‹ Voix prophétiques; ou, Signes, apparitions et prédictions modernes touchant les grands événements de la Chrétienté au XIXe siècle et vers l'approche de la fin des tempsChapitre 10 sur 90 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA CROIX DE MI6NÉ, (17 décembre 1825.)

I. Déa à la Révolution. — IL La Croix de Migné prédite sept ans d'avance. — III. Récit de Tapparition. — IV, Sentiment de Cassini. — V. Sentiment du pape et des évêques français, — VL Effet produit sur les bons et sur le9 méchants. — VIL Secrets desseins de la Providence dans ce signe admirable.

I. — La Révolution' est l'ennemi juré de Celui qui a dit à tous : Si quelqu'un veut venir après nwi, qtCil se renonce lui-même, qiCïl porte cliaque jour sa croix, et qu'il me suive*. Qu'est en eifet la Révolution considérée en elle-même, sinon la Révolte de la créature contre le Créateur, la guerre de l'homme animalisé contre Jésus-Christ et son Église dans l'œuvre

* Voir TopusculeXa Bévolution, par Mgr de Ségur.

* S. Luc, ch. IX, V. 23.

sublime de la régénération des âmes. Aussi l'infernale fille de Satan, qu'elle agisse k visage découvert avec les Jacobins et les Communeux, ou qu'elle affuble ses partisans du masque si vain des idées modernes^ du progrès indéfini et du libéralisme, ne fera jamais grâce à la doctrine de la croix. De son côté le divin Maître ne saurait accorder de trêve au monstre ; par les paroles et les exemples de ses disciples, il le transpercera jusqu'à la fin des siècles de ses flèches vengeresses ; et si ce dragon incamé, de plus en plus enhardi, vient promettre de sa voix de sirène à notre siècle, conmie à Eve, de diviniser les passions des hommes, le Christ saura du haut de son trône glorifier l'étendard sacré, comme aux jours de Constantin, et du même coup enfoncer un trait de feu dans les flancs de la bête. Telles est la portée mystérieuse de la Croix de Migné : < le miracle de Migné, dit Mgr Pie, évêque de Poitiers*, ce fait inexpliqué jusqu'à ce jour et assurément inexplicable par les seules causes naturelles, restera inscrit dans les annales de l'Église universelle comme une de ces apparitions de V image et figure de la croix que Dieu, selon le langage du saint évêque de Genève, a faites et fera jusqu'à la consommation du monde^ pour consoler les amis de la croix et effrayer ses ennemis. »

II. — Cette croix prophétique fut annoncée sept ans d'avance par le vénérable abbé Souffrant, curé de

' Mandement du 25 novembre 1851. Voir Tora. I, p. 451 des Discours et Instructions pastorales de Mgr Pie, évêque de Poitiers.

Maumusson, au diocèse de Nantes, dont nous rapporterons quelques prédictions dans la seconde Partie. Depuis plusieurs années, ce saint prêtre voyait tout en noir; il Avait appris, dans Toraison, que de grands désastres viendraient fondre sur la France, bien qu'elle semblât être alors redevenue florissante. A la suite d'ane neuvaine où d'autres personnes s'étaient associées ï ses prières, il écrivit, en 1820, une lettre oîi il an- . nonçait un bouleversement général, une révolution terrible, ajoutant qu'il n'y aurait qu*un instant entre ces deux cris : « tout est perdu > et « tout est sauvé; > qorès quoi le calme se rétablirait Four confirmer sa piédicûon, il finit par ces paroles : « Il paraîtra une croix, et si cette croix ne paraît pas, que mon secret Veure avec moi !» Et il fit de cette croix une description qui peint exactement celle de Migné. '

ni. — Écoutons le récit de l'apparition de cette Croix merveilleuse, tel qu'il a été formulé le 29 février 1827 par les membres de la conmiission chargée par Mgr Tévêque de Poitiers de dresser le rapport officielde l'événement '.

< Le dimanche, 17 décembre 1826, jour de la clôture d'une série d'exercices religieux donnés à la paroisse de Migné, à l'occasion du jubilé, par M. le curé

* Voir la Croix de Migné vengée^ etc., Paris, 1829, p. 471 en note.

