X. Ce qu'enseignent les larmes de la Sainte-Image
XI. Récentes manifestations de 1872 ; demeurons où nous sommes, et ne cessons d'espérer.
I. ~ La catholique Lorraine s'est de tous temps distinguée par sa grande dévotion à la Sainte- Vierge. Est-il étonnant que dans nos tristes jours la Keine des Cieux se souvienne comme par le passé de cette fidèle province ?
S'il ne nous est pas loisible de redire ici toutes nos espérances, voici du moins, parmi les plus récentes faveurs de la Mère de Dieu en ces contrées, une des plus consolantes qui puisse être accordée à nos foyers en deuil. Les témoins du prodige ne se comptent plus. Plusieurs d'entre eux, dignes à tous égards de la confiance de nos lecteurs, ont bien voulu nous communiquer les détails qui suivent des faits merveilleux arrivés sous leurs yeux ou opérés en leur faveur.
Dans la capitale même de notre infortunée Lorraine, k deux pas du faubourg Saint-Pierre et à l'extrémité de la rue des Quatre-Églises, l'une des plus paisibles de Nancy, se remarque un ancien couvent affecté maintenant au Dispensaire départemental, sous la direction des Sœurs Hospitalières de Saint-Obarles, et vulgairement appelé la Maison de Secours. L'un des services de l'établissement est voué au traitement des victimes sans nom, dont la débauche ne sait plus que faire, mais que la religion, toujours compatissante, ne désespère pas de rendre à Dieu, sinon à la vie. Et
de hit, b mèche encore fntnant^ 3*f est bien des fois rallumée an fea sacré da saint amour : témoin cette ^tiie d« rimmacal^-ConceptioD achetée, il y s pen d'années, pour leur tribune, par les filles déchaes qn'abrîte la Maison de Secoors ; hnmble statue , produit de l'industrie plntôt qn'œuvre d'art, et qui est néanmoins devenue la Vierge Miraaileusc de Sancij.
Ëcoatons donc cette Voii Prophétique, dont le sens luyiit'^rieux se dégage facilement du symbolisme des circonstances: comme le divin Maître, abandonné des Bages et des prudents du siècle, s'en aUait boire et manger avec les pécheurs publics pour ramener h son Père ces Ames moins perverses que défaillantes; ain^ Marin, leKefuge des pécheurs, proclame ici, avec tout l'éclat des miracles, k la face des obstinés de la civilisation moderne, qu'elle n'attend de pardon et ne connervts d'uspoir que pour le^i humbl'-s de cœur, les pécheurs contrits et les prodigues repentants. En vérité, semble-t-elle redire ^ la foule des orgneilleaz, leapiAlicains et les femmessans mœurs vous devanceront dans h royaume de Dieu: Amen dico vobis, quia publicani et meretrices procèdent vos in Begnum Dei'.
II. — Vers le milieu de novembre 1870, alors que Strasbourg était écrasé et comme enseveli sous ses ruines fumantes, et que Metz, défendu par quatre maréchaux et quatre-vingt généraux, capitulait avec moins d'honneur, une pauvre juive se mourait dans la Maison de Secours de Nancy. Atteinte, par suite de son inconduite, de la putré&ction auticipée du tom-
■ Mtttb., ui, 31.
beau, elle avait, à la dernière heure, prôté Toreille à la voix infatigable du Bon Pasteur, et reçu les sacrements de Baptême, d^Eucharistie et deConfirmation sur sonlit de douleur. Parfaitement convertie, elle rendait grâces à Dieu au milieu des plus horribles souffrances, et s'estimait heureuse de pouvoir mourir comme k petit feu, pour expier les scandales de sa vie. Elle vécut ainsi encore huit jours. Peu de moments avant d'expirer, le dimanche, 20 novembre, vers deux heures du matin, la bonne Sœur hospitalière qui la veillait, se penchant vers elle, lui dit : « Hé bien I quand vous serez au ciel, vous prierez bien pour vos pauvres compagnes. » — <Oh! oui^ ma Sœur^ répondit la néophyte, je prierai bien, je demanderai à la Sainte-' Vierge une marque de sa protection powr mes malheureuses compagnes de désordre. Vogez^vous, nou^ sommes si mauvaises^ si endurcies dans le vice^ qu'il faut une grande grâce pour nous en retirer. Voilà six ans que le Bon Dieu m^ pressait de me convertir et jj* ai résisté jusqu'à la dernière heure!*
Et la brebis retrouvée s'endormit saintement dans le baiser du Seigneur.
