AYANT-PROPOS
L e but de cet ouvrage est de contribuer à former des généraux pour le service de la patrie.
Un Général à la fois sage , expérimenté et intrépide, est en quelque sorte le plus beau fleuron de la couronne d’un Souverain. Le salut comme la ruine de l’État, sont entre ses mains. Forcé de prendre des résolutions rapides, décisives, au milieu du tumulte des camps et du fracas des batailles , il doit souvent décider du sort de plusieurs millions d’hommes , sans avoir même le temps de la réflexion. Cependant il est censé ne se déterminer que sur une connaissance parfaite et une juste appréciation du véritable état des choses ; connaissance que dans les circonstances ordi-
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naires de la vie, on obtient uniquement par les calculs les plus exacts , et qu’il est si difficile de discerner du vraisemblable ou du faux.
L’exécution d’un projet exige plus ou moins de temps : néanmoins le Général ne connaît souvent les circonstances sur lesquelles il a à prononcer , qu’au moment où il faudrait déjà procéder à l’exécution des mesures qu’il doit adopter. Alors il est forcé déjuger, décider et exécuter avec une telle rapidité , qu’il est indispensable d’avoir l’habitude d’embrasser d’un coup-d’œil ces trois opérations , de pénétrer les conséquences des différens partis qui se présentent, et de choisir au même instant le meilleur mode d’exécution.
Mais ce coup-d’œil perçant qui embrasse tout , n’est donné qu’à celui qui , par de profondes études, a sondé la nature de la guerre ; qui a acquis la parfaite connais-
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sance de ses règles , et qui s’est , pour ainsi dire , identifié à cette science. La faculté de décider de suite et avec assurance , n’appartient qu’à celui dont la propre expérience a éprouvé la vérité des maximes connues , et qui possède la manière de les appliquer; à celui-là seul enfin qui trouve d’avance, dans ses connaissances positives , la conviction de l’infaillibilité de ses jugemens, > ;
Puissent ces observations convaincre ceux qui se sentent le courage et les moyens d’aspirer au commandement d’une armée, de tout; ce qu’ils ont à faire pour y parvenir î Et puisse cette conviction faire naître en eux la noble ambition d’acquérir les rares qualités qui leur sont nécessaires !
On n’obtient de grands résultats que par de grands efforts ; mais combien la récompense en est douce, quand elle se trouve dans le sentiment intérieur des ser-
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vices qu’on a rendus, dans la reconnaissance de la patrie , l’estime de ses contemporains , et l’admiration de la postérité !
L’on ne devient grand capitaine qu’avec la passion de l’étude , et une longue expérience. Il ne suffit point de ce qu’on a vu soi -même : car , quelle est la vie de l’homme assez féconde en événemens, pour donner une expérience universelle? et quel est celui qui aurait occasion de s’exercer dans l’art difficile du général avant d’avoir rempli cet important emploi ? C’est donc en augmentant son propre savoir des connaissances d’autrui , en appréciant les recherches de ses prédécesseurs , et en prenant pour terme de comparaison, les exploits militaires et les événemens à grands résultats que nous fournit l’histoire des guerres , qu’on peut s’y rendre habile ( i ).
(i) L’auteur a parfaitement raison : quand on connaît