' Ibid. p. 305. — Cette commission se composait d'un vicaire général, d'un professeur de théologie, du maire de Migné, du professeur de physique au collège royal de Poitiers, qui était protestant, d'un avocat et d'un secrétaire.

de Saint-Porchaire et raumônier du collège royal (M. Marsault), au moment de la plantation solennelle d^me croix, et tandis que ce dernier adressait à lin auditoire d'environ trois mille âmes un discours sur les grandeurs de la croix, dans lequel il venait de rappeler l'apparition qui eut lieu autrefois en présence de l'armée de Constantin, on aperçut dans les airs une croix bien régulière et de vaste dimension. Aucun signe sensible n'avait précédé sa manifestation, nul éclat de lumière n'avait annoncé sa présence. Ceux qui l'aperçurent d'abord, la montrèrent k leurs voisins, et bientôt elle fixa l'attention d'une grande partie de l'auditoire, au point que M. le curé de Saint-Porchaire^ averti par la foule au milieu de laquelle il s'était placé, crut devoir aller interrompre le prédicateur. Alors tous les yeux se portèrent vers la croix qui avait paru tout d'abord exactement formée et, qui était placée horizontalement, de manière que l'extrémité du pied répondit au-dessus du pignon antérieur de l'église, et que la tête se portât en avant dans le même sens que la direction de cette église, vers le couchant d'été. La traverse qui formait les bras de la croix, en coupait le corps principal h, angle droit ; chacun des bras, égal h la partie supérieure, était environ le quart du reste de la tige.

« Ces diverses parties étaient partout d'une largeur sensiblement égale, terminées latéralement par des lignes bien droites, bien nettes et fortement prononcées, et coupées carrément à lem-s extrémités par des lignes droites et également pures.

€ Au jugement de plusieurs témoins, ces pièces

avaient une certaine épaisseur qui les &isait voir comme un peu arrondies lorsqu'on les r^ardait sous mi angle oblique, et régulièrement équarries lorsqu^on se rapprochait de ia verticale.

< Du reste, aucun accessoire ne paraissait tenir à <^tte croix ni raccompagner ; toutes ses formes étaient pures et ressortaient très-distinctement sur Tazur du ciel. Elle n'offirait point aux yeux un éclat éblouissant, mais une couleur partout uniforme et telle qu^aucun témoin n'a pu la définir d'une manière précise, ni lui trouver un objet de juste comparaison. Seulement on s'accorde plus génér^ement à en donner une idée à l'aide d'un blanc argentin, nuancé d'une l^ère teinte de rose.

« U résulte certainement de l'ensemble des dépositions, que cette croix n'était pas à une hauteur considérable; il est même très-probable qu'elle ne s'élevait pas k deux cents pieds au-dessus du sol ; mais il serait difficile de rien fixer de plus précis que cette limite.

« La longueur totale de la tige pouvait être de cent quarante pieds, et sa largeur, à en juger par les données les moins rigoureuses, de trois k quatre pieds.

« Lorsqu'on a jîommencé à apercevoir la croix, le soleil était couché depuis une demi-heure au moins ; et elle a conservé sa position, ses formes et toute l'intensité de sa couleur, pendant une demi-heure environ, jusqu'au moment où l'on est rentré dans l'église pour recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement, .Alors il était nuit, les étoiles brillaient de tout leur éclat. Ceux qui sont rentrés les derniers ont vu la

croix se décolorer ; ensuite, quelques personnes restées en dehors Tout vue s'effacer peu à peu, d'abord par le pied, et successivement de proche en proche, de manière à présenter bientôt quatre branches égides, sans qu'aucune de ces parties eût changé de place depuis le premier moment de Tapparition, et sans que celles qui avaient disparu, laissassent aux alentours la plus légère trace de leur présence.

« Il paraît qu'aucun observateur ne s'est appliqué k suivre cet évanouissement graduel jusqu'à son dernier terme ; mais on sait qu'il était entièrement consommé lorsqu'on est sorti de l'église, immédiatement après la bénédiction.

« La journée où cet événement a eu lieu, avait été très-belle, après une suite de plusieurs jours pluvieux. Au moment de l'apparition, le temps était encore serein et la température assez douce pour que peu de personnes s'aperçussent de la fraîcheur du soir. Le ciel était pur dans toute la région où se montrait la croix, et l'on apercevait seulement quelques nuages dans deux ou trois points éloignés de là et voisins de l'horizon. Enfin aucun brouillard ne s'élevait de terre ni de dessus la rivière qui coule à peu de distance.

« Voil.i les circonstances matérielles du fait. Quant à son influence morale sur ceux qui en ont été les témoins, nous avons constaté que la plupart furent, dans l'instant même, saisis d'admiration et d'un religieux respect. On vit les uns se prosterner spontanément devant ce signe de salut ; les autres avaient les yeux tout mouillés de larmes ; ceux-ci exprimaient par de vives acclamations l'émotion de leurs âmes, ceux-

là élevaient leurs mains vers le ciel en invoquant le nom du Seigneur : il n^en est presque aucun qui ne crût y voir un véritable prodige de la miséricorde et de la puissance de Dieu.

