CHAPITRE
l'archange saint MICHEL, GÉNÉRALISSIME DES FORCES CATHOLIQUES DANS LA LUTTE ACTUELLE.
I. Comment saint Michel combat pour TEglise ; la campagne de Russie. — II. II est toujours le généralissime des combats du Seigneur. — III. Chapelet de saint Michel et ses précieuses indulgences. — IV Confrérie du Mont-Saint- Michel en France.
I. — Les Anges et les Bienheureux du ciel ainsi que les âmes du Purgatoire font suite h Notre-Seigneur et à sa sainte Mère dans Tassistance visible qu'ils prêtent à rÉglise militante, en nos temps d'expiation et de douloureuse régénération de la chrétienté. Il n'est peut-être pas un pays catholique qui n'ait été rendu attentif à la lutte par quelque signe ou apparftion de leur part ; mais on peut dire que les nations les plus
9 sont eacore ici les pins favorisées, et ainsi la France et l'Italie se retrouvent en première ligne en présence de cette intervention d'En-Haut.
Il convient d'appeler tout d'abord l'attention des pieux fidèles sur le rôle immense, et cependant inaperçu de beaucoup d'entre eui, du glorieus Archange saint Michel dans nos présents combats. Tout le monde sait qii'U est un des protecteurs de la Sainte Église et le Patron spécial de la France catholique ; mais combien peu de chrétiens sont attentifs à se ranger dévotement sous la bannière et k se mettre sous la protection du saint Archange ! Combien peu, si nous pouvons nous eiprimer ainsi, prennent le mot d'ordre auprès de cet invincible et ardent généralissime des forces catholiques !
Pour convaincre nos lecteurs que l'épée invincible du Chef delà Milice céleste ne repose jamais en face des ennemie de l'Église, fussent-ils des Français, nous nous contenterons de citfir une page de la vie du vénérable Père François-Xavier Biancbi, mort en odeurde aùnteté ^ Naples, le31 janvier 1815 '.
« Les désastres de la campagne de Russie furent également prédita par François Blanchi, raconte l'abbé de Valette. François promettait au jeune ecclésiastique D. Gabriel Buonocore le prochain triomphe de l'Église, et comme celui-ci se refusait à y croire parce que Napoléon était encore au comble de sa puissance et que les débuts de sa dernière campagne étaient mer- Teilleusement heureux. Blanchi, sans lui répondre, se
1 Km <jw r. Stanehi, pai l'abbâ de Valette, Paris, chai Patoi».Cntté, 1371, pBg. 195.
mit ^. sûurird. A. quôlipes jpuu dalà^Aô chaîner Biipnocore^ oncle de ce jeune homme, étant Yenu voir la Père, a^^rès qu^on eut chanté le TeBeumj pour l'entrée^ h, Moscou, il lui dit i < Pourquoi es-ta triate ? — Comment voulez-vous que je ne le sois pas ? Yous savez, qu^OH vient de chanter le Te Deum. -^ Us. auraient mieux fait de chanter le Miser ere.> Et comme Buono- Gore lui objectait qu'on pouvait bien exagérer un sua» ces,. mai3^ noa Tinventer tout àr £ait, Bianchl s'écria, comme hors de lui : < Saint Micheî^saint Michdi, mecscmépée^adéjàpresquedétruittoui^Varim çaise entrée à Moscou, Une âme Va vu dans Voraison. Notez le jour où nous sommes, et vous saurez bientôt ce qu'a fait la main du Seigneur. ** Ce n'est donc paa dans l'Ancien Testament qu'il faut relégiier l'épée de smi Miehel et de aea Anges. Elle demeure vaillamment au service de l'Église de Dieu jusqu'^ la fin dea siècles, avec ou coatre iea Francs^, selon qu'ils se montrent fidèles ou non h leux vocation de peuple trèS' cfirétien.
U. — • Dans la seconde moitié d'avril de cette année 1872, écrit un pieux correspondant au Bosierde Marie ', je reçus une lettre d'une âme qui m'est unie en Dieu et que le bon Maître éclaire sumaturellement.
« EUëavait été fhippée, dans son ors^OA, delatdste et universelle impuissance de» gens de bien en &oe do. mal toujours croissant. Les bonnes volontés catho-
1 No du samedi 22 juin 1872, p^ 46^ Le^GhapiM de^êmm^
liques encorfl nombrenaes dans le monde, Ini apparaissaient éparses et sans lien, et c'est ce qui rendait leurs efForta inutiles pour le bien général, faute d'un chef, un, fort, puissant qui pût les concentrer et les coordonner.
