ET KÉPLK^UE DE MGR LAFLÈCHE
Mgr Laflèche ayant entendu de la bouche même du pape, alors glorieusement régnant, que non s^ulemeait il avait le droit, mai's même le devoir de défendre l'intégrité de $on diocèse, s'en retourna à Trois -Rivières pour s'y mettre à la 'iispoisition do Mgr H. Smeulders, Commissaire apostolique, chargé, parmi plusieurs antres, d'une enquête juridique sur l'affaire qui lui tenait si légitimement à cceur.
Dès le 14 novembre, il adressait donc au Commissaire apostolique cette Supplique aussi confiante que respectueUjse :
A Smi Mxc. Dont Htnri Smeulders, Commissaire apostolique, ttu Canada.
Excellence, — Le soussigné, plein de respect pour la haute dignité dont Votre Excellence est revêtue, et rempli de soumission envers l'Autorité suprême qu'Elle représente, prend la liberté de lui exposer ce qui suit :
Que dans le cours de l'hiver dernier, une requête 9, ,é,t,é présentée au Saint-Siège demandant la division du diocèse des Trois-Rivières, et l'érection d'un nouveau diocèse à Nicolet ;
X^ue sur cette requête un décret d'opportunité a été rendu ordonnant aux Evêques de la Province de Québec, de faire un rapport sur les bornes qu'il conviendrait d'assigner aux nouveaux diocèses des Trois-Rivières et de Nicolet : et de
présenter les noms de trois candidats pour le futur Siège épiscopal ;
Que le soussigné, nommé évêque d'Anthédon par ses bulles en date du 22 no\rembre 1866, et coadjuteur de Mgr Thomas Cooke, alors évêque des Trois-Rivières, aVec plein droit de lui succéder en son siège épiscopal, sede plenâ, et étant devenu évêque titulaire des Trois-Rivières à la mort de son Vénérable Prédécesseur arrivé le 30 Avril 1870;
Etant informé pour la première fois de la demande de division de son diocèse par la publication du décret ci-dessus mentionrxé, adressé à Nos Seigneurs les Evêques de la Province, et ayant toujours été opposé et l'étant encore à la dite division de son diocèse pour de bonnes et valables raisons, s'est rendu à Rome au mois de Mai dernier, et que là il a signifié à la Sacrée Congrégation de la Propagande son intention de se défendre contre la dite demande de division de son diocèse et d'obtenir la permission de faire valoir les raisons qu'il a de demander le renvoi de cette demande : permission qui lui a été accordée avec bienveillance par le Souverain Pontife lui-même.
Que pendant qu'il était à Rome, le soussigné a été informé par Son Eminence le Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, que Votre Excellence avait ]été nommée Commissaire Apostolique, pour prendre connaissance de la dite demande et l'instruire sur les lieux mêmes en la Province de Québec;
Que le soussigné a été informé, pendant qu'il était à Rome, que la dite demjande de division de son diocèse reposait sur, entre autres m^oyens, les souffrances de la religion dans son diocèse,
Que le soussigné en conséquence demande aujourd'hui à Votre Excellence : ,
1° Qu'il lui soit donné cbmmtinication de la demande de division de son diocèse, du nom des personnes qui ont fait la dite demande, des moyens invoqués à l'appui de cette
demande avec pièces justificatives, afin qu'il ait l'avantage d'y répondre;
2« Que l'instruction de cette demjand^ se fasse dans Je diocèse des Trois-Rivières d'où la cause origine;
3« Que la preuve des allégations de la dite demande de division du diocèse des Trois-Rivières, comme aussi la preuve des allégations que le soussigné veut faire à rencontre de la dite demande, soit faite contradic toi rement, les pétitionnaires et le soussigné présent ou dûment appelés;
Le soussigné croit devoir ajouter qu'il n'a rien de plus à cœur que de faire connaître toute la vérité, sur cette question, et qu'en conséquence il veut se conforîner pleinement ^ l'esprit de l'Eglise et aux lois ecclésiastiques, qui veulent que les parties soient mliises en présence, Tune de l'autre, devant le tribunal que le Saint-Siège a établi à cette fin, pour y faire valoir leurs assertions et leurs droits.
Le soussigné doit déclarer de plus que, vu les intrigues bien constatées qui ont été jouées et tramées dans l'ombre jusqu'à ce jour et lés faux qu'il a également constatés sur cette question, il is 'oppose d'avance, autant qu'il peut en avoir le droit, à la production de toute preuve, document ou informations, qui aurait le caractère d'information secrète ou privée, pour ce qui regarde la demande de division do ^on diocèse.
C'est pourquoi reboisant la plus grande confiance dans les sentiments de justice et d'impartialité, qui distinguent Votre Excellence, le soussigné a cru, comme il croit, qu'il est de s>on devoir de La prier de vouloir bien faire droit à sa présente demande.
De Votre Excellence, le serviteur dévoué,
/ t L. F., Evêque des Trois-Rivières.
Evèché des Trois-Rivières, ce 14 novembre 1883.
Et voici, deux pièces qui, se passant de signatures tout
mi laissant deviner leur origine, cherchenl h éclairer le i>élé- ■: gué apostolique : ', , |
A Son ExcelUnoe Dont Henri Smeulders, commissmre ap&st0li- 1 que au Canada.
