DEUX APPARITIONS DE LA SAINTE-VIERGE, A CHAPELLES
EN SUISSE
I. Caractère général de ces deux Apparitions. — II. Apparition du 4 août 1871. — III. Apparition du jour de TAscensioD, 9 mai 1872.
I.— Nous sommés dans l'allégresse d'apprendre que la Reine des Anges a favorisé tout récemment le diocèse de Lausanne de sa visite miséricordieuse, aux confins des cantons de Fribourg et de Vaud. Dans cette Suisse autrefois si libre et si paisible, alors que IWtéde croyance faisait la force du pacte fédéral, le Dialheur s'est assis aujourd'hui presqu'k tous les byera par suite de l'hospitalité accordée à toutes es erreuis et à toutes les folies de l'esprit humain : neore un pas en avant, et sur cette terre si fière de on indépendance, le Christ et son Église ne trouve-
raient plus une pierre où reposer en sécurité! Miis Marie a entendu la plainte de ses enfants désolés : terrible à Thérésie comme une armée rangée en bataille, elle s^est portée au foyer même de la rébeUÎM, elle a foulé le sol de la Suisse révolutionnaire poK . donner au troupeau demeuré fidèle la ferme assanMque rissue de la lutte ne dépendrait, sous son égidfl^ que de la générosité et de la sainte ardeur du croyants. Les dates mêmes ont ici leur enseignement: la première des deux apparitions que nous signaloM a eu lieu le jour de la fête de Saint Dominique, fondateur de l'Ordre des Frères-Prêcheurs et de la dévotion du très-saint Bosaire, comme si la Beine dii Cieux voulait insinuer que c'est par la prière et 11 sainteté de vie, l'abnégation et la souffirance volontaire plus que par les protestations et les diseoui que les catholiques doivent lutter; la seconde apparition s'est passée le jour de la fête de l'Ascension, comme pronostic joyeux d'un triomphe aussi magnifique qu'inespéré : après la Passion et la Croix, Il gloire !
II. — C'était dans la soirée du 4 août 1871, dam la paroisse catholique de Promasens dont l'église ait célèbre par un Crucifix miraculeux.
A peu de distance de là, dans l'annexe de ChapeUfli, une jeune fille, à peine âgée de vingt et un ana, di nom de Marie Françoise ou Fanchette Décotterd, lat» guissait sur son lit de douleur, en proie à un mal affreux : la plante des pieds de l'angélique patiente éUît rongée par deux horribles chancres. Le mal était in?^ \
téré; il avait débuté, peu après la première Communion de Panchette qui sentit d^abord ses jambes s'affaiblir, puis ses genoux ployer sous le poids de son corps, et enfin une impotence complète s'emparer de ses membres et la retenir indéfiniment -au lit. Sa douleur était d'autant plus grande que ses pieux parents dont elle était l'enfant chérie, avaient en vain essayé de tous les remèdes dans leur sollicitude pour elle. Sans plus d'espoir du côté des hommes, la famille avait tenté d'arracher au ciel la guérison de Fanchette, et sa mère, sa sœur, une amie de la maison et une petite orpheline élevée chez ces bons laboureurs venaient d'achever ce jour-là même une neuvaine de prières.
La soirée s'était passée néanmoins sans aucun indice de mieux dans l'état de la malade : mais parfaitement résignée à la volonté de Dieu, l'innocente victime n'avait rien perdu dp son calme habituel et elle continuait à élever vers le ciel son regard paisible et résigné, pendant que le calme de la nuit s'était fait dans l'humble chaumière oîi tout le monde dormait.
Tout à coup une clarté éblouissante remplit la chambre de la malade : portée sur une nuée de gloire, au milieu du silence le plus solennel, la Vierge Immaculée apparaît en même temps aux yeux émerveillés de Fanchette.
Les paroles de la Keine des Cieuxque la discrétion ne nous permet pas de rapporter tout au long pour le moment, apportent un baume fortifiant à l'heureux enfant de Marie, car elles lui font pressentir le retour
peu éloigné des Évoques de Lausanne dans leur vieille cité Épiscopale, apr«s troia longs siècles d'absence.'
• Comme vous venez de me prier et que vous prieji » toujours, > avait dit d'abord l'Apparition,* je viene < vous annoncer de grandes nouvelles
• Je suis la Très-Sainte- Vierge, appelée Marie, la
* Mère de Jésus.
• Une vous faut pasprier pour voire gucrison. C'est
* fini. Ayez toujours bien patience comme vous aveu « eu jusqu'à présent. La /î» viendra avant que r.e Sfiit « trop longtemps. »
En ce moment, onze heures du soir, l'heure de matines, dans les communautés contemplatives, sonnait i la petite horloge de la chaumière. La patiente, enivréfl de délices, avait oublié toutes ses souffrances, ou plutôt elle était heureuse d'avoir k remettre aux mains de la Kfiine des martjTS quelques potits mérites de satisfaction et de réparation pour être ajoutés aux trésors d'expiations qui préparent la Régénération du monde.
