‹ Voix canadiennes: Vers l'abîmeChapitre 73 sur 83 · L. S. Malo, Ptre · texte numérisé non relu

L. S. Malo, Ptre

Archevêché de Québec, 12 décembre 1883.

Ainsi cette Supplique, qui a amené le triste résultat que l'on connaît, n'est rien autre cbose que l'acte- d'un faussaire, c'est-à-dire un acte que les lois humaines punissent des peines les plus sévères, et que Dieu a puni de la peine de mort dans un cas visiblement moins grave, celui d'Ananie et de Saphire, comme il est rapporté aux Actes des Apôtres; et c'est auprès du Saint-Siège lui-même que cet acte auda^ eieux a été produit.

Non seulement M. S. Malo n'a pas signé cette supplique, piésentée l'hiver dernier au Préfet de la Propagande, mai'S même il est aujourd'hui d'un sentiment tout contraire à ce qu'elle contient; et, dans sa lettre du 18 avril dernier, il tréfute même d'une manière somhiaire les allégués de cette [pétition. (Nous avons donné cette lettre à la fin du chapitre :

luvre de faussaires).

La seule signature apposée au bas de la Supplique en'question, étant ainsi démiontrée fau^sse et faisiant djre au Vénérable Doyen du clergé du diocèse absolument tout le contraire de ce qu'il pense, je pourrais m'en tenir là et mettre tout simplement de côt^ cette pièce, qui, ne constitue plus qu'une indigne supercherie. La réfutation s'en trouve faite par là même.

Cependant, comme cette pièce, qm; A'est qu'un, tissu de

mensonges et de calomnies, a été audacieusement présentée au Saint-Siège, et qu'elle est aujourd'hui entre les mains de Son Excellence, le Commissaire Apostolique, chargé de régler la question de la division du diocèse, je crois qu'il est bon d'en faire une réfutation succincte, afin que la fausse impression qu'elle a pu produire soit par là combattue et détruite.

IL La première partie de cette Supplique est précédée de cet avis, qu'en 1875 le Saint-Siège, tout en reconnaissant la haute valeur des radisons apportées par les pétitionnaires d'alors en faveur de la demande de division, a cru devoir suspendre pour un temps V exécution du projet soumis à sa considération. Or le fait est que le Saint-Siège n'a pas dit qu'il suspendait pour un temps l'e'xécution du projet, qui lui était soumiis, mais il a tout simplement référé la question aux Evêques de la province. L'Archevêque de Québec en donne la preuve dans la lettre isuirante, où il dit que le Cardinal Franchi avait enjoint aux pétitionnaires de s'adresser aux Evêques, pour qu'ils envoyassent leur opinion à la Propagande : s

Mgr L. F. Lafièche, Êvêqiie des Trais-Rivières.

Monseigneur, En réponse à la lettre de V. G. datée d'hier, le 23 mars 1876 la question de la division du diocèse des Trois- Rivières a été amenée devant les Evêques assemblés à Québec, sur la demande des signataires de la requête, à qui le Cardinal Franchi avait enjoint de s'adresser à eux pour qu'ils envoyassent leur opinion à la Propagande.

Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon dévouement.

t E. A. Archev. de Québec.

Au reste, cette suspension pour un temps de Vexécution du projet de division eût-elle été réelle, qu'elle serait tombée en 1878, c'est-à-dire bien avant le 6 août 1881, devant la léponse du Cardinal Siméoni que voici :

Illustrissime et Révérendissime Seigneur, J'ai reçu les lettres do Votre Grandeur et les observations transmises au sujet de la demande faite par quelques membres de son clergé pour la création d'un nouveau diocèse à Nicolet. Une telle demande aurait dû être accompagnée devant la Congrégation du suffrage des Evêques de la Province; et comme ce suffrage ou cette recommandation n'existe pas, que les choses restent comme elles sont.

Rome, de la Propagande, 6 avril 1878.

J. Card. SiMÉONi, Préf.

Cett€ première partie de la Supplique ne fait ensuite que rappeler en abrégé les raisons données en 1875. Comme toutes ces raisons ont été amplement réfutées dans la seconde partie do mon Mémoire, page 25 et suivantes, je ne relèverai que les deux allégations suivantes :

1° La note, n^ 2, dit que dans un mémoire adressé à la S. Congrégation de la Propagande, en 1870, concernant le transfert du Séminaire de Nicolet dans la ville de Trois- Rivières, j'ai donné comme raison à l'appui de mes prétentions la difficulté que présente « un fleuve d'environ deux milles de largeur, quelquefois impossible à traverser en hiver, à cause des glaces, dont il est couvert ». En effet, j'ai donné cette raison et j'en miaintiens la justesse, car il s'agissait dans ce cas des rapports de l'Evoque diocésain avec soii Grand Séminaire. Il n'y a pas de parité entre ce cas et celui des diocésains communiquant avec leur évêque. Les rapports de l 'Evoque avec les ecclésiastiques doivent être nécessairement très fréquents pour leur bien, tandis que les diocésains n'ont à se rendre auprès de leur Evêque que rarement et le plus grand nombre jamais personnellement.

2° Le no 8 parlant du grand et rapide accroissement que devront donner à la partie nord du diocèse des Trois-Rivières la construction du chemin de fer de la Rive Nord du Saint- Laurent, et celle du chemin de fer des Piles, dit que ice dernier chemin s'avance jusqu'à quarante milles dans la forêt. Ce renseignement est erroné, car le chemin de fer

des Piles ne oompt© que 27 milles depuis sa jonction ,avec le chemin de la Rive Nord jusqu'à son extrémité, et, avant de s'enfoncer dams la forêt, il traverse les paroisses du Cap de la Magdeleine et de Saint-Maurice.

III. La seconde partie de la Supplique fait l'exposé des raisons nouvelles que l'on prétend être sui'venues depuis 1875, en faveur du projet de division.

Cet exposé dénote visiblement de la mauvaise foi.

La première raison alléguée est « le développement que prend chaque année le diocèse des Trois -Rivières. »i

On peut voir ce qui en est réellement de ce développement à la page 29 et 30 de 'mon Mémoire, où il est démontré que le nombre des paroisses ayant leur curé est aujourd'hui même de 75 selilement. Au reste, qu'est-ce que cela peut prouver en faVeur de la division du diocèse des Trois-Rivières, lorsque ceux de Québec et de Montréal ont respectivement 148 et 154 paroisses ? Et le même argument s'applique avec la même force à ce qui regarde le nomhre des couvents et des écoles de Frèrels 'mentionnés dans la Supplique.

La seconde et la troisième raisons sont la construction des chemins de fer de la Rive Nord et des Piles.

On fait à ce sujet de longues et nombreuses citations de journaux et de brochures, tendant à prouver que la construction de ces deux voies ferrées assure un avenir des plus prospères à la partie nord du diocèse des Trois-Rivières. Malheureusement, ces citations ne contiennent que des hypothèses et des suppositions, qui sont peut-être propres à jeter de la poudre aux yeux, et à induire en erreur des personnes demeurant à 1800 lieues d'ici, mais qui ne sauraient être d'aucune valeur auprès de ceux qui sont s'al* les lieux. Ici encore, si l'argument pouvait permettre de conclure à la division du diocèse dos Trois-Rivières, ne ferait-il pas conclure bien plus fortement à la division des diocèses de Montréal et de Québec, qui bénéficient beaucoup plus de ces deux voies

ferrées, dont la principale aboutit aux villes mêmes de Québec et de Montréal?

L'auteur cite particulièrement de longs extraits de documents, cioncernant le territoire du Saint-Maurice.

A la page 26 et suivantes de mon Mémoire, j'ai déjà traité catégoriquement cette question de l'avenir de la vallée du Saint-Maurice et de toute la partie nord du diocèse des Ïrois-Rivières, et la conclusion logique de mon exposé a été qu'il s'écoulera encore bien des années avant que l'on puisse ériger une seule paroisse convenable dans la région appelée inhabitable, et dix dans la région habitable, dont la plus grande partie se trouve au sud du fleuVe.

Voici, du reste, s'il est encore besoin, d'autres témoignages à ce sujet, deux lettres officielles, propres à faire disparaître tout îdoute :

Département de F Agriculture et des Travaux publics. — Québec, 21 novembre 1883.

E-ugène E. Taché, Ecr. Asst. Commissaire des Terres de la Couronne, Québec.

