IV. Le Séminaire de Nicolet
Le quatrième argument des pétitionnaires est Vintérêt prétendu du Séminaire de Nicolet. Voici ce qu'ils disent, à ce sujet, à la page 3 de leur mémoire :
Il y a déjà quelq'ues années, l'existence du Séminaire de Nicolet a été fortement compromise; le Saint-Siège a dû intervenir. Nous croyons sincèrement que le sort de cette maison ne salirait être assuré cfue par la formation immédiate du diocèse de Nicolet.
sion du diocèse : Le dépouillement que j'ai fait faire des lettres du clergé, concernant la division du diocèse des Trois-Rivières, donne lieu aux affirmations suivantes :
lo Aucun membre du clergé diocésain n'a renouvelé à Rome la demande de la division du diocèse, ni chargé personne de le faire pour lui, ni même eu connaissance que telle demande dût être faite;
2o Quant à la prétendue division entre le clergé du Nord et celui du Sud, dix prêtres seulement ont cru remarquer qu'elle existe, et sur ces dix prêtres, huit sont du Séminaire de Nicolet, et deux en dehors de ce Séminaire.
3o Su.' 132 prêtres qui ont répondu à la circulaire du 13 avril, 1883, 17 seulement se sont déclarés favorables à la division du diocèse, et sar ces 17, 10 sont du Séminaire de Nicolet. ■
Signé : f L. F. Ev. des Trois-Rivières,
30 juin 1883.
Il y a là deux assertions : l'une qui regarde le passé; et l'autre, l'avenir. La première est une insinuation wulveillante à l'adresse de l'Evêque diocésain; et la seconde, une crainte' mal fondée. Rien de plus facile à démontrer.
1^ Une insinuation malv&iUànte.
En effet, jamais l'Evêque des Trois-Rivières n'a voulu compromettre l'existence du Séminaire de Nicolet, et il n'a jamais rien fait qui pût avoir ce résultat. En exprimant, il y a une quinzaine d'années, le désir de voir l'institution transférée dans la ville des Trois-Rivières, moyennant une indemnité convenable de la part du gouvernement, il voulait l'agrandir et lui assurer les plus solides garanties de développement et de prospérité. Cette institution devait, en effet,^ trouver des avantages de toutes sortes dans la ville épiscopale, qui était en même temps le centre des affaires commerciales, industrielles et judiciaires du district.
En cela, l'Evêque des Trois-Rivières ne faisait que suivre l'exemple de son vénérable prédécesseur, Mgr T. Cooke, et de Mgr C. F. Baillargeon, Archevêque de Québec, qui tous deux avaient 'exprimé bien des fois le désir de cette translation. Mgr Taschereau était aussi de cet avis. La corporation elle-même du Séminaire de Nicolet avait décidé, en 1858, de transférer l'institution aux Trois-Rivières, si le gouvernement voulait lui accorder une indemnité de 833.600 francs.
Mgr Fabre a exprimé la même opinion dans ses notés sur le mémoire des pétitionnaires, quand il dit :
Monseigneur des Trois-Rivières ne prétendait pas détruire l'œuvre des fondateurs du Collège de Nicolet; mais il voulait la transporter dans sa ville épiscopale, parce qn'étant convaincu qu'un seul collège suffisait, il valait mieux l'avoir près de lui ^.
1. Extrait des notes de Mgr Fabre, Evêque de Gratianapolis, sur le Mémoire de M. Malo et de ses confrères.
... Cet alinéa donne le seul motif çpii pousse ces messieurs à deman- f^ der la division, Mgr des Trois-Rivières ne prétendait pas détruire l'œu-
Parce que j'ai envisagé cette question comme ces prélats, et comme le Séminaire de Nicolet lui-même; parce que j'ai compris, comme eux, que l'intérêt bien entendu de cette institution et le bien général du diocèse demandaient cette translation, ces meissieurs sont venus m'accuser devant le Saint-Siège d'avoir voulu « détruire une institution qui a coûté DEUX MILLIONS de francs! » - !
Cette accusation, que je repousse énergiqtiement, est une calomnie toute gratuite, comme le chiffre de deux millions de francs pour la valeur de l'institution de Nicolet, est une fausseté dont voici la preuve, La corporation du Séminaire de Nicolet, dans son rapport au gouvernement pour 1872-73, imprimé en 1874, a estimé la valeur de l'institution avec toutes ses propriétés foncières à 734.610 francs. Il y a donc dans le chiffre de deux millions présenté au Saint-Siège, une exagération de 1.265.390 francs. Et l'on peut remarquer que cette exagération est faite en présence de chiffres
vre des fondateurs du Collège de Nicolet, mais il voulait la transplante]* dans sa ville épiscopale, parce qu'étant convaincu qu'un seul collège suffisait, il valait mieux l'avoir auprès de lui...