Excellence; en vous transmettait le doc'ument ci-joint, je crois ] devoir déclarer gu© nous ne voulons, en aucune manière» manquer l au respect que doit attendre de nous l'autorité religieuse. Nous j ne parlons ainsi à cœuT ouvert que parce que Votre Excellence | connaîtra difficilement la vérité dans certains diocèses. On craint ! d'être , maltraité si l'on est vu auprès de vous sans avoir été invité \ spécialement à s'y rendre. La presse libérale n'attend évidemment f que le mot d'ordre pour recommencer ses dénonciations. Quant J aux laïques ultramontains de toute la province, les procédés dont 1 ils ont été l'objet ont jeté quelques-uns d'entre eux dans un décou- f ragement tel qu'ils ne feront aucune démarche pour vous faire !v connaître la vérités D'autres laïques sont tellement irrités que j l'on se demande avec terreur jusqu'où la persécution pourrait les pousser!
Votre Excellence a été choisie par la divine Providence pour décider peut-être du sort de la foi catholique dans ce pays; car, comme me le disait dernièrement un homme distingué très en défaveur chez nos adversaires antiultramontains, s'il est vrai que i'Egliso universelle ait la promesse d'une durée éternelle, l'Eglise du Canada n'a pas reçU pareille promesse divine, et nous ne savons ce que l'avenir nous réserve.
Nous prions Di€?u pour que la mission de Votre Excellence tourne^ à la gloire de la Religion et au salut du peuple canadien.
Veuillez agréer. Excellence, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneUr d'être votre très humbre serviteur. Québec, 20 novembre 1883.
Lisons le document joint, annoncé :
A So79 Exe. Dom Henri Sm&ulders, CcmmiMcme apostolique, au Canada.
Excellence, — Lors de la visite au Canada du délégué pontifical feu Mgr Conroy, les cœufs catbolîqiies qu'affligeaient les maux profonds dont souffre notr© société furent
remplis de joie, ^et nous espérioTis que Rome, qxii avait été si étrangement trompée, et qui l'a été depuis plus étrangement encore, connaîtrait enfim la vérité. On espérait que le clergé, 'to^t le elergé, serait appelé à faire connaître nos irjsères ; mMS ^n s'aperçut bientôt que Son Excellence savait une missi'on toute tracée et qu'il était inutile de chercher à réclairer sur nois affaires religieuses et politiccHreligiettses. Les instructions qu'on lui avait données à Rome reposaient sur dej renseignements envoyés d'ici par des personnes peu scrupuleuses qui, dans ^c^s derniers temps, ^wit su s'emparer de la confiance des emp^loyés <ï^ la Propaganide.
La venue ^en ce pays de Mgr Gonroy marqnie une date néfaste dams l'histoire religieuse de la province de Québec. D'un Gêié <m vit le libéralisme et fe radicailkme prétendre que le Délégué apostolique leur avait donné raison; de l'autre côté on vit des ecclésiastiques inau^gurer la persécution re%ieuise ouvei*te «et j^ter le trouble daoïs les consciences.
Ce|>endant Mgr Gonroy avait su rendre Justice sur quelques points, ;au gmnd chagrin de ceux qui imt le malhevir de nota'e pay-s. ïl av^it reconnu les justeis droits de l'école de médecine de Montï-éal; mais ausisitôt qu'il lut parti, on s'empressa de détruire son œuvre, tout en invoquant le nom de Rome!
Il aTadt dé^uragé l'intrigue m-ontée oontre Mgr Laflèche au sujet de la 'division en diocèse des Trois-Rivières, et les mêmes hommes de malheur qui troublent les consciences à Québec et à Montréal, reprirent dans l'ombre c^et^fee tentative qui, si elle réxKS-issait aujourd'hui, et dans les circonstances présentes, serait la -cause d'un véritable scandale public.
Depuis la venue de Mgr Gonroy, les choses ont beaucoup empiré. Nous ne savons qui renseigne la Sacrée Gongrégation de la Propagande, mais ce que nous savons très bien, c'est V^ plasietia?s des documents émanés de cette Congrégation,
depuis quelques années, ont été applaudis par les catholiques libéraux, par les libéraux imï)ies et par ce qu'il y a de plus fanatique parmi les protestants.
C'est un fait bien connu qtie h S. C. de la Propagande, ciomme corps, ne S'est pas occupée des affaires de notre province depuis 1876, et que le Préfet seul de cette Congrégation, aidé de quelques secrétaires, et peut-être de conseils venus d'ici, a tout dirigé. Ce qu.e Votre Excellence ne doit pas non plufe ignorer, c'est qu'on s'est autorisé du nom du Saint-Siège pour souffleter publiquement des évêques et tout le clergé de la province de Québec ; pour lancer des excommunications (qui n'ont pais encore été retirées!) contre des citoyens honorables, des catholiques d'une foi et d'une piété exemplaires ; c'est qu'on a invoqué le nom du Saint-Siège pour soutenir des affirmations évidemment fausses, pour justifier des proQédéfe irréguliers et injustes; en un mot, c'est que l'on a agi de manière à ruiner véritablemenf^cette autorité du Saint-Siège et à la rendre odieuse.
Le clergé pourra, mieux que nous, vous faire connaître les griefs dont on a à se plaindre ici. Il pourra vous dire, si vous l'en invitez, tout le tort causé à la Religion et aux âmes par l'abus que l'on a fait du nom et de l'autorité de Rome.