III. — Le soir de ce même jour, ses compagnes du dispensaire s'étaient rendues, comme de coutume, k la tribune qui leur est réservée dans la chapelle de la Maison pour l'assistance aux offices. C'est une pièce carrée où l'on arrive par un sombre escalier ; elle est éclairée, h, gauche, par deux fenêtres ordinaires qui donnent sur la rue et font face au banc des religieuses chargées de la surveillance. Entre les deux fenêtres,
sur une planchette remplacée depuis par un petitautel, repose la statue de la Sainte- Vierge, dite Immacnlée- Conception, où s'accomplissent, depuis plus d'un an déjà, tant de faits merveilleux. Elle mesure un peu moins d*un mètre de hauteur; sa composition est en une sorte de carton-pierre ; la robe et le voile sont peints en blanc avec un liséré doré, ainsi que le manteau qui est rejeté en arrière avec beaucoup de grâce. La pose de la Vierge respire la modestie et le recueillement : les bras sont croisés sur la poitrine, les mains remontant vers les épaules ; la tête, légèrement inclinée à droite, a les yeux baissés et presque fermés. Le A-isage est de couleur de chair ; les yeux laissent voir le bas des pnmelles qui sont bleues, mais mornes et sans nul éclat. Le front est découvert et ceint d^nne couronne ducale. Enfin la statue pose sur un hémisphère oïl se tord le serpent écrasé sous le talon de Celle qui est bénie entre toutes les femmes.
 la fin de Tofiice qui se terminait par le chant d'un cantique à la Sainte- Vierge, avec ces mots Sauce, sauve la France, dans le refrain, comme les pannes filles en étaient h, ces paroles patriotiques, la Statue ouvrit tout h. coup les yeux par trois fois. Grand fût leur émoi à cet aspect ; elles ne peuvent plus maîtriser leur émotion, elles s'agitent et s'écrient que 1» Sainte-Vierge a ouvert les yeux. Les Sœurs qui étaient dans le bas de la cliapelle, ne comprenant rien àeP ])ruit étrange, accourent a la tribune et sont ellesmêmes encore témoins du prodige. Elles eurent cett^ fois de la peine à faire sortir les pauvres filles de louï* tribune. Le soir, après le souper, on retourna à la cha-^
pelle. La supérieure des Sœurs, absente de la maison pendant raprèa-midi, vint se placer en face de la statQe.Apeine eut-on recommencé le cantique avec son leftain * Sawve, sauve la France, » que la sainte Image ouvrit de nouveau les yeux, h deux reprises. Mais tant d'émotions s'étaient succédé ce jour-Pa dans 1» Maison de Secours, qu'une illusion semblait quelîne peu à redouter. La digne supérieure ne dit donc rien de ses impressions, mais elle conjura laSainte- Vie^e de lui accorder de voirie miracle sans lui laisser le moindre doute h ce sujet ; ce qui eut lieu lun desjours suivants d'une manière éclatante. '
IT.— € Pour moi, continue Madame Marie-Pauline Hesse, de Metz, dont nous venons en grande partie de résumer les notes, je ne me sentais pas digne ietoirle prodige; redoutant, dans ma visite à la Sainte-Vierge de Secours, tout sentiment de curiosité, je ne demandais rien ; mais ma confiance était sans iHimes, et, comme ces tilles égarées, j'avais bien des pâcesà attendre. Dieu le savait, et j'ai vu, bien vu, pwfidtement vu.
« C'était le 25 décembre 1870, le saint jour de Noël, ^ quatre heures du soir, que je pénétrai dans le merveilleux sanctuaire. La première impression que je ï^ntis fut vive : ce qui me saisit tout d'abord en ^^mplant la statue, ce fut l'expression d'ime profonde tristesse empreinte sur son visage ; il y avait comme la réflexion de douleurs morales et pliysiques ^îrimée sur- cette douce figure que je ne saurais ^®Qï comparer qu'à la plus frappante image de la ré-
signation. Je restai une demi-heure k ses pieds. Durant ce temps je remarquais bien dans la statue un léger vacillementdes yeux,rœil gauche s'ouvrontnéanmoins plus que le droit, par la raison, ce me semble, que le côté gauche de la statue est tourné vers le chœur de la chapelle où reposent dans le tabernacle, le corps, le sang, l'âme, la divinité de Notre-Seigneur Jésus- Christ cachés et comme anéantis ; de plus, il 7 a encore dans cette même tribune, toujours à gauche de b statue, un crucifix suspendu au mur : donc neo d'étonnant à ce mouvement plus grand de Tœil gauche, la Très-Sainte- Vierge ne demandant qu^unechoM^ les âmes pour Jésus, les âmes pour Dieu.
