‹ Vol 1Chapitre 31 sur 63 · L’ENFER, CHANT XIV · texte numérisé non relu

L’ENFER, CHANT XIV

Tel sort du Bulicamc le ruisseau sulfureux dont les ondes se divisent entre les pécheresses ;

Telle courait sur l’arène cette rivière, où s’amortissent toutes les flammes.

Lc.fondet les bords présentaient l’image de la pierre pétrifiée; je pensai qu’il convenait de prendre ce chemin, et mon maître :

<( Entre toutes les choses étranges offertes à ta vue, depuis que nous avons franchi la porte dont le seuil n’est interdit à personne, rien d’aussi étrange.»

Je priai le doux poète de m’expliquer ce qu’il me donnait le désir de connaître ; «Au milieu de la mer, dit-il,

» Existe un pays en ruines, nommé la Crète; elle eut un roi sous lequel le monde fut chaste ;

» Là, jadis ornée de fontaines et de feuillages, une montagne appelée Ida, maintenant déserte comme toute chose vieille.

» ïthéa la choisit pour le fidèle berceau de son enfant, et, pour mieux le cacher, quand il criait, la déesse mère ordonnait aux coryhantes d’y pousser de retentissantes clameurs.

» Dans les entrailles de la montagne, debout, un vieillard colossal, les épaules tournées vers Damiette, fixe les yeux sur Rome la sainte, comme sur un miroir.

» Sa tête est formée d’un or pur ; ses bras et sa poitrine, d’argent; ses flancs, de cuivre ;

» Le reste du corps se termine en acier, sauf le pied droit en terre cuite, sur lequel il s’appuie davantage.

» Toutes les parties, excepté celles d’or, sont zébrées de fentes d’où les larmes suintent en s’amassant et percent la montagne.

» Leur cours se dirige vers cette vallée où elles enfantent l’Àchéron, le Styx et le Phlégéton ;

LA DIVINE COMEDIE

» Enfin elles descendent par ce canal étroit jusqu’aux lieux où l’on ne descend plus.

» Elles y forment le Cocyte ; comme tu verras ce lac, je ne t’en parle point.» Et moi :

« Si le ruisseau rouge tombe de la terre, pourquoi n’apparait-il nulle autre part? » Et lui :

« Ce royaume est circulaire, tu le sais ; dans ton voyage, incliné vers la gauche, tu n’as pas encore parcouru tout le cercle ; ne sois donc point surpris d’une chose nouvelle.»

Et moi : « Où se trouvent le Phlégéton et le Léthé ? Tu ne me parles pas de l’un, et tu dis que l’autre lire sa source de la pluie de larmes.

» — Je satisferai avec plaisir à tes questions, repartit le maître ; le bouillonnement de celte eau pourpre aurait dù te résoudre l’une des deux.

» Tu contempleras le Ectlié, hors de cette enceinte, dans le séjour où les âmes vont se baigner, après l’expiation des fautes.

» Il est temps de quitter le bois ; ne perds point ma trace; les rives refroidies nous ouvrent un passage.

» La vapeur torride cesse de les embraser. »

J] aille i encontre flrunetto lariia son maître.

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