le Saint-Maurice, et sur ceux de la rivière Pierre-Paul, qui se décharge dans la rivière Batiocan.

» Le terrain, en général, est tourmenté, couvert de nombreux lacs grands et petits, et traversé par des montagnes (rochers) très élevées.

» Dans la traverse que j'ai faite, partait de l'intersection de la ligne d'exploration de la rivière aux Lièvres au lac Saint Jean, le terrain est formé de sable rougfâ et gris, rempli de rochers, bois rabougris, bouleaux, cyprès et quelques pins où le feu n'a pas détruit la végétation, et par conséquent, où le feu a passé, ilne reste que rocher nu ».

Signé : L. 0. A. Arcand, géomètre.

Maurice ». Ils en donnent eux-'mêmes, au reste, la meilleure preuve dans la nature des obstacles qu'ils signalent, « les montagnes et la rigueur du climat »; et puisqu'un passé de 250 ans n'y a pas vu surgir un seul de ces établissements, il s'écoulera évidemment bien des années encore avant que l'on puisse y ériger une paroisse capable de construire une modeste église, et de faire vivre un ctiré. Telle est la vérité sur ce vaste territoire inhabitable que mentionnent d'aboi^ les pétitionnaires.

2» Territoire habitable, population, paroisses, communications. — La partie habitable du diocèse des Trois-Rivières ne comprend qu'une étendue dé 3.854 milles carrés. C'est sUr ce territoire que se trouve groupée la population actuelle du diocèse, qui est de 135.000 âmes. Cette population est répartie sur 75 paroisses et 4 missions; 30 de ce's paroisses sont au Nord du fleuve Saint-Laurent, et 45 au Sud. Il s'écoulera encore bien des années avant que l'on puisse former sur ce territoire 10 nouvelles paroisses.

Déjà on en avait détaché une large portion, en 1874. pour former le diocèse de Sherbrooke, et plus tard. Une autre partie a été annexée au diocèse de Saint-Hyacinthe, parce que de là on avait plus facilement accès k la ville épiscopale de ce diocèse. Ces démembrements successife, ainsi que celui de 1882, en faveur de Pontiac, se sont faits régulièrement à la demande des Evêques de la province et avec l'agrément de l'Ordinaire, car il était évident que cela devait contribuer au bien de la religion sans nuire à Texistence ni à la prospérité du diocèse des Trois-Rivières.

La ville épiscopale des Trois-Rivières est au centre de ce territoire habitable, dont elle est en même temps le cheflieu et le centre principal pour les affaires commerciales, industrielles et judiciaires. Quatre voies ferrées, venant des quatre points cardinaux, y conduisent en quelques heures

les diocésains les plus éloignés, avec la plus grande facilité et la plus grande économie.

Voilà l'une des raisons pour lesquelles les fidèles de la rive sud ont été si affligés, en apprenant qu'on voulait les détacher du diocèse des Trois-Rivières pour les envoyer à Nicolet, où la plupart d'entre eux ont rarement affaire et dont l'accès leur est plus difficile et plus dispendieux. Nicolet, en effet, se trouve à plusieurs milles de distance des grandes voies de communications. (P. J., 5).

Cette grande facilité de communications avec la ville des Trois-Rivières, en même temps qu'elle en rend l'accès très facile à tous les diocésains, permet aussi à TEvêque de visiter très aisément les parties les plus éloignées de son diocèse. Dira-t-on que néanmoins le territoire de ce diocèse est trop grand, que sa population est trop forte, et ses paroisses trop nombreuses? Mais alors, que dire des diocèses voisins de Québec et de Montréal, dont les territoires sont beaucoup plus étendus, les paroisses deux fois plus nombreuses, et les populations trois fois plus fortes? En effet, Montréal compte 412.000 âmes, réparties sur 154 paroisses, dont 109 au nord du fleuve Saint-Laurent, et 45 au sud. Québec a 380.000 âmes et 148 paroisses, dont 42 au nord du fleuve, et 106 au sud. Les Trois-Rivières, au contraire, ne compta que 135.000 âmes, réparties sur 75 paroisses, dont 30 au nord du fleuve, et 45 au sud. Ces chiffres n'ont pas besoin de commentaires, et ils disent éloquemment que de ce côté, du moins, il n'y a aucune raison de diviser le diocèse des Trois-Rivières!

