CHAPITRE H
voir des forces supérieures, ou de combattre, pour couper de simples lignes de liaison. Cependant , on emploierait eu pure perte ces moyens, et 1 Ennemi commettrait impunément les fautes les plus grossières , si l’armée ne prenait soin , à chaque mouvement rétrograde, de garantir assez sa ligne de communication la plus importante , pour la mettre à l'abri de tout danger. Mais lorsqu’on verra le dernier objectif, celui à la conservation duquel l'existence de l’état est en quelque sorte attachée, près de tomber au pouvoir de l'ennemi , et qu il ne restera plus aucun autre moyen de salut, alors le général pourra courir les hasards d'une bataille avec des forces inférieures (1).
(1) Si l’on posait en principe, qu’une armée dût toujours se retirer lorsqu’elle est inférieure en nombre , quelle part resterait-il au génie dans le succès des opérations ? Combien l’histoire ne nous offre-t-elle pas d’exemples de résolutions contraires , qui ont amené les événernens les plus favorables. Si Frédéric , à la bataille de Leuthen , se fût retiré devant les Autrichiens, il aurait perdu ses états : loin de là , il eut l’audace d’attaquer 70 mille hommes avec 3o mille, et sauva sa monai" chie. Sans doute il s’exposa à tout perdre; mais n’y a-t-il pas souvent de ces cas où il faut tout risquer ? Et que serait devenu Bonaparte devant Wurmser , en 179(7 , s’il s’était retiré du Mincio sut Gênej, parce qu’d eva des forces supérieures devant lui ? Sans doute l’intention de Fauteur
l56 APPLICATION DE LA STRATÉGIE.
Dans celle extrémité, il lui est permis de négliger les règles et de s’élever au-dessus de toute considération , pour ne songer qu'à s’assurer d un bon champ de bataille. C est le dernier effort du désespoir , à J issue malheureuse de laquelle on ne doit plus survivre. Dès-lors, qu importe comment on finit, comment on est victorieux ! Tout est perdu par la défaite ; tout est sauvé par la victoire, n eut-elle d autre résultat que de conserver l objet pour lequel ou a risqué ses dernières ressources.
n’a pas été de faire , de celte vérité apparente , une règle de conduite invariable , la suite de la dissertation le prouve; mais il a toutefois réduit à une seule hypothèse la nécessité de risquer bataille avec des forces inférieures; i! regarde cette résolution comme un acte de désespoir réservé pour le moment où il faut sauver 1 Etat ou mourir. Loin de partager sa manière de voir, je crois que 60 mille hommes, s’ils veulent se maintenir à la longue devant joo mille , doivent toujours prendre l’initiative ; s’ils laissent cet avantage à l’ennemi , et qu’ils veuillent se sauver par le choix des positions et par des retraites, ils seront perdus. Ln tel système ne doit être adopté que dans le cas où l’on attendrait des armées entières a soit secours ; par exemple, comme Mark aurait dû le faire pour joindre l’armée russe en 1 8o5 ; comme Blueber l’a fait en 1 8 1 3 , toutes les fois que Napoléon se portait sur lui, et qu'il fallait procurer a la grande année de Bohème le temps d’opérer pour soutenir celle de Silésie ; mais une armée inférieureen nombre à son ennemi, et opérant isolément , ne peut se maintenir ni espérer de succès que par l’initiative de l’attaquo-