< Voici ce que j'ai encore vu. Je me défiais de mamême, et puis, mue par ce grand désir de voir eneon^ je désirais rester plus longtemps ; mais Theure di TofBce était arrivée et toutes les places allaient ibe occupées par ces pauvres filles. Cependant, sur moD désir de rester, on me donna une place aux pieds de rimage vénérée, à la droite. Je me trouvai ainsi au milieu de ces malheureuses créatures et, les voyant toutes si jeunes et déjà si avilies, mon cœur s'àniib d'une profonde compassion et mes yeux s'élevèrent tout naturellement vers la Très-Sainte- Vierge. Je te alors doucement saisie : je vis très-distinctement les yeux de la statue se mouvoir, se tourner d'abord rei» les pauvres filles et puis revenir vers moi, à dent reprises différentes. Le premier mouvement s'étaifc encore une fois effectué du côté gauche; du reste j^ n'ai jamais été visiter la sainte Image, sans qai chaque fois je n'ai eu II observer la même chose.
< Je me sentis alors vivement pressée de prier pour
la conversion des pécheurs : en ce moment je vis ce
l^t visage qui m'avait frappé tout d^abord par son
expression de profonde tristesse, je le vis s'animer;
c?étût maintenant une candide et pure jSgure d'en-
fint, tournant vers moi ses yeux pleins de vie. De
bleoB et mats qu'ils étaient auparavant, ils étaient
devenus noirs et brillants, et attachaient sur moi un
tegard profond, d'une douceur extrême. Aussi n'ou-
blierai-je jamais, je l'espère, cet instant de bonheur
Vd n'est pas de ce monde et dont par moments je me
MD8 encore aujourd'hui pénétrée. Je sentis ce regard
iela Sainte-Vierge s'attacher sur moi à deux reprises
différentes et pendant un certain temps.
« Le lendemain, fête de Saint-É tienne, je ressentis Il même impression à différentes reprises. Le 28, fête des Saints-Innocents, je remarquai quelques variations dans les regards de la sainte Image, mais je ne ptispas dire qu'elle me regarda comme les jours préctteats. Seulement, un peu avant de me retirer, je vis M» paupières se soulever et les prunelles disparaître sons des larmes; ses yeux devinrent alors brillants <'oinine du cristal. Ce fut l'instant de penser, et tout nprit son aspect ordinaire.
« Plusieurs fois encore, à d'autres époques où je l'Bvis la sainte Image, j'ai eu la grâce de sentir le doox regard de la Sainte-Vierge s'arrêter sur le mien...
« Metz, le 3 octobre 1871.
« Signé : Marie-Pauline Hesse. »
V. — La même dame fut témoin d'une grande grSce de consolation accordée h, sa parente, Madame de Bonneval, de Nancy. Celle-ci avait été témoin du prodige de la statue miraculeuse dès les premiers joon; le 14 décembre 1870 notamment elle^lui avait vu les yeux tout ouverts et pleins de larmes, pendant dix minutes qu'elle l'avait considérée de près, ainsi qu'elle nous l'a écrit. Aussi devint-eUe l'une des servantes les plus assidues et les plus ferventes de l'Image miraculeuse.
« Le samedi, 15 avril 1871, nous écrit-elle, j'allai prier la Vierge de la Maison de Secours. Je la regardais tranquillement, quand tout \i coup elle devint tellement pale, que je jetai un cri : je pressentais an grand malheur, mais je ne pensais pas que c*étsdt ï moi qu'il était réservé!...
« Le 25 du même mois, me trouvant accablée d'une profonde tristesse dont je no pouvais m'expliquer II cause, j'allai prier la Vierge de la maison de Secoufl pour obtenir courage et résignation dans les épreuves que Dieu pourrait ni'envoyer ; je m'en retournai chei moi fortifiée. Il était trois heures.
« A six heures mon mari tombait foudroyé piir une attaciue, ayant conservé cependant assez do pré:ience d'esprit pour s'unir aux dernières prion»s. L'aiionic ^ était longui; !.. Je demandai ii la Sainte- Vierge deliU être présente, de l'assister auprès de son divin Fib-— Je le regardai moribond, il avait l'air satisfait.
« Le i)remier mai, je retournai à la maison de?*^'^ cours et je denuunhii tout liaul a la Sainte-Vieru''' '='^ elle avait assisté mon mari au mouient «le la ni-'X" '^-
< Dites, élites-le moi L ouvres-moi les yeux, ditesmoi que vous Aiez-là ! > Elle les ouvrit par trois fois : ils étaient noirs, brillants, avec des cils magnifiques ; tonte sa physionomie respirait la satis&ction. Fuis tout k coup ses yeux redevinrent bleus, se fixèrent sur moi et se retournèrent ensuite sur ma nièce qui m'avait accompagnée. > Signée : P. de Bonneval.