Monsieur, Comme vous avez fait vous-même la carte géographique de toute la Province de Québec, et que vous connaissez, de visu ou par les rapports des arpenteurs et explorateurs du Gouvernement, les ressources de chacune des parties de son territoire, voudriez-voUs me dire si la qualité du sol de la région du Saint- Maurice est telle que l'on puisse compter sur un grand développement de la colonisation dans cette direction?

J'ai l'honneur d'être Monsieur, votre obéis, serviteur,

(Signé) : Ernest Gagnon, Secret.

Dépt. des Terres de la Couronne, Québec, 19 déc. 1883. Vraie copie,

E. E. Taché, Asst. Commissaire.

Département des Terres de la Couronne. — Québec, 28 novembre, 1883.

Monsieur, J'accuse réception de votre lettre du 21 du présent, par laquelle vous me demandez de vous dire si, d'après les données officielles que possède le Département des Terres de la Cou-

ronne, la région du Saint-Maurice peut offrir pour l'avenir, un grand champ au développement de la Colonisation.

En réponse je dois vous informer que, d'après les nombreux renseignements déposés à ce bureau, la partie non encore habitée du territoire connu sous le nom de la Vallée du Saint-Maurice, est en général impropre à la culture. Ce pays étant entrecoupé en tous sens par des montagnes, des savanes, des lacs, des rivières et des ruisseaux innombrables, n'offre presque sur aucun point, des étendues de terrains, où l'on puisse grouper des établissements agricoles d'importance tant soit peu notable. Le long des rivières, sur des lisières étroites de sol d'alluvion, petit à petit, les colons pourront s'échelonner vers l'intérieur du pays; mais les huit dixièmes de cette contrée devront nécessairement rester en forêt.

Aussi est-il probable que sous peu, la très grande parlie de cette région sera comprise dans une réseiVe forestière, dont je Vous indiqtie les limites générales, sur la Carte de la Province que vous trouverez ci-jointe.

J'ai l'honneur d'être. Monsieur, etc.

E. E. Taché, Asst. Commissaire T. C.

Dépt. des Tefres de la Couronne, Québec, 19 décembre 1883.

Vraie copie.

E. E. Taché, Asst. Commissaire.

L'auteur de la pétition fait ici une remarq;ue. « Mgr Laflèche, dit-il, reçoit annuellement de la société de la Propagation de la Foi de rArchidiocèse de Québec une somme d'argent assez importante, pour les missions du territoire du Saint-Maurice. Il y a donc dans ce territoire des missions à faire, des âmes à sauver. Ce territoire est donc colonisable et important ». i

Cette conclusion est fausse. Les âm'es qii'il y a h sauver dans le territoire du Saint-Maurice sont presqfue en totalité celles des hommes employés pendant l'hiver à la coupe du bois, lesquels hommes ne sont pas fixés dans ces endroits. Ces terres à bois se trouvaient partie dans le diocèse de Québec, partie danis le diocèse des Trois-Rivières ; Voilà pourquoi le diocèse de Québec contribuait pour une

part au soutien de ces missioris, faites par un prêtre du diocèse des Tr ois-Rivières. Aujourd'hui, la plus grande partie de ce territoire est passée au Vicariat apostolique de Pontiac.

La quatrième raison est que la dette épiscopale des Trois- Rivières n'est plus qu'une dette appareille et non réelle.

Cependant, la vérité est, comme je l'ai déjà dTémontré dans mon Mémoire, page 33 et suivantes, et par les certificats deu deux Procureurs, n^ 32 des P. J., que cette dette apparente et non réelle est réellement encore de $ 40.000 (200.000 frs).

En cinquième lieu, on affirme que la cathédrale est terminée, en donnant pour preuve que la tour a ét^ complétée en 1881. Pourquoi n'a-t-on pas tenu compte dés travaux! qui restent à exécuter à l'intérieur de cette église pour la mettre convenable, lesquels travaux s'élèveront au coût de $12.000 à $ 15.000 au moins, (60.000 à 75.000 frs)? Au surplus, qu'est-ce que cela prouve en faVeur de la division du diocèse?

En sixième lieu, on constate que l'Evêque des Trois-Rivières est maintenant logé.

C'est vrai; mais n'était-il pas convenable que le diocèse des Trois -Rivières, que l'on prétend être si riche, donnât un logement à son Evêque, après 30 années d'existence, et qu'il fît cesser l'état de souffrance dans lequel se trouvait depuis si longtemps l'administration diocésaine, par suite du défaut de logement?

Mais qu'est-ce que cela prouve en faveur de la division du diocèse? (

En septième lieu, on mentionne l'état prospère de l'Association de Saint-François de Salés, et l'on se plaint de ce que le Séminaire des Trois -Rivières tire du diocèse un faible revenu annuel par cette Association, le Séminaire de Nicolet, insinue-t-on, ayant droit à une part de ce revenu.

Cette prospérité de rAissociation de Saint-François de Sales,

qui est une œuvre diocésaine, est une forte preuve que le diocèse est bien uni, et que les œuvres communes ne souffrent nullement de cette prétendue division du clergé, que Ton a mise de l'avant.

Quant h ce qui en est de l'application du revenu de cette association, il faut remarquer qu'il y a dans le diocèse deux Petits Séminaires eu Collèges, et qu'il n'y a qu'un seul Grand Séminaire, auquel tout le diocèse est intéressé, parce qu'il en bénéficie tout entier. Or, c'est à ce Grand Séminaire, avec l'autorisation du Saint-Père lui-même, que sont affectés les revenus de l'Association de Saint-François de' Sales.

Mais qu'est-ce que cela prouve donc en faVeur de la division du diocèse?

Les nos 8 et 9 tendent à prouver le bel avenir de Nicolet, qui est à peu près aussi solidement appuyé que celui des Trois -Rivières.

La paroisse de Nicolet a réussi, en effet, à se construire une église convenable, comme beaucoup d'autres paroisses; elle a réussi à relever son clocher, et à réparer les dommages extérieurs que son église a subis ; la décoration intérieure de cette église est encore tout à faire, c'est vrai.

Mais, en vérité, qu'eist-ce que cela prouve en faveur de la division du diocèse ?

Quant au creusement de la rivière Nicolet et à la construction du havre de refuge, on ne s'attendait guère de les voir apparaître en cette affaire.

Le n« 10 constate que l'Evêque des Trois-Rivières a rappelé le dixième du clergé ; ce qui va malheureusement contre la cause soutenue par la pétition, puisque le revenu annuel de l'EvêcM se trouVe par là diminué de 1.500 à 2.000 francs environ.

Cela prouve également la bienveillance de l'Evêque des Trois-Rivières pour son clergé, puisqu'il pouvait légitimeirent continuer d'exiger ce dixième jusqu'à l'extinction complète de sa dette.

Ce n'^ allègue de plus que la Corporation épiscopale s'est convertie en banque, et que, conséquemment, elle n'est plus admise à plaider pauvreté.

Il serait difficile de trouver plus de malveillance et de mauvaise foi. La corporation épiscopale, pour diminuer plus efficacement sets dettes, reçoit des dépôts d'argent sur lesquels elle paie 4 o/o comme les banques ; ce qui lui permet de remettre des sommes empruntées à 6 o/o ; et c'est là être asse^: bien assise pour se convertir en banque!

Voilà donc à quoi se réduisent ces prétendues nouvelles raisons de diviser le diocèse des Trois-RiVières. En les analysant, on y trouve quoi? de la malveillance, de la mauvaise foi, et les avancés les plus erronés; et l'on est forcé de se demander, après tout, qu'est-ce que chacune de ces raisons prises séparément, et qu'est-ce que toutes ces raisons piiscB collectivement prouyent en faveur de la division du diocèse ?

Au contraire, et à l'encontre des prévisions du pétitionnaire, il ressort de là un très fort argument contre la thèse, qui fait l'objet de la Supplique. En effet, toutes ces prétendues raisons, qui ne sont en réalité que des prétextes, présentées comme elles le sont d'une manière propre à induire en erreur des personnes entièrement étrangères à notre pays et surtout à notre diocèse, font bien voir qu'il n'y a réellement aucune raison solide et véritable pour appuyer la demande de division du diocèse. Recourir à des arguments, qui ne reposent que sur l'exagération, l'erreur et la malveillance, pour faire prévaloir une cause, c'est prouver que la cause ne peut se soutenir par des arguments sérieux let valables.

Ce que je dis de cette 'seconde partie de la Supplique, je le dis avec encore plus de raison de la troisième, sur laquelle je vais jeter un coup d'œil maintenant, et qui n'est qu'un long réquisitoire contre l'Evêque des Trois-Rivières. Dans la supposition même où toute cette série d'accusations, que

l'auteur y étale à plaisir, serait fondée, la conclusion à lirer de là ne serait pas qu'il faut diviser le diocèse, mais bien déposer l'Evêque.