ï Elle vit alors qne ce chef, un, fort, puissant, était saint Michel, et que toutes ces volontés éparses, disséminées dans le monde entier, devaient être remises sous sa condnite. 11 fallait pour cela faire la consécration de cette année de bonnes volontés catholiques aa seulchef capable delà diriger, de la gouverner, de la conduire, de la rendre invincible. Elle le fit, et elle acquit la conviction que saint Michel se chargeait de cette œuvre et qu'il devenait par Kt le généralissime des armées catholiques de la terre pour l'Église. »
Cettfl communication est trop conforme à la tradition catiiolique relativement an (glorieux patronage de saint Michel sur l'Éj^Iisie univorscllf^, pour qu'elle nous inspire quelque défiance. Si Notre-Dame des Anges est aujourd'hui plus que jamais la dépositaire de nos destinées, saint Michel devient comme son aide-de-camp général, réglant sous les ordre» de Marie, l'ordre des combats du Seigneur.
m. — Disons un mot dn Chapelet de saint Michel recommandé à la personnedont il vient d'être question, par l'inspiration dn saint Archange, comme elle le conjtirait,lejour de sa fête, le 29 septembre, de lui faire connaître une prière qui vînt de lui et par laquelle elle put l'honorer.
Ce chapelet ou Couronne Angélique en l'honneor
k glorieux saint Michel Archange, fut révélé par ce puissant chef de la Milice des deux lui-même. « Appanôssant un jour, lisons-nous dans la Notice de cette léToiâon. imprimée en 1860, à Lorette, avecpermission leTOrdinaire \ apparaissant &la grande servante ^' leDien, Antonia d'Astonaco en Portugal, qui lui était lÈB-dévouée, il lui dit qu'il voulait être révéré par ^salutations correspondant aux neuf chœurs des ^es, salutations qui consisteraient dans la récitaâoad'un Pater et de trois Ave en l'honneur des trois ûéiarcUes angéliques, et qui se termineraient h, la l^niière des neuf salutations, par quatre Pater ^ le )ï6mi«r en son honneur, le deuxième en l'honneur do ttnt Gabriel, le troisième h, saint Saphaêl, et le quanème àl'Ange Gardien.
« Tel est l'hommage que lui suggéra et que choisit wur lui-même le glorieux prince de la cour céleste. 1 promit, en retour, à quiconque le vénérerait do »tte manière avant la sainte communion, d'obtenir itf un ange de chacun des neuf chœurs lui fut assigné pour l'accompagner à la sainte Table. De plus, à celui ïui réciterait ces neuf salutations chaque jour, il produit son assistance continuelle pendant la vie ainsi que lî^e des saints Anges, et il ajouta' qu'un tel fidèle obtiendrait après sa mort la délivrance de son âme et îe celle de ses parents des peines du purgatoire. C'est 1^ ce qui est rapporté dans la vie de la vénérable An- »niad'Astonapo, livre II, chapitre 74. »
De précieuses indulgences ont été accordées h, ce
^ Voii: le Bosier de Marie, N'> du samedi 29 juin 1872,
cliapeîet par le Saint-Si%e Apostolique en 1851 et 1852. En tête du décret de lasaerée Congrégation des Rites on lit ' : • C'eat une piense tradition des temps passés qnfi l'arehangc saint Michel, prince de la milice céleste, déclara à une pieuse femme qui avait l'habitude de l'honorer chaque jour par des actes particuliers de dévotion, qu'il lui serait agréable de voir introduire l'usage d'une certaine formule de prière* eu sou honneur eten l'honneur de tous les saints Ange» du Ciel ; qn'il récompenserait pour cela ses dévots aervitearsen venantàleur accours par les plus abondante» faveurs dans les besoins publics, surtout dans ceiixàe l'Église catholique dont il est le protecteur perpétuel, de même qu'il le fut autrefois de la Synagogue d'Israël. De lii vient que cette formule de prières en l'honneurdn saint Archai^ faisait les délices d'une carmélite du monastère de Vetralla, au diocèse de Viterbe, décédée en- odeur de sali^té en 1715, après beaucoup de maladies tris-pénibles endurées par elle pendant de trèsbngues années, avec une héroïque patience ; de sorte quecette pratique s'y étant maintenue sans interraptton jusqQ'& présent, j persévère avantageosement encore aujoiird'Imi.> (Formula et chapelet de la Couronne ai^liqufl se tronventii la librairie catholique de A. Arnold, à lâlle).
