XXV1J
On disait près de moi sur ma route vermeille :
Quelle grâce a béni cet heureux troubadour?
Maintenant j’ai perdu la volupté sereine Dont mon trésor d’amour épanchait la fontaine.
Mon cœur devenu pauvre a peur de s’entr’ouvrir.
J’imite l’indigent dérobant sa détresse;
Je souris au dehors et je feins l’allégresse;
Mais au dedans je brûle et pleure sans tarir.
Lorsque cette dame eut quitté Florence, il plut au Roi des anges d’appeler au milieu de sa gloire une autre jeune habitante dont la gracieuse beauté charmait les cercles de la ville. Je vis son corps pâle et insensible environné d’une troupe de femmes gémissantes ; je ne pus étouffer mes larmes en me souvenant qu’elle avait tenu compagnie à la noble Béatrice, et je lui consacrai les stances commémoratives des deux sonnets suivants :
Pleurez ! amants, pleurez! puisqu’amour se désole ;
Pleurez en apprenant l’objet de son chagrin.
Amour entend pleurer, sans que rien les console ,
Les dames accusant la rigueur du destin.
L’impitoyable mort, dont le dard tout immole,
A pris ce cœur sublime, et son amer venin /V détruit, hors l’honneur, immortelle auréole,
Tout ce que la beauté porte en soi de divin.
Sachez combien l’Amour honora sa mémoire.
Je le vis, c’était lui sous son habit de gloire,
Pleurer près du beau corps glacé par le trépas.
Il élevait souvent son regard plein de flamme Vers le ciel triomphal oii chante la belle âme.
Jadis femme charmante au séjour d’ici-bas.