CHAPITRE XI
LES FLÉAUX MYSTÉRIEUX QUI S'ATTAQUENT AUX HOMMES, AUX ANIMAUX ET AUX PLANTES EN 1872,
I. — Après la guerre, voici la famine, au loin. — II. Le choléra jusqu'à nos portes. — III. Les pestes bovine, ovine, porcine, chevaline, etc. — IV. Les fruits de la terre menacés jusque dans leurs racines.
I. — A la vue des calamités sans nombre qui pèsent sur le monde entier et redoublent même d'intensité au lieu de prendre fin, n'est-il pas évident que Dieu prépare un coup décisif contre la terre impénitente ? Ces calamités, les esprits optimistes n'osent plus les nier, en présence surtout de cet état presque permanent de guerre qui ensanglante tour k tour les diverses régions des deux hémisphères, depuis la Chine et le Japon jusqu'aux Képubliquesde l'Amérique du Nord et du Sud, avec le terrible trait d'union de 1870 entre la vieille et la nouvelle civilisation. Écartons ici le spectre sanglant de la guerre. En Perse, il est remplacé par le fléau de la famine qui vient de sévir, presque toute l'année, sur la plus grande partie de la population. « Les nouvelles arrivées de ce pays au mois de mars 1872 *, nous font connaître, àitle Bien Public ie Gand, la mortalité eflBrayante que la famine a amenée avec elle, depuis un an environ
1 Bien Public de Gand, no du 8 mars 1872.
qu'elle désole le pays. lÀ parovince de iniMmadi a perdu 140,000 habitaïiti (4(^000 BUREts et 100,000 teh grés) ; celle d'Isphnor compte 18,000 morts et SSMMt «migtés^Mè éeùle Ville» Ttfsfl, dé 90fc 80|000 Èm, a Yu moiffir 4,000 dé ses hiaMtftfitil.
< On sait, en outre, que, dans lisaribite delà fiuniM, la mort £ftTi6liait àtriarM lés MAdès UB^^
dayres indiquaient le ôhôïniii Mivi pttr les AltoMM qui remontaient vers la fiûssie. >
Au mois de mai suivant, Vétat dt psfs dtidft lolifooit désolant Ainsi le capitaine Pierson mande aa2lM« en date du 3 mai * t « je suis arrivé sain et anf à Téhéran^ ayant voyage sous bonne escorte ; la mole est fort dangereuse pour les petites escouades, i Hans-ï-âultw, je trouvai rofl<^ envc^ par le gnad* vizir pour extenùiner les voleurs, dans an étafc eoBplet de dènûment : il avait été entièrement dépouillé par eux. Les céréales sont magnifiques, Teaa abonde, mais les derniers degrés de la famine sont plus horribles h voir que ne Tétaient les premiers.
< La route est parsemée de cadavres à demi-dévorés. Plusieurs fois, j^ai dû enlever des cbaml»res des caravansérails où je logeais, des monceaux de cadavres. Le cannibalisme n^est pas rare ; heureusement, la cherté des vivres diminue, et j^espère que la fin de la fiunine est proche. »
II. — Ailleurs, c'est le choléra qui décime les populations au loin, comme à nos porteto. Ainèri une cor^
i Courrier de BrUaSelUs éd. hidbd. dû 10 mai IStâ.
respondance du Times rapportée dans V Univers semiquotidien du 30 octobre 1872, nous apprend que ce fléau multiplie les victimes dans le Turkestan et les régions avoisinantes.
< Le choléra fait de nombreuses victimes à Boukhara, dit-il. Douise cents personnes meurerd par jour. Dans le Punjab, le registre de la semaine donne un total de 1084 morts du choléra, 331 de plus que la semaine précédente.
< Cent soixante-douze villes et villages sont infestés.
< A Cachemyr six mille personnes ont été atteintes, et la moitié sont mortes. Cependant le fléau a perdu de son intensité dans certains districts. A Sringgar, il y a 75 à 96 décès par jour. »
La Kussie à son tour est sillonnée par le terrible fléau qui déjà, s'est propagé, de là, dans la Prusse et dans toute la zone avoisinante, comme nous l'apprennent les lignes suivantes du Bien Public de Gand, du 16 novembre 1872.
« Allemagne. Le choléra a fait son apparition à Berlin. Il sévit avec rigueur dans toute la Prusse orientale, en Galicie, en Bohême et en Hongrie. La fièvre typhoïde a pris à Berlin un caractère violemment épidémique. »
Et ainsi nous rencontrons, presque chaque jour, une nouvelle funèbre dans les journaux.