Chose étrange, on a toujoui^s le nom de Rome à la bouche, et ceux qui veulent commîuniquer avec Rome, parmi les véritables amis de la vérité, sont immédiatement signalés ciommo des révoltés et Kvrés à la vindicte publique!
A l'heure présente, on n'ose approcher de Votre Excellence par crainte de ces sortes de représailles; et si vous nous permettiez de vous donner une liste des personnes, tant ecclésiajstiques que laïques, qui seraient le mieux en mesure de vous faire connaître la vérité, il faudrait, pour faire paraître ces personnes devant vous sans les compromettre, une invitation spéciale de votre part.
Nous connaissons toute l'estime dont Votre Excellence jouit
à Rom^, et la confiance qu'ont en vous et Son Eminence le cardinal Préfet de la Propagande et d'autres cardinaux qui sont loin de partager sa nlanière de voir au sujet des affaires de la province ecclésiastique de Québec. Cette confiance, nous réprouvons nous-mêmes, et la liberté que nous ptenons en ce 'moment vous en offre un sincère témoignage. I
Veuillez agréer l'expression de la profonde vénération avec laquelle Nous avons rhonneur d'être, de Votre Excellence, les très humbles serviteurs.
Québec, 19 novembre 1883.
La réponse de Mgr Smeuldeiis à la Supplique de Mgr Lailècho se faisant attendre, le Chancelier de l'évêché des Trois- FUvières se permit d'insister en ces termes.
A So7i Exe. Dont Henri Smeulders, Co7nm. Apost. au Canada.
Excellence; J'ai l'honneur de votis transmettre en même temps (pie la présente...
Mgr des Trois-Rivières me charge en même temps de faire savoir il Votre Excellence qu'il n'a pas encore reçu la réponse écrite (ue Votre Excellence a bien voulu lui promettre, au sujet d'une enquête juridique à faire dans la question de la division de son diocèse. Pour toutes les raisons déjà énumérées à plusieurs reprises, tant par écrit que verbalement, Mgr des Trois-Rivières croit devoir insister une fois de plus pour que cette réponse écrite lui soit donnée plus tôt, afin que, s'il appert par là que les instructions données à Votre Excellence ne comportent pas l'enquête demandée, Sa Grandeur puisse en informer le Saint-Siège et solliciter de lui ce qu'elle considère comme étant le seul moyen de faire la lumière, sur une foule de menées ténébreuses;, et d'a- ! voir enfin pleine et entière justice.
Sa Grandeur prend la liberté de rappeler d'Une manière précise à Votre Excellence, ce qu'elle demande avec instance : qu'une enquête juridique soit faite dans l'affaire de la direction du diocèse des Trois-Rivières, c'est-à-dire : 1° que totites les pièces relatives à cette affaire, et présentées soit au Saint-Père, soit à Votre Excellence, lui soient communiquées, afin qu'Elle puisse établir la valeur réelle de ces pièces et, au besoin, les réfu-
ter; 2« que les i-ntéressés en cette affaip©, taat. d'un côté que de l'autre, soient interrogés et examinés contra.dictoirement, en présence de Votre Excellence, et non ex parte.
Comptant donc sur l'a promesse que Votre Excellence a bien voulu lui faire, Sa Grandeur attend avec confiance, sous le plus court délai, Une réponse écrit© à sa demande;
Ji'ai l'honneur d'être, etc.
P. X. Cloutier, prêtre chancelier.
Evêché des Trois-Rivières, 10 janvier 1884.
Qu*arrive-t-il ? Contrairement au désir si légitimement, si instamment exprimé par Mgr Laflèche, Son Exe. Dom H, Smeulders, va trouver le messire L. S. Malo, l'interroge», le cuisine, le fatigue pendant troia heures durant et finalement, ayant accablé d'émotion cet oictogénaire troublé par l'excès d'honneur que lui paraissait être cette visite sensa^ tionnelle, il en arrache des réponses évasives qui paraissent indiquer qu'il a peut-être signé la Supplique étrange, portaat son nom! • i '
Si toutes pièces contraires à la cause de Mgr Laflèche étaient soigneusement dissimulées, et n*étaient finalement communiquées,, si elles l'étaient, qu'après des réclamations pressantes et réitérées, Mgr Tasdhereau jouissait^ par contre, d'un traitement de faveur remarquaMe. Il n'igoorait rien des démarches faites, des justifications produites, à peine un document était-it déposé, qfu'îl en avait connaissance et copie.
Il en alla du Mémioire et supplément-, au Mémoire de Mgr Laflèche contre la division de son diocèse comme de teat le reste, et Mgr Taschereau était ainsi mis en mesure de présenter les remarques que voici :
A Son Exe Dom Henri Smeulders, Comm.. Apost. au Canada.. Archevêcliié de Québec^ 31 mars 188,4.
Excellence ; Bans ^ mémoire (jua Mgr Laflèche, EvêqUe des . Trois-Rivières, a présenté l'année dernière à la S. C, de la Propagande contre la division de son diocèse, il y a quelq'ues passa.ges
qui me' concernent personnellement et stir lesquels je demande kl permission de m'expliciuer. Je laisse de côté plusieurs accusations de peu d'importance.
1. (Page 1^ du mémoire et p. 19 des Fièces justificatives). Mgr Lallèchd m'accuse d'avoir encouragé ceux qu'il appelle des insuhordownés parce qu'ils ont demandé la division du diocèse.