« Nous avons de même constaté que plusieurs personnes qui avaient résisté à tout Fentrainement des exercices du jubilé, sont revenues par suite de cet événement aux pratiques de la religion, dont elles restaient éloignées depuis plusieurs années, et d'autres qui, par leurs œuvres et leurs discours, semblaient annoncer que la foi était entièrement éteinte dans leurs cœurs. Tout sentie se ranimer tout à coup et en ont donné des marques non équivoques.

c Enfin, rimpression produite par ce spectacle extraordinaire a été si vive et si profonde, qu'elle arrachait des larmes à quelques uns de ceux qui déposaient devant nous, après plus d'un mois d'intervalle depuis révénement.

€ Avant de terminer ce rapport, concluent les membi^es de la commission, qu'il nous soit permis d'exprimer les sentiments qui nous ont été inspirés à. nous-mêmes par la connaissance approfondie que nous avons été appelés à. prendre de ce fait. Si *nous avons été surpris des particularités qui concernent l'existence physique du phénomène, nous avons admiré bien davantage les conseils adorables de la Providence, qui a fait concourir cet événement avec des circonstances si propres à lui donner les heureux résultats qu'il a eus en effet. Lorsqu'on sait que le hasard n'est qu'un nom, que rien ici-bas n'a lieu sans dessein et sans une cause bien déterminée, on né peut être que vivement frappé

de voir apparaître tout h, coup, au milieu des airs, une croix si manifeste et si régulière, dans le lieu et dans rinstant précis où un peuple nombreux est rassemblé pour célébrer le triomphe de la croix par une solennité imposante, et immédiatement après que Ton vient de l'entretenir d'une apparition miraculeuse qui fat atitrefois si glorieuse au Christianisme ; de voir que ce phénomène étonnant conserve toute son intégrité et la même situation tandis que l'assemblée reste à le considérer ; qu'il s'affaiblit à. mesure que celle-ci se retire et qu'il disparaît à l'instant où l'un des actes les plus sacrés de la religion appelle toute l'attention des fidèles. »

IV. — Le fait a été constaté par d'autres personnages de grande autorité dans l'ordre civil et nullement intéressés à la question. Citons seulement le jugement qu'en a porté un membre distingué de l'Académie des sciences, l'illustre astronome Cassini : « Nous rions de jdtié de ceux qui voudraient comparer la Croix do Migné h un arc-en-ciel solaire, comme do ceux qui l'assimilent îi un arc-en-ciel lunaire. C'est un effet de réfraction, ont dit certains ignorants ; dites plutôt de rc flexion, ont repris d'autres un peu plus savants... Eh ! messieurs, pour expliquer le phénomène à votre manière, il ne vous manque qu'ime chose, mais indispensable : un rayon soit du soleil, soit de la lune qui, étant malheureusement absents, n'ont pu donner lieu ni à réflexion, ni h réfraction, ni h arc-en-ciel; d'autant qu'il n'y avait ni nuages, ni vapeurs, ni pluie. Cherchez donc quelque autre explication d'une àppa-

rition dont trois mille témoins déposent, qui pendant une demi-heure et à une hauteur qui excédait cent pieds, a subsisté sans mouvement, sans altération, sous des formes bien nettes, bien tranchées. C'est ce que nous portons défi d'attribuer raisonnablement à aucune cause physique, naturelle ; et notre opinion sur ce point est appuyée de l'autorité de plusieurs savants, faite pour prononcer sur ime telle matière. ' »

V. — A la suite de tant d'autorités, Mgr Pie, le savant évêque de Poitiers, s'est admirablement exprimé, touchant la Croix de Migné, dans son mandement et dans son allocution à ce sujet.

« Le miracle de Migné, dit il ', a été reconnu selon toutes les formes authentiques établies par l'Église. Le Vicaire de Jésus-Christ (Léon XII), il est vrai, n'a pas rendu de sentence solennelle ; mais il a déclaré que, selon son sentiment particulier, le fait ne pouvait être attribué aux causes naturelles ; il a enrichi l'église de Migné de ses présents et consacre le souvenir de l'apparition de la croix par de précieuses indulgences ; il a félicité l'évêque dans le diocèse duquel le Seigneur avait manifesté sa miséricorde avec tant d'éclat ; enfin, en s'abstenant lui-même de porter un jugement formel, il a exhorté l'Ordinaire à instruire et vider la cause, selon que les saints canons l'en chargeaient... Mgr Jean-Baptiste de Bouille, après onze mois d'étude et d'examen, déclara miraculeuse l'apparition de la croix, qui avait eu lieu à Migné le 17 dé-