rV. — Noua remplissons un de nos devoirs de congréganiste vétéran des saints Anges en recommandant ainsi il nos lecteurs la dévotion da glorieux saint
• Vok itofier A M»it, N> du «juillet 1872, p. 484.
lfi/8bei Fiw tenir €0 ^ni ximt cPÊtt» dit, il» pfftnrenli VOIT combiefi eette déirotifm répond ans méoasftBiéBi yris^tes. Ceux d'eatre eoK qiû seraient déséxeiCL è'aiK parteBÎar k unede ses eonfeémes» poucrakiit eatroifst lew nom et s?adressftr pour iom^ lenaoigneaiento k M. Tabbé Bobert, supérieur du Monb«Saui^Mi(diflb (Maoïche) et direeteur d^ la eoB&érie; étaNîe dMUt Végliae de oe pèîkerLna^ oélètoe.
CHAPITKEn. .
AÏTARITION- DU BIBIIBBUIIEUX AmSBÈ BOBètâ, à WHSNÎ.
r. La Pologne sem reconstituée dans son ancienne nationalité;'— If. Le dominicain Rorzeniecki invoque à cet effet le vénérable martyr André Bobola, en 18Î9. — IIL Gelni. ci lui apparaît et lé console. — IV. Preuvoqùll ki laisse dèlaivifldon.
L — Nous suivrons de préférence Tordre ofaponolQK gi(|ue dans le réeit des manifestations des saints eur faveur de la Sainte Église, dans oe siècle, et nous-eomr mençons par le patron de Théroîque Pologne,, assurément Tune des contrées les plus éprouvées de la chrétienté.
Bien desprophéties ont soutenal'espérance de ee peuple^ grandement coupable, il est vrai, maia aussi puai par une oppression séculaire qm laisse bien kin dar-^ rièreelle la eafti^vité dt Babylene^ Malbeure^mueiKt
la voix de la Révolution a été plus écoutée de noa jours que celle de l'Église efc l'oo pouiTait dire que c'en est maintenant fait de la Pologne, si les promesses du Ciel n'étaient point là pour donner l'assurance du contraire. L'heure impossible et miraculeuse de la délivrance est proche, croyons-uous ; comment celle-ci aura-t-elle lieu, c'est le secret que le Ciel noua a laissé entrevoir dans rApparition prophétique du vénérable André Bobola, béatifié, on le sait, le 30 octobre 1851, avec Germaine Cousin, l'humble bergère de Pibrac.
II, — Ce saint martyr, originaire d'une des plus nobles familles du Palatinat de Sandomir, était entré chez les Jésuites en 1611, à l'âge do dix-neuf ans. Son zèle lui mérita la haine des schismatiques russes qui le mirent & mort, !i Janow, par la main des cosaqnes, le 16 mai 1637, au milieu do supplices icouïs dans les fastes de l'iiglise.
Des apparitions fréquentes, des miracles éclatants, des faveurs sans nombre rendirent bientôt populaire dans tonte la Pologne le saint martyr, dont le corps s'est conservé incorruptible jusqu'aujourd'hui dans l'église des Dominicains de Poloçk. André Bobola est devenu dès lors l'un des patrons de sa patrie. On y a recours à lui en toutes sortes de circonstances difRciles ; maie ses compatriotes lui demandent de préférence la constance dans la foi au milieu des persécutions et la fidélité k la cause de la Pol(^e, qui, selon une âe ses prédictions, doit être rétablie comme nationalité. Or, dans le courant de l'année 1819, un saint relif^enx de l'Ordre des Frëres-Prâcheurs, le Père
Kwzeniecki, dn convent de Wîlna, en Lîthuanîe, génnssait, dans le secret de sa cellule, sur le sort de plus en pins malheureux de sa patrie et sur l'inaction forcfe à laquelle Tavait lui-même condamné la police nsse que ses prédications et ses écrits inquiétaient, sans ombre de raison.