Le fleuve Saint-Laurent traverse ces trois diocèses dans toute leur largeur, et il a toujours été la grande voie de communication entre Québec, les Trois-Rivières et Montréal. Des bateaux à vapeur le traversent continuellement, vis-à-vis de chacune de ces villes, en été, et un pont de glace, ou d'habiles canotiers font le même service en hiver. Aussi, jamais les populations du sud n'ont formulé de plaintes sur la

difficulté des communications que présente ce fleuve, pour les affaires commerciales, judiciaires et ecclésiastiques, pas plus dans le diocèse des Troia-Rivières que dans ceux de Québec et de MontréaL L'argument que les pétitionnaires ont voulu tirer de là, en faveur de la division: du diocèse- des Trois -Rivières, ne fait: que dévoiler la pauvreté des raisons qu'ils ont à donner à l'appui de leur projet.

Résumons-nous en disant que tout argximent qu'on voudrait tirer: 1° de l'étendue du territoire; 2^ du chiffre de la population; 3^ du nombre des ixaroisses; # de la difficulté des communications entre le nord et le sud du diocèse des Trois-Rivières, devra nécessairement s-appliquer aux diocèses de Québec et de Montréal,, avant d'atteindre celui des Trois-Rivières. (Voir la carte de ces diocèses).

IlL Ressources du diocèse des Trois-Rivières. Revenu annuel.

Lo soeond et le troisième argument des pétitionnaires en faveur de leur projet de division,, se tirent des ressources et du revenu annuel du diocèse. Voici comment ils s'expriment à la page 2 de leur mémoire, en parlant des ressources :

On y a construit (dans la ville des Trois-Rivières) une splendidô cathédrale, qui a coûté 750 mille francs! Le clergé, pour sa part, autant qli'on a pu le constater, y a bien contribué pour 400 mille fr.

II y a trois ans, Mgr des^ Trois-Rivières a organisé une immense loterie, qui lui a rapporté la jolie somme de 200 mille fr., etc.

Ces messieurs ont le soin d'avertir que ces chiffres sont approximatifs, attendu qu'ils n'ont pas vu les pièces officielles.

Or, l'Evêque des Trois-Rivières : 1° a vu, lui, les pièces officielles, qui sont dans les archives de son évêché : il a tenu lui-même, ou révisé avec soin les comptes des dépenses faites pour la construction de la cathédrale, et il a constaté

qu'elle avait coûté, à la date du mémoire, la somme de 406.380 francs, et non pas ,750.000 francs, comme le disent les pétitionnaires.

C'est donc une erreur de 343.62D francs sur ce premier chiffre!

2^' Il a tenu aussi ou révisé les listes de contributions du clergé, et il a constaté i que toutes ces contributions, de 18^2 à 1875, s'élèvent à 104.200 francs, et non pas à 400.000 francs, comme le disent ces messieurs.

C'est donc une nouvelle erreur de 295.800 francs, dans laquelle ils sont tombéisl

.3° Le troisième chiffre mentionné par les pétitionnaires est celui de la loterie faite en 1872, lequel est porté à 200.000 francs, tandis que le chiffre véritable est de 103.262 francs.

C'est, par conséquent, une troisième erreur de 96.738 frs dans laquelle ces messieurs sont encore tombés I Cette fois, au moins, ils en rejettent la faute sur le typographe, qui a mis 2, auli^eu do 1.

Ainsi, sur ces trois items seulement, les pétitionnaires sont tofnbés dans une erreur totale de 736.158 francs I C'est-àdire qu'ils ont consigné dans leur mémoire une somme de fantaisie, deux fois plus élevée et au delà, que la somme véritable consignée aux pièces officielles.

Comment ne pas reconnaître, dans ces chiffres erronés, l'un de ces procédés malhonnêtes que nous avons signalés dans la première partie de ce mémoire?

Voici maintenant ce qu'ils disent, à la page 3 de leur mémoire, du revenu annuel de l'Evêché des Trois-Rivières :

Il y a dès maintenant des ressources suffisantes pour soutenir deux Evêchés, et ces ressources ne petivent qu'augmenter tous les jours.

Pour soutenir cet avancé, ils dressent un revenu annuel fantaisiste, comme la somme des res^owrces mentionnée plus haut, dans lequel ils exagèrent également certains chiffres,

et où ils confondent avec les revenus de l'Evêché des revenus qui ont une atitre destination; tels que ceux ,de la cure et de la fabrique des Trois-Rivières, lesquels suffisent à peine aux dépenses ordinaires de la desserte de la paroisse. Ils confondent de même avec les revenus de l'Evêché l'allocation de la Propagation de la foi, (îestinée surtout jaux missions et aux nouveaux établissements. Ces sources de revenus, étrangères à TEvêché, sont portées par ces Messieurs à la somme de 33.000 francs, qu'il faut d'abord déduire de leur budget erroné.

