CHANT DIXIÈME
Nous franchîmes le seuil de la porte , rouillée par les mauvaises passions humaines dont l’aveuglement fait paraître droites les voies tortueuses ;
Le grondement de sa chute m’avertit qu’elle venait cle se refermer. Si j’avais tourné les yeux en arrière, nulle excuse n’aurait atténué ma faute.
Entre deux roches fendues, nous suivions les sinuosités du terrein, semblables à celles de l’onde mobile.
Et le maître : « L’adresse devient urgente. Serrons de près la paroi, et côtoyons ses enfoncements. »
Marche pénible et lente! Le croissant de la lune s’abaissa vers sa couche avant que nous pussions sortir du ravin.
Après nous être dégagés , nous gagnâmes un lieu découvert où la montagne rebrousse.
Moi , brisé de fatigue , et tous deux ignorant notre route , nous restâmes sur un plateau escarpé : moins vide un chemin du désert.
Du bord du précipice au pied de l’escarpement, on aurait à peine mesuré trois fois la place d’un corps d’homme.
Tout à l’entour, aussi loin que s’étendaient les ailes de ma vue, la corniche me paraissait conserver la même distance.
Nos pieds n’avaient pas encore posé sur les rudes gradins; j’aperçus,
inaccessible et à pic , la paroi circulaire intérieure , toute de marbre blanc, et enrichie d’admirables bas-reliefs.
Non-seulement Polyclète, mais la nature elle-même, se fussent avoués vaincus par ces chefs-d’œuvre.
D’abord l’ange, visitant la terre avec le décret de paix imploré par tant d’années de larmes, et déliant le ciel de son antique interdit.
Gracieuse apparition! Il y était représenté fidèlement, non comme une image muette, mais vivant et ineffable. On croyait l’entendre murmurer : « Je vous salue. »
Un art égal y avait sculpté la Vierge pure et choisie pour ouvrir, comme une clef auguste , les trésors de l’amour divin.
Telle une figure s’empreint dans la cire. Dans son humble maintien on lisait sa réponse : « Voici la servante de Dieu! »
« N’attache pas ton esprit sur un seul objet, » dit mon doux maître debout près de moi , du côté où bat le cœur.
Je regardai plus loin, et je distinguai, après Marie, du côté de mon guide, une autre histoire gravée sur le rocher.
Devançant Virgile , je m’approchai pour mieux interroger cette sculpture : elle retraçait le char et les bœufs traînant l’arche sainte.
Souvenir formidable pour quiconque exerce une charge sans la mission d’en haut! Devant l’arche ondoyait une multitude divisée en sept chœurs.
Étrange contradiction de mes sens ! mes yeux les voyaient chanter et mes oreilles ne les entendaient pas. La même illusion se reproduisait entre ma vue et mon odorat devant la fumée des encensoirs.
La robe relevée, dansait l’humble Psalmiste, précédant le vase bénit; et il semblait alors plus et moins qu’un roi.
Vis-à-vis, du faite cl’un grand palais, Michol observait son époux d’un air triste et dédaigneux.
Je m’arrachai de ce lieu pour examiner une scène éblouissante derrière Michol :