‹ Vol 1Chapitre 59 sur 63 · L’ENFER, CHANT XXXIII · texte numérisé non relu

L’ENFER, CHANT XXXIII

» Le quatrième jour, Gado se jeta el s’étendit à mes pieds, disant :

(c Mon père, secours-moi !

» Il mourut là, et moi, qui te parle, je vis tomber les trois autres entre le cinquième et le sixième jour.

» Aveugle, dans les ténèbres, je me roulai à tâtons sur leurs corps inanimés. .le les appelai pendant deux jours entiers, après qu’ils eurent cessé de vivre; ensuite la faim vainquit la douleur.»

Après ce récit, le damné, les yeux hagards, ressaisit le misérable objet de sa rage, et ses dents, comme celles d’un chien furieux, broyèrent le crâne jusqu’à l’os.

Pise! honte des nations du beau pays à la langue harmonieuse, pourquoi tes voisins tardent-ils à te punir?

Que Capraja et Gorgona s’ébranlent et obstruent le cours de l’Arno, pour qu’il submerge tes habitants !

Si le comte Ugolin était accusé d’avoir livré tes châteaux, devais-tu vouer ses enfants à un tel supplice?

Leur âge tendre, ô nouvelle Thèbes! rendait innocents Uguccione, Brigata, et ses deux frères nommés plus haut dans mon chant.

Nous poursuivîmes notre pèlerinage jusqu’au lieu où la glace cruelle enserre d’autres ombres, non pas debout, mais la tête renversée.

Quand les paupières ont trop de larmes, la douleur se refoule el accroît, l’angoisse intérieure ;

Les premières gouttes qu’elle verse, congelées sous les cils, comme une visière de cristal, remplissent l’orbite de l’œil .

Or, mon visage, devenu presque insensible sous le contact du froid, sentit les effluves du vent.

(( Maître, dis-je, d’où vient cette agitation? Est- ce que tout souffle n’est, pas éteint dans ce lieu ?...»

Et le maître : « Tu verras bientôt la source du vent. » Et l’un des malheureux du cercle glacé :

« Ames coupables, exilées par vos crimes dans le dernier bolge, arrachez de mon front ces bandeaux pesants; je voudrais soulager ma douleur avant que mes larmes se congèlent. »

LA DIVINE COMÉDIE

El moi à lui : « Dis-moi Ion origine; je te soulagerai, je le jure, ou que je sois abîmé dans le lac strangulateur. »

Et l’ombre ; « Je suis frère Àlbéric ; je suis l'homme dont le jardin a enfanté de mauvais fruits ; je reçois une datte pour une figue.»

» — Es-tu déjà mort?» lui repartis-je. Lui à moi ; «Je ne sais comment mon enveloppe terrestre est là haut dans le monde.

» Ce cercle de Ptolémée, par un privilège inconnu, attire souvent l’àme, avant qu’Atropos ait dénoué sa chaîne.

» Sache-le donc, et délivre mon visage de ses larmes glacées : dès qu’une âme trahit comme la mienne, un démon lui enlève son corps et le gouverne jusqu’à ce que son temps soit révolu.

» Pour lame, elle tombe dans cette froide citerne; peut-être là-haut se meut toujours la forme de l’ombre agonisante derrière moi dans la glace.

» Tu la connais, sans nul doute, si tu es arrivé depuis peu; c’est le sire BrancaDoria; bien des ans se sont écoulés depuis qu’il gémit dans cette triste prison. »

Et moi ; «Tu me trompes, car Branca Doria existe ; il mange, il boit, il dort et revêt la parure des vivants.»

Et lui : « Michel de Logodoro n’était pas englouti dans la fosse de Malebranche, où bouillonne une poix ardente;

» Branca Doria, traître, laissa un démon logé dans son corps et dans celui d’un de ses proches, complice de sa trahison.

» Or, je t’en adjure, étends la main, dessille-moi les yeux. » Mais je ne satisfis point sa prière ; ce fut une loyauté d’être envers lui déloyal .

Ah! Génois! race ennemie de toutes les vertus et gonflée de vices, pourquoi n’êtes-vous pas expulsés de la société humaine !

J’ai rencontré avec le pire esprit de la Romagne un des vôtres dont ses crimes ont plongé l’âme dans le Cocyte;

Chose étrange! son corps semble vivant sur la terre.

Ugolin et ses fils tramés en

prison.

/Tïxnvïïü

Dante et Virgile sortent de l'Enfer.

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