La division du diocèse des Trois-Rivières n'aura pas pour effet de ramener l'accord. Il y a des prêtres dans le diocèse projeté, qui ne partagent pas les vues de leurs confrères sur cotte question-là même. Tout se réduit à être pour Ou contre Nicolet dans les difficultés de cette maison avec l'Evêque. Que les messieurs de Nicolet prennent le parti de reconnaître qu'ils n'ont pas mission pour gouverner l'Eglise des Trois-Rivières, qu'ils se montrent des prêtres sincèrement dévoués à l'autorité, et le projet de division sera bientôt abandonné...
De plus, les habitants du Sud ont à venir aux Trois-Rivières pour leurs affaires temporelles. Et enfin, la plupart de leurs affaires spirituelles peuvent être traitées par la poste, les curés ayant l'habitude de correspondre avec l'Evêque ou son Grand- Vicaire pour Une foule d'affaires. Il n'en est pas de même pour l'Evêque vis-à-vis son grand Séminaire. Il est d'ordre qu'il surveille cet établissement d'une manière particulière; de plus, il a besoin de ses séminaristes pour le service de la cathédrale...
C'est toujours, en résumé, pour des intérêts personnels que .l'on a marché dans ces différentes occasions. Je snis donc d'avis que l'intérêt de la religion, aussi bien que l'autorité des Evêques, demande que l'on s'oppose à ce démembrement...
(Signé) f Edouard Ch. Ev. de Gratianapolis.
officiels, et qu'elle est signalée avec affectation en lettres 771 a jus cul es !
Il faut bien se demander ici comment les prêtres du Séminaire de Nicolet, qui ont signé ces documents, ont pti dire officiellement au gouvernement canadien, en 1873, que leur établissement valait 734.610 francs, et dire au Saint-Siège, en 1875, qu'il valait deux millions, quand c'est un fait notoire que l'institution n'a reçu, dans l'intervalle, aucune augmentation sensible !
Le Saiiit-Siège a dû intervenir, dit-on; c'est vrai : mais non pas pour empêcher VEvêque des Trois-Bivières de détruire le Séminaire de Nicolet; an contraire, il est intervenu pour maintenir dans cette maison l'autorité épiscopale, qui y étail mise en doute sur les points les plus importantls. Voici, en effet, le résumé du mémoire, adressé par ces messieurs à la S. C. de la Propagande :
Coinmo résumé du mémoire précédent, les membres de la corporation (du Séminaire de Nicolet) demandent respectueusement à la Sacrée-Congrégation de la Propiagande d'approuver les propositions suivantes :
1** La corporation du Séminaire de Nicolet a le contrôle et l'administration absolue de ces biens.
2" Elle a le droit de contrôler et de diriger le cours d'études classiques et commerciales.
3° Elle peut faire poUr la discipline et l'adnxinistration interne tels règlements qu'elle juge convenables.
4*^ Elle n'est pas tenue de faire reviser ses comptes par l'Ordinaire.
5'^ Elle a pleine liberté de choisir ses membres et les professeurs dont elle a besoin.
6° Ses membres sont inamovibles.
Telles étaient les prétentions des prêtres du Séminaire de Nicolet. C'est, je le répète, pour mettre de côté ces prétentions contraires aux règles du Concile de Trente et du troisième Concile provincial de Québec sur les Séminaires, et
pour .maintenir, comme par le passé, les droits et la juridiction de l'Ordinaire sur cet établissement, que le Saint-Siège a dû intervenir, et non pas pour empêcher l'Evêque des Trois -Rivières de le détruire.
Voilà ce que vaut l'insinuation malveillante des pétitionnaires à l'adresse de leur Evêque.
2° Une crainte mal fondée.
La crainte que les pétitionnaires expriment pour l'avenir du Séminaire de Nicolet, si le diocèse des Trois-Rivières n'est pas divisé immédiatement, est tout aussi mal fondée que leur malveillante insinuation. C'est, en effet, ce que démontre clairement la prospérité toujours croissante de cet^e institution, depuis qu'elle est sous le contrôle des Evêqucs de ce diocèse, même depuis la fondation du Séminaire des Trois-Rivières, par Mgr T. Cooke, en 1860.
Plusieurs personnes craignaient, il est vrai, que la fondation do ce nouveau collège ne nuisît à la prospérité du Séminaire de Nicolet. Mais une expérience de vingt-trois années est venue démontrer le contraire, ainsi que l'attestent les rapports officiels faits au gouvernement, de 1861 à 1883 ^
1. Nomhre annuel des élèves des Séminaires de Nicolet et des Trois- Rivières, de 1860 à 1883, d'après les rapports faits au gouvernement.
Années acad. Sém. des Trois-Rivières Sém. de Nicolet
En 1863, le Séminaire de Nicolet comptait 6 prêtres, 14 ecclésiastiqua% professeurs et régents, et 280 élèves.
En 1882, il comptait 11 prêtres, 16 ecclésiastiques, professeurs et régents, et 280 élèves.