Réponse. L'Eglise donne à tout archevêque le poiÀvair et le devoir d'écouter les plaintes qfui lui sont faites contre ses suffragants. Si ee pouvoir ne pe*ut être exercé sans la perKiission ou l'assentiment du suffragant intéressé, autant vaudrait supprimer toutes les- métropoles du monde.
La demande faite en 1875 pour obtenir la division du diocèse contre la volonté de l'Evêque, me parut une affaire si grave et si ea dehors des règles ordinaires que je ne me crus pas autorisé à la soumettre aux Evèques de la Province sans y être en quelque sorte forcé par le Saint-Siège. Je déclarai aux requérants que je leur laissai toute la responsabilité et tous les risques de cette demande : je n'écrivis rien à la Propagande à ce sujet, n» yowlant rien faire sans son ordre.
On pouvait prévoir q'ue cette Sacrée Congrégation ferait Fune de ces deux choses : 1° jeter au panier la requête comme entachée d'un vice radical d'insubordination ou d'empiétement sur les droits de l'Ordinaire ou de l'Episcopat de la Province; ou bien 2«, jugeant à première vue que les raisons alléguées n'étaient pas frivoles ni indignes de considération, demander aux Evoques leur avis.
C'est la seconde hypothèse qui s*est vérifiée. Le Saint-Siège savait parfaitement que l'EvêqUe n'avait pas été consulté et qu'il s'opposerait à la mesure; néanmoins il a donné ordre a^ux requérants de s'adresser a'ux Evêques. Mgr Laflèche reproche à rArchevê(|ue de n'avoir pas étouffé in limîne cette question qu'il prétend eutachée à' insubordination ; ce reproche retombe nécessairement sur la S. C. de la Propagande par l'ordre de laquelle l'affaire a été portée devant les Evêques. Cette autorité suprême sanifie ipso facto ce qu'il pouvait y avoir d'en dehors des règles ordinaires, et justifie les requérants dans leur démarcjie.
2. (Pièces justificatives page 19). Dans sa lettre du 2 janvier 1878 à Mgr Conroy, Mgr Laflèche m'accuse d'avoir encouragé des prêtres insubordonnés.
a) Cette lettre fait •une singulière figure parmi les pièces justificatives, puisqu'elle est de la plume de Mg^ Lâllèçlie et n'a pas.
par conséquent, plus de poids que les assertions mêmes du mémoire qu'elle est appelée à justifier ou appuyer.
b) L'épithète d'insubordonnés ne peut-être appliq^uée avec justice à des prêtres qui ont demandé au Souverain Pontife tune mesure qti'ils croyaient nécessaire à la conservation d'un établissement d'éducation. Nous lisons dans la circulaire 107, 13 avril 1883, ces paroles que Mgr Laflèche a lui-même écrites : « Après » tout, il reste encore aux églises particulières, non moins qu'au » dernier des hommes, si l'on veut en User, le droit de supplique » qui ne Messe ni Vobéissance la plus entière, ni le respect le » pius profond envers l'autorité, dont il est même dans son exer- » cice, le suprême hommage ».
c) S'il est permis d'appeler insubordonnés des prêtres qui, après un premier refus, usent de nouveau du droit de supplique, à plus forte raison faudra-t-il condamner comme insubordonné un évêque qui s'insurge contre un jugement aussi formel que celui du 8 mars 1883 : « SSmus DominUs Noster Léo div. prov. Papa XIII judicans » opportunum tempus advenisse, quo diocesis Trifluviana in duas » dividatur diœceses, quarum una regionem vulgo Nicolst appella- » tam comprehendat, altéra vero territorium q^uod superest, in aU- » dientia diei 18 februarii nuper elapsi, mandavit ut super divi- » sionne ipsa fiât Positio in generalibus comitiis hujus Sacrae » Congregationis de Propaganda Fide ».
« Hinc Amplitudini Tuae committo ut, coUato cum aliis istius » ProvinciaD Episcopis consilio, opportunas informationes circa » modum divisionis ipsius et limites utriqfue assignandos diœcesi » mihi remittat, simulque trium candidatorum nomina, inter quos » novus seligatur autistes ».
d) Mgr Laflèche fait un crime à l'Archevêqtie de n'avoir pas étouffé iîi limine *une question qui a reçu du Souverain Pontife en personne une solution aussi formelle et aussi favorable que possible! La première fois c'était la Propagande qui parlait pour demander des informations; cette fois c'est le Souverain Pontife qui juge et ordonne de prendre les mesures et informations nécessaires pour mettre son jugement à exécution. Dans l'un et l'autre cas l'Archevêque n'a rien vo^lu faire sans en avoir reçu l'ordre du Saint-Siège.
3. (Page 17 du mémoire) Mgr Laflèche appelle un commencement de procédure ce que Son Eminence le Cardinal Préfet appelle en toutes lettres Un jugement prononcé par le Saint-Père en personne « SSmus D. N. Léo dei prov. Papa XIII judicans tempus opportu- » num advenisse, etc. ».
Il accuse l'archevêq^ue d'avoir exagéré la portée de ce jugement en disant que l'érection de Nicolet était Une affaire réglée par le Souverain Pontife. Il suffit de lire avec attention ce document cité plus haut pour se convaincre que l'expression n'est pas trop forte.