On sera sans doute surpris aussi de voir que le clergé lui-même n'est pas ménagé dans ces accusations : c'est peutêtre parce qu'il a résisté à toutes les sollicitations, qui lui ont été faites, d'entrer dans le mouvement favorable à la division.

IV. Dans cette troisième partie et dans le reste de la Supplique, l'auteur entreprend de faire voir quil est urgent d'ériger le diocèse de Nicoletj et il appuie cette urge7ice sur la série d'insinuations injurieuses et de calomnies à mon adresse, que voici :

1° Faire des nominations intéressées et nuisibles au bien de la religion;

2<^ Menacer de foudres ceux de mes prêtres, qui ne partagent pas mon opinion sur des questions libres;

3» Avoir voulu préparer les voies à V enterrement civil : 4° Détruire des paroisses dans un but intéressé; b^ Empêcher la colonisation des terres incultes; 6^ Favoriser le fléau de l'émigration; 70 Scandaliser les populations ; 8° Manquer aux promesses données; 9° Faire maudire le peuple en le trompant indignement; 10» Dépouiller ce peuple do ses droits acquis et par des moyens iniques; ;

11° Nuire au développement des communautés religieuses; 12o Bouleverser les institutions;

130 Faijne périr des religieuses, en faisant de leur maison un vrai tombeau;

140 Préparer des conflits inévitables entre le gouvernement civil et le pouvoir religieux;

15° Détourner les aumônds des fidèles de leur juste destination; ' ' ■ 16° M'immiscer dans le commerce des Banques;

17o Exposer la Corporation Episcopale à la banqueroute, et le diocèse à la rançon;

18° Faire marchié de ma signature episcopale au sujet de documents intéressant à un haut point le bien de la religion;

19'^ Manquer de soumission an Saint-Siège, dans la personne de son Délégué;

20° Exercer une pression immorale et de mauvais traitements contre mes prêtres.

Comme je l'ai dit plus haut, je ne suis pas le seul qui soit calomnié dans cette partie de la Supplique. Mon clergé, et Mgr Conroy, Délégué Apostolique, le sont aussi. Mes prêtres sont accuisés : '■

1° De manquer de confiance les uns dans les autres;

2° D'agir contre leur conscience pOnr se ménager un avenir;

3^ De manquer aux promesses données;

4° De faire maudire le peuple, en le trompant indignetmient;

50 De dépouiller le peuple de ses droits acquis et par des moyens iniques;

Mgr Conroy, Délégué Apostolique, est accusé :

1° D'avoir fait mâ,rc[hé des intérêts de la religion;

2° D'avoir sacrifié le diocèse de Nicolet à pure perte ;

30 D'avoir été la dupe des faits et gestes de Mgr Laf lèche;

4° D'avoir été cause que les promoteurs de la division du diocèse ont eu beaucoup à souffrir.

En présence de si odieuses calomnies, débitées avec tant d'audace et d'hypocrisie, je dois, à Texemple du Divin Maître, garder le silence. — Jésus autem tacebat — laissant à Dieu le soin de faire jaillir le bien du mal, et de faire briller toute la vérité quand il le jugera utile à sa gloire. Je prie cependant le Seigneur dans son in&nie bonté, de ne pas mettre à exécution contre mon détracteur les menaces contenues dans le Pontifical Romain contre les détracteurs des évêques.

Je prie aussi moa clergé de ne pas voir d'un trop mauvais œil qu'il soit rangé parmi les coupables, en compagnie de son évêque, et je lui rends dans toute la sincérité de mon âme le témoignage qu'il est innocent de ce dont on l'accuse.

Je lave aussi la mémoire de Mgr Conroy, Délégué Apostolique, de toutes leis indigniités, dont elle est ici l'objet.

Je dois aussi exprimer un regret : c'est que celui qui s'est fait ainsi l'accusateur de son père n'ait pas été aussi logique qu'il a été injuste. En me chargeant d'autant de crimes, il devait, je le répète, demander au Saint-Siège, non pas la division de mon diocèse, mais bien ma déposition. Par là, il aurait évité une nouvelle et grande injustice à l'égard du diocèse, qui lui a donné longtemps la vie et le soutien, et il aurait pu paraître du moins avoir encore quelque souci du bien des âmes et des intérêts de la religion.

V. Dans la conclusion de sa pétition, l'auteur réfère au rapport de l'assemblée des Evêques du 23 mars 1876; j'y réfère moi-même. Ce rapport se trouve au n^ 10 des pièces justificativeis de mon Mémoire. On y verra que la majorité des évêques s'est prononcée contre le projet de division; il n'y a même que l'Archevêque de Québec qui se soit prononcé absolument pour la possibilité et l'opportunité d'ériger un diocèse à Nicolet.

Mgr de Chicoutimi, dont il est aussi fait mention, ne me dit pas, dans la lettre qu'il m'a écrite à ce sujet le 22 avril dernier, s'il est pour ou contre la division, mais il me fait connaître la part qu'il a prise à cette affaire l'hiver dernier pendant son séjour à Rome (P. J. du Mém. n^ 21).

En terminant, l'auteur donne une nouvelle preuve du faux qu'il a commis et de la supercherie dont il s'est rendu coupable, en demandant avec instance que sa demande reste secrète. Dans la crainte qu'il a que sa conduite indigne ne soit découverte, il répète, en les grossissant encore, les calomnies qu'il a énoncées plus haut, et il va même jusqu'à demander que la question soit ajournée à des temps meil-

leurs si le nom du pétitionnaire doit être connu. Omnis enirrir qui maie agit, odit lucem, et non venit ad lucem, ut non arguantur opéra ejus. (Jean, 3-20).

Le tout humblement soumis à gui de drî>it.

t L. F., Ev. des Trois-Rivières.

Les Trois-Rivières, 20 décembre 1883.

Le 28 novembre, dans une circulaire à son clergé, Mgr Laf lèche, annonçait ce qui suit : '

Bien-aimés coopératetirs, dans l'audience (Jue Mgr le Commissaire Apostolique au Canada a bien voulu m'accorder, le 30 octobre dernier, Son Excellence m'a fait connaître gu'EUe viendrait aux Trois-Rivières, lorsqu'elle sera prête à faire enquête sur ce qui concerne îa question de la division du Diocèse. Son Excellence n'a pu cependant déterminer l'époque préciste à laq'uelle cette en- ({Uête aura lieu, vu que ^plusieurs autres affaires doivent être traités auparavant. Je vous exhorte à attendre avec calme et confiance la solution définitive de cette question, qui intéresse à un si haut point l'avenir du diocèse. Je puis bien répéter ici, pour calmer toute inqiiiéiude de votre paît, les paroles bienveillantes que le Saint-Père lui-même a daigné m'adresser pendant mon séjour à Rome, lorsqu'il me rappelait qu'un seul et unique motif dirige le Saint-Siège dans la division des diocèses, celui du bien des âmes et de l'intérêt de la Religion. Ces paroles paternelles, jointes à la profonde sagesse de l'illustre Représentant du Saint- Siège au milieu de nous, ne nous donnent-elles pas la garantie que la lumière la plus complète sera jetée sur les faits qui se rattachent à cette question; et que la vérité, une fois connue en tout ce qui concerne cette affaire, tout sera réglé pour le plus grand bien de la religion?

Néanmoins, afin de faciliter ce résultat que nous désirons tous si profondément, vous devrez joindre au témoignage déjà si péremptoire que vous avez rendu le printemps dernier, toutes les informations que vous croirez utiles à la cause du bien, de la vérité et de la justice, et vous adresser pour cela en toute confiance et liberté à Mgr le Commissaire Apostolique. Préparez donc avec calme, dans vos moments de loisir, les renseignements qu'il vous paraîtrait à propos de donner sur cette grave question; pesez-les en conscience; et, en les faisant ensuite connaître à celui qui est au

milieu de nous ce représentant de l'autorité suprême, vous accomplirez votre devoir et vous contribuerez pour votre part à procurer le bien et la justice. Conbnuez aussi de prier Dieu avec ferveur pour qu'il répande ses grâces les plus abondantes sur cette importante affaire, jusqli'à ce qu'elle soit terminée.

Evêché des Trois-Rivières, ce 22 décembre 1883.