VI. — Les détails suivants d'une visite feite à la Vierge Miraculeuse de Nancy, le mardi 5 septembre 1871, ne manquent pas non plus d'intérêt ; la foi profonde et l'esprit de piété, dont ils sont empreints, rendent d'ailleurs tout commentaire inutile.
«• J'étais à Nancy avec Louise et Henri de Bouteîi- 1er, mes petits neveux, l'une âgée de' quatorze ans, l'autre de douze, nous écrit Mademoiselle Antoinette Gault, de Metz. Nous voulions profiter de notBè voyage pour visiter la Vierge Miraculeuse, dont on parle beaucoup à Metz depuis quelque temps. Elle se trouve à l'Hospice du Eefuge, espèce de Maison du Bon-Pasteur, qui nous fut indiquée. Là on nous fit monter une sorte d'escalier de grenier, qui nous donna accès par ime petite porte dans une pièce très-basse (M"« Gault n'avait pas d'abord remarqué qu'elle était et la tribune de la chapelle). Cette petite chambre est garnie ' de bancs en bois blanc, avec un autel entre deux fenêtres. La Sainte- Vierge qui y est placée peut avoir cinquante centimètres de hauteur ' ; elle est peinte en blanc ;
' (La mesure exacte de la statue est de 0», 85 de hauteur).
elle a les yeni très-baisses et biens, les joues un pen colorées mais sans art, les mains croisées sur la poitrine, un filet d*or autour du manteau ; un bouquet de roses blanches artificielles était à ses pieds, et deux vases de fleurs blanches de chaque côté ; trois bougies brûlaient à un candélabre devant la statue. Tout celi n'avait rien de plus imposant que ce que Ton voit dm toutes les salles d'asile de village. D y a, en face de Tautel, un banc d 'église, où priait dévotement une dei Sœurs de rétablissement..
< Je croyais d'abord que la Vierge, dont on pariait tant, était Notre-Dame de Bon-Secours ; et pois, fv c'était, dans une église, une belle grande statue ounat et fermant les yeux avec un doux sourire. Je fixai loiftemps cette petite Vierge qui n'accusait aucun mo«vement. La Sœur sortit, nous étions seuls. Je chugtt de place, je m'approchai, je m'éloignai pour éritar l'effet des deux jours qui font souvent vaciller te objets qu'on regarde longtemps. < Est-ce que too» voyez, vous ? dis-je aux enfants. — Bien, absolnmflt* rien, ma tante. — Eh bien ! ni moi non plus. La bouK* Vierge ne veut rien nous montrer, h ce qu'il semble. ^ Nous achevons nos prières et nous sortons. La portîlf* nous demande si nous avons vu. — < Bien du toifc répondîmes-nous tous les trois. Nous ne nous plaignoai pas, dis-je ; c'est à la volonté de la Sainte-Vierge, «• laquelle nous continuerons à avoir confiance detorfj notre cœur. » Chemin faisant, nous nous commniii'J quions nos réflexions qui étaient exactement M mêmes, sauf que je croyais avoir un peu vu lapanpiM gauche plus soulevée ; mais c'était si vague qui
Q^eût été impossible de jurer pour oui on non. Nons itiona nn peu confds cependanti mais la déception commnne nons consolait... »
Laissant il l'hôtel Lonise et Henri de Bonteiller qui avaient prétexté la chaleur et des lettres à écrire, 1P« Oanlt se remit en chemin pour la Maison de Se- CMurs, ob son neveu croyait avoir perdu une médaille qnil avait Mt toucher avec des chapelets li Tlmage Miraculeuse. Les circuits d'une route incertaine ramenèrent devant l'église SainirSébastien; elle y entra. « Lh| agenouillée sur un prie-dieu en face du crucifix qui fiût le fond du maître-autel, saisie d'une tristesse indicible, poursuit IP^ Gault, je fis cette prière :
c 0 mon Sauveur Jésus-Christ, nous sommes si « nudheureux li Metz,simalheureux de n'être plus fran- « {ÛB? ne pourriez-vous donc pas nous donner une < petite espérance d'être réunis bientôt à notre patrie? « Je vous en conjure par l'entremise de votre Sainte « Mère. Je vais tâcher de voir encore la Vierge de « l'Hospice. Peut-être verrai-je seule? Si je ne vois ' {18, mon Dieu, que votre volonté soit faite ! > Et elle trouva, au sortir de l'église, une religieuse étranlin à la ville qui, se rappelant toutefois le toit aigu de l'établissement, la remit dans son chemin. Louise ( et Henri l'avaient précédée devant la Vierge Mira- I edense. « Je les trouve, poursuit-elle, comme en ^ Hisse devant la Sainte-Vierge avec deux demoiselles : gui attendaient depuis quelque temps le miracle sans iQCCès. — < Et la médaille l'avez-vous trouvée ? > — < Non, ma tante. > — Je cherche à mon tour, et parcourant lap ièce, je vois que nous sonmies dans une tribune