4. (Mémoire p. 47) Mgr Laf lèche trouve surprenante la réflexion que fait l'archevêque sur la lettre du Cardinal Siméoni : « Il paraît » par cette Lettre en date du 8 mars, q'ue c'est le Saint-Père qui » a jugé la question proprio motu ». L'explication, sans être infaillible, est la plus naturelle. Le pape a jugé que la division était opportune, il n'y a ni considérant, ni allusion à l'intervention de la Propagande; il y a les marques d'un motu proprio, moins le mot. Il y a ordre de faire une position, c'est-à-dire, un rapport, non pas sur la question de la division, laquelle est jugée, mais sur les moyens de l'accomplir; c'est ce qui résulte clairement de l'ordre donné à l'archevêque de consulter les Evêques sur les limites à tracer et sur le choix des candidats. Ce dernier article surtout est remarquable, car le Saint-Siège n'a pas coutume d'ordonner une liste de candidats pour un diocèse qu'il n'a pas résolu d'ériger.
5, « Pour recourir à une explication aussi surprenante, dit le » Mémoire, p. 47, il fallait évidemment que le Métropolitain ne » connût aucun fait survenu dans le diocèse des Trois-Rivières » depuis 1876 pc^ur expliquer la décision du Saint-Père ».
J'avoue ne point comprendre cette logique et ne pas avoir cette évidence.
J'ai exposé le fait du jugement, tel qu'il me paraissait d'après la teneur de la lettre du Cardinal; mais je ne puis comprendre quelle liaison évidente ou non, il peut y avoir entre un jugement înotu proprio et l'absence ou la réalité de faits survenus dans le diocèse des Trois-Rivières depuis 1876.
Veuillez agréer. Excellence, l'assurance de mon respect.
t E. A. Arch. de Québec.
Et voici la réponse de Mgr Laflèche à ces remarques.
A Son Exe. Dont Henri Smeulders, Commissaire apostolique, au Canada.
Excellence, — Dans une lettre adressée à Votre Excellence, en date du 31 mars dernier, laquelle a été en même temps portée à ma connaissance, Mgr l'Archevêque de Québec « s'ex-
plique » sur « quelques pasisages » du mémoire que j'ai présenté, l'année dernière, à la S. C. de la Propagande contre la division de mon diocèse.
Ces « explications » se résument sous les deux chefs suivants :
1° « Mgr Lafièclie m'accuse d^avoir encouragé ceux qu'il appelle des insubordonnés, parce qu'ils ont demandé la division du diocèse. » )
2o « Mgr Laflèche m accuse^ d'avoir exagéré la portée du jugement du Saint-Père, en disant que l'érectioa du diocèse de Nicolet était une affaire réglée par le Souverain Pontife. »
Je demande à Votre Excellence la permission de répondre à ces « explications » de Mgr rArchevêque, après avoir fait, au préalable, la réflexion que voiici :
Je n'ai nullement mis Mgr l'Archevêque en accusation auprès du Saint-Siège; j'ai seulement fourni à la Cour Romaine des informations jugées nécessaires, en ayant soin d'appuyer mes avancés sur des preuves convenables.
I. « Mgi Laflèche m'accuse d'avoir encouragé ceux qu'il appelle des insulordonnés, parce qu'ils ont demandé la division du diocèse. » /
Fr entier ement : Les pétitionnaires de la division du diocèse sont-ils des insubordonnés?
1° Une première raison pour laquelle, j'ai appelé insubordonnés ceux qui ont demandé la division du. diocèse, de la manière qu'ils l'ont fait, est qu'il m'a semblé juste et convenable d'employer à ce sujet le langage dont s'étaient servis Son Excellence, Mgr Conroy, Mgr Bourget, Mgr Fabre et Mgr Duhamel.
« Les prêtres des diocèses canadiens, dit Mgr Conroy, prennent trop sur eux-mêmes; ils contrôlent trop les Evêques, et on leur donne trop de liberté d'intervenir dans le gouvernement général de l'Eglise. Si les évêques les tenaient plus rigouieusement à leur place, nous n'aurions pas le spectacle di'une poignée de prêtres entreprenant de diviser un dio-
cèse comîïie le vôtre, inconsulto episcopo!... Je suis scatida- Usé ds la liberté avec laquelle ils discutent les actes de leurs EvêquGs, et je crois qu'il y a une grande réforme à faire sur cette matière ». (Extrait d'une lettre du 31 décembre 1877).
« Plus que jamais, écrit Mgr Bourget, je suis opposé au démembiement du diocèse des Trois-RiTières, que l'on voudrait opérer à votre insu, parce que depuis que j'en entends parler, je n'ai pu le considérer que comme une entreprise funeste à la religion et contraire aux sages et louables coutumes observées dans cette province et sanctionnées par le Saint-Siège. :
J'espère que ceux qui se sont mis» à la tête de ce mouvement irrégulier ouvriront les peux et reviendront à leur devoir, c'est ce que je demande avec toute la ferveur dont je suis capable. Ce que je désire par-dessus tout, c'est de voir le Collège de Nicolet qui doit tant aux Evêques, revenir à son esprit primitif dont j'ai été si fort édifié, pendant les trois années que j'ai eu l'avantage d'y travailler à l'enseignement ». (Extrait d'une lettre du 6 mars 1876).
« Que les Messieurs de Nicolet, dit Mgr Fabre, prennent \p parti de reconnaître qu'ils n-ont pas mission pour gouverner VEglise des T rois-Rivières, qu'ils se montrent des prêtres sincèrement dévoués à Vautorité, et le projet de division sera bientôt abandonné ».