Ensuite, le dixième du clergé, évalué à 5.000 francs, n'avait donné que 1.224 francs l'année précédente, et il est entièrement supprimé depuis plusieurs années.

Les rentes des bancs de la cathédrale, et les componendes que le Saint-Siège permet à l'Evêque d'appliquer atix besoins du diocèse, sont variables et casuelles, et la moyenne de ces revenus dans les dix ou douze années précédentes est au-dessous des chiffres donnés par ces Messieurs.

La vérité est que les revenus propres de l'Evêché sont insuffisants pour faire face à tous ses besoins; on en a la preuve dans les appels qu'il a fallu faire, en ces derniers temps encore, à la charité des diocésains pour aider à la construction de l'Evêché.

Longtemps encore, il faudra compter sur les secours extra qu'il plaira à la divine Providence de nous envoyer, pour liquider la dette qui nous obère si lourdement, et pour faire achever la cathédrale, l'Evêché et le Séminaire, tout en pourvoyant aux besoins courants de radministration. Il faudra en même temps que tout soit conduit avec prudence et économie, si l'on veut éviter de tomber dans de nouveaux eimbarras financiers.

Maintenant, que conclure de ces deux arguments? N'est-il pas évident que plus le clergé et les fidèles du diocèse des Trois-Rivières ont fait de sacrifices pour fonder l'Evêché et lui assurer peu à peu un revenu convenable, plus ils ont

droit à recueillir les bénéfices, qui doivent en découler pour eux et pour leurs enfants? C'est l'assurance que les deux premiers Evêques du diocèse, Mgr T. Cooke et moi, leur avons donnée, afin de les engager à faire plus volontiers et plus généreusement ces sacrifices. Il résulte même de là une espèce de contrat entre eux et l'autorité religieuse du diocèse, qui leur a déclaré à plusieurs reprises qu'une fois l'Evêché fondé, ils en jouiraient paisiblement, sans qu'on eût à leur demander de nouvelles contributions pour cette fin. Les dépouiller présentement du fruit de leurs sacrifices, sans une véritable nécessité, au moment où ils achèvent la fondation d'un Evêché,- qui leur a coûté si cher, et où ils commencent à en jouir, serait, il me semble, les mettre sous la funeste impression que les promesses solennelles de deux Evêques ne sont plus une garantie, sur laquelle les fidèles puissent compter avec certitude! Voici ce que m'écrivait, à ce propos, le Supérieur du Séminaire des Trois -Rivières, le 16 mai dernier :

Plus que jamais, l'on constate que cette division projetée du diocèse cause un immense scandale. A l'occasion de deux voyages que je viens de faire (au Sud), pour les affaires de la succession de M. de Villers, j'ai rencontré plusieurs laïques bien posés de Bécancourt et de Sainte-Gertmde, et il est excessivement pénible d'entendre les réflexions et les jugements qu'on porte sur cette affaire.

Que penseront et que diront ces fidèles, quand on viendra leur demander de contribuer à la fondation du futur Evêché de Nicolet, après les avoir détachés, à leur grand regret, du diocèse des Trois-Rivières, où ils avaient un bien plus facile accès et trouvaient pleine satisfaction?

La grande majorité du clergé et des fidèles du Sud du fleuve, opposés à cette division, demeureront convaincus qu'on leur aura fait une injustice, en les détachant, malgré eux, de leur diocèse, à la demande de quelques prêtres mus

par un intérêt de clocher et conduits par un prêtre intrigant, qu'ils connaissent fort bien, et qui a su mettre à son service l'influence du Métropolitain!

D'ailleurs, si les ressources d'un diocèse et ses revenus étaient des motifs suffisants pour le diviser, ce n'est certes pas par le pauvre diocèse des Trois-Rivières qu'il faudrait commencer. Québec et Montréal ont des ressources et des revenus, qui sont certainement trois et quatre fois plus considérables que ceux des Trois-Rivières, et .cependant personne ne parle de faire diviser ces grands et riches diocèses!