« Voir La Oroix de Migné vengée, p. 345. * Discours et Instr, poLSt tom. 1, p. 451-466,

cembre 1826. Plusieurs autres évêques ajoutèrent leur autorité à celle de l'Ordinaire et annoncèrent à leurs diocésains le miracle dont le diocèse de Poitiers venait d'être témoin ; et la France, disons mieux, la chrétienté tout entière a retenti de ce grand événement. »

VI. — Lequel événement, continue Mgr Pie, après un quart de siècle n'est sorti ni de la mémoire des vrais chrétiens, qui en parlent toujours avec consolation, ni de' celle des impies qui en font encore la matière de leurs déclamations et de leurs blasphèmes. Car rien ne déplaît h l'impie comme ces prodiges par lesquels le Dieu qui a créé la nature, s'élevant audessus des règles qu'il lui a marquées, montre, en certains cas, son intervention et donne en quelque sorte aux hommes sa pensée et son sentiment sur les clioses de ce monde. Autant les âmes droites et pures sont réjouies, consolées, quand un de ces rayons extraordinaires de la lumière divine arrive à leurs yeux, autant les cœurs mauvais et corrompus en sont consternés, irrités. « Que V aurore vienne tout d'un coup à paraître, dit l'Esprit-saint, ils se croient enveloppés dans Vo7nbre de la mort (Job 24, 17). » Tout présage heureux, tout symptôme favorable dans Tordre de la Religion et du salut, observe saint Bernard, les fait entrer en courroux ; leur premier besoin est de résister, de protester, et ils se donnent mille mouvements, comme Hérode, pour étouffer à sa naissance toute manifestation qui peut tourner à la gloire de Dieu (In Epiph., serm. 3). Le miracle de Migné a eu ce privilège. >

Vn. — Voici, pour terminer ce chapitare, comment rillustre successeur de saint Hilaire répond à la question que tout lecteur est en droit de nous faire, en nous demandant ce que Dieu pouvait se proposer par ce prodige et pourquoi il avait choisi l'humble paroisse deMigné pour l'y faire éclater. « Ce que je puis dire, c'est que cette apparition de la croix, n'eût-elle servi qu^à déterminer la conversion de tous les habitants de cette paroisse, ce seul résultat justifierait le miracle. Or, aujourd'hui encore, il est de notoriété que ce résultat a été complètement obtenu.

« Mais par ce prodige le Seigneur a donné d'autres leçons, d'autres avertissements au monde entier. Nul ne doutera désormais de la part que prend le Ciel à ces saints exercices de la prédication évangélique, à ces missions catholiques qui ont pour but de ranimer la foiàla divinité de la Eeligion et de ramener lésâmes h, la pratique du devoir chrétien. Les missions alors tant attaquées, tant calomniées. Dieu a voulu les venger authentiquement.

« Enfin le Très-Haut a fait briller la croix dans les airs, afin de nous apprendre qu'au milieu de nos luttes, dé nos divisions, de nos calamités et de nos revers, il nous resterait une espérance, une ressource, à savoir : la protection de ce signe qui a sauvé le monde et qui ne cessera de sauver notre patrie. Quelques-uns, il est vrai, ont remarqué que la position de cette croix miraculeuse, qui n'était pas debout, mais couchée, semblait annoncer des malheurs. Et la révolution sacrilège qui a renversé et profané, peu de temps après, sur tous les points de la France, le signe adorable de

notre salut, ne semble que trop avoir justifié cette explication et ce présage. Toutefois nous aimerions mieux dire que cette croix, ainsi disposée, s'étendait^ s'allongeait en quelque sorte sur la France, pour y ranimer la vie, comme Elisée se couchait sur le cadavre du mort pour le ressusciter. Et en effet qui pourrait énumérer tous les miracles de conversion, de retour & la foi et à. la grâce qui ont eu lieu depuis lors, dans toutes les conditions, dans tous les partis ?

« La croix, longtemps méprisée parmi nous, n^estelle pas aujourd'hui le signe unique de ralliement, le seul drapeau dont nous osions nous glorifier ? Aussi, j'en ai la confiance, si le Seigneur daignait nous favoriser désormais d'un nouveau prodige, sa croix glorieuse nous apparaîtrait, comme aux jours de Constantin, dressée triomphante dans les airs et étincelante de tous les feux du soleil. Car aujourdliui ce n'est pas seulement une lumière timide comme celle de l'aurore, qu'elle projette sur notre société. Ses rayons seront bientôt ceux du midi et nul ne pourra se soustraire à leur sainte influence '. » Ces derniers mots sont vraiment prophétiques : puissent tous nos lecteurs en voir prochainement la réalisation miraculeuse ! •

• Ibid., p. 473-474.

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