« Je sui3 donc d'avis que l'intérêt de la religion aussi bien que Vautorité des Evêques, demande que Ton s'oppotse ^ ce démembrement ». (Extrait des Notes sur le Mémoire do M. Malo, etc.).
« J'étais encore curé à Saint-Eugène, écrit à son tour Mgr Duhamel, lorsque pour la première fois, dans une réunion de quelques confrères, j'entendis parler de l'agitation que faisaient certains prêtres, pour obtenir la formation d'un nouveau diocèse dont la ville épiscopale serait Nicolet. Nous étions étonnés de voir des prêtres oublier 'leur devoir jusqu'à ^chercher à faire de l'agitation au sujet de matière con-
fiées par le Saint-Siège aux seuls Evêqfues de la Province.
J'ai cru devoir dire alors que ces Messieurs se rendaient coupables d'insubordination à l'autorité ecclésiastique, et que leur espèce d'appel à l'opinion publique était un scandale pour les Fidèles.
Mon opinion n'est pas changée. Aujourd'hui encore je crois que la demande de ces Révérends Messieurs doit être rejetée ». (Extrait d'une lettre du 18 avril 1876).
2° Une deuxième raison pour laquelle j'ai appelé c^s prêtres insubordonnés, est que leur démarche était contraire aux coutumes suivies jusque-là et approuvées par le Saint- Siège, lesquelles veulent que ce soient les Evêques qui prennent l'initiative dans la division des diocèses, et que conséquemment cette démarche était injurieuse pour l'autorité.
« Je n'ai pu considérer le projet de division dit Mgr Bourget, que comme une entreprise funeste à la religion et contraire aux sages et louables coutumes observées dans cette province et sanctionnées par le Saint-Siège ». (Lettre citée plus haut).
« Nous étions étonnés, dit Mgr Duhamel, de voir des prêtres oublier leur devoir jusqu'à chercher à faire de l'agitation au sujet de matières co7i fiées par le Saint-Siège aux seuls Evêques de la Province ». (Lettre citée plus haut).
« La demande faite en 1875, dit Mgr l'Archevêque luimême... me parut une affaire si grave et si en dehors des règles ordinaires, etc. » (Lettre du 31 mars 1884).
« Je pense, m'écrivait Mgr Conroy, que V. G. ferait bien d'écrire une bonne et respectueuse lettre au Card. Franchi pour lui exposer ceci : 1° Que votre diocèse est troublé par les agissements de quelques prêtres, qui insistent à le faire diviser malgré vous et contre les règles de la province.
2» Que pour les raisons données dans votre mémoire, vous protestez respectueusement contre une telle conduite, comme étant subversive de l'autorité épiscopale. » (Lettre du 3 février 1878).
« Une telle demande, disait plus tard le Cardinal Siméoni, aurait dû être accompagnée du suffrage des Evêques de la Province. » (Lettre du 6 avril 1878).
Le Saint-Siège lui-même trouva, la démarche des pétitionnaires si irrégulière qu'il les renvoya aux Evêques de la Province. «Le Saint-Siège, dit Mgr l'Archevêque, donna ordre aux requérants de s'adresser aux Evêques. » (Lettre du 31 mars 1884).
Il est étonnant d'entendre Mgr l'Archevêque dire qu'il y a dans cet ordre du Saint-Siège une sanation de la démarche des pétitionnaires. « Cette autorité Suprême, dit-il, sanifie ipso facto ce qu'il pouvait y avoir d'en dehors des règles ordinaires, et justifie les requérants dans leur démarche ». (Lettre du 31 mars 1884).
Ce n'est pas, à coup sûr, sanifier une requête que de la renvoyer à un autre tribunal. Le Saint-Siège constate un vice de procédure dans la démarche des pétitionnaires : ils sont allés là où ils ne devaient pas aller; le Saint-Siège les renvoie à qui de droit. Est-ce là approuver leur conduite ? N'est-ce pas plutôt les blâmer, les corriger, et censurer en même temps implicitement ceux qui les ont poussés dans cette voie fausse?
Mgr l'Archevêque dit que « le Saint-Siège savait parfaitement que l'Evêque n'aVait pas été consulté et qu'il s'opposerait à la mesure ». Qui donc avait ainsi informé le Saint- Siège avant cette première démarche des pétitionnaires? Qui avait dit que l'Evêque des Trois -Rivières s'opposerait à la mesure, lorsque cet Evêque « n'avait pas été consulté », et que conséquemment il n'avait donné aucune réponse à ce sujet ?
3^' Une troisième raison, qui m'a autorisé à taxer ces prêtres d'insubordination est que leur tentative, par la nature même du motif qui l'a déterminé, et par la manière dont ils l'ont effectuée, témoigne d'un manque de respect et d'un espiic d'insoumisision à l'égard de rautorité.