Ces deux arguments tournent donc, comme celui du territoire, contre les pétitionnaires, puisque les sacrifices généreux que le clergé et les fidèles du diocèsq se sont imposa., depuis plus de trente ans, pour fonder TEvêché et lui créer peu à peu un revenu, bien loin d'être un argument en faveui' de la division, est, au contraire, l'une des plus fortes raisons que l'on puisse donner contre ce projet I

Dette et embarras financiers.-^ — La lourde dette dont ]e diocèse des Trois-Rivières est grevé depuis plus de vingt ans, et qui a failli l'entraîner dans l'humiliation et l'abîme d'uncï banqueroute, jetait un nuage un peu trop sombre sur le brillant tableau que les pétitionnaires avaient fait de ses ressources et de ses revenus. Aussi, ces messieurs ont-ils senti le besoin de prévenir l'objection, qui ressort naturellement de .là. Voici ce qu'ils disent de cette dette, à la page 2 do leur mémoire :

L'Evêché des Trois-Rivières s'est relevé de ses embarras financiers, el aujourd'hui sa dette est éteinte, sinon do fait, du moins de droit, puisqtie l'Evêqii© a en fonds une somme suffisante pour l'éteindre.

Les pétitionnaires sont encore ici complètement dans l'erreur. La dette passive du diocèse des Trois-Rivières était

réellement de 251.080 francs, à l'époque de leur mémoire, comme j'en ai donné la preuve dans le mémoire du 16 février 1878. Quant aux placements de fonds dont ilts parlent, ils consistaient d'abord en legis testamentaires et en dettes qui ne pouvaient être retirés, puis en prêts faits à l'Evêché à bas intérêts par des bienfaiteurs, lesquels étaient remboursables à demande, et enfin en quelques fonds qui avaient une destination spéciale. Toutes ces sommes réunies s'élevaient à 73.164 francs, et n'étaient guère plus disponibles que des propriétés immobilièrels, de sorte que la dette passive réelle du diocèse, à cette époque, était bien de 251.080 francs! C'est en présence d'une telle charge que les pétitionnaires venaient dire au Saint-Siège, que le diocèse des Tr ois- Rivières n'avait plus de dette!

En 1862, la corporation épiscopale se trouvait endettée pour le montant de 500.000 francs, en chiffres ronds. Comme elle se trouvait dans l'impossibilité de rencontrer ses engagements pécuniaires, ses créanciers se sont vus dans la dure nécessité de faire des sacrifices considérables, pour épargner à l'Evêché l'humiliaiion d'une banqueroute, laquelle, du reste, leur aurait été, à eux-mêmes, encore plus dommageable. Toutes les ressources du diocèse furent alors mises à contribution, pour le sauver d'une ruine complète. Le clergé et las fidèles, en général, répondirent avec sympathie et générosité à l'appel qui leur fut fait; ce qui n'empêche pas qu'après quatorze ans d'efforts et de sacrifices de toutes sortes, on se trouvait encore, comme nous venons de le dire, en présence d'une dette de 251.080 francs!

Ce fut alors que M. l'abbé Marquis, après s'être assuré l'appui du Métropolitain et, après avoir fait entrer dans ses vues les prêtres du séminaire de Nicolet et quelques autres prêtres, à l'aide des moyens que j'ai fait connaître dans la première parlie de ce mémoire, entreprit, aveo le concours de ces appuis, de faire diviser le diocèse. Il est facile de comprendre dans quel embarras la réussite d'un tel projet

aurait do nouveau jeté le diocèse, et quelle injustice g'en serait suivie pour les créanciers et pour les diocésains, qui avaient déjà fait tant de sacrifices pour le sauver. Cette dernière situation aurait été pire que la première. En effef^ il n'aurait pas été possible de compter sur la même indulgence et sur la même générosité de la part des créanciers et des diocésains. Tous n'auraient pas manqué de se plaindre amèrement d'une mesure adoptée sans nécessité,, qui devait conduire à d'aussi tristes résultats.

Mais, grâce au rejet de cette étrange demande par les Evêques de la province, par le Délégué apostolique, et finalement par le Saint-Siège, la situation générale du diocèse a continué de s'améliorer. La bonne entente et l'union n'ont point cessé de régner jusqu'aujourd'hui. La confiance dans la stabilité du diocèse s 'étant ainsi rétablie, de généreuses contributions de la part du clergé et des fidèles m'ont permis de construire une maison épiscopale, de faire faire des travaux considérables à la calKédrale, et de rembourser en même temps une somme de 51.000 francs sur la dette du diocèse.

En 1883, la dette, comm'e il a été dit plus haut, est encore de 200.000 francisai Et c'est lorsque cette dette considérable

1. M. Rheault, prêtre. 1° Je soussigné, Procureur de l'Evêqtie des Trois- Rivières, certifie ^'au 31 décembre 1882, la Corporation Episcopale Catholique-Romaine des Trois-Rivières devait la somme de vingt-six mille huit cent cinquante-neuf piastres (26,859,00). En foi de quoi, etc., j'ai signé. *

Aux Trois-Rivières, ce premier jour de mai 1883.

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