Dieu ne veut-il pas nous prouver par là jusqu'à la dernière évidence que le feu de sa colère s'allume lentement, mais enfin qu'il s'allume et que ces flammes vengeresses peuvent d'un moment à l'autre envelopper
Tunivers coupable dans leurs tourbillons foudrojai Opécheur ! que tu es un pauvre yer de teiie dev
TEtemel !
m.— Les animaux dont rhomme abase tant aigo d'hui, soit pour le travail du dimanche, soit pour se paître de leur chair, les jours d'abstinence, au pcant < les mécréants affectent d'organiser des banquets eng jusqu'au jour du vendredi-saint, les animaux port la peine des péchés de l'homme, dans piresque toi les espèces domestiques. On n'entend en effet pu depuis longtemps que des pestes bovine^ avinefP cine; les basses-cours même n'ont pas été épaign^ Bien plus, le plus noble compagnon des tntvaiii l'homme, le cheval est frappé à son tour; il est proie au fléau, en Angleterre et jusqu^en Amériq Les autorités de Boston, accusées de négligence, 1 du terrible incendie qui vient de faire presque éprou à cette ville florissante le sort de Chicago, ne se so elles pas rejetées sur la peste chevaline pour essa; de se disculper?
IV. — Ce qu'il y a de plus triste en ces épreuv c'est que les animaux, quand ils ne sont pas atteii se retournent contre l'homme. N'avons-nous pas effet vu, cet automne, nos récoltes tardives et nos i mailles dévastées par les souris et les rats ? En p courant la campagne, nous ne pouvions £aire un i sans rencontrer ces rongeurs presque aussi éhoni que nos socialistes affamés du bien d'autruL
Mais laissons là ces ennemis dont l'hiver aura pei
être raison. Voici que par une dérision d'En-Haut, un imperceptible insecte vient de mettre le comble à ces persécutions encourues par la créature pécheresse ; le Phylloxéra menace la vigne, sur une immense échelle, la vigne, hélaâ ! dont le produit est profané par les cabarets multipliés à Tinfini de nos jours, en leur qualité de temples du dieu Ventre.
V Univers y dans l'un des numéros de juin 1872, a parfaitement apprécié ce nouveau fléau, dans les termes suivants ' que nous voulons faire passer à la postérité.
< Dans le Bas-Languedoc, la maladie nouvelle de la vigne inquiète beaucoup les agriculteurs ; ils présagent l'entière ruine de pays très-riches, très-peuplés, admirablement cultivés, dont la vigne fait toute la richesse. Ils ont devant leurs yeux l'exemple du Comtat, d'où la vigne a presque disparu ; et ce qui n'est qu'un mal partiel, quoique sensible sur le cours du Khône, où d'autres cultures marchaient de pair avec celle de la vigne, deviendrait un désastre épouvantable dans les plaines du littoral méditerranéen, qui ne sont qu'un vaste vignoble. Déjà chacun y est en peine de sa fortune, de l'avenir de sa famille, beaucoup de Jeur existence même. C'est l'état que nous avions annoncé il y a deux ans,au commencement de la guerre, quand la science cherchait les moyens de débarrasser la vigne du PhpUoxera^ et qu'elle y perdait son latin. Il ne s'agit pourtant que de détruire, ce qui est davantage dans les moyens de la science moderne
> Voir le Bien Public de Gand, du 28 juin 1872.
que d'édifier. Un méchant petit pnceron, invisible on à peu i»rès,est lacause de tout le mal. Il s'attache aux racines, qu'il pique pour en sucer la sève. Le nombre de ces bêtes nuisibles croît tous les qninze jours en progression géométrique : jusqu'ici, aucun procédé pnticable en culture n'a été trouvé pour les détroiie. Leurs piqûres imperceptibles deviennent innombnblés, et forment sur toutes les racines des nodosités qui finissent par arrêter la circulation des sucs et entraîner la pourriture. Aussi toute vigne attaquée est-elle regardée d'avance conmie perdue et comme devant infecter toutes celles d'alentour. Là-dessoa l'expérience n'est malheureusement que trop générak et trop sûre.