Vient ensuite la lettre ci-après de Mgr Laflèche, au même Commissaire apostolique :

A Son Excellence Mgr le Comm. Apost, au Canada,

•Excellence; J'ai l'honneur de vous envoyer avec la présente les documents suivants : !<> Supplique du 6 août 1881, en faveur de la division du diocèse, suivie d'un « Supplément au Mémoire contre la division, en date du 30 juin »; 2» Circulaire au Clergé; 3» Lettre renouvelant la Supplique du 14 Novembre dernier, et donnant les considérants de cette Supplique.

Je prie aussi Votre Excellence de vouloir bien me dire, dans sa réponse, si le Mémoire contre la division que j'ai eu l'honneur de Lui adresser avant mon départ de Rome, lui est parvenu; sinon, je me ferai un devoir de Lui en passer un autre exemplaire.

Je demeure avec la plus haute considération, de Votre Excellence, le tout dévoué serviteur,

t L. F. Ev. DES Trois-Rivières.

Il y eut lieu d'insister :

A Son Exe. Dom Henri Smeulders, Commissaire apostolique au Canada.

Excellence, — Le 14 novembre dernier, j'ai eu l'honneur de vous faire présenter une supplique Vous priant de définir le mode d'instruction, qui serait suivi dans la question de la division de mon diocèse.

En attendant la décision qu'il plaira à Votre Excellence de donner à cette supplique, il n'est peut-être pas tout à fait inutile que j'expose plus amplement les raisons qui m'ont porté à en agir ainsi.

Comme Votre Excellence ne l'ignore pas, toute la procédure adoptée par le Saint-Siège à mon sujet est une des

plus extraordinaires que l'on connaisse, si elle n'est pas sans précédent dans les annales ecclésiastiques. Il est inouï que l'on ait jamais procédé à la division d'un diocèse, hors la connaissance du Titulaire, et sans une demande régulière de la part des intéressés. C'est ce que j'ai constaté dans mon récent voyage à Rome, par de nombreuses consultationr^ et par les plus amples recherches.

Je ne fais pas cette remarque dans le but de jeter du blâme sur qui que ce soit, mais c'est un fait qu'il est nécessaire de constater pour faire connaître à Votre Excellence combien est extraordinaire la cause dont elle est saisie, et combien il importe pour l'honneur même de l'Eglise que la sagesse du Saint-Siège ne soit pas mise en défaut.

Si je n'avais pas été persuadé, et si je ne Tétais pas encore plus que jamais, que les lettres apostoliques décrétant l'opportunité de diviser mon diocèse avaient été obtenues subrepticement et par fraude, je n'aurais pas fait les pénibles démarches que j'ai entreprises.

Personnellement il m'importe peu que mon diocèse soit divisé ou diminué, car je n'oublie pas que j'ai peu d'années à vivre et que moins nombreuses seront les âmes confiées à mes soins, moins lourde sera ma responsabilité. — Mais, de l'autre côté, je sais que si le Saint-Siège était induit en erreur par ma faute, c'est-à-dire par mon silence, ou si le clergé et les fidèles confiés à mes soins devaient souffrir à cause de moi, je me rendrais grandement coupable.

C'est pour rempHr ce devoir que je suis allé à Rome, et que je ;me trouve aujourd'hui devant Votre Excellence.

Et d'abord je dois le remarquer, les lettres apostoliques concernant la division de mion diocèse ne sont pas absolues, cllec décrètent simplement l'opportunité de cette division, au cas sans doute que l'exposé qui a été fait pour les obtenir feoit véridique; car si ces lettres étaient un décret absolu et définitif, je n'aurais pas été admis à m'en plaindre, et

Votre Excellence elle-même ne serait pas chargé de faire une instruction à ce sujet.

Au reste, c'est le Saint-Père lui-même qui a fait disparaître tous les doutes que j aurais pu entretenir sur le $ti!jet, en me faisant connaître dans un langage énergique que Votre Excellence avait instruction de se rendre en Canada, et d'y demeurer tout le temps nécessaire pour se mettre en état de renseigner exactement le Saint-Siège sur les faits qui étaient en contestation, non seulement pour ce qui regarde mon diocèse, mais aussi pour toutes les difficultés religieuses qui agitent les esprits et troublent les consciences catholiques.

Or pour me conformer aux vœux si formellement exprimés par le Saint-Père, et faire parvenir à la connaissance du Saint-Siège des laits indiscutables, que mo reste-t-il à faire autre chose que d'adopter la procédure que l'Eglise considère comme la plus sage et la plus sûre pour terminer les différends?

C'est pour obtenir ce résultat que j'ai adressé une supphque à Votre Excellence, la priant instamment d'instruire ma cause selon les formes juridiques, comme toutes les causes ecclésiastiques.

Je ne m'arrêterai pas à signaler les inconvénients qui pourraient résulter de tout autre mode; mais n'est-il pas évident que si les informations nécessaires pour asseoir un juge'ment, sont données ex 'parte sans être soumises à l'épreuve de la contradiction, elles n'auront pas plus de valeur que celles qnii ont été transmises au Saint-Siège, à Rome même, et qui ont nécessité Votre présence ici ?

C'est une chose indéniable que le Saint-Siège n'a pas commencé des procédés pour diviser mon diocèse sans informations : le Saint-Siège n'agit pas ainsi à l'aveugle.

Or quelle est la valeur de ces informations? Les personnes qui les ont données ont-elles eu en vue le bien de l'Eglise, ou poursuivaient-elles l'exécution d'une conspiration ourdie

contre moi? Les faits invoqués à l'appui de cette demande S'ont-ils vrais ou faux? L'iobjei poursuivi dans cette demande ne serait-il pas de servir des intérêts personnels, et de réduire au silence un évêque qui répétait trop fidèlement les paroles et renseignement du Pape?

Voilà autant de faits à élucider et sur lesquels le Saint- Siège à intérêt d'être renseigné.

Or comment pourrais-je me rendre au désir du Saint-Siège, si la nature des informations qui lui ont été données m'est complètement inconnue?

Je suis induit à croire que les informations données pour obtenir la division de mon diocèse ont les défauts ci-dessus tnentionnés. J'ai en main, comme vous le savez, la preuve authentique que le principal des documents fournis est une pièce forgée par un ou plusieurs faussaires, et qu'il contient les insinuations les plus malveillantes, les renseignements les plus faux sur mon Diocèse et les accusations les plus dénuées de fondement à mon adresse, et à celle de mon clergé.

Il semble que l'affaire de la division d'un diocèse est une chose d'un intérêt si général, qu'il n'y a pas de raison pour que ceux qui sont intéressés d'un côté où de l'autre cherchent à cacher leur demande et à la couvrir du secret, si les motifs qui les font agir sont honnêtes et apr puyés sur le bien véritable de ce diocèse.

Au reste, depuis quand ceux qui font une demande q^uelconque de nature à causer du préjudice à autrui, sont-ils dispensés d'en faire la preuve en face de leur adversaire?

C'est le Saint-Siège lui-même qui a proclamé depuis des siècles les grands principes de droit, que j'invoque dans ma présente cause et je me demande pourquoi je n'en aurais pas le bénéfice et je serais mis hors du droit.

Je ne demande qu'une chose, c'est de mettre en lumière touis les faits que le Saint-Siège a besoin de connaître pour prononcer une décision équitable. Toute la preuve que j'ai

à produire, j'offre de la produire en face de mes adversaires, afin qu'ils aient l'occasion de la contredire s'ils en ont le pouvoir. Pourquoi n'aurais-]* e pas la même liberté avec mes adversaires ?

J'estime donc qu'il n'y a que le mode régulier et ordinaire, qui offre des garanties de justice pour l'instruction de la cause de division de mon diocèse et c'est pourquoi j'insiste autant qu'il est en mon pouvoir pour qu'il soit suivi.

Toutefois il m'importe excessivement de savoir si Votre Excellence dispense mes adversaires de faire leur preuve contre moi en ma présence, et si elle me privera de connaître leur preuve. ;

Votre Excellence com^p rendra aisément que je ne Voudrais pas être tenu plus longtemps dans l'incertitude à ce sujet, et que j'ai la plus grande imt)atience de savoir de quelle manière elle disposera de ma supplique. *

Comme Votre Excellence possède une grande expérience en semblable matière, Elle ne doute pas de l'intérêt que j'ai à avoir par écrit la réponse qu'il Lui plaira de donner à ma Supplique, afin que cette réponse me serve pour ma gouverne. ' ' ' '

En conséquence, je supplie encore une fois Votre Excellence de faire droit à ma Supplique du 14 novembre dernier, et de vouloir bien me donner communication de tous les renseignements, qui y sont demandés.