« Ma Très-Sainte- Vierge, appelée Marie, la Mère de Jésus, > répondit l'innocente jeune fille, • je ne puis assez vous offrir de prières et de remerciements pour ces grandes nouvelles que vous venez de m'ànnoncer. »
£tla vision disparut. Le divin Maître avait attaché une Victime volontaire de plus ksz suite dans lamentée du Calvaire si chère aux âmes d'élite de la Sainte Église. En disant k Marie-Françoise de ne plus prier pour sa guériaon, la Mère de Dieu, dont le langage s'abaisse aux locutions usuelles du diocèse de Lausanne, lui donne clairement i, entendre que le grand bien de la paix leli^euseet civile n'est pas encore pro-
che, et qu'il faut le hâter à force de pénitence et de saintes larmes.
Avec cet appoint volontaire des justes, le plateau de la miséricorde finira par l'emporter sur celui de la justice, et pour longtemps les sauvages fils de Brutus rentreront dans Tombre de leurs tanières sataniques. L'appel fut compris de Marie-Françoise.
ni. — Cependant le printemps de 1872 avait ramené la saison des fleurs en Suisse comme ailleurs ; une révision de la Constitution Helvétique avait en même temps germé dans le camp révolutionnaire, et le dimanche 12 mai devait, sous le rayonnement bien ménagé du suffrage universel, faire éclore cette fleur vénéneuse qu'une majorité de nons pouvait toutefois refouler dans l'ombre.Or, à l'aube du 9 mai, vers l'heure matinale oîi la cloche de l' Angélus annonçait au loin l'aurore de la belle fête de l'Ascension de Notre- Seigneur, il plut à la Keine des Anges d'apparaître de nouveau dans l'humble chaumière de Chapelles. Elle pensait sans doute au vote du dimanche suivant.
Fanchette se trouvait encore en ce moment en proie à une pénible insomnie, par suite d'atroces souffraîices qui étaient allées en progressant depuis quelques jours^i au point qu'on l'avait crue plusieurs fois à sa dernière heure. Elle était à bout de forces, lorsque tout à coup une douce lumière vint inonder sa chambre et suspendre comme par enchantement les ardeurs cuisantes du chancre. En même temps la malade, ravie d'admiration, vit apparaître de nouveau la Très-Sainte- Vierge, vêtue d'une robe blanche, un crucifli sur la
jioithijf:. f:k^ IIi£:n^ ?r:l-^^ i-rnzir nr h sainti Al«iiitu:nH* d- la S^ilf-n-e. Le? IrTrf^ :r^-fs d^ la Bea des Aupea s'on^Tiren; « & ïr:«i§ r*:rî=*ï î* pieuse F» lîljeiu^ en recaeillii des pariut^ i'jsi.'z iyxAQi et f ■ ('barra (' ineffables.
« Je reviens cn/'or'' unrf-yls' 5wj>r^* 4e tous » Il dit Marie. « Cestlatn^'rt qn/.y. rj-n^ i»ii^aNiK>iiMr « Vous recevrez la rerontpin ?tf in '?ii i> fi h ioiifai « cierneL... Je sais la Tri-s-SainU-Vierge affà « JUarie, la Mère de Jésas. »
Avec une confiance tojteâliale. la malade s*oublii
luujcmrs elle-même pour ne sc^nger qu'aux nécessit
du ]irocbain, exjK)sa alors à la Mère de grâce et
miséricorde les denôandes qu'elle avait été chargée
lui faire en cas d'une seconde apparition. Après ar
reçu la répc»use de la Vierge irès-Ciémente, Fanche
lui ofl'rit rhommage de sa reconnaissance : < Malr
Saint^'-Vier^^e, appelée Marie, la Mère de Jé>us >
dit-elle, « il m'est impossible de f»ouvoir assez v
reiiRTcier de ce grand bonheur que j'ai de vous ^
iui|>n\s de moi. »
Van de moments après, Celle que l'E^rlise salue
titre de Tuur de David et de Porte du Ciel, rega
Jes d<'ineures éternelles, en donnant une nom
assurance a son enfant que sa couronne était guj
depuis longtemps et que ses longues souffrai
s'u jouUu'aient au trésor spirituel de la Sainte Ég
Depuis lors, Marie-Françoise Décotterd, touj
eiitnî la vie et la mort, semble s'acheminer, pu
chemin de iieurs incomparables, vers la Jérns;
céleste, tant elle est heureuse de voir sa vie se
sumér à petit feu pour la plus grande gloire de Dieu et le salut de ses frères.
Le vénérable Curé de Fromasens est pleinement convaincu de la réalité de ces Apparitions; ses pieux paroissiens qui appellent Théroîque victime « la Sainte, > partagent Topinion de leur pasteur. Tel est aussi le sentiment de notre correspondant de Suisse qui a recueilli ces particularités ^ Fromasens même et dans la chaumière des époux Décotterd. Puisse le jugement de l'Ordinaire écarter tous les doutes !
CHAFITEE XIV.