‹ Vol 2Chapitre 18 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT IX · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT IX

Nous étant approchés, nous arrivâmes à l’endroit où le rempart s’échancre comme une muraille lézardée par une fente ;

J’y distinguai une porte, et, au-dessous, trois degrés de couleurs diverses, et un gardien silencieux.

Mes regards se fixaient de plus en plus vers le seuil. L’ange, assis sur le degré supérieur , me terrifiait par son aspect.

Il tenait dans la main une épée nue dont les rayons se réfléchissaient sur moi ; vainement je tentai d’en soutenir l’éclat.

« Parlez sans avancer. Que demandez-vous? proféra-t-il; où est votre guide? Craignez de vous repentir d’avoir abordé jusqu’à cette région. »

Et mon maître : « Une dame céleste , douée de la connaissance , nous a dit tout à l’heure : « Allez ! voici la porte. »

« — Qu’elle protège vos pas, reprit le bienveillant gardien. Venez donc, et montez nos degrés. »

Nous lui obéîmes. La première marche offrait un marbre blanc, pur et poli, miroir où se peignait mon image vivante.

La seconde, plus sombre que la couleur perse, était formée d’une pierre rude et calcinée, pleine de crevasses transversales.

La troisième et la plus haute me paraissait d’un porphyre aussi rouge que le sang élancé de la veine ;

Cette marche servait d’estrade aux pieds de l’Ange. Le seuil de la porte sur lequel il reposait présente une roche de diamant.

Mon guide, excitant mon ardeur, me fit monter les trois marches; et à moi : « Supplie humblement le gardien d’ouvrir cette porte. »

Je me jetai avec ferveur à ses pieds sacrés ; et, me frappant d’abord trois fois la poitrine, je l’adjurai de m’ouvrir au nom de la miséricorde.

Avec la pointe de son glaive , il m’imprima sept fois sur le front la

LA DIVINE COMÉDIE

lettre P; ensuite il me dit : « Aie soin, quand tu seras entré, de laver ces taches. »

La cendre ou la terre desséchée imiterait la couleur du vêtement de l’ange; il en tira deux clefs, l’une d’or, l’autre d’argent.

Il essaya d’ouvrir la serrure avec la blanche, puis avec la jaune, et je me sentis joyeux.

Et à nous : « Lorsqu’une de ces clefs faillit et ne tourne pas bien dans la serrure, l’huis ne s’ouvre point

» Plus précieuse l’une des clefs; l’autre exige plus d’art et d’intelligence, car elle détend les ressorts.

» Saint Pierre me les a remises. Suivant son ordre, j’aime mieux ouvrir par erreur le seuil , que de le tenir clos aux repentants prosternés. »

Il poussa le battant de la porte austère et ajouta : « Entrez , mais sachez-le : celui qui regarde en arrière est condamné à sortir. »

La porte du royaume expiatoire roula sur ses gonds d’un métal épais et sonore ;

Avec un retentissement moins âpre rugit la tour Tarpéïenne, veuve de son trésor, lorsqu’on en chassa l’intègre Métellus.

Prêtant l’oreille au moindre écho, j’ouis une voix chanter dans un concert de suaves harmonies : « Louanges à toi , mon Dieu ! »

3 éprouvais, en écoutant, la sensation produite par l’accord de la voix humaine et de l’orgue;

Distinctes ou insaisissables, les paroles vibrent et se perdent tour à tour.

La. Salutation Angélique.

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