Voici la liste des documents, dont la connaissance m'est indispensable pour traiter convenablement cette importante affaire de la division de mon diocèse :

1° Supplique et Mémoire dés pétitionnaires de 1875, demandant la division du diocèse des Trois-Rivières, avec les signatures apposées au bais de ces documents ;

2o Rapport de l'Arclievêque de Québec sur l'assemblée des Evêquefo de la Province, le 23 mars 1876, et ses observations en faveur du démembrement du diocèse, pièces envoyées à Rome, en avril 1876:

3^ Rapport de Mgr Conrioy, Délégué Apostolique eu 1878, et autres documents sur ce sujet transmis par Son Excellence à la S. C. de la Propagande;

4" Document auquel le Cardinal Franchi faisait allusion, lorsqu'il m'écrivait, le 24 mai 1876, que l'Archevêque et troiô Suffragants avaient fait savoir à la S. C. Congrégation que la division du diocèse des Trois-Rivières était non seulement utile mais même nécessaire;

5° Lettre adressée à Mgr D. Racine, évêque de Chiooutinj, quelque temps après son arrivée à Rome l'hiver dernier le priant de remettre à Son Excellence le Cardinal Préfet de la Propagande des docunients relatifs à la division du diocèse;

6o Documents que Mgr D. Racine a remis à Son Excellence le Cardinal Préfet, l'hiver dernier, pendant qu'il était à Rome, et qu'il m'a dit lui avoir été adressés par les mêmes pétitionnaires; !

70 Lettre que Son Excellence le Cardinal Préfet m'a dit avoir été adressée confidentiellement et sous prétexte d'intimidation à la Propagande, l'hiver dernier, demandant le démembrement du diocèse;

8^ Lettre que le Préfet m'a dit avoir été écrite par moimême avant que je fusse évêque, en faveur de la division, et qu'il m'a dit être dans les archives de la Propagande;

60 Nouvelle Supplique que l'on m'a dit avoir été adressée à Votre Excellence, ou au Saint-Siège, par les prêtres du Séminaire de Nicolet, et les documents appuyant cette Supplique ;

Enfin tout autre document relatif à cette (Question, qui aurait été mis devant le Saint-Siège, ou présenté à Votre Excellence.

Suivant la promeisse que Votre Excellence a bien voulu me faire, mardi dernier, j'attendrai sous le plus court délai l'honneur d'une réponse à ma demande, et les documents susHmentionnés. '

Je demeure avec la plus haute coasidération, de Votre Excellence, le très humbîe serviteur,

t L. F., Ev. des Trois-Rivières.

Néanmoins, l'affaire suivait son cours et le l^r janvier 1884, eut lieu à révêclié des Trois-Rivières, une assemblée dont voici le procès -verbal :

Etaient présents : Son Excellence Dom Henri Smeulders, Commissaire Apostolique au Canada, Sa Grandeur Mgr L. F. Laflèche, évéque des Trois-Rivières, le Très Révérend C. 0. Caron, V. G., le Révérend Père De Bie. Secrétaire de Son Excellence le Commissaire Apostolique, et l'Abbé F. X. Cloutier, Prêtre, Cliancelier du diocèse des Trois-Rivières.

Mgr des Trois-Rivières remet d'abord à Son Excellence, le Commissaire Apostolique, les originaux de trois lettres, dont il lui a précédemment donné des copies,, pour que Son Excellence ait la liberté de confronter ces copies avec les dits originaux, et d'en constater ainsi l'authenticité. Ces lettres sont : 1*^ Lettre de Mgr Conroy, en 1877; 2o- Lettre de M. Malo, à la date du 18 avril, 1883; ^ Lettre d& M. Malo, à la date du 15 décembre 1883.

Mgr des Trois-Rivières remet de plus à Son Excellence huit dépositions juridiques contre l'abbé C. Marquis, pour qu'Elle en. prenne connaissance à loisir.

Son Excellence, le Commissaire ApostoHque, explique ensuite le but de sa présente visite aux Trois-Rivières. Ayant appris depuis quelques jours, par Mgr des Trois-Rivières, que lo Rév. M. Malo, ex-curé de Bécancourt, donné comme seul signataire de la Supplique du 6 août 1881, présentée au Saint-Siège en faveur de la division du diocèse, déclare a'avoir jamais signé oette supplique, ni autoriaé persfonne à le faire ea son nom. Son Excelience a cru devoir interrompre pour un moment ses travaux à Montréal, et venir

immédiatement ajux Trois-Rivières, afin de s'assurer pax Ell^ môme fZc msu et de auditu immediato de l'état mental du dit Rév. M. Mak) : la crainte d'un aceidient, d'une mort subito par exemple, laquelle est beaucoup h redouter de la part d'un vieillard octogénaire, comme -est le Rév, M. Malo, laissanc appréhender de graves .oonséquences de tout retard au sujet de la constatation de l'état mental du dit EéfV,; ex-curé de Bécancourt, et par conséquent de la yaleur de son témoignage en cette affaire. Mgr des Troig-Riviéres, apxès avoir exprimé sa satisfaction de la bienveillance de Mgr le Commissaire Apostolique, et de la prudence dont il fait usage au sujet de ce point particulier de l'affaire, demande à Son Excellence que dans tout l'examen de cette affaire de la diviision du diocèse. Elle lui accorde ce qu'il (l'Evêque dm Trois -Rivières) croit être de son droit, à ^aVoir que Son Excellence fasse une enquête canonique et juridique. Les raisons que Mgr des Trois -Rivières donne à l'appui de sa demande, sont,: entre autres, les accusations giaves portées contre sa persnone et contre son administration, les intrigues nombreuses qu'il a Constatées déjà dans cette affaire, la part que Mgr l'Archevêque de Québec paraît aVoir prise à la demande de division, et la part que Mgr de Chicoutimi a déclaré lui-miême avoir prise en remettant les pièces de la pétition au Saint-Siège, plusieurs faux antérieurement commis et bien constatés, au sujet de la requête, de 1875,, enfin la persécution que la voix publique dit exister contre l'Evêque dés Trois -Rivières dans cette affaire .de la division du diocèse.

Son Excellence, le Commissaire Apostolique, dit qu'Elle se réserve, à plus tard, à donner une réponse au sujet de l'enquête à faire dans cette question de la division du diocèse. ..

L'Abbé F. X. Cloutier fait alors remarquer que Mgr des Trois-Rivières demandant une enquête canonique, et les dé^ marelles à faire auprès du Rév. M. Malo pouvant être oon-

sidérées oomme un commencement d'enquête, il semble nécessaire de dire d'abord si l'enquête est accordée ou refuséie, vu qu'en fait de procédure toute concession sur les formes eist un compromis, l

Le Rév. Père de Bie répond qu'il ne s'agit ici, dans ces démarches auprès du Rév. M. Malo, que des préliminaires de l'enquête. Son Excellence exprime la même opinion, et répète que pour le moment. Elle ne veut que constater l'état mental du Rév. M. Malo. Mgr des Trois-Rivières insiste pour que M. Malo Boit interrogé juridiquement devant le Commissaire Apostolique, en présence des intéressés, ce à quoi Mgr le Commissaire objecte que la pr^ence de Mgr Lafl^che pourrait intimider M. Malo.

Son Excellence exprime aloris le désir de se rendre à Nicolet, pour y interroger le Rév. M. Malo.

Au couris de l'entretien. Son Excellence dit qu'Elle regrettait que Mgr des Trois-Rivières eût fait connaître à son clergé, la Supplique du 6 août 1881, et qu'il eût dénoncé le faux qu'elle contient.

Mgr Laflèche répliqua en fajysiant voir les raisons graves qu'il avait eues d'en agir ainsi.

Sur la demande que Mgr dos Trois-Rivières renouvela pour qu'il lui fût donné communication de touteis les pièces remises à Son Excellence, ou présentées au Saint-Siège, concernant la division du diocèse, Mgr le Commissaire fit réponse qu'il lui serait impossible de commtmiquer ces documenfcti vu surtout que quelques-tos de ces documents sont d'une nature tout à fait secrète.

Note. — Avant le départ de Son Excellence pour retourner à Montréal, Mgr Laflèche demanda que ce refus de communiquer les documents lui fût donné par écrit, afin qu'il pût en informer le Saint-Siège. Son Excellence promit de le faire, répétant encore que pour l'enquête juridique sollicitée, Elle se réservait à plus tard à donner sa réponse.