Il suffit de lire les divers mémoires que j'ai été forcp de faiie sur ce sujet, pour se convaincre que, d'un côté, c'est le besoin de faire de l'agitation, de causer du trouble et des misères, qui a été l'âme de ce mouvement, dont les procédés ont, en conséquence, été remplis d'injustices, de fraudes et de superclheries ; que d'un autre côté, les raisons alléguées pour la division du diocèse sont toutes vaines ■ou fausses. Le territoire habitable est d'une incontestable exiguïté; le nombre des paroisses est restreint, surtout en comparaison â© icelui des diocèses voisins; les communicaiionio sont très faciles; les ressources du diocèse sont très modiques ; il reste oncore une dette considérable à payer, après d'énormes sacrifices faits pour échapper à la banqueroute; les populations du Sud seraient écrasées sous des charges inutiles, et cela, après des promesses formelles que je leur ai faites, au nom de mon vénérable prédéc-esseur et en mon nom, qu'elles jouiraient en ipaix de leui^ sacrifices passés; le séminaire diocésain verrait son existence compromise; le clergé du diocèse est l'un des plus unis de la province, et il est presque à l'unanimité opposé au démembrement; enfin la division serait la ruine probable du diocèse.'
Deuxièmement : Mgr rArchevêque a-t-il encourage ces prêtres dans leur démarche irrégulière et dans leur insubordination? :
lo Pour prouver que Sa Grandeur a réellement donné cet encouragement, il me suffit de citer ses propres paroles : « La demande faite en 1875 pour obtenir la division du diocèse, contre la volonté de l'Evêque, dit-elle, me parut une affaire si grave et si en dehors des règles ordinaires que je ne me crus pas autorisé à la soumettre aux Evoques de la Province sans y être en quelque sorte forcé par le Saint- Siège ». Ce qui revient à dire que Sa Grandeur a pris le moyen, en dirigeant les pétitionnaires vers le Saint-Siège, d'être forcée avec les autres Evêques de s'occuper de cette
question. Aussi, m'a-t-elle déclaré verbalement, quelque temps après, que c'était Elle, en effet, qui avait ooiiseillé aux pétitionnaires de s'adresser au Saint-Siège plutôt qu'aux Evoques. Et le motif de cette mesure est donné par M. l'abbé N. Ricard, dans une lettre qu'il m'écrivait, en date du 7 nov. 1876. « M. Marquis, écrivait M. M. Ricaurd, me dit, comme à d'autres prêtres, qu'il allait soumettre son mémoire à V, G. et à tous les Eveques de la Province. Il prépara ce mémoire dans un cercle très restreint d'amis, et a.u lieu de le soumettre à V. G., comme r-exigeaient la loyauté et les convenances, il l'envoya directement à Rome, suivant, disait-il, les conseils qui lui avaient été donnés à Québec, où l'on considérait cela comme le meilleur moyen de réussir ; car, ajoutait-il, si Von soumettait ce mémoir'C à Y. G. et aux Êvêques de la Province, le projet pourrait échouer. » (Lettre du 7 novembre 1876J. .
C'est donc un fait bien établi que c'est Mgr l'Archevêque qui a conseillé aux pétitionnaires de la division, en 1875., de s'adresser au Saint-Siège plutôt qu'aux Evoques de la Piovince; et le motif de ce conseil, c'est que devant les Evoques, c'est-à-dire devant ceux que les coutumes suivies jusque-là avec l'approbation du Saint-Siège établissaient comme juges de ces sortes d'affaires, le projet pouvait échouer.
2° Pour se justifier de cette faute, Mgr l'Archevêque essaie de la rejeter sur la iS. C. de la Propagande. « Mgr Laf lèche, dit-il, reproche à l'Archevêque de n'avoir pas étouffé in limine cette question qu'il prétend entachée d'insubordination; ce reproche retombe nécessairement sur la S. C. de la Propagande, par l'ordre de laquelle l'affaire a été portée devant les Evoques ». En premier lieu, je n'ai pas reproché à Mgr l'Archevêque de n'avoir pas étouffé cette question in limine, mais je lui reproche de n'avoir pas, suivant les coutumes établies et approuvées par le Saint-Siège, déféré tout d'abord cette question aux Evêques de la Province, qui l'auraient certainement mise de côté, ainsi qu'elle méritait de l'être à cause de son irrégularité, et comme, du reste.
ils l'ont fait plus tard après examen; et de l'avoir, au contraire, dirigée vers le Saint-Siège, afin de forcer par là les Evêques à s'en occuper.
En second lieu, la S. C. n'a pas eu à examiner si la question méritait d'être écoutée ou non, mais découvrant prima facie un vice de procédure, elle Ta aussitôt corrigé, et voilà tout co qu'elle a fait.
3« Mgr l'Archevêque cherche encore une excuse à l'encoulagement qu'il a donné aux pétitionnaires de la division, dans « le pouvoir et le devoir qu'il a d'écouter les plaintes qui lui sont faites contre ses suffragants ». Si l'Archevêque a le pouvoir et le devoir d'écouter les plaintes qui lui sont faites contre ises suffragants, il a aussi le devoir en même temps qu'il est assujetti à la convenance d'avertir ces suffragants des plaintes qui sont portées contre eux, et cela avant de donner suite à ces plaintes. Or, dans le cas actuel, Mgr l'Archevêque s'est bien gardé d'avertir l'Evêque des Trois- Rivièies des prétendues plaintes portées contre lui. Au contraire, c'est à l'insu de celui-ci que tout s'est passé, et, au lieu de recevoir de son Métropolitain la protection à laquelle il avait droit, l'Evêque des Trois-Rivières a eu la douleur d'avoir à soutenir dans cette affaire une guerre déloyale et injuste faite sous le manteau de son Métropolitain.
