LE SCAPULAIRB DE LA PASSION
(26 juiUet 1846.)
I. Première apparition. — II. Deux autres apparitions. — III. Promesses de Notre-Seigneur. - IV. Sanction de l'Église.
I. — La Croix de Mîgné avait rappelé aux fidèles qu'ils doivent triompher de leurs ennemis par le renoncement à eux-mêmes et par Tamour de la Croix, en union avec la Passion et la mort de Jésus-Christ. Mais il manquait, ce semble, un signe extérieur do ralliement recommandé à chacun de nous en particulier.
Une digne fille de saint Vincent de Paul fut merveilleusement rendue dépositaire de ce signe de la Passion, vingt ans après l'apparition de la Croix de Migné. Voici un extrait de la relation qu'elle en a faite elle-même et que nous trouvons consignée dans le Formulaire de prières à l'usage des Filles de la Charité '.
C'était le soir de l'octave de la fête de saint Vincent de Paul, 26 juillet 1846, et probablement h Paris, quoique Thumble Sœur taise la circonstance du lieu où lui apparut Notre-Seigneur : « J'étais montée k la chapelle avant le salut, écrit-elle. Je crus voir Notre- Seigneur. Il tenait dans la main droite un Scapulaire écarlate, suspendu par deux rubans de laine de la
' m Part. p. 674-679, édit. de 1865.
même couleur. Sur un côté, ce divin Sauveur était représenté crucifié ; les instruments les plus douloureux de la Passion se trouvaient au pied de la croix : ce fouet du prétoire, ce marteau, cette robe qui avait recouvert son corps sanglant. Il y avait autour du crucifix ces mots : Sainte Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sauvez-nous !
« A l'autre extrémité des rubans, la même étoflfe était recouverte de Timage sainte de son Cœur sacré et de celui de sa sainte Mère ; une croix, placée au milieu, semblait sortir des deux Cœurs ; il y avait autour : Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, protégez-nous ! >
IL — « Il y a à peu près dix-huit mois, dit encore cette même Sœur dans sa relation, que, méditant pendant la Sainte Messe sur la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je crus le voir sur la croix... Depuis ce moment, la Passion de notre bien-aimé Sauveur est toujours devant mes yeux : « (Test tai qui dois me € consoler dans les douleurs de ma Passion, recc'- « voir sur toi les lambeaux de ma chair déchira « dans le prétoire, tout mon sang versé sy^r le CaU € vaire, > me dit Notre-Seigneur...
« Comme il veut qu'on pense h, ses souffrances!... comme sa sainte Mère le désire!... Un dimanche soir, poursuit la Sœur, je faisais le Chemin de la croix. A la treizième station, il me semblait que la Sainte- Vierge déposait dans mes bras le corps sacré de notre adorable Maître, et qu'elle me disait : « Le monde se « jpcrd, parce qu'il ne pense pas à la Passion de
« JésuS'Christ ; fais tout powr qiCil y pense; fais « tout pour quHl se sauve /... » Je ne sais comment cela se fait; mais dans ces moments où je crois voir Notre-Seigneur, ce que je sens au dedans de moi-même ne peut s'exprimer. C'est comme un oubli total de tout ce qui existe : c'est comme une solitude entière oii je suis seule avec Lui : je crois voir réellement l'objet qui m'occupe.
« Par exemple, dans cette circonstance, j'ai cru sentir le froid du corps de notre divin Sauveur, j'ai cru voir ses plaies tout ouvertes... Je sens aussi que c'est avec la Passion de Jésus-Christ que l'on convertit les pécheurs, qu'on ranime la foi des justes... >
m. — La Sœur revit plusieurs fois Notre-Seigneur lui apparaître, tenant le Scapulaire de la Passion à la main.
Il est à remarquer que le prodige se renouvela notamment en cette même année 1846,1e jour de l'Exaltation de la sainte Croix, lundi de la semaine à la fin de laquelle arriva, comme nous le verrons plus loin, l'apparition de Notre-Dame de la Salette. En cette circonstance, la Sœur entendit Notre-Seigneur luifaire ces consolantes promesses:
« Ceux qui porteront ce Scapulaire, recevront, tous « les vendredis, une grande augmentation de foi, « d'espérance et de charité. >
IV. — Eestait à mettre à, exécution le désir sacré du divin Maître. La Sœur s'y appliqua de tout cœur. Sur l'observation qui lui fut faite de la difficulté qu'il
y avait à obtenir raiitorisation de cette nouvelle dévotion, elle répondit : « Notre divin Sauveur désire que Ton établisse le Scapulaire de sa sainte Passion; je n^en puis douter au tond de mon cœur. Il saura bien, dans un instant que lui seul connaît, aplanir toutes les difficultés qui s^élèvent ordinairement contre les dévotions nouvelles, et faire du précieux jour de sa mort un jour à part et enrichi des trésors de la Sainte Église. Je suis heureuse de penser que ce sera comme une des richesses de la Congrégation de la Mission. »
Le pressentiment de la pieuse fille de saint Vincent de Paul se réalisa, h, moins d^une année de lit M. le Supérieur général de la Congrégation de la Mission ^ se trouvant k Bome au mois de juin 1847, crut devoir conmiuniquer toutes ces circonstances de Tapparitioii du Scapulaire de la Passion au vicaire de Jésus- Christ, Notre Saint-Père le Pape Pie IX. Il fut grandement heureux de la faveur avec laquelle le Souverain-Pontife accueillit cette nouvelle dévotion. Aucune objection ne fut faite; Pie IX témoigna au contraire combien il se réjouissait de voir employer ce nouveau moyen pour travailler k la conversion des pécheurs, et, sur ce simple exposé, un rescrit du 25 juin 1847 autorisa tous les prêtres de la Mission à bénir et à distribuer le Scapulaire de la Passion au port duquel plusieurs indulgences furent en même temps concédées.
Nous souhaitons que nos lecteurs consolent le Cœur sacré de Jésus en vénérant ainsi sa Passion et en propageant cette dévotion h laquelle peut aussi ad-
mettre tout prêtre it ce autorisé par M. le Supérieur général de la Mission. Le Scapulaire Rouge est désormais une arme de plus à opposer victorieusement aui efforts de la Révolution : A ce signe ixot^s vain^ crans Satatiy In hoc signo vinces.