M. le Grand-Vicaire eut aussi occasion dans le cours de

l'entretien, de dire que M. Malo avait donné librement et de son propre mouvement selon ses expressions, sa résignation de la Cure de Bécancourt.

Puis la séance se termina, Mgr le Commissaire exprimant son intention que l'on fît venir M. Malo à l'Evêché des Trois-Rivières, où Son Excellence le verrait seul, ou ex parte.

Note. — M. Malo n'a pas pu venir, ni son Excellence se rendre à Bécancourt, à cause du mauvais temps et du mauvais état des chemins.

F. X. Cloutier, Prêtre, Chancelier.

Sur ces entrefaites, le clergé honnête et loyaliste des Trois- Rivièrelj crut pouvoir intervenir. A cet effet, il s'adressa au Commissaire apostolique en ces termes :

Excellence, — Nous, soussignés, prêtres du diocèse des Trois-Rivières, heureux de voir en votre personne distinguée le Représentant du Chef Suprême de l'Eglise, après avoir déposé respectueusement à ses pieds l'hommage de notre vénération profonde et de notre filial attachement, prenoms la liberté de lui exposer ce qui suit :

I. — Considérant qu'une Supplique, datée du 6 août 1881, a été présentée au Saint-Siège, il y a près d'une année, par quelqu'un qui n'osant y apposer son nom' a indignement emprunté, sans y être autorisé, le nom du vénérable Doyen de ce diocèse;

Considérant que ce document, qui a. dû produire à Rome une impression des plus pénibles et certainement des plus fausses, est aujourd'hui entre les mains de Votre Excellence, qu'il est de nature à tromper indignement;

Considérant que, dans ce document, rhonneur de l'Episoopat Canadien est injustement attaqué dans la personne de l'un de tees membres les plus vénérables et les plus distingués;

Considérant que cet écrit inspiré par la plus grande mal-

veillance et la plus insigne mauvaise foi, est de naLture h diminuer grandement auprès du Saint-Siège et de son Illustre Représentant au Canada, le crédit et rautorité du .Chef très éclairé et très vertueux de l'Eglise des Trois-Rivières ;

Considérant encore que par là le bien de la religion, et particulièrement les intérêts du diocèse des Trois-Rivières, sont exposés à souffrir considérablement;

Considérant de plus qu'il est excessivement douloureux pour des fils dévoués de voir leur Père indignement injurié et calomnié, et qu'il est de leur devoir de revendiquer énergiquement l'honneur, le respect et la confiance dus à ses vertus, à son zèle et à s^ science ;

Considérant enfin que ces insinuations injurieuses et ces calomnies, contenues dans la Supplique sus-mentionnée, se résument comme suit : ' ' ,

1^' L'Evêque des Trois-Rivières fait des nominations intér^sées et nuisibles au bien de la religion;

2^ Il menace de foudres ceux de ses prêtres, qtii ne partagent pais son opinion sur des questions libres;

3° Il a voulu des mesures qui préparaient les voies à l'enterrement civil; ; '

4o II détruit des paroisses dans un but intéressé; 5° Il empêche la colonisation des terres incultes; 6o II favorise le fléau de l'émigration ; 1° Il scandalise les populations ; 8o II a manqué aux promesses données ; 9^^ Il fait maudire le peuple en le trompant indignement; 10» Il dépouille ce peuple de &es droits acquis et par des moyens iniques; i . l i *

11° Il nuit au développement deis commtmautés religieuses; 12° Il bouleverise les institutions;

13o II fait périr des religieuses, en faisant de leur maison un vrai tombeau; '

14° Il prépare des conflits inévitables eïitre le gouvernement civil et le pouvoir religieux; '

15° Il détourne les aumônes des fidèles de leur juste destination ;

16o II, s'immisce dans le commerce des Banques;

170 II expOi^e la Corporation Episcopak à la banqueroute et le diocèse à la rançon;

18» Il a fait marché de sa signature épiscopale au sujet de documents intéressant à un haut point le bien de la religion ;

19° I] a manqué de soumission au 3aint-Siège, dans la personne de son Délégué;

20" Il exerce une pression immorale et des iaaauvais traitement? contre ses prêtres.

Nous, enfants . dévoués de l'Eglise Catholique, et fils très attachés de l'Illustre Evêque des Trois-Rmères, coilVaincus que nous avons à accomplir un acte de justice autant que de piété et de dévouement filial, protestons de toutes nos forces et dans toute la siûcérité de nos âmes contre les odieuses calomnies ci-dessus mentionnées, et audaciéusement portées dans l'ombre contre notre Evêque bien-aimé jusqu'auprès du Saint-Siège ;

Nous déclarons qu'en autant que nous pouvons le connaître, toutes ces accusations sont fausses, dénuées de tout fondement et injurieuses au suprême degré;

Noui faisons connaître à Votre Excellence que nous sommes excessivement affligés de ce que cette odieuse trame ait été ourdie secrètement contre notre evêque, et nous n'hésitons pas à déclarer que c'est à cause de ses vertus et de ses éminents services rendus à l'Eglise que Mgr Laflèche reçoit ainsi l'honneur de la persécution;

Nous demandons de plus, avec tout le respect dû à la Suprême Autorité que vous représentez dignement, que justice eoit rendue à Mgr notre évêque,qti'il soit réhabilité a.upiès du Saint-Siège par les moyens que Votre Excellencie jugera à propos d'employer et spécialement par le rejet de cette pièce calomniatrice du 6 août 1881, et que son indigne

détracteur, dénoncé comme il convient auprès de la Cour romaine, soit puni comme il le mérite;

C'est pour la satisfaction de notre conscience, et pour l'acquit de notre devoir envers Celui auquel nous avons solennellement promis obéissance et respect au jour de notre ordination, que noufe faisons cette protestation et cette demande, les croyant justes, légitimes et propres à procurer la gloire de Dieu.

II. — De plus, Excellence, nous ne pouvons,! dans une circonstance aussi douloureuse pour nous, nouis borner à repousser énergiquement les odieuses calomnies inventées avec tant de perfidie contre notre très di^ne et très vénéré Pasteur. Ce serait une trop faible satisfaction donnée à la vérité et à la justice, et une consolation bien insuffisante pour nos coeurs blessés. Nous voulons de plus, et nous en sentons l'impérieux besoin, redire devant l'Illustre Représentant du Père commun des Fidèles les éminentes vertus, les hauts enseignements, et les travaux vraiment apostoliques de Celui dont -la sage et paternelle direction nous conduit depuis bientôt dix-sept ans dans la voie du bien et du devoir. Nous voulons mettre sous les yeux de Votre Excellence, avec d'autres éloquents témoignages, les vives protestations de reconnaissance, d'admiration et d'attachement, que nous avons, à plusieurs reprises déjày déposées aux pieds de cet éminent Prélat, notre Père chéri autant que dévoué.

Au mois d'octobre 1879, à l'occasion de la fête patronale de Sa Grandeur, le Clergé du diocèse, voulant reconnaître les éminentiS services de son Chef distingué, désireux d'apporter en même temps quelque adoucissement aux amertumes dont il savait son cœur affligé, résolut de lui offrir un cadeau destiné à perpétuer et les mérites hautement appréciés du Pasteur, et la gratitude, l'affection et la soumission des ouailles. L'offrande fut accotopagnée de l'adresse suivante, dont nous aimons à redire aujourd'hui les paroles.

comme nous en conservons aVec fidélité les pensées et les sentiments. ■

Monseigneur, — Le désir d'offrir à Votre Grandeur Un témoignage tangible de la vénération et de l'affection dont l'entoure le Clergé du diocèse des Trois-Rivières, vit depuis longtemps au cœur de tous vos hxunbles collaborateurs dans le champ de l'Eglise. Leurs vœux vous avaient désigné d'avance à la haute direction de leurs travaux, et ce sentiment d'attachement à Votre personne ne s'est pas affaibli, Monseigneur, surtout quand le Clergé d*^^*Jti autre diocèse, le partageant avec nous, venait, dans un élan de reconnaissance, déposer entre vos mains infatigables, un témoignage précieux, le riche inisigne qui redit si éloquemment ces services, qui l'ont provoqué d'une part, comme les nobles sentiments qui l'ont produit de l'autre.