Mgr l'Archevêque découvre ici un vice fondamental de la pétition. Si ce sont des plaintes que les pétitionnaires formulaient contre leur évêqiie, comment pouvaient-ils en conclure à la division du diocèse? et comment l'Archevêque pouvait-il appuyer cette conclusion? On ne fait pas les diocèses pour ou contre les Evêques, mais on fait les évêques pour les diocèses. Si l'Evêque des Trois-Rivières était accusé, il fallait d'abord lui faire connaître ces accusations, puis en examiner la valeur, et conclure à la répression de ses torts, mais non à la division du diocèse, qui est tout à fait étrangère au mérite ou au démérite de son Titulaire. Mgr l'Archevêque ne pouvait ignorer ces notions si simples.
4° Mgr l'Arclievêque dit que la demande de division, telle que faite, lui a paru une affaire très grave. Si Sa Grandeur avait daigné en parler au Titulaire, comme c'était son devoir de le faire, Elle aurait eu ^ne autre idée de la gra-vité de cette question, qui n'était qu'une affaire d'intrigues et de malveillance. Et comment Sa Grandeur a-t-elle pu former sûrement son opinion sur cette question, qui intéressait tout un diocèse, sans en conférer avec l'évêque gardien de ce diocèse et le premier juge de ses besoins? Etait-il sage et convenable de sa part de ne pais discuter cette question dans l'assemblée des évêques avant d'agir, et de la soutenir ainsi en secret? Je laisse le vénérable Archevêque de Martianapolis répondre à cette demande. « Quant au démembrement du diocèse des Trois-Rivières, écrivait-il en 1876, je regrette que Mgr l'Archevêque n'ait pas exposé dans l'assemblée les raisons qu'il va exposer privément à Rome en faveur du démembrement projeté. Ces raisons auraient été discutées, et elles seraient ainsi entrées dans le rapport de rassemblée des Evêques. Dans ce cas, le Saint-Siège aurait mieux connu les diverses opinions avec les raisons pour et contre. Pour mia part, je ne suis pas pour ceux qui parlent seuls et sans contradicteurs ». (Lettre du 4 avril 1876).
50 Mgr rArchevêque trouve que ma lettre du 2 janvier 1878 à Mgr Conroy fait une singulière figure parmi les pièces justificatives de mon Mémoire. Si cette pièce justificative avait le but qu'il plaît à Sa Grandeur de lui assigner, je conviens qu'elle ferait une singulière figure; mais que Sa Grandeur veuille bien le remarquer, cette lettre a pour but, non de justifier ou d'appuyer les assertions de mon mémoire, à savoir que Mgr l'Archevêque avait encouragé les pétitionnaires dans leur démarche irrégulière, mais bien de constater ce fait, l'appréciation qui en a été faite dès 1878, et les plaintes qu'il a occasionnées dès cette époque. A ce point de vue, qui est le iseul vrai, la lettre paraît avantageusement, je crois.
6» Mgr l'Archevêque dit de plus que les pétitionnaires de la division croyaient leur demande nécessaire à la conservation d'un établissement d'éducation. En outre qu'il y a là imo plainte contre mon administration, à laquelle l'Archevêque ne pouvait en justioe donner suite sans m'en faire part, ainsi que je l'ai dit plus haut, c'est, il me semble, faire peu d'honneur, à rintelligence des requérants, que de leur reconnaître la croyance qu'un diocèse doit être formé pour une maison d'éducation. Ces prêtres doivent savoir plutôt que ce sont les maisons d'éducation qui existent pour les diocèses, et non les diocèses pour les maisons d'éducation.
70 Enfin, Mgr F Archevêque rétorque contre moi l'argument d'insubordination, en disant que je « m'insurge contre le jugement du 8 mars 1883 ». La valeur de cette accusation se déduira de l'interprétation qu'il faut donner au décret susdit. C'est œ 'qu'il convient d'examiner maintenant.
IL « Mgr Laflèche m'accuse d'avoir exagéré la portée du jugement du Saint-Père, en disant que l'érection du diocèse de Wicolet était une affaire réglée par le Souverain Pontife ».
1° La portée que Mgr l'Archevêque donne au décret du 18 février 1883, communiqué par le Cardinal Préfet de la Propagande le 8 mars de la même année, se trouve clairement établie par les deux documents suivants :
A Sa Grandeur Mgr L. F. Laflèche, Evêque des Trois-Bivières. Monseigneur, Avec la présente je transmets à V. G. une lettre du Cardinal Préfet de la S. C. de la Propagande, en date du 8 courant, relative à l'érection d'un évêché à Nicolet. D'après les termes mêmes de la lettre, nous n'avons que deux questions à traiter, savoir quelles limites il convient de donner à c© nouveau diocèse dont le Saint-Père a jugé l'érection opportune, et les noms des candidats à proposer.
Veuillez agréer, etc.,
t E. A. Arch. de Québec.
Québec, 9 avril 1883.
lf< l'Editeur de la « Vérité ».
M. TEditeur, Pour mettre fin à bien des rumeurs contradictoires au sujet du futur diocèse de Nicolet, Monseigneur l'Archevêque me charge de vous faire les communacations suivantes; ■ 1" L'érection de ce diocèse est une affaire réglée par le Souverain Pontife.
2" Nos Seigneurs les évêq'ues de la piovince sont chargés, avec Monseigneur l'Archevêque, de proposer au Saint-Siège les limites qu'il convient d'y donner et les noms de trois candidats. Sur ce dernier point en particulier, vous êtes prié de ne reproduire aucune rumeur. J'ai l'honneur d'être, etc.,