« Nos lecteurs ont oublié sans doute qu'en parlas) du Phylloxéra^ il y a deux ans, nous rappelions te prédictions faites par la Sainte- Vierge sur la monta gne de la Salette. Le Siècle^ à ce qui nous a été di depuis, s'amusa beaucoup de notre superstition Hélas! celui qui écrit ces lignes a partagé en quelqu chose la sottise du Siècle^ autrefois. Malgré l'excust de la jeunesse, qu'il avait alors, ce souvenir de s faute le rend indulgent.| Quand il fut annoncé, ei Tannée 1846, que la Sainte- Vierge avait apparu i des enfants, qu'elle leur avait parlé patois ~ pour s faire entendre, comme en Chine elle parlerait chinoi — qu'elle avait annoncé des maladies aux pommes d terre, aux vignes et aux oliviers, alors que ni pomme de terre, ni vignes, ni oliviers ne songeaient à étr malades, qu'elle avait prédit d'autres malheurs en core, si l'on continuait à profaner le jour du Seigneui
et à blasphémer le tom dé Dieu $ iimtA ^ raconta que, les yeux pleinà de larmes, elle avait déclaré qu'elle nô pouvait plus retenir le bras de son divin ïils, le bras de l'étemelle justice, il tiôus âëinbla, dans notre sagesse, que des rêveries de cette espèce allaient faire à la religion et à. la foi des peuples un mal inâni. Nous ne comprenions pas que l'autorité neligieusç n'eût pas étoutfé, sous un mépris bien déicide, celte scène de prophéties invraisemblables et, âfèlon nous, ridicules. Eh ! qu'avaient & faire les pommes de terre avec le blasphème et la loi du sabbat ? Vest ainsi que nous déraisonnions, et le souvenir de notre impertinence nous est présent comme si c'était hier.
« Depuis, nous avons vu des maladies nouvelles, inconnues lors des prédictions, s'attaquer aux fruits de la terre, aux pommes de terre, aux vers à soie, à l'olivier, h, la vigne , tandis que le peuple français continuait k sanctifier le dimanche par le travail et le lundi par la boisson, à jurer, k sacrer avec des perfectionnements et des fioritures dignes d'enrichir la musique de l'enfer. Pour nous en tenir k la vigne, elle eut d'abord V oïdium, qui ne fut pas pour faire rire. L'oïdium est un produit du progrès, importé dans les serres chaudes par je ne sais quelle plante exotique^ et, de là, répandu et naturalisé dans nos vignobles. Nous nous en serions bien passés ; il a fait ses dégâts avant qu'on trouvât le remède. Maintenant on en vient à bout au moyen du soufre en poudre, mais â la condition de recommencer les sonfrages tous les ans et pluâients fois dans chaque saison. La vigne, désor^-
a vécu, et elle a produit, et les vignert richis, et ils ont juré, et ils ont blasf dimanches qu'ils doivent à Dieu, ilslei tous les diables. Les heureux coquins o chance d'échapper aux ravages de l'i Bieune et de la pétrolisation commi comme ils sont fiers et républicains !
moquent des crédulités chrétiennea, co voient le surnaturel aux bonnes femme bien d'une autre affaire. La vigne, lenr si l'on peut employer ce terme après I fait le duc d'Aumale, la vigne se meurl morte. Et quand on est mort, tout i dicton, que leur grossière impiété a rép^ est vrai pour leur précieux arbuste, p voudraient qu'il ne le fût. Attendront-i] complet pour reconnaître la maîn qui » Nous avons la ferme croyance que la vigne n'est pas destinée ^ périr entië pour une raison dont les plaisantins de L
fice perpétuel. Que les buveurs d'absinthe rient de notre confiance, ils ne nous en feront pas démordre, puisqu'un ange du ciel n'y réussirait pas. Aussi croyons-nous que les hommes de science, — instniments de Dieu, — finiront par trouver un remède au terrible Phylloxéra, Peut-être Dieu attendra-t-il pour le leur faire ou le leur laisser découvrir, que les blasphémateurs se soient tus ; qu'ils se taisent donc : qu'ils cessent de travailler le dimanche; qu'ils se reposent donc. Et l'État, qui retire par les impôts le plus net du produit de la vigne,, pourquoi n'y pas tenir la main ? Est-il donc si nécessaire que pour la plus grande gloire du libéralisme on se rie de Dieu publiquement en paroles et en actions ? Nous, chrétiens, pourrons en pâtir sur la terre, mais nous savons très-bien qui rira le dernier. »