Les pétitionnaires eux-mêmes ext)Osent avec complaisance, et même avec un peu d'exagération, l'état prospère de cette maison. A la page 5 de leur mémoire, ils disent :
C'est l'un des plus anciens établissements de ce genre qu'il y ait dans la province ecclésiastiqne de Québec, et mieux, dans tonte la puissance du Canada; et aussi l'un des plus fréquentés.' Il donne cette année (1875) l'éducation à 340 élèves venais de touteis les parties de la province et des Etats-Unis.
Sur quoi donc les pétitionnaires peuvent-ils s'apptiyer pour dire que le sort de cette 'maison ne Saurait êtreassurié sans le dêmemhrement immédiat du diocèse des Trois-Rivières? Comment I Ils proclament que cette institution est richement dotée, amplement pourvue de prêtres et de professeurs, remplie d'élèves ; et la conclusion qu'ils tirent de là, c'est que l'existence de cette maison est en danger et qu'on ne peut la sauver qu'en la soustrayant à la juridiction de i'évêque des Trois-Rivières !
H y a là, évidemment, et pour le moins, une crainte mal fondée. C'est sous le contrôle et la protection des Evêques des Trois-Rivières que le Séminaire de Nicolet est arrivé à ce degré de prospérité, qu'il n'avait jamais vu auparavant : la conclusion logique à tirer de ce fait, constaté par une
Années acad.
Sém.
des Trois-Rivières
Sém.
de Nicolet
peu près
Pour fidèle extrait,
Tél. Laflèche, Prêtre, Prof, au Sém. Trois-Rivières.
expérience de trente années, est que cette institution peut regarder l'avenir avec confiance, qu'elle continuera à s'affermir do plus en plus sous une juridiction qui lui a été aussi salutaire, si ello continue de même à mériter la confiance dont elle a été favorisée jusqu'à présent.
Le Séminaire des T rois-Rivières. — Les pétitionnaires n'ont point osé exprimer dans leur mémoire le véritable motif do leurs démarches extraordinaires auprès du Saint- Siège, pour obtenir la division du diocèse des Trois-Rivières ; mais ils l'ont exprimé dans leurs conversations, et la chose est bien connue dans le diocèse.
Le motif véritable et unique, qui a déterminé ces démarches, est l'existence du Séminaire des Trois-Rivières et particulièrement le . développement qu'il a pris dans ces dernières années. Si l'Evêque eût consenti à supprimer cette institution, comme ils en ont tant de fois exprimé le désir, jamais personne n'aurait pen'sé à diviser le diocèse.
Mais cet établissement, que la force des choses a fait surgir, en 1861, est arrivé aujourd'htii à un degré de prospérité que personne ne pouvait prévoir, et encore moins es'pérer.
Grâce au généreux concours des citoyens des Trois-Rivières et des amis de l'éducation dans le diocèse, la corporation do cette institution a réussi à faire construire, dans ces dernières années, un édifice qui est plus en rapport avec ses besoins, et qui lui garantit de plus grands succès pour l'avenir.
Yo\\k ce qui porte ombrage à ces Messieurs, et ce qui explique pourquoi les prêtres du Séminaire de Nicolet et leurs plus intimes amis, au nombre de 6 ou 7, forment seuls la liste des pétitionnaires!
Ils craignent que si le Séminaire des Trois-Rivières réussit à surmonter les dernièreis difficultés de fondation, comme il y a lieu de l'espérer, cet établissement n'arrive avant
longtemps à ce degré de prospérité et de stabilité que mon Vénérable Prédécesseur et moi, d'accord avec le sentiment des autres Prélats ci-dessus mentionnés, eussions été si heureux d'assurer au Séminaire de Nicolet, en le transférant dans la ville épiscopale.
C'est ce que ces Messieurs voudraient empêcher par le démembrement du diocèse, lequel ôterait à l'Evêque des Trois- Rivières les moyens d'accorder [à ce Séminaire la protection matérielle, qui lui est encore nécessaire.
Tel est l'unique motif de toute cette agitation. C'est ce qu'a constaté Mgr Fabre dans ses Notes, où il dit : « Cette » raison de l'intérêt du Séminaire de Nicolet est le seul motif , » qui pousse les pétitionnaires à demander le démembre- » ment immédiat du diocèse des TroiS-Rivières. » (P. J., 33).
Ai-je besoin de dire qu'en cela ils ont tort? Une expérience de plus de vingt années est venue démontrer qtie detix Séminaires peuvent se soutenir et prospérer dans le diocèse, et je ne vois pas qu'il puisse être raisonnable de recourir à un remède aussi désastreux, potir un mal imaginaire!
L'exemple des autres diocèses démontre également, que plusieurs collèges ou séminaires peuvent se soutenir et prospérer sous la juridiction da même Evêque. Ainsi il y en a deux dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, qui est cependant plus petit que celui des Trois -Ri vi ères ; il y en a trois dans celui de Québec, et six dans celui de Montréal. Toutes ces institutions prospèrent et font le bien; et personne ne pense à démembrer ces diocèses pour protéger ces séminaires les uns contre les autres!