CHAPITRE VI
perses depuis Bâle jusqu’à Gengenbach, notaient plus à craindre pour lui.
Pourquoi donc Moreau ne profita-t-il pas plutôt de cette supériorité ? pourquoi les laissat-il tranquilles du 28 juin au 4 juillet , tandis que ce délai leur assurait la liberté d’attirer tous leurs renforts, et de rectifier leur position ? Quand un général a obtenu sur l’ennemi un tel ascendant qui’llui suffise de frapper encore un coup , pour parvenir à son but , il ne doit pas en laisser échapper l’occasion , et prendre la voie plus longue des manoeuvres : car il remet ainsi en question les avantages que la supériorité de ses armes lui avait assurés.
Moreau ne voulut pas s’avancer dans la vallée du Rhin, avant de s’être rendu maître des montagnes, par une prévoyance fondée sur une maxime de l’art de la guerre , mais dont l’application était erronée et contraire à ces vérités incontestables, savoir: que dans le succès, on fait mal de rester à moitié chemin ; qu’il faut profiter de ses avantages , et n’employer de troupes que là où elles sont indispensables pour accomplir les vues qu’on se propose.
Si Morean, aussitôt après le combat de la Rench, s’était avancé sur la Murg par le pied des montagnes , avec les 5 divisions de l’aile gauche , du centre et de la réserve; et que de là
il se fût porté sur l'Alb en toute diligence , se contentant de pousser seulement Laroche dans la vallée de la Rencli, vers le Kniebis qui était dégarni et ne fut occupé plus tard que faiblement : il eût culbuté les Autrichiens qui s'opposaient à lui , et battu en détail les renforts qui vinrent ensuite à leur secours. Dans le cas même oû Laroche aurait échoué devant ce poste , l’armée autrichienne eût néanmoins été battue , et le petit nombre de troupes resté dans ce défilé, n’aurait point causé d’inquiétude. Disons plus; s'il avait ordonné à Ferino, qui resta si long-temps dans l'inaction, d’attaquer les ennemis dispersés sur l'Elz et aux environs de Biberach, et de s'avancer aussitôt dans la vallée de la Kintzig , il eût forcé les Impériaux à quitter le Kniebis et toute la Forêt-Noire , sans affaiblir le gros de l'armée française, ou retarder ses opérations. Moreau hésita , et ne tira aucun fruit de sa position. La marche de Laroche et de Duhesme , par la vallée de la Rench , aurait eu même des suites remarquables, si leur mouvement s'était opéré immédiatement après le combat du 28 et avec plus de célérité : en deux jours on pouvait arriver au Kniebis, c'est-à-dire avant que Stain n'y portât ses troupes.