‹ Vol 2Chapitre 13 sur 70 · CHANT SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHANT SEPTIÈME

Après les tendres effusions réitérées de son courtois accueil, Sordello se retira un peu en disant : « O voyageurs, qui êtes-vous?

Et le maître : « Mes ossements furent ensevelis par Octave avant le jour où cette montagne devint l’échelle des âmes choisies pour s’élever à Dieu.

» Je suis Virgile, et j’ai perdu le ciel, non pour un crime, mais pour n’avoir pas connu la foi. »

L’homme, témoin d’une vision surprenante, demeure en proie au doute : tel parut Sordello.

Puis, baissant humblement les yeux, il s’approcha de Virgile, dont il embrassa les genoux.

« Honneur des Latins, s’écria-t-il, par toi notre langue a signalé sa grandeur sublime, ô gloire éternelle de mon pays !

» Quel mérite ou quelle grâce me vaut ta présence? Si tu me trouves digne de t’entendre, réponds-moi : viens-tu de l’enfer, et de quel cercle? »

Et Virgile : « Une vertu céleste me dirige . je marche à sa clarté.

Je suis parvenu jusqu’ici à travers tous les cercles du royaume douloureux.

» Le soleil de béatitude où tu aspires me fut révélé trop tard : il m’est à jamais interdit. Quoique pur de mauvaises actions, je n’ai pas eu la source des bonnes œuvres.

LA DIVINE COMÉDIE

» Il est aux portes de l’ abîme un lieu attristé par les ténèbres, non par les tourments; les lamentations n’y résonnent pas comme des cris, mais comme des soupirs.

» J’habite son enceinte avec les petits innocents blessés par les dents de la mort avant d’avoir été lavés de la tache originelle ;

» Avec les âmes qui , exemptes de vices , déshéritées du vêtement radieux des trois vertus saintes , pratiquèrent toutes les autres vertus.

» Maintenant, si rien ne te le défend et ne te le cache , veuille nous instruire, pour hâter notre pèlerinage, de l’endroit direct où s’ouvre le purgatoire. »

Et l’esprit : « Notre libre essor n’a point de limites fixes; j’ai la faculté de parcourir les hauteurs et les circuits de la montagne : je m’offre à te guider aussi loin qu’il m’est permis.

» Le jour s’efface ; la nuit rend notre voyage impossible, et la prudence nous conseille de faire halte.

» A droite, dans un refuge désert, veillent quelques âmes : daigne t’y laisser conduire. Leur entretienne sera pas sans charme. »

Et Virgile : « Quel obstacle rencontrerait celui qui voudrait gravir la nuit? en serait-il empêché, ou les forces lui manqueraient-elles? »

Rayant la terre avec son doigt, le bon Sordello reprit : « Vois cette ligne étroite : tu ne la franchirais pas après le coucher du soleil.

» Nul obstacle n’existe, hors les ténèbres : leur bandeau nocturne oppose une entrave invincible à tes efforts.

» On risquerait d’errer dans la nuit, soit à l’entour, soit au bas de la côte, tandis que l’horizon nous dérobe le jour. »

Et mon maître émerveillé : « Conduis-nous vers l’asile où l’on peut s’arrêter avec plaisir. »

A peine en route, je m’aperçus bientôt que la montagne recélait des vallons pareils à ceux de la terre.

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