Accablé de tristesse, le Père ouvrit, à une heure avancée de la soirée, la fenêtre de sa chambre ; les yenx fixés au ciel, il se mit h invoquer le Bienheureux André Bobola, pour qui, dès son jeune âge, il avait tonjonrs eu une dévotion particulière, bien que l'Église n'eût pas encore élevé sur les autels le martyr de Janow. Il rappelait au Bienheureux qu'il y avait déjà, Men des années qu'il avait prédit la résurrection de l'infortunée Pologne et qu'il était temps que sa prophétie se réalisât enfin, s'il ne voulait pas voir sa patrie 88 perdre pour jamais dans le schisme et l'hérésie.
m. — Quand le Père eût fini sa prière, la nuit était déjà fort avancée. Au moment de se coucher, il vit tout ^ coup debout au milieu de sa cellule un vénérable personnage, portant le costume de jésuite, qui lui dit :
« Me voici. Père Korzeniecki, je suis celui à, qui '^ns venez de vous adresser. Eouvrez votre fenêtre et wns apercevrez des choses que vous n'avez jamais vues. >
A ces mots, le dominicain, quoique tout saisi, ouvre » fenêtre. Quelle n'est pas sa surprise de n'avoir plus «MIS les yeux l'étroit jardin du couvent avec son mur f enceinte, mais de vastes, d'immenses plaines qui s'étendent jusqu'à l'horizon !
<- La plains qui se déroale dsyant vous > Gontinaa le bienheureux André Bobola, • c'est le territoire de Pinsk ou j'eua la gloire de soufiir le martyre pour ta foi de Jésus-Christ : mais regardez de nouveau, 8t vous ccmoaitrez ce que vous désirez savoir. >
En ce momeut, comme le Père regardait une seconde fois au dehors, la plaine lui apparut tout à eoup couverte d'innombrables masses de Russes, de Turcs,, de Français, d'Anglais, d'Autrichiena, de Prussiens et d'autres peuples encore, que le religieux ne put distinguer eiactement, se combattant dans une mêlée horrible comme dans les guerres les plus sanglantes. Le Père ne comprenait rien à cet a&eus spectacle.
• Quand, lui dit le bienbeureui Martyr, la guerre dont vous tenez de contempler le tableau, aura fait place à la paix, alors la Bologne sera rétablie, et j'en. serai reconnu le principal Patron. »
Et comme le dominicain, la joie dans l'âme, mais, craignant néanmoins de se tromper, demandait on àffiA de b réalité de cette vision :
< C'est mfÂ, r^rit le Bienheareux, qui tous doine l'assurance de toutceci : la vision que voua avei bous Isa yeux est réélis et vraie, et tout s'exécutera de point en point comme je vous l'ai annoncé. Maintenant, preaez votre repos. M<n, pour vous donner un signe de la vérité de ce que vous avez vu et entendu, je veax^ avant de vous quitter, imprimer sur votre bureau les traces de ma mai&. < En disant oes mots, le saint toucha de sa main la table du Père Kcn^ratlecki, et W linstut (Heparot
— ae» -
lY. — Bevenu de&tranaperi&okravaU j0té«Vi9^ rition de son bien-aimé martyr^ le doaisiîoaiii ^sp^ procha de sa table et y vit très-neittemenll deaedié» l'empreinte de la main droite du Bienheureux. Le lendemain, à son réveil, il n'eut rien de plus pressé que de s'assurer de nouveau de la réalité du fait : en présence de ces vestiges miraculeux, parfaitement visibles, il sentit tous ses doutes s'évanouir. Le Père, inondé de. joie, convoqua aussitôt tous- leà religieux du couvent. Tous ensemble constatèrent la réalité de l'empreinte laissée par le Bienheureux. D'autres religieux, entr^ autres les Jésuites du grand collège de Foloçk, eurent communication de l'heureux événement , et c'est l'un d'eux, le Père Gregorio FelMerzamb, qui a donné les détails de l'Apparition dansune lettre écrite en italien, de Nice, 13 avril 1854, à un autre Père jésuite, de résidence k Lyon.
Nous avons eu sous les yeux une copie manuscrite de cette lettre traduite en français ; elle nous a été communiquée par un supérieur d'une dea maisons de la Compagnie en France ; nous l'avons confrontée aveo les textes imprimés par les journaux et elle noua a paru de la plus grande exactitude ; aussi l'avonâ-noua suivie dans le récit que nous venons de fûre. On eu pourra trouver le texteitalien dansla CivUta CattoUcc^^ année 1854.
Nous nous réjouissons de cet espoir donné à la Pologne de voir bientôt tomber ses chaînes. Puissent lea trois grandes puissances copartageantes mieux entendre leurs intérêts, faire droit aux vœux de tout le monde civilisé et reconstituer enfin ,, sans nou^eUei
effusion de sang, ce peuple héroïque dont l'esclayage n'est pour elles-mêmes qu'un ferment de plus de discorde et d'inguérissable malaise !
ÉPINES QUI CROISSENT DE NOS JOURS DANS LE CffiCK