L'ENFER, CHANT IV
Je dis à Virgile : « O toi, qui honores les sciences et les arts, enseigne-moi quelles ombres glorieuses régnent dans ce lieu, séparées de la foule des autres âmes. »
Et lui à moi : «La haute réputation qu’ils ont laissée sur la terre leur a valu cette récompense du ciel.»
Une voix se fit ouïr : « Honneur au poète sublime! son ombre absente revient parmi nous. »
La voix se tut : trois personnages majestueux s’avancèrent : leur visage n’exprimait ni plaisir ni tristesse.
« Regarde, me dit mon guide, celui qui devance les trois autres ; il porte une épée d’une main et semble leur prince.
» C’est Homère, poète souverain ; à sa suite marche Horace le satirique ; le troisième est Ovide ; Lucain, le dernier.
» Chacun d’eux mérite comme moi le nom qu’une voix a proclamé : ils me rendent louablement honneur. »
Alors je vis se réunir la merveilleuse école de ce roi du chant sublime qui plane, comme l’aigle, au-dessus des autres poètes.
Ces augustes personnages s’entretinrent quelque temps ; puis ils se tournèrent amicalement vers moi avec un salut dont mon maître se prit à sourire.
Ils m’honorèrent encore davantage en m’accueillant dans leur assemblée; je me trouvai le sixième parmi ces immortels génies.
Nous cheminâmes ensemble jusqu’à la lumière ; nos entretiens roulaient sur des choses dont il était beau de parler, comme il convient de les taire à cette heure.
Nous atteignîmes le pied d’un noble château, sept fois environné de hautes murailles, et baigné par un fleuve limpide.
Après l’avoir franchi comme une terre ferme, mes illustres guides passèrent par sept portes, et je les suivis dans une prairie verdoyante.
LA DIVINE COMEDIE
Là, se tenaient d’autres personnages imposants, au regard sérieux et calme. Ils parlaient rarement et avec une voix mélodieuse.
Nous nous retirâmes à l’extrémité de la prairie sur une hauteur spacieuse etclaire, d’où je pouvais contempler à loisir toutes ces belles âmes.
Là, debout sur le vert émail, me furent montrés les grands esprits. O contemplation pleine de charmes ! source inépuisable de ravissements intérieurs !
Je vis Electre, accompagnée d’une troupe de héros; parmi eux je reconnus Hector, Enée, César avec son armure et ses yeux d’épervier.
D’un autre côté, je vis Camille et Penthésilée, et le roi Lalinus assis auprès de Lavinie sa fille.
Je vis ce Rrutusqui chassa Tarquin, Lucrèce, Julie, Marcia, Cornélie, et le sultan Saladin seul à l’écart.
Plus haut, je remarquai le maître des savants assis au milieu de sa famille de philosophes.
Tous l’admiraient en lui rendant hommage; Socrate et Platon siégeaient les plus proches du maître.
Au dessous, je voyais Démocrite, qui attribue l’origine du monde au hasard, Ànaxagore et Thalès, Empédocle, Héraclite etZénon.
Je voyais Orphée, Tullius, Linus, et le moraliste Sénèque, Dioscoride, excellent observateur de la vertu des plantes ;
Ensuite le géomètre Euclide, Ptolémée, Hippocrate, Avicenne, Galien, et le célèbre commentateur Averroès.
Je ne saurais les nommer tous. Mon sujet m’entraîne, et bien des fois les paroles manquent à un tel récit.
Virgile et moi, nous quittâmes la majestueuse compagnie. Mon sage conducteur me ramena par une autre voie hors de cet air pur et tranquille, dans une atmosphère convulsive :
Nuit sombre où ne brille aucun rayon.
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Dante s évanouit au récit des amours de Françoise deftimmi et de Paul.
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Je descendis du premier cercle dans le deuxième, d’une enceinte moins vaste, mais où la douleur plus poignante arrache des cris.
Là, trône en grinçant l’horrible Minos ; il pèse les crimes de ceux qui entrent; il les juge, et par le nombre des- replis de sa queue il désigne le lieu de leur supplice.
Les âmes coupables se dévoilent tour à tour en sa présence ; le noir inquisiteur des damnés marque lequel des neuf cercles doit être leur prison; elles entendent leur arrêt, et sont précipitées dans le gouffre.
« O toi qui pénètres dans le royaume des pleurs, me dit Minos en suspendant son ministère inflexible, crains de t’engager sur la foi de ton guide; méfie-toi du facile accès des enfers.
a —Pourquoi ces cris ? lui répondit Virgile; ne t’oppose pointa son voyage. On le veut où réside le suprême pouvoir ; ne demande rien de plus.»
Déjà commencent à se faire entendre les voix plaintives; d’innombrables gémissements frappent mon àme.
Ce nouveau cercle obscur mugissait comme la mer en courroux, lorsqu’elle est battue des vents contraires.
La trombe infernale qui jamais ne s’apaise entraîne les esprits dans son tourbillon, les roule sans repos, les fouette et les torture.
Quand ils se trouvent devant le souffle vengeur, ils grincent des dents, ils se plaignent, ils se lamentent ; ils blasphèment la vertu divine.
LA DIVINE COMÉDIE
J’appris que de semblables angoisses punissaient les âmes charnelles dont la faiblesse asservit la raison aux plaisirs des sens.
Comme leurs ailes emportent les étourneaux arrivant par troupes vagabondes et pressées au temps froid, ce tourbillon emporte les mauvais esprits.
Son vol convulsif les ballotte; ils n’ont aucune espérance d’obtenir une minute de relâche ou un adoucissement à leurs peines.
Telles passent, en chantant leur lai plaintif, les grues formant une longue file dans l’air; telles je vis venir les ombres dolentes portées sur le tourbillon.
« Maître, m’écriai-je, quelles sont les âmes que le vent noir déchire avec tant de violence?
» — La première, me dit-il, gouverna des peuples nombreux et différents de langage. La satisfaction des désirs fut consacrée dans ses lois pour justifier ses honteux débordements.
« C’est la reine Sémiramis, l’épouse et l’héritière deNinus; elle régna sur la terre où domine le Soudan.
» Celle qui l’accompagne coupa la trame amoureuse de sa vie et rompit la foi promise aux cendres de Sichée. Après elle, voici la luxurieuse Cléopâtre.»
Je vis Hélène, source de tant de maux, le grand Achille, qui eut aussi à combattre l’amour, Pàris, Tristan, et plus de mille ombres dont l’amour a causé la fin.
Je restai tout à la fois éperdu de saisissement et de pitié, lorsque mon sage maître m’eut nommé en me les montrant les anciennes dames et les cavaliers, victimes de ce cruel sort.
« Poète, dis-je à mon guide, je voudrais bien entretenir ces deux ombres qui volent ensemble et paraissent si légères au vent. »
Et lui à moi : » Attends qu’elles approchent davantage; alors, au nom de l’amour qui les mène, appelle-les, elles viendront. »