Mais l'art qui rend sensible la pensée du cœur et l'incorpore à la matière, comme pour lui donner un corps et en présenter la forme aux yeux, a ses nécessités et ses exigences. Il peut être plus promlpt, quand il se prête à façonner les métaux, à faire étinceler l'or sous le burin; il procède plus lentement avec le pinceau et les couleurs. Il faut subir ses lenteurs, ou renoncer à son concours. Aujourd'hui cependant votre Clergé est heureux de pouvoir réaliser enfin les vœux qu'il a formés depuis longtemps. Cette toile qui s'est animée bous le pinceau, cette toile qui respire, vous redira. Monseigneur, elle redira à tous que votre image vénérée est gravée plus Vive et plus parfaite encore dans les cœurs, que l'auréole dont l'illumine notre affectueuse vénération y est encore plus glorieuse.

Le Clergé connaît le dévouement qui a isauvé de la ruine l'institution même du diocèse, en rétablissant ses finances. Sous votre vigilante et paternelle administration, les œuvres qui ont été commencées par le digne fondateur du dioeèse, ou qui existaient auparavant, ont prospéré, ont grandi;

et' d'aut-res ont été entreprises^ poursuivies et heureusement accomplies : témoins les progrès des deux gloires éd'ucationnelles du diocèse, le magnifique Séminaire de Nicolet qui compte tant de succès, et celui des Trois-Pâvières qui arrive à l'âge mûr, sans avoir connu, pour ainsi parler, les faiblesseii de l'enfance; témoin les vingt-sept à trent-e, inistitutions qui fleurissent dans le diocèse, sous la direction des bons frères des écoles chrétiennes ou sous celle de nos dévouées religieuses, institutions dont le ' nombre a quadruplé depuis votre accession au Siège épis oop al des Trois- Rivières; et le^^ autres œuvres à l'honneur de l'Eglise et de la religion, cju'il est inutil-e d'énumérer ici, sont là aussi pour témoigner de l'ardeur, du zèle et du dévouement que Votre Grandeur a tsu déployer pour la défense des saines doctrines et pour raccroissement et l'affermissement de la piété et de tout bien. Mais ce que l'on ne saurait oublier, Monseigneur, ce sont vos efforts pour dissiper les nuages dont on avait pu assombrir l'atmosphère, sur les bords du ïibre, au détrimont de l'honneur et de la valeur du Clergé canadien. Croyez-le Monseigneur, nous sommes tout particulièrement sensibles à ce bienfait ; le rétablissement de la justice trouve si naturellement le cœur d'accord.

Permettez, Monseigneur, que je prie Votre Grandeur d'agréer ce travail d'un artiste canadien, d'un enfant du diocèse; c'est l'hommage spontané du Clergé diocésain. Croyez à son attach-ertient, à sa vénération et à son dévouemml à son Evêque.

Deux ans plus tard, à l'autonme de 1881, la tempête devenait plus forte contre le v.énérable Evéque des Trois-Rivièree. Pour l'acquit de sa conscience et dans le but de promouvoir d'une manière efficace les vrais intérêts de la rehgion dans notre pays, il crut devoir s'imposer pour la quatrième fois les fatigues du voyage à la Ville Eternelle. Les ennemis du bien, qui redoutent toujours la lumière.

furent irrités en voyant un si grand zèle pour la défense des bons principes, et une fidélité si constante à recourir au Chef Suprême de la catholicité dans les difficultés que comportent les combats de la vertu et de la vérité. Ils firent entendre contre lui des remarques offensantes et indignes. Alors, à notre grande joie et à notre complète satisfaction, rAdministrateur de ce diocèse, le très vénéré Chs. Olivier Caron, V. G. éleva la Voix pour protester contre ces injures d'une presse mal disposée, et pour redire une fois de plus les hautes vertus, la science et le dévonement à l'Eglise du très digne Evoque des Trois-Rivières. Nous ne manquerons pas de répéter ici quelques -un es de ces paroles, qui sont, du reste, à peu près le contenu de l'adresse que nous avons nous-mêmes envoyée à Rome dans la même occasion. « Vous n'ignorez pas, disait M. le Vicaire Général, de quels sentiments est animée Sa Grandeur. Son humilité, son désintéressement parfait, sa charité apostolique, sa soumission à l'Eglise, son attachement aux doctrines romaines et ses vertus diverses, ont toujours brillé parmi nous, comme dans ses missions lointaines, d'un vif éclat et doivent faire comprendre à tous que notre digne Evêque n'a entrepris le voyage à la Ville Eternelle que pour la plus grande gloire de Dieu. C'est précisément son attachement aux saines doctrines, dans ce siècle pervers, qui lui a mérité, à plusieurs reprises, l'honneur de la persécution dans le camp des adversaires des droits de l'Eglise.

Or, il est évident que ses enseignements, ses vertus,; ses travaux et ses souffrances pour l'honneur de la religion et le salut des âmes, qui en ont fait un des prélats les plus distingués du Canada, ne peuvent lui être imputés à disgrâce au Siège de la catholicité.

Vous le connaissez comme nous, chers frères, et vous savez qu'il a été au milieu de nous touB un modèle de vertus par sa conduite, selon cette parole de l'Apôtre : facti forma gregis ex animo.

Dans son enseignement il n'a été que 1 écho fidèle de la doctrine de rillustre Pie IX et de son auguste successeur Léon XIII, glorieusement régnant.

Danls ses luttes pour la défense des droits de l'Eglise, qui sont de plus en plus menacés et attaqués pour la ruine de notre cher payis, nous pouvons tous lui rendre le témoignage éclatant qu'il n'a fait que se conformer aux lois générales de l'Eglise, et que réclamer pour le bénéfice de la religion, ce que nous ont légué nos aïeux et ce que la loi, la constitution et les traités nous garantissent de la manière la plui3 authentique.

Nous pouvons le proclamer hautement, si notre digne Evêque a des adversaires aujourd'hui, comme en ont eu tant de saints Evêques d'autrefois et en particulier saint Thomas de Cantorbéry, c'est uniquement pour avoir défendu ce que nous avons tous de plus cher, la religion et la patrie. Les événements futurs le feront encore mieux comprendre. Le seul tort que nous lui connaissions, c'est son extrême mansuétude à l'égard de ses détracteurs, dont les coups ont fait moins de mal à sa personne qu'à l'Eglise. »

Au mois d'octobre de cette année, lorsque tout joyeux nous avons. vu reparaître au milieu de nous Celui q;ui, malgré son âge avancé, ses infirmités et la faiblesse de sa santé, venait de se dévouer avec le plus grand courage pour le bien de son diocèse, nous nous sommes empressés de lui redire notre attachement, notre dévouement profond et notre vive gratitude. Nous l'avons fait dans les termes suivants :

A Si Grandeur Mgr Ls. F. Laflèche, Evêque des T rois-Rivières,

Monseigneur, Lç Clergé du diocèse des Trois-Rivières est infiniment heureux de saluer le retour de Votre Grandeur au milie'u de ses ouailles, et il fait monter vers le ciel ses plus vives actions de grâces pour célébrer ce jolir, qui est un jour de bénédiction et de joie. Oui, que Dieu soit mille fois béni de vous avoir ramené comme par la main et de vous avoir conservé la santé d'une manière si admirable, pour l'avantage de vos chers diocésains. Le pasteur

a donc été rendu à son troupeati! les enfants ont retrouvé leur père; aussi l'allégresse est-elle grande et universelle. Elle est d'autant plus grande, Monseigneur, que votre départ précipité du mois de Mai dernier nous avait affectés plus péniblement. Dans un état de santé des plus précaires, à l'âge avancé où vous êtes parvenu, qtiand vous étiez à peine remis des fatigues d'un long et pénible voyage, vous exposer de nouveau aux fureurs de cet Océan qui vous avait été si contraire! Quitter votre pays, et aller vivre pour un temps indéfini, sous un ciel étranger et lointain 1 Tout cela, dans les circonstances où vous vous trouviez nous paraissait au-dessus des forces ordinaires de la nature. Quel immortel amour vous portez à votre diocèse, Monseigneur; et comment votre clergé ne vous aimerait-il pas k son tour? Puisque votre cœur s'est senti assez de générosité pour entreprendre un pareil voyage, nous vous bénissons. Monseigneur; et, sans vouloir rien préjuger, nous reconnaissons que vous avez été inspiré d'une sagesse supérieure, en l'entreprenant. Ce voyage était extrêmement pénible, mais nous croyons comprendre qti'il était nécessaire, et nous voyons de nos yeux les immenses avantages qui en résultent déjà.

Depuis longtemps l'épreuve vous a poursuivi d'une manière implacable. Monseigneur; nous en avons gémi avec vous; mais nous aimons à nous rappeler que l'empreinte austère qu'elle a laissée sur votre front, est le sceau des prédestinés.