TOMK I. 12
qnïdonne surla chapelle. Je me mets à genoiii contre la
balustrade, en face du Tabernacle, faisant cette prière :
« Mon Dieu, je vous en prie, donnez à ces enfants
« un signe visible de la protection de Marie : qu'il im-
< prime la foi la plus vive dans leur cœur pendant « toute leur vie ! Pour moi, je consens h. en être privée, « car ma conviction pourra en rester aussi solide. Je * serais bienheureuse d'une semblable faveur, mais
< j'en fais volontiers le sacrifice pour mes neveui. >
« Et je retourne auprès de lu statue. Voyez-vous quelque chose, Mesdemoiselles, et vous, mes enfants?» — « Rien du tout, pas le moindre mouvement. • — Fatiguées, les demoiselles se retirent ; une fenune qui priait là, se retire aussi. — « II faut dire les Litanies de la Sainte-Vierge, repris-je. Henri, récite-les, toi ; nous répondrons.»— 'Oui, dit Louise,et encore le chapelet. » — » Mais ne regardez plus la Sainte- Viei^e; laissez-la faire. Vos yeux fatigués ne sauraient plus ce qu'ils voient. > — Les voilk tous les deui prosternés, Louise au coin de l'autel, Henri tourné du côté de la chapelle, priant avec une ferveur que je voudrais toujours leur voir.
< Tont à coup Henri tourne la tête et s'écrie : La voilà gui owre la bmche ! Kous nous levons tous les trois, et nous nons serrons contre l'autel pour bien voir si Henri ne se trompùt pas. C'était bien vrai, et ce que l'on disait voir, les autres le voyaient aussi. « La btntdie est encore entr'ouverie. ~ On voit Vintériear plus foncé. — Le^ livrea tremUent comme pour plearer. — EUe n'apoB cependant de larmes. — Elle a Voir si triste l Oh ! comme les coins de la
iwcle sont laissas, le milieu relevé. — Elle fait la ^h carrée comme quand on pleure. — Elle se co- ^t^^s^anime. — Ah! comme elle a du chagrin ! P(mre petite Vierge /... »
« Risons, dis-je, des actes de foi, beaucoup d'actes de foi » Et pendant qu'ils les faisaient, je disais intérienrement : « Vous êtes bien fâchée, n'est-ce pas, ma « bonne Sainte- Vierge, à cause des Nancéens qui sont
* si mauvais , qui ont si peu de foi (par Nancéens
* ^entendais tous les français incrédules). Nous ne « sommes pas ainsi à Metz : nous croyons à votre pro- «tection, aux avertissements que vous avez vous- « même donnés à toute la France. Nous espérons fer-
* mement que vous exaucerez nos prières et que vous
* ûODs délivrerez bientôt miraculeusement de nos en-
* nemis. »
«Les enfants remarquèrent que les yeux étaient beaucoup plus levés, surtout la paupière gauche, ^5<^e je l'avais vue le matin... Les prunelles étaient ^[^ beau bleu transparent. Nous étions tous les trois Wenémus et bien touchés. Cela a duré trois ou quatre ^utes. Le temps pressait, il fallait nous retirer. Ce î^e nous avons fait avec reconnaissance. De la port« nous avons jeté un dernier regard : la statue avait repris son état naturel.
« Voilà ce que j'ai h vous dire en toute vérité ; mes oeveux l'af&nnent comme moi.
« Signés : Antoinette Gault, Henri de Boutellier, Louise de Boutellier, habitants de Metz. » Dans une lettre, en date du lundi, 20 novembre dernier, Mei^« Gault, après nous avoir dit un mot des pho-
tographies de la statue miraculeuse, que nons savons avoir été tirées par les soins de madame de Bonneval, ajoute : * Noua vîmes la bouche beaucoup plus contractée et la face eiprimant bien plus rivement la douleur et ta tristesse. Cela m'a causé, M. le Curé, une joie extrême et m'a confirmée dans t'espérauce que notre bien-aimée protectrice nous a donné véritablement une marque de sa bienveillance pour nous, pour les Messins en particulier (on dit que les personnes de Metz sont témoins du prodige en bien plus grand nombre que celles de Nancy).
< On dit aussi qu'un miracle s'est opéré pour une personne qui avait un mal dangereui h la main...