Nos vœux et nos prières n'ont cessé de vous accompagner dans vos courses lointaines; et nos populations qui vous ont toujours été si sympathiques et si dévouées, se sont portées à la prière avec ardeur, pour demander le guccès de vos généreux efforts, et, selon vos désirs bien des fois exprimés, pour arriver à procurer la plus grande gloire de Dieu.

Monseigneur, nous nous plaisons à vous considérer comme le second fondateur de votre diocèse, et nous espérons q;ue l'histoire vous confirmera ce titre qtie nous nous plaisons à répéter aujourd'hui. Vous l'avez sauvé d'une ruine complète en effet, en rétablissant d'une manière si merveilleuse, ses finances délabrées et compromises. Dans cette première œuvre de votre administration, les efforts surhumains que vous avez faits, le dévouement que vous avez prodigué, les sacrifices pénibles et incessants que vous vous êtes imposés, quel est donc le cœur de prêtre qui pourrait les méconnaître et les oublier!

Et maintenant que vous avez réussi par votre sagesse à mettre ce diocèse tant aimé sur un pied digne d'envie, nous l'espérons

avec l'aid© de la Divine Providence, vous en serez une seconde fois le Sauveur en conservant son intégrité.

Nous profitons de la présente occasion, Monseigneur, pour affirmer de nouveau, et d'une manière solennelle, ce que nos lettres du printemps dernier ont déclaré à Votre Gi-andeur, de la manière la plus touchante : Nous sommes à vous; vos vues sont nos vues, vos intérêts sont nos intérêts.

Nous ajoutons que nous aimons à saluer dans Votre Personne l'interprète fidèle, et le plus intrépide défenseur des doctrines de Pie IX. et de Léon XIII. Nous ne demandons qu'à suivre la direction sage et éclairée que vous avez donnée jusqu'ici. Vous êtes le général; vous pouvez être sûr du dévouement de vos soldats.

Avec tout le respect possible pour le jugement qui sera porté, et sans vouloir aucunement le prévenir, nous reposant, comme vous le faites vous-même, avec une confiance sans bornes sur la science et l'intégrité de l'homme éminent qui représente ici le père commun de nos âmes, nous espérons qu'une ère de paix et de bonheur va s'ouvrir pour notre diocèse et le pays tout entier.

(Si par Votre administration sage. Vous avez pu doubler le nombre des communautés religieuses, si vos deux Séminaires sont arrivés à oe point de prospérité que tout le monde admire, nous savons que votre vieillesse ne veut pas rester inactive, et que vous trouverez l'énergie nécessaire pour fonder d'autres œuvres non moins utiles à la religion et à la patrie.

Il semble donc que les bénédictions de votre fidèle Clergé ne peuvent être qu'un faible écho du concert de louanges, qui s'élèvera en votre honneur dans la lointaine postérité.

Tels sont, Excellence, les sentiments de sincère affection,, de dévouement inaltérable et d'e vive reconnaissance, qu'à tiois reprises déjà, suivant les circonstances, nous avons solennellement exprimés à Sa Grandeur Mgr notre Evêque. Nous sommes heureux de réitérer l'expression de ces sentiments dans la circonstance présente, et nous nous faisons une joie de la déposer humblement aux pieds de Votre Excellence.

Et pour qu'on ne nous accuse pas d'écouter ici la voix de nos coeurs plutôt que la stricte vérité, nous voulons joindre à nos paroles quelques témoignages, choisis entre

beaucoup d'autres, dont Votre Excellence se plaira Certainement à reconnaître la haute valeur.

Mgr Taclié, archevêque de Saint-Boniface, écrivait^, à la date du 19 avril dernier, à rArcheVêque et aux Evêqlies do la. province :

Mgr Laflèche a été douze -ans dans nos missions. Ohl Mes Seigneurs, j'ai vécu et souffert avec lui. 'Ensemble, nous avons surmonté des difficultés, enduré des souffrances et des privations plus qu'ordinaires, dont l'étendue vous est inconnue. Mgr Laflèche à été mon Mentor, et plût à Dieu que je l'eusse toujours pris pour mon modèle, dans la carrière de missionnaire que je parcours depuis si longtemps! Pendant deux ans, j'ai pansé de mes mains les plaies que la privation, le travail et la souffrance avaient infligées à ses membres trop faibles pour le genre de vie qlie son grand cœur lui faisait embrasser, avec tant de générosité et d'ardeur.

Le 13 juillet 1876, cinq évêques de la province ecclésiastique de Québec, déléguant Mgr Laflèche à Rome pour le règlement de certaines difficultés très graves, adressaient une Supplique au Saint-Père, dans laquelle ils s'exprimaient comme suit :

...Tout ce (Jue les soussignés attendent aujourd'hui de Votre Sainteté, c'est que Vous daignerez recevoir avec votre bonté paternelle Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, qui veut bien consentir à faire le voyage de la Ville Sainte, pour Lui donner toutes les explications qui Lui sont nécessaires pour qu'Elle puisse leur rendre la justice qu'ils croient mériter du Saint-Siège, qu'ils vénèrent et honorent d'un culte vraiment fihal.

Ils croient devoir déclarer en même temps qu'ils reposent toute confiance dans la prudence, l'impartialité et les intentions droites de ce digne Evêque. Ils supplient en même temps Votre Sainteté de vouloir bien croire qu'il est autorisé par eux à Lui exprimer leurs vrais sentiments sur les questions qu'il est chargé d'exposer au Saint-Siège pour le plus grand bien des Eglises confiées à leurs soins...

Signé :

t Ignace, év. de Montréal; f Edouard Chs. év. de Gratianapolis ; t Antoine, év. de Sherbrooke; f Jean Thomas, év. d'Ottawa; t Louis Zéphirin, év. de St-Hyacinthe.

Le 28 septembre de la même année, Sa Sainteté, Pie IX^ de sainte mémoire, daignait accorder à l'Evéque des Trois- Rivières, le Bref élogieux que voici :

A Notre Vénérable Frère, Louis, Evêque des TroisrEiv^ières.-

m IX, PAPE.

Vénérable JFrèjrer-Saîut et Bénédiction Apostolique. Ce que vous ,.â^Zr-3:^fetê par écrit et de vive voix, en votre propre nom et en celui des autres Prélats Canadiens, de votre commune soumission et affection envers ce Siège Apostolique, Nous a été très-agréable. Vénérable Frère, surtout en ces temps où l'accord et l'union des esprits et des cœurs est si nécessaire pour arrêter le torrent des maux qui nous envahissent et pour en détourner de plus grands encore. Nous nous sommes principalement réjoui du soin que vous prenez d'inculquer au peuple la saine doctrine et de lui expliquer ce qui regarde la nature, la constitution, l'autorité, les droits de l'Eglise, dont on a coutume de pervertir très subtilement la notion pour tromper les Fidèles; et Nous avons dû louer le zèle avec lequel vous vous êtes efforcé de prémunir le même peuple contre les astucieuses erreurs du libéralisme dit catholique d'autant plus dangereuses que, par une apparence extérieure de piété, elles trompent beaucoup d'hommes honnêtes, et que, les portant à s'éloigner de la saine doctrine, nommément dans les questions qui, à première vue, semblent concerner plutôt le pouvoir civil que l'ecclésiastique, elles affaiblissent la foi, rompent l'unité, divisent les forces catholiques, et fournissent une aide très efficace aux ennemis de l'Eglise, qui enseignent les mêmes erreurs, quoique avec plus de développements et d'impudence, et amènent insensiblement les esprits à partager leurs desseins pervers. Nous vous félicitons donc, et Nous souhaitons que vous travailliez toujours à dévoiler leurs pièges et à instruire le peuple avec une semblable ardeur, un pareil discernement et avec une concorde qui montre à tous votre charité mutuelle, et prouve que chacun de vous ne pense, ne dit et n'enseigne qu'une seule et même chose. Or, ceci arriveia de soi-même, si vous vous appliquez à nourrir soigneusement en vous ce dévouement à cette Chaire de Pierre, maîtresse de la vérité, que vous professez en termes si forts et si affectueux. Nous vous le souhaitons à tous, en même temps que, comme augure des faveurs divines et conune gage de Notre pariiculière bienveillance. Nous vous accordons de tout cœur la Bénédiction Ap os-

tolique, à vous, Vénérable Frère, et à chaclin des Evêques Canadiens, ainsi qu'à leurs diocèses.

Donné à Saint-Pierre de Rome, le 28 septembre 1876, de notre Pontificat, la trente-unième année.

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