« Je voua salue, M. le Curé, en Notre-Soignenr et en sa digne Mère. Signée : A. Qault. >
Vn. — Nous traduisons littéralement la lettre suivante, écrite en allemand par une pieuse domestique, native du paya de Bitcbe, eu couditiou à Metz; sa lettre nous est adressée en date du 28 septembre 1871, et signée Catherine Beyer ; elle nous a été transmise par un chanoine honoraire de Metz.
Comme j'avùs déjà fort souvent entendu dire
qu'il y avait à Nancy mie Image de la Mère de Dieu qui ouvrait et fermait les yeux, je ressentais en moi on grand désir de la voir. L'occasion s'en étant présentée, je lasaisis avec joie. C'était le 28 juin de cette année, une de mes saurs m'accompagnait. Nous arri- ^mes le matin, vers dix heures, derant la sainte Image, et aussitôt nos regards se dirigèrent vers elle. La sbitao anit en ce moment les yeux tellement
fermés, que nous ne pouvions pas même bien lésr distinguer. A dire vrai, j-étais peinée intérieurement : ou bien l'on m'a induite en erreur, pensais-je en moimême, ou bien je ne suis pas digne de contempler le prodige.
« Cependant nous nous mettons à genoux et récitons le chapelet et le petit office de Plmmaculée-Oonception. Sur ces entrefaites, entre un Monsieur accompagné d'une personne de la Maison, et ils s'agenouillent de leur côté devant la statue. Quelques moments après, le visiteur se lève pour considérer l'Image, et voilà qu'il pousse l'autre personne en disant : « Voyez donc ! » Nous nous empressons alors de regarder nous* mêmes et nous voyons fort bien les yeux s'ouvrir, l'œil gauche toutefois plus que l'œil droit : ils étaient d'un bleu de ciel et d'une admirable beauté. Bs se remplirentde larmes comme pour pleurer ^'j^niBUit qu'une tristesse profonde s'était répandue sur toute la figure delà Vierge dont les traits semblaient vivants.
< Ma sœur et moi nous fûmes tellement saisies à ce spectacle, que nous dûmes laisser un libre cours à nos larmes. « C^est vraiment une statue miraculeuse, s'écria tout haut le visiteur ; personne ne me feraja^ mais croire le contraire. »
< Ma sœur et moi nous n'avions échangé aucune parole entre nous, pendant environ une heure que nous avions passée aux pieds de la sainte Image. Lorsque nous fûmes sorties de la chapelle : < As-tu remarqué, me dit ma sœur, comme la Sainte- Vierge avait les yeux fermés à notre arrivée et comme eUe les a ensuite ouverts ? Et elle me raconta en même temps
tout ce qni l'avait frappée : c'était exactement ce q^-^^ j'avais remarqué moi-même. Nous n'avions pas ^^ temps de nous arrêter davantage ; maïs qu'il nous ^ ^ coûta de nous éloigner et combien de fois n'ai-je pa^^i en chemin, souhaité de pouvoir revenir aux pieds ^^ la sainte Image!
« Loué soit Jésus-Christ ! >
• Vni. — Parmi les guérisons bien constatées, obt^ nues devant la sainte Image, nous rapporterons lo^ deux suivantes dont nous avons sous les yeux le récit signé de plusieurs témoins. Nous n'entendons du resi^ nullement nous prononcer d'une manière absolue bxmx le caractère surnaturel et divin de ces faits prodigieux dont l'appréciation juridique appartient to"ïit d'abord à l'Ordinaire diocésain.
H y avait à peine quinze jours que les prodiges de 1* Statue de la Sainte- Vierge avaient commencé dans 1* Maison de Secours de Nancy, que déjà les malades accouraient avec la foule des fidèles pour implorer Tassistance de Marie devant son Image miraculeuse.0fl® pieuse jeune fille, née à Wolmunster, au diocèse de Metz, le 14 mars 1850, du nom de Marie Bintz et de* puis longtemps orpheline de père et de mère, fut l* première guérie dans les circonstances suivantes. BU« était à. l'hôpital de Nancy depuis le 2 juin 1870, ***' teinte à la hanche droite d'une coxalgie si violente que 1* jambe avait subi un raccourcissement de dix centiiû^ très. Trois mois d'un douloureux traitement n'avai^^^ abouti qu'à rendre la pauvre fille de plus en plus i'^*^^ potente. On était alors au mardi, 6 décembre, fête saint Nicolas, l'illustre patron de la Lorraine.
Comme on parlait beaucoup à Saint-Charles de la nouvelle Vierge Miraculeuse, Marie Bintz témoigna Textrême désir qu'elle ressentait d'aller demander, devant la sainte Image, une guérison que les remWes humains étaient désormais incapables de lui procurer, et le jour même, elle s'achemina péniblement, avec une vingtaine d'autres malades vers la Maison de Secours. Les infirmes avaient promis chacune une bougie à la Vierge, en cas de guérison. Marie Bintz toute seule s'était empressée d'acheter la sienne en chemin dans la conviction intime qu'elle serait exaucée avant même que la bougie ne fût brûlée.
Arrivée devant la Statue Miraculeuse, elle put déjà poser à terre son pied malade. Puis, au moment où fut chanté le cantique < Patronne de la France > désormais célèbre dans la Maison de Secours, la pieuse fille vit la Statue ouvrir les yeux et lui donner ainsi l'assurance que sa confiance ne serait point trompée. Et de fait la patiente s'en retourna sans le secours de ses crosses, mais ne pouvant toutefois encore plier le genou en souffrance. Bentrée à Saint-Charles, elle s'assit près du fourneau dans la salle où était son lit. Tout à coup il se fit dans son genou un craquement qui fut entendu de toutes ses compagnes fort étonnées de ce phénomène : mais la malade se trouva à l'instant radicalement guérie, tout malaise avait disparu et à l'admiration de toute la salle elle se mit h marcher comme si jamais elle n'avait eu d'infirmité. Dès le lendemain elle aidait à laver la lessive dans la maison. Nous avons vu, le 15 juin 1872, l'heureuse protégée de la Sainte- Vierge au couvent des Dames de
l'Assomption de Nancy oît elle s^st consacrée à la vie religieuse : son air de sant4 aussi bien que ses parolea nous ont appm combien on peut compter sur le iSffl(w( des Infirmes.
IX. — Huit jours s'étaient îi peine écoulés depuis la guériaon de Marie Bintz, qu'une nouvelle faveur de ce genre vint réjouir une autre orpheline, bien pieuse, toute dévouée à Dieu et également désireuse d'entrer en religion.
■ Angoatine Benel souffrait depuis trois mois d'un panaris. Son bras en était enflé jusqu'au coude, et des j* grosseurs s'étaient formées sous l'aisselle. Elle xm^ goûtait plus de repos ni le jour, ni la nuit, et le médecin lui avait déclaré qu'elle en avait encore pour*] plusieurs mois.
< Elle se décida, le 14 décembre, à aller faire toucher son doigt malade à la Vierge Miraculeuse de la Maison de Secours. A peine l'eut-elle fait, que les donleurs cessèrent et, pour la première fois depuis sa cruelle indisposition, elle goûta, la ntùt saivante, hq profond sommeil. Étant ensuite allée trouver le médecin pour l'opération, elle jeta celui-ci dans nne profonde surprise de la voir, pendant qu'il lui coupait les chairajnsqa'au germe du panaris, impassible et a*éprouvant pas la moindre douleur.
< Immédiatement après l'opération, Auguatîne re> tourna à la chapelle de la Maison de Secours; comma elle se répandait intériem^ment en actions degr&ces devant la sainte Im^^e, celle-ci ouvrit les yeux et les fixa SOT la miraculée, en présence d'an gnmd nombre de personnea témoins du &it.
« An sortir de la chapelle, la patiente sentit tomber les linges qui enveloppaient son bras } elle développa ceux du doigt qui se trouva guéri : il était net et sans aucune cicatrice.
« Etonné d'une guérison si subite, le médecin questiona Âugustine Benel sur les remèdes qu'elle avait employés ; celle*ci lui raconta simplement les feits qu'il reconnut au-dessus de la compétence de la science. >
Cette guâ*ison nous est attestée dans les termes précédents par plusieurs personnes notables de Nancy, dont deux Soeiurs de Saint-Charles et ËmiËe de Bouvier et Madame de Bonneval.
X. — Ces guârisons ont beaucoup contribué à ren^ dre cher aux âmes pieuses le culte de l'Image de ïa Vierge Immaculée dans son humble sanctuaire de la Maison de Secours. Mais les faveurs accordées ainsi aux infirmes semblent avoir un but plus direct, visant plutôt aux misères de Tâme, qu'il nous importe tant de faire cesser. Yoilà pourquoi sans doute la nouvelle Statue Miraculeuse se montre si souvent aux regards des fidèles avec ce profond sentiment de tristesse et ces larmes mystérieuses dtot nous ont entretenu plusieurs témoins oculaires.
< J'étais à Nancy, le 25 novembre, jour de la fête de sainte Catherine, nous écrit encore Madame Hesse, en date du 10 décembre 1871 ; c'était un samedi, qui fut pour moi un jour de grâces. J'allai donc voir, dans l'après-midi de ce joui^ ma bien-aimée petite Vierge, car je M dois bien de» gr&ces, de ces grâces
que l'on ne dit pas, mais qui n'en sont paa moins, pour les personnes qui les obtiennent, des bienfaits évidents. Ce jour je tro'uyai une profonde impression de tristesse sur 1b vis^e de la sainte Image; c'était comme lors de ma première visite, le jour de Noël 1870. Dèa mon arrivée, je fus saisie de l'expression douloureuse répandue sur la figure de la Sainte- Vierge. Mais, au bout de peu de tfimps, son douï visage perdit cette expression, et Je crus voir alors ses yeux s'ouvrit davantage, devenir plus noirs et plus brillants et s'arrêter doucement sur moi : j'ai ressenti, en ce moment-là, une impression qui n'était pas ordinaire et qui m'assure du miracle à ce moment-là même. Ce que j'éprouvai alors n'était pas l'effet de la prière; non, c'était nue douce attraction qui m'élevait vers la Sainte- Vierge et me rendait complètement étrangère à tout ce qui m'entourait. Cette impression ne tut pas longue, mais tout ce qne je puis vous dire c'est qu'elle fiit réelle, et à cette heure même, oii je suis loin de cette chère Im^e, j'en ressens encore toute la suavité.
< Oe même jour 25 norembre, ma tante étût avec moi ; elle vit aussi quelques mouTementa dans les yeoz- Au moment de notre départ, quand, près de la porte entr'ouverte, je jetai sur la vénérée Im^eun dernier regard d'adieu, je lui retrouvai son air triste et abattu que j'avais remarqué à notre arrivée. >
XI. — Bien des fois dans les mois écoulés de 1872, le prodige des mouvements de la sainte Image s'est renouvelé. On parle d'une Mère provinciale de Saint- Charles qui en janvier se sentit comme forcée de re-
gvder la Btatae devant laquelle elle se tenait en prière; elle lui vit les yeux ouverts pendit près d'une Iwoie.'
Un élève d'une institution ecclésiastique de Nancy t TU le même prodige le lendemain de sa première eommimion, au mois de mai, comme il faisait une vilitè d'actions de grâces dans la chapelle de la Maison de Secours. Mais terminons par un fait qui est sans doute un trait de lumière aux pauvres annexés de la Lomâne et de TÂlsace. Madame Marie-Pauline Hesse, dont le témoignage a toute notre confiance, nous permettra de la citer une dernière fois.
«Depuis ma dernière lettre, nous écrit-elle de IbtE, le 25 avril 1872, j'ai été h Nancy; mon voyage a été rapide, à peine suis-je restée une journée en cette Y31e; mais le Bon Dieu m'a donné assez de temps pour rendre une petite visite h notre vénérée Vierge de Secours. C'était le samedi 13 de ce mois, et j'ose h, peine avouer que cette fois encore j'ai eu la faveur de voir le doux regard de la sainte Mage s'arrêter sur moi J'étais toute seule dans la chapelle : je recommandais à Marie tout ce que j'ai de famille, de bienftiteurs et d'amis sur la terre; je pensais aussi à notre pays de France et surtout à notre chère ville de Metz. Je demandai à> ma petite Vierge sa protection pour tous et ses lumières afin qu'en ce moment déciflifpour nous autres Français habitant un pays annexé, je connaisse la volonté de Dieu sur moi et sur les miens, car pour moi, je n'ai au cœur qu'un désir : ïue je sois dans cette chère ville de Metz que j'aime ^mme un être vivant bien que n'étant pas mon pays
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natal, ou que je sois au centre de la France ou même i l'eitrémité du inonde, peu m'importe pourvu que je réside là. o{i|Dieu me veut, Auï pieda de la Vierge de Secours, dans un moment oii je désirais savoir si la Providence veut que je reste à Metz ou que je parte pour Paris...., j'implorai ^ cet effet les lumières de la divine Mère du Sauveur. Or, quelques jours plus tard mon mari prit sa résolution, et, par le concours de diverses circonstances imprévues, il décida que nous resterions % Metz. Je ne doute pas un seul instant que notre chère petite Vierge de Secours ne eoit intervenue en cette rencontre. Aussi u'ai-je pas besoin de vous dire avec quelle conâance je me remets entre ses mains avec tous les miens pour nos intérêts du temps
et de l'éternité >
Noua partageons cette confiance en l'Immaculée Vierge Marie. .Avec tous nos frères les fidèles du Christ, qui demeurent filés en Lorraine et en Alsane, nous disons : 0 Vierge de secours, nous espérons toujoura en vous, aooa